Chapter Text
Partie 2 :
-Monsieur Emile Zoulidi, vous êtes sûr ? Parce que, je suis formelle, je n’ai vraiment personne de ce nom ici…
La réceptionniste, « Pélagie » d’après son badge, faisait tourner magiquement les pages de son registre sans les regarder. Non, ce qu’elle regardait, c’était lui.
Ron répondit à son sourire par mécanisme, se demandant intérieurement comment elle pouvait dire que Emile Zoulidi n’existait pas si elle ne posait même pas les yeux sur son cahier. La liste des personnes travaillant pour l’entreprise n’était pourtant pas marquée sur son front, non ?
Peut-être qu’il avait quelque chose de bizarre sur la figure et que c’était pour ça qu’elle ne le lâchait pas des yeux ?
-Et Zoulidi tout court vous avez ?
-Non désolée.
Elle posa une main compatissante sur la sienne qu’il avait laissée trainer négligemment sur le comptoir.
-Il est comment ? Si vous me le décriviez, peut-être que je le trouverais ?
-Assez grand, commença Ron.
-Plus que vous ? ronronna Pélagie.
-Pareil je suppose…je ne l’ai pas mesuré. Mon âge. Noir de peau. Yeux en amande. Air dédaigneux, énuméra Ron tout en cherchant dans sa mémoire.
-Est-ce qu’il a aussi fière allure que vous ? murmura la femme en poussant un soupir étrange.
-Je…Définissez « fière allure » ? grimaça Ron perdu.
Elle eut un rire de gorge durant lequel le rouquin se demanda ce qu’il avait bien pu dire de drôle. Peut-être que cette femme se moquait de lui ? Mal à l’aise, il retira sa main de la sienne.
C’est alors qu’il le vit, traversant le hall d’un pas pressé.
-Il est là ! dit-il à la réceptionniste en pointant du doigt celui qui ne s’appelait vraisemblablement pas Zoulidi. Merci beaucoup ! J’y vais !
Il courut vers l’homme. En y repensant, le prénom que lui avait dit Colin pour le désigner était très court, genre une syllabe….Max…Oui, Max Zariji !
-Max ! Hey Max !
Comme le dit Max ne se retournait pas, Ron posa une main sur son épaule, le faisant sursauter.
-Weasley ? s’étonna « Max » en se retournant vers lui.
-Ah Max, enfin je te trouve ! fit Ron soulagé.
L’autre le fusilla du regard. Peut-être qu’il n’aurait pas dû appeler par son prénom un type qu’il connaissait à peine mais Ron n’était vraiment pas sûr de son nom de famille.
-Je ne m’appelle pas Max ! grinça l’autre entre ses dents.
-Ah…Emile ?
-Blaise ! Mais pour toi, la belette, c’est Zabini.
Ron décida de passer sur « la belette », il n’était pas venu là pour se battre avec un inconnu.
-Peut-on discuter, Zabini?
Honnêtement il n’était pas loin avec son « Zoulidi » tout à l’heure.
-Je suis assez pressé là ? C’est pourquoi ?
-Je veux te parler de Harry et Malfoy.
Les yeux de Zabini s’éclairèrent d’une lueur intéressée même si tout le reste de son attitude semblait indiquer qu’il était blasé. C’était pas mal, mais Malfoy aurait même eu le regard indifférent, lui. Zabini avait encore des choses à apprendre.
-Peut-on aller dans un endroit privé ? reprit Ron.
Zabini hocha la tête.
-Suis-moi.
°O°O°O°
Blaise emmena Weasley dans un coin un peu à l’écart parce qu’il ne voulait pas qu’on le voit avec le miséreux. En fait il préférait encore rouler une pelle à Mamourette –le Saint-Bernard de sa voisine- plutôt qu’on puisse imaginer qu’un ami des moldus fasse partie de son entourage.
-C’est ça que tu appelles privé ? ronchonna Weasley.
-Je suis pressé, répliqua Blaise. Donc c’est ça ou rien. Qu’as-tu de si important à me dire ?
Le rouquin sembla rechigner un peu mais cracha quand même sa pastille –malheureusement il ne s’était pas étouffé avec, ce qui aurait pu être intéressant à voir-.
-Je sais que c’est toi qui as raconté ces histoires de coucheries entre Harry et la fouine. Pourquoi as-tu fait ça ? Bon, Harry je peux comprendre, il n’est rien pour toi mais Malfoy est ton ami non ?
Il avait dit tout ça sans respirer et Blaise lui tira mentalement son chapeau. Donc Weasley venait juste le déranger parce qu’il trouvait que la dignité de son ami avait été bafouée.
Raaah, cette amitié virile à l’épreuve des balles lui avait toujours donné envie de gerber. Les gryffondors étaient décidément trop triviaux.
-Pauvre petit Weasley, tu vas me faire pleurer. Draco savait à quoi s’attendre quand il m’a vu devant chez Potter. Il lui a dit, je cite :« Je pense que c’est un marché équitable. Je couche avec toi cette nuit et tu retires ta plainte» -Blaise avait fait traîner sa voix et fut assez satisfait de son imitation-. Il savait que j’allais alerter la presse pour la simple raison qu’il aurait fait la même chose à ma place.
Et c’était vrai, Blaise s’était jeté sur l’information comme sur du pain béni. Depuis une semaine, les journaux ne parlaient que de ça. Le couple « Potter-Malfoy » faisait toutes les premières pages. Grâce à ce battage médiatique les commandes pour le parfum Orgueil avaient déjà quintuplé et ce n’était que le début.
-Tu veux dire que Malfoy avait tout calculé ?
Le miséreux avait maintenant un air outré qui aurait pu être très rigolo si Blaise n’avait pas été si pressé. Evidemment que Draco avait tout calculé, sinon il lui aurait déjà envoyé un retour de bâton –qu’il aurait senti passer-. Cependant depuis qu’il avait couché avec Potter, son meilleur ami n’était pas aussi désinvolte qu’il voulait bien le montrer alors peut-être qu’il n’avait pas tout pris en compte finalement. Parfois il valait mieux ne pas jouer avec le feu et Potter à ce niveau là était un véritable incendie.
-Oui, soupira Blaise qui trouvait que Weasley tombait des nues pour pas grand chose. Il est vil. Je suis vil. Et ce n’est pas de notre faute, nos mamans nous ont trop idéalisés. Promis on expiera nos péchés en enfer. C’est bon je peux y aller maintenant ?
C’était une question purement théorique car déjà Blaise se dirigeait vers la rangée de Cheminettes qui menaient directement au ministère de la magie.
Il avait la main remplie de poudre et s’apprêtait à partir quand Weasley l’interrompit.
-Ils n’ont pas couché ensemble ! affirma-t-il.
Blaise faillit éclater de rire mais comme il n’avait jamais fait ça de sa vie il se contenta de toussoter.
-Bien sûr que si. Je suis étonné que Potter, ton-ami-à-la-vie-à-la-mort-et-bla-bla-bla, ne t’ait rien raconté. Remarque je l’imagine bien prostré dans son mutisme. Où crois-tu que je me rende Weasley ? Je vais au ministère. Potter doit être en train de retirer sa plainte en ce moment. C’était ce qu’il devait faire si Draco couchait avec lui. Je te laisse donc faire les déductions qui s’imposent.
L’hésitation était maintenant visible dans le regard trop limpide de Weasmoche. Finalement Blaise s’amusait beaucoup.
-Je ne te crois pas.
-Le fait que tu doutes de moi ne va pas m’empêcher de dormir cette nuit ! railla Blaise. Pense ce que tu veux. Je me base sur des faits. Mais j’admets que ce ne doit pas être rigolo pour Potter. Tous ces journalistes sur le pas de sa porte qui dissèquent sa vie privée…enfin ça il a l’habitude. Mais même, il n’a pas dû apprécier de l’avoir dans le cul... Mince ! Cette expression prend vraiment tout son sens ici !
Blaise aurait bien continué plus longtemps mais le regard de Weasley l’en dissuada et il trouva plus sage de partir avant que le défenseur de héros –est-ce que cela faisait de poil de carotte un héros de héros ? - perde son sang-froid et se sente obligé de le frapper.
L’ancien serpentard atterrit directement au ministère. Il y avait déjà un troupeau de reporters dans le hall, attendant avec fébrilité que Potter sorte de son audience.
Blaise eut un sourire carnassier. Demain, « Orgueil » ferait son entrée sur tous les étals sorciers. Les affaires reprenaient.
°O°O°O°O
Harry était sorti dès que le juge avait classé l’affaire. Il redressa ses lunettes sur son nez et regarda autour de lui. Pour l’instant, il était seul dans les couloirs. Avec un peu de chance il allait pouvoir utiliser le portoloin dans le bureau de Monsieur Weasley sans rencontrer aucun journaliste.
Il était enfin débarrassé de cette histoire de parfum. Il avait préféré faire annuler sa plainte, il ne voulait plus rien avoir à faire avec Malfoy et ses petits amis. Alors le parfum de Parkinson pouvait bien être une bombe atomique en puissance, ça ne le concernait plus. Sa tranquillité d’esprit, ça, ça comptait.
Il voulait juste retourner à une vie normale et que Malfoy démente cette stupide histoire de couple. Harry ne voulait pas le faire. Il ne voulait pas que Malfoy pense que cela le touchait donc il faisait comme si tous les ragots qu’il lisait sur lui et la fouine n’avaient aucune importance.
Toute cette histoire était ridicule d’ailleurs. Très bientôt la presse passerait à autre chose. Mais pourquoi ce connard de Malfoy n’avait-il pas encore dit la vérité à ses amis les journalistes ?
Harry n’eut pas plus de temps pour ruminer ses sombres pensées car une voix haut-perchée interrompit ses réflexions.
-Regardez, le voilà !
Il se retourna pour découvrir Parkinson, le gars qui traînait l’autre soir devant chez lui et dont il avait oublié le nom, ainsi qu’une vingtaine de journalistes sortir de l’ascenseur.
Il se demanda vaguement comment ils avaient fait pour tous rentrer là dedans avant de se protéger les yeux en grimaçant à cause des flashs des foutus appareils photos.
-Oh Harry ! roucoula Parkinson en se déhanchant vers lui. Je suis tellement contente que toute cette histoire de procès soit terminée.
Elle le serra dans ses bras et les flashs crépitèrent de plus belle. Il lui fallait admettre que l’ancienne serpentarde avait agi en véritable businesswoman dans toute cette affaire. Au lieu d’étouffer le procès elle s’était servie des rumeurs sur lui et Malfoy pour remettre son parfum sur le tapis. Toute cette histoire lui faisait de la publicité gratuite. Scandaleuse mais gratuite, et efficace s’il en croyait le sourire ravi de la jeune femme.
-Pour te montrer que tout ceci est du passé et que mon amitié pour toi reste inébranlable, j’ai tenu à t’offrir un petit cadeau.
-Ce n’est vraiment pas la peine…, commença Harry tout en se dégageant de l’étreinte de Parkinson.
Mais au même moment les portes de l’ascenseur s’ouvrirent à nouveau dans un « ding » mélodieux. Le héros du monde sorcier se sentit pâlir en reconnaissant l’identité du nouveau venu.
Alors que Parkinson répétait à son oreille « ton cadeau Harry », Draco Malfoy sortait de l’ascenseur de la même manière qu’il sortirait d’un rêve de ménagère à l’imagination débridée. L’aristocrate portait un sourire délicieusement indécent, une chemise blanche dont un pan sortait négligemment de son pantalon, des cheveux scandaleusement indisciplinés et le tout accompagné d’une démarche nonchalante flirtant l’air de rien avec la lascivité.
Les journalistes se tournèrent comme un seul homme vers lui dans un murmure enchanté.
Malfoy faisait son show et c’était pour cela que lui ne l’était pas, « chaud ».
Harry se moqua de lui-même, reprenant des couleurs. Dire qu’il avait cru être allumé par ce mec ! C’était ridicule. Malfoy n’était rien qu’un pantin faisant son spectacle devant la presse. Il n’y avait rien de dangereux chez ce Lockhart du pauvre.
Harry eut un sourire satisfait qui dévoila ses dents blanches puis Malfoy regarda dans sa direction et Harry oublia comment respirer.
Les yeux gris le clouaient sur place. Les yeux gris ne jouaient pas la comédie. Ils étaient glacés, haineux, métalliques.
Ils lui rappelaient qu’il s’était mis à genoux pour humer la queue de cet homme. Qu’il l’avait soupesée, caressée et qu’il avait encore rêvé la nuit dernière qu’il la léchait. Merde, il avait voulu, désiré, espéré ce sexe comme il n’avait jamais rien voulu, désiré et espéré de toute sa vie.
L’ancien serpentard s’avança vers lui et mit d’autorité quelque chose dans sa main, laissant ses doigts pâles traîner plus qu’il n’était nécessaire sur sa peau. Harry baissa les yeux pour voir le parfum de Parkinson. Le flacon était gris, élégant et froid dans sa main.
Malfoy s’approcha encore et son parfum enveloppa de nouveau Harry comme il avait l’habitude de le faire. Il allait l’embrasser, Harry le savait. Il allait le faire devant tout le monde pour le ridiculiser un peu plus. Ce type était une vraie pourriture. D’ailleurs, les yeux de la pourriture étaient déjà fermés et son nez venait de frôler sa joue quand Harry posa sa main sur son torse et le poussa doucement.
Il croisa alors le regard haineux et blasé de l’aristocrate. Malfoy attendait patiemment que Harry fasse un scandale. Il était temps que la fouine arrête de le croire si prévisible.
Alors au lieu de lui mettre son poing dans la figure, le gryffondor attrapa sa lèvre inférieure entre ses dents et la suçota. Le corps en face de lui se crispa et Harry jubila.
Il était celui qui dominait.
Et puisqu’il fallait que le spectacle soit complet il glissa sa main libre sous la chemise idéalement débraillée –il venait de trouver une utilité à la tenue ridiculement hors-saison de la fouine- pour la poser sur la poitrine de son ennemi.
Le cœur sous sa main battait bien trop rapidement alors que Harry reprenait possession des lèvres du connard. Merlin, ça c’était une surprise ! Et il n’avait même pas mis la langue.
La constatation d’un tel émoi lui arracha un sourire satisfait.
Malfoy dut sentir son sourire victorieux car il mordilla ses lèvres, doucement, comme un avertissement.
En réponse, l’ancien gryffondor se contenta de trouver et de taquiner le téton qu’il sentait sous ses doigts tout en se félicitant des frissons qu’il arrachait à Mister Impassible.
Il n’y eu pas de deuxième avertissement.
Il y eut simplement les bras de Malfoy autour de sa taille et sa bouche qui répondait enfin à la sienne. Le baiser de Malfoy était assuré. C’était un baiser de propriétaire, lent, suave et lui y mettait sa putain de langue.
Harry s’entendit gémir et se détesta pour ça mais il laissa l’ancien serpentard l’embrasser car personne ne l’avait jamais fait de cette façon. Sa main quitta d’elle-même la poitrine de Malfoy pour se caler sur le ventre chaud. Il aurait voulu croire que c’était pour mieux le repousser mais il avait simplement voulu s’approcher un peu plus de ce qui se trouvait dans son pantalon.
Ce n’était pas juste que Malfoy soit si doué ou peut-être était-ce parce qu’il était un homme et que Harry devait être un gay qui s’ignorait ? Sa queue dure comme la pierre qu’il frottait contre la cuisse du connard confirmait aussi l’hypothèse de l’homosexualité.
Puis tout s’arrêta car le connard l’abandonna. Harry ouvrit les yeux qu’il ne se souvenait même pas d’avoir fermés. Malfoy ne le regardait même pas et était tourné vers les journalistes.
…Merde les journalistes !
Comment avait-il pu oublier ces petits enfoirés dont les appareils photos étaient encore fumants de leur très récente et très intensive activité ?
Il cligna des yeux et comprit enfin qu’on le bombardait de questions. On lui demanda entre autres comment il avait découvert son homosexualité ; depuis quand lui et Draco Malfoy étaient en couple ; si le fait qu’ils s’exhibent ainsi voulait dire qu’ils officialisaient leur union ; est-ce qu’ils allaient se marier ?
Cette dernière question lui fit de nouveau cligner des yeux comme un tic stupide. Malfoy, tout comme lui, ne disait rien mais il arborait un air particulièrement insolent.
Qu’est ce qu’il attendait ce con pour leur raconter que tout ceci n’était qu’une erreur ? Bon peut-être pas une erreur mais une blague idiote qui n’existait qu’à cause de leur rivalité ?
Le blond croisa son regard et dut y voir un truc qui le décida à envahir à nouveau son espace vital. Harry crut qu’il allait à nouveau l’embrasser mais l’ancien serpentard se contenta de parler à son oreille.
-Allons, remets toi Potter, murmura-t-il, ce n’était qu’un baiser. Ce n’est pas comme si tu avais reniflé ma bite comme une chienne en chaleur…Oh merde, mais ça aussi tu l’as fait !
Il se détacha de lui mais passa un bras autour de ses épaules avant de faire un sourire incroyablement gamin aux journalistes.
-Comment j’ai réussi à avoir Harry Potter ? leur dit-il comme s’ils lui venaient de lui poser la question, ce qui n’était absolument pas le cas, Harry en était sûr. « Facile, il a juste été envoûté par mon odeur. »
Les crétins de journalistes rirent à la plaisanterie alors que Draco désignait comiquement de sa main libre le parfum que Harry tenait toujours. Ce dernier résista plutôt héroïquement à l’envie de lui fracasser le flacon sur le crâne. A la place il se racla la gorge détournant sur lui l’attention des reporters. Le bras de Malfoy pesa un peu plus lourd sur ses épaules dans un avertissement silencieux. Harry décida de ne pas y faire attention.
-En vérité, dit-il l’air le plus sérieux du monde, il n’y a rien de soudain. A Poudlard déjà, Draco faisait toujours une tête de constipé lorsque j’avais une copine. Je sais maintenant que c’était parce qu’il était jaloux. Il m’a avoué récemment qu’il s’imaginait à chaque fois à leur place. C’est mignon n’est ce pas ?
Draco ricana avec ses amis les journalistes mais son rire était forcé.
-Bien, fit Malfoy, on va vous laisser avant que Harry ne révèle tous nos petits secrets.
Le blond l’entraîna, Harry croisa le regard de Parkinson. Elle avait l’air contente cette idiote et elle embraya immédiatement avec entrain sur son parfum.
Lorsqu’ils furent hors de vue et surtout assez loin pour ne plus être entendus. Harry se dégagea violemment de l’étreinte de l’ancien serpentard. Ce dernier mit tranquillement ses mains dans ses poches comme s’il ne devait pas être hors de lui, lui aussi. Son flegme commençait vraiment à taper sur les nerfs du héros du monde sorcier.
Il s’obligea à respirer calmement, s’aperçut qu’il tenait toujours le stupide parfum et le jeta férocement vers un mur contre lequel il se brisa –ouais au temps pour la maîtrise de soi-.
-Le parfum ne t’a rien fait, dit Malfoy tranquillement les yeux rivés sur les éclats de verre.
-Je sais et crois moi, j’aurais préféré faire éclater ta tête contre ce mur mais j’ai eu peur que les morceaux de ta cervelle ne fassent mauvais genre sur la tapisserie !
Malfoy ricana. Il n’y avait rien de drôle pourtant.
-Je ne sais pas à quoi tu joues mais…
-Mais quoi ? coupa Malfoy cessant de rire. Tu t’excites pour rien là. Ce n’était qu’un show pour le parfum de Pansy. Et c’est toi qui m’as embrassé.
-Ouais et c’est sûrement grâce à mon super pouvoir psychique que ta langue s’est retrouvée dans ma bouche !
-Ça n’a pas eu l’air de te déplaire.
Les yeux gris, emplis d’une ironie glacée, glissèrent jusqu’à son entrejambe. Harry eut la ridicule envie de cacher son sexe avec ses mains, comme s’il était à poil.
Malfoy le mettait à nu et il n’aimait pas ça. Il était la dernière personne sur terre devant qui il voulait se montrer vulnérable.
-Tu sais, murmura Harry voulant à tout prix reprendre l’avantage, je n’ai rien inventé dans ce que j’ai dit aux journalistes. Je me souviens d’une époque où tu semblais détruit dès que je posais mes mains sur une fille. J’ai longtemps cru que tu m’en voulais parce que je sortais avec celles qui te plaisaient…mais c’était faux, n’est ce pas ? Est-ce que tu avais le béguin pour moi, Malfoy ? Est-ce que tu t’imaginais à leur place ?
Malfoy eut un sourire amer. Il ne regardait plus son entrejambe. Il ne regardait plus rien en particulier, peut-être était-il simplement perdu dans ses souvenirs.
-Ça, répondit-il enfin tout doucement, c’est nul Potter.
Et il passa devant lui, laissant à Harry une éclatante victoire et un poids désagréable sur l’estomac.
Il se revit soudainement dans un autre couloir, tenant la main d’une fille dont il avait oublié le nom, ils marchaient tranquillement, jusqu’à ce qu’un Draco Malfoy alors adolescent le bouscule. Il avait dû lâcher la main de sa copine pour retrouver son équilibre. Le blond avait eu un ricanement mauvais et lui avait dit d’apprendre à marcher. Deux jours plus tard, la fille l’avait largué pour sortir avec Malfoy.
Malfoy faisait souvent ça : lui piquer ses copines.
« C’est nul Potter. »
Harry regarda pensivement le couloir vide à présent en se mordant la lèvre inférieure. Est-ce qu’il avait été aussi aveugle que ça quand il était à l’école ?
Non, la haine de Malfoy à son encontre était concrète, elle était vraie, elle était…
« C’est nul Potter. »
Et même s’il s’était trompé, c’était du passé.
-Va te faire foutre, gronda-t-il au couloir vide et il serra les poings car ses mains tremblaient.
°O°O°O°
Le corps de Malfoy bougeait lentement contre le sien au rythme de la musique. Sa bouche frôlait de temps en temps sa joue ce qui faisait que Harry frissonnait de temps en temps. Il avait mis ses bras autour de son cou et Draco avait les siens autour de sa taille.
Il n’avait lui-même jamais vu deux hommes en train de danser ensemble mais il supposa que ça devait être intéressant car toute la salle avait les yeux fixés sur eux.
-Franchement, tu aurais pu au moins faire l’effort de te coiffer, susurra Malfoy contre son oreille. J’ai l’impression de danser avec un épouvantail.
Harry laissa un sourire rêveur planer sur ses lèvres comme s’il venait de recevoir un « Je t’aime » enflammé. Le nouveau frisson qu’il avait eu n’avait malheureusement rien de factice mais ça Malfoy n’avait pas besoin de le savoir.
-Je t’emmerde, répondit-il sur le même ton doucereux. Tu la ramèneras quand ta tête ne ressemblera plus à un bloc de ciment.
Malfoy eut un regard outré et Harry fut choqué de trouver charmante la façon qu’il avait de froncer son nez.
Il prit alors brutalement conscience que Hermione, ainsi que probablement tous ceux qui avaient un jour croisé la fouine, avaient raison : Malfoy était beau.
-Jusqu’à quand cela va-t-il durer ? murmura celui-qui-était-beau.
Harry haussa les épaules, les yeux rivés sur les lèvres de la fouine. Elles aussi elles étaient belles.
-Je suppose que la chanson se terminera bientôt, répondit-il.
Malfoy se mit à jouer avec les cheveux courts qui se trouvaient derrière la nuque de Harry et l’ancien gryffondor les sentit se dresser sur sa tête. A croire que Malfoy avait le pouvoir de mettre au garde à vous n’importe quelle partie de son anatomie. Et s’il continuait cette caresse presque anodine, ce n’était pas seulement ses cheveux qui allaient se tenir droit.
-Je ne parlais pas de ça, reprit le blond, son souffle s’écrasant une fois de plus sur la joue de Harry. Pourquoi fais-tu tout ça Potter ?
C’était la question à cent mille gallions mais Harry le trouva gonflé de la poser alors qu’il pourrait facilement la lui retourner.
La vraie question n’était pas pourquoi est-ce que Harry faisait ça, mais pourquoi est-ce qu’ils faisaient ça.
« Ça », c’était bien sûr cette comédie devant les journalistes et la population du Monde Sorcier. Ni Malfoy, ni lui n’avaient démenti l’annonce de leur mise en couple. Après le spectacle qu’ils avaient donné au ministère, ça n’avait fait qu’empirer. Leur baiser avait fait la une de tous les journaux. Et Harry s’était mis à recevoir des invitations à des galas avec le nom de Malfoy accolé au sien sur les cartons. Tout le monde voulait avoir le fameux couple à sa soirée.
Harry avait accepté l’invitation de ce soir par curiosité, pour voir si Malfoy y serait aussi. Et il avait été là, semblant l’attendre. Ils avaient passé la soirée assis l’un à côté de l’autre jouant la comédie des amoureux. Peut-être que Malfoy faisait encore ça pour le parfum mais Harry en doutait. Après tout, Orgueil était sur le marché et il se vendait déjà très bien.
Quand Ron et Hermione lui avaient demandé des explications, Harry avait dit qu’il faisait ça pour faire chier Malfoy. C’était puéril. Qui emmerdait l’autre là ? Il ne le savait plus trop quand Malfoy dansait dans ses bras.
Il savait juste que depuis Poudlard il accaparait de nouveau toute l’attention du blond et que ça lui avait manqué.
-Je pense que tu craqueras avant moi, Malfoy, dit finalement Harry.
Les doigts cessèrent leurs mouvements sur sa nuque.
-Et ça t’apportera quoi si je le fais ?
Malfoy semblait à présent sincèrement curieux, à croire qu’il avait oublié qu’ils étaient le centre de l’attention d’une centaine de personnes. Harry fronça les sourcils.
-J’aurai gagné. Cette histoire de couple n’est qu’une nouvelle manière de nous affronter. Je pensais que tu le savais. Je ne peux pas supporter de perdre contre toi.
-Ça ne mènera à rien, répondit Malfoy. J’espère que tu t’en rends compte. A la fin, ça ne t’apportera pas ce que tu attends.
-Et j’attends quoi selon toi ?
Malfoy ne répondit pas tout de suite et quand il le fit ce fut la bouche contre son oreille. Il lui murmura au milieu de la piste que ce que Harry attendait, c’était d’enfouir sa bite dans son cul encore et encore.
-Mais ça n’arrivera pas, répéta-t-il avant de lui mordiller l’oreille.
Harry fit pression sur les reins du blond pour rapprocher leurs corps. Malfoy bandait contre lui. Puis comme il avait brusquement remarqué quelques secondes plus tôt que Malfoy était beau, il comprit avec la même soudaineté quelque chose d’autre. Harry n’avait aucune expérience de l’homosexualité mais il étudiait Malfoy depuis trop longtemps pour passer à côté de cette intuition. Il sut alors que son ennemi remettait toujours cette histoire de cul et de domination sur le tapis parce qu’il cherchait à se convaincre lui-même au moins autant qu’il cherchait à convaincre Harry.
Malfoy le voulait.
Malfoy voulait sa queue en lui et ça le rendait fou.
La danse se termina, Harry se sentait étourdi mais étrangement satisfait quand Malfoy le raccompagna à leur table. Il jouait plus que jamais avec le feu et ça lui plaisait.
Plus que ça même, il avait l’impression de n’avoir jamais été aussi vivant et qu’importe s’il devait cette sensation à Malfoy.
°O°O°O°
-Tu es prêt Draco ?
La voix de Blaise s’élevait de derrière sa porte.
-J’aimerais bien le savoir, répondit doucement Draco les yeux rivés sur son reflet.
Ce dernier lui fit un clin d’œil ce qui l’agaça plus qu’autre chose. Irrité il se détourna du miroir.
Cette fois c’était cet idiot de Finnigan qui inaugurait sa boîte de nuit : « GriffonNight ». Un nom idiot de propriétaire idiot, mais pouvait-on vraiment s’attendre à autre chose de la part de cet Irlandais ? Il avait reçu le carton d’invitation « à l’intention de Draco Malfoy et de Harry Potter ».
Il ne voulait pas y aller. La soirée allait être comme celle du Ministère, comme celle de la fin de saison du Quidditch et comme celle des Bénévoles pour les Orphelins de Guerre –où il y avait été autant à sa place qu’une grand-mère dans une discothèque-.
Il savait déjà ce qui allait se passer. Potter et lui jouant les amoureux transis. Se bécotant à bouche que veux-tu. Ils danseraient sûrement aussi, comme au Ministère. Et ensuite il n’y aurait plus rien. Juste le vide et lui tout seul rentrant au manoir.
C’était pire que tout : être condamné à grappiller des morceaux de Potter sous les yeux des autres. Il était tombé bien bas. Parfois, il se demandait où était passé son orgueil. Peut-être qu’il faudrait qu’il couche une fois pour toutes avec le balafré, pour pouvoir enfin passer à autre chose ?
Draco esquissa un sourire qui ne remonta jamais jusqu’à ses yeux devant cette pensée aussi ridicule que dangereuse. S’il faisait ça, au lieu de se le sortir de la tête, il serait perdu. Même si Potter était le pire boulet niveau sexe…il serait fichu.
Il se rappela toutes les fois où il avait imaginé Potter se trouvant dans sa chambre et ayant assez confiance en lui pour lui permettre de le toucher.
Ce n’était qu’un rêve. Il pouvait tripoter Potter autant qu’il voulait devant les autres, ce crétin prenait ça pour une sorte d’affrontement. Mais il s’était fait jeter la seule fois où il avait vraiment tenté de le séduire.
Il respira profondément et sortit de sa chambre.
-Allons-y, dit il en passant devant Blaise.
°O°O°O°
-Mais à quoi tu joues ?
Le ton de la voix de Draco montrait qu’il était agacé. Blaise aussi était agacé car Cormac McLaggen refusait de le laisser passer.
-Je suis un ancien de Poudlard, répéta Blaise pour la troisième fois. Finnigan a précisé que tous les anciens de Poudlard étaient les bienvenus.
-J’ai arpenté les couloirs de cette bonne vielle école de sorciers durant sept ans, je connaissais tout le monde. J’étais tel un vieux loup sur son territoire, expliqua McLaggen d’un ton suffisant, et ta tête j’la connais pas. Hey salut Ron !
-Mais j’étais à Serpentard ! fulmina Blaise, complètement dégoûté de voir Weasley passer devant lui et entrer dans la boite de nuit. Bon sang, dis lui Draco !
Il se tourna là où devait se trouver son meilleur ami mais ce sale petit…bref il n’était plus là.
-Ouaip t’es le meilleur pote de Malfoy, hein, ironisa McLaggen, ben ça tombe bien, moi je suis la réincarnation de la fée Morgane.
Draco en avait eu assez d’attendre Blaise et était entré dans la boîte de nuit. Bien entendu, les couleurs de l’endroit étaient le rouge et l’or. Le dernier tube des Mages en Nage faisait vibrer les murs.
Couleurs trop criardes.
Son trop fort.
Draco se fit bousculer par quelqu’un qui passa devant lui en riant, sans s’excuser.
Invités trop vivants.
Mais tuer tout le monde n’était pas une bonne idée. Il salua vaguement de la tête Théodore Nott qui avait une femme superbe à chacun de ses bras. Blaise allait être vert en voyant ça, s’il arrivait un jour à passer la porte.
Il scanna la salle du regard mais on ne voyait pas grand-chose, il y avait beaucoup de monde. Il ne se faisait pas de souci, bientôt il se ferait harponner par des journalistes qui l’emmèneraient vers Potter. Il se rendit au bar, la femme qui le servit portait une tenue de poudlardienne en beaucoup plus courte et une cravate rouge et or.
Finnigan était donc le genre de type à balancer ses fantasmes aux vues de tous ?
Toutes les employées avaient le même genre de tenue sexy un peu vulgaire. Draco imagina aisément le jeune Irlandais se branlant dans son dortoir, en pensant à ses camarades dans ce genre de vêtements.
Il secoua la tête, n’arrivant pas vraiment à se moquer étant donné que ses fantasmes à lui avaient été bien pires.
Il se rappela à quel point il avait eu honte quand il se masturbait en pensant au survivant. Comment il imaginait les trucs les plus dégradants pour Potter, pour essayer de donner un côté sale et malsain à ce désir. Tout pourvu que ce ne soit pas de l’amour.
Sauf que ça n’avait pas marché au final. Ce qu’il ressentait était pur et réel.
Il sursauta en sentant des bras s’enrouler autour de lui et un corps se presser contre son dos. La barmaid en face lui fit un sourire goguenard. Il aurait voulu lui faire sauter les dents à celle-là.
-Bonsoir, murmura Potter à son oreille.
Draco se détendit même si son cœur battait trop vite et caressa les mains qui étaient posées au niveau de son ventre.
-Bonsoir, répondit-il tellement doucement que Potter ne pouvait pas l’avoir entendu.
Les mains de l’ancien gryffondor étaient chaudes même à travers la robe de sorcier que Draco portait ce soir là mais ça ne l’empêcha pas de frissonner quand elles s’égarèrent sur ses hanches. Ce con était rapide ce soir.
-Tu m’as manqué, susurra Potter.
Draco plissa les yeux. Ça ne servait à rien qu'il lui dise de telles choses, personne d’autre ne pouvait l’entendre à cause de la musique assourdissante.
Irrité, Draco se dégagea de l’étreinte de Potter, prenant quand même note du fait que ce soir encore, il était plutôt élégant. Ce dernier eut un sourire comme s’il prenait son rejet pour une victoire.
Et peut-être qu’il pensait vraiment ça dans son cerveau dérangé?
-Et sans toi j’ai cru que mon cœur ne survivrait pas, railla Draco.
Un sourire, réellement amusé cette fois, illumina le visage du héros du monde sorcier. Et Draco le désira encore plus. Il allait rajouter une autre connerie à propos de son âme qui ne trouvait de repos qu’en sa présence, histoire de voir si ce sourire pouvait s’agrandir, mais Finnigan le prit de court en se pointant avec son habituel manque de finesse. D’autres anciens gryffondors, naturellement sans importance, l’accompagnaient.
Draco regarda l’irlandais taper dans le dos de Potter tout en s’exclamant haut et fort combien il était ravi de le voir ici. Il s’apprêtait à faire subir le même traitement à Draco qui eut la présence d’esprit d’attraper son bras avant qu’il ne s’abatte sur lui.
-Je te le déconseille, grinça-t-il en dévisageant Finnigan.
-Fais gaffe Harry, répondit l’irlandais en se tournant vers son ami. Je crois qu’il mord encore…mais c’est peut-être ce qui te plait chez lui ?
Potter leva ses yeux verts sur Draco semblant réellement réfléchir à la question de Finnigan puis il hocha lentement la tête.
-Entre autre, répondit-il quand même.
Draco resta un instant incapable de répondre quoi que ce soit, tout comme il lui était impossible de s’arracher au regard de Potter. S’il faisait ça, il craignait de mettre fin à cet espèce de truc insensé qui avait l’air de se passer ce soir.
A quoi est-ce que jouait Potter ?
-Alors comment trouvez-vous ma boîte ? demanda Finnigan à la ronde.
-La décoration est plutôt sympa, attaqua directement Granger, mais Seamus, est ce que tu as vu les tenues de tes employées ?
-Elles sont géniales, hein ! s’enthousiasma Finnigan en donnant des coups de coude à Weasley et à Potter.
Weasley esquissa un sourire approbateur avant de s’apercevoir que Granger lui jetait un regard noir.
-Pas terrible, marmonna-t-il alors.
Potter lui ne se gênait pas vraiment pour déshabiller du regard une des serveuses.
-Je les trouve vulgaires, annonça Draco en retroussant sa lèvre supérieure d’un air dégoûté.
Il eut un hoquet de surprise quand Potter l’attrapa entre ses dents avant de l’embrasser pour de vrai. C’était un baiser lent et suave et Draco ne s’y attendait pas du tout, parce que Potter n’était jamais aussi entreprenant. En tous cas pas devant ses amis et Draco ne voyait pas de journaliste dans le coin.
-Désolé, dit Potter en se reculant finalement et en détournant les yeux, c’est quand tu fais ça…
-Quand je fais quoi ? demanda Draco d’une voix un peu rauque.
Potter haussa les épaules. Weasley ricana.
-Laisse tomber, grogna-t-il toujours sans le regarder. Et Ron arrête de rire, on dirait une hyène asthmatique!
-Tu déconnes, mon rire est super sexy ?! s’exclama Weasley outré.
-Harry a raison Ron, fit un des anciens gryffondors dont Draco avait oublié le nom, je le trouve même plutôt gentil avec toi.
-C’est qu’il est comme mon frère, soupira Potter, en moins réussi.
-Enfoiré ! râla Weasley en essayant d’attraper son meilleur ami mais Potter avait déjà reculé de trois bons pas et il se tenait derrière Draco, son rire chaud allant s’écraser sur la nuque de l’ancien serpentard.
Draco voulut lui dire de dégager et de se trouver un autre bouclier humain mais il s’aperçut que quelqu’un venait de donner quelque chose à Potter.
Il ne vit pas tout de suite ce que le type avait donné à Potter. Quand il comprit que c’était un journal, il s’en désintéressa complètement et essaya de savoir si Weasley avait l’intention d’attaquer quand même son meilleur ami.
-Putain…
Etonné, Draco se retourna vers Potter. Ce dernier avait les yeux fixés sur le journal et semblait pétrifié. Il se passait quoi là ? Le ministre était mort ? Draco se pencha sur son épaule pour pouvoir lire et se figea à son tour.
« INFIDELE ! »
C’était le gros titre qui barrait la première page de cette édition spéciale du soir.
La photo magique qui accompagnait l’article le montrait lui, la chemise à moitié ouverte, en train de chevaucher le type qui l’avait baisé hier. Il avait pourtant fait attention, il était sûr que personne ne l’avait suivi ! Il s’était trompé apparemment. A côté de lui Potter ne disait rien, regardant simplement la photo du journal.
Draco voulut lui arracher ce torchon des mains, furieux qu’on puisse le voir dans un moment si intime. La photo se répétait en boucle et on le voyait bouger sur son partenaire de manière indécente. Bien sûr le bas de leurs corps n’apparaissait pas, sinon ils auraient eu leur place dans un magazine porno et ça se vendait quand même moins bien que la Gazette.
Mais Potter eut un sursaut en constatant qu’il était si près et tourna la tête vers lui. Ce fut son regard qui empêcha Draco d’attraper le journal. Il était haineux. Pas la haine habituelle, non c’était autre chose. Quelque chose qui lui nouait les entrailles. Potter ne l’avait jamais regardé ainsi. Pas comme s’il souhaitait vraiment le détruire. Draco se dit que Voldemort devait être la seule autre personne à avoir eu le droit à un tel regard.
-Se passe quoi ? demanda Weasley et il attrapa le journal des mains de son meilleur ami.
Weasley se mit à blêmir et Granger à ses côtés poussa un « bordel ! » fort peu élégant. Draco se rendit compte que d’autres journaux circulaient dans la salle et que de plus en plus de visages se tournaient vers lui et Potter.
-Je vais prendre l’air, siffla l’ancien gryffondor en bousculant légèrement Draco pour passer.
Le blond l’attrapa par le poignet alors qu’une chape de plomb investissait son estomac.
-Je viens avec toi, annonça-il.
Potter eut un sourire amer qui acheva de briser toutes les illusions que Draco aurait pu avoir ce soir. Il se dégagea lentement, le fusillant toujours du regard.
-Comme tu veux, articula-t-il sombrement et c’était encore pire que s’il avait crié.
La traversée de la boîte fut étonnement simple. La foule s’ouvrait pour eux et chuchotait sur leur passage, les mangeant des yeux. Enfin ils regardaient Potter avec pitié et sympathie et Draco avec dégout. Bande de crétins.
Une fois dehors, Draco eut un rire nerveux qui résonna dans la rue sombre. Tout cela était ridicule. Potter jouait à l’amant outragé alors qu’ils n’étaient même pas ensemble. Et à présent il allait passer pour le méchant de l’histoire.
L’ancien gryffondor qui marchait trois pas devant lui, se retourna brusquement avant de le pousser violemment contre un mur.
-Arrête de rire enfoiré ! cracha-t-il.
Draco écarquilla les yeux à la fois de douleur et de surprise. Avant de décider de se reprendre et de ne pas laisser Potter le traiter comme un chien.
-C’est quoi ton problème ? siffla-t-il en attrapant sa baguette.
Potter n’y fit même pas attention comme si cela ne constituait pas une réelle menace.
-J’en ai marre de toi, répondit le brun froidement, les yeux rivés sur lui. On arrête tout.
-Tu es ridicule, railla Draco en se tordant le cou pour vérifier si sa robe haute-couture n’était pas abîmée. Tu agis comme si je t’avais trompé. Il n’y a personne ici Harry, inutile de faire toute cette comédie.
-Tu me prends vraiment pour un con ?
L’ancien gryffondor avait l’air sincèrement surpris, il s’était approché, envahissant l’espace vital du blond. Draco préféra garder une attitude neutre même si, en effet, la plupart du temps il le prenait pour un con.
-Tu as couché avec ce mec pour me rendre jaloux, reprit Potter dans un murmure que Draco trouva indécent.
L’aristocrate préféra encore garder le silence. Il n’était de toute façon pas vraiment sûr d’arriver à raisonner correctement.
-Et j’espère que c’était bien, continua Potter implacablement alors que ses lèvres frôlaient sa joue. J’espère que tu en as profité Malfoy. Que tu as bien pensé à moi pendant qu’il te sautait parce que c’est tout ce que tu auras jamais : tes petits fantasmes pathétiques.
Harry se recula enfin, un sourire narquois aux lèvres mais les yeux froids et durs. Mince, le changement avec le Potter de la boîte était total mais ils pouvaient être deux à jouer à ça. Draco était beaucoup plus doué que lui pour blesser les gens.
-Je préfère ça à un mec qui ne s’assume pas et qui a peur de ce qu’il ressent, répondit finalement Draco d’un ton aussi glacé que le regard de l’ancien gryffondor. Tu crois que je ne sais pas ? Tu crois que j’ai rêvé les battements de ton cœur quand je te touche ? Que je ne suis pas au courant de tes soupirs tremblants quand je t’embrasse. Personne ne peut jouer la comédie aussi bien ! Alors oui je te prends pour un con. Parce que tu te réfugies à chaque fois derrière ta haine pour ne surtout pas ouvrir les yeux !
Potter parut un instant décontenancé mais il se reprit bien vite.
-Tu crois que je t’aime ? railla-t-il. Mais regarde-toi Malfoy ! Tu es mesquin, cruel ! Tu ne…
Le reste de sa phrase fut coupée par la bouche du blond. Harry répondit immédiatement au baiser comme s’il n’attendait que ça. Ses mains agrippaient les cheveux pâles, les dents de Malfoy cognaient contre les siennes. Sa langue fouillait sa bouche sans aucune délicatesse.
La bouche de Draco descendit dans son cou, suçant et mordillant. Harry ferma les yeux, ses mains ne tiraient plus sur les cheveux blonds, elles les caressaient.
-Tu as couché avec ce type, haleta Harry tout en se rendant compte qu’il était au bord des larmes.
La bouche de Malfoy cessa d’être vorace et ne fit plus que frôler la peau qu’elle avait ravagée et qui commençait déjà à rougir.
-Viens, murmura-t-il et il les fit transplaner chez lui.
Potter regarda d’abord autour de lui sans vraiment comprendre puis quand il s’aperçut qu’il était dans l’appartement de l’ancien serpentard, il recula d’un pas, l’air anxieux.
-Tu vas encore fuir ? demanda Draco qui ne put s’empêcher de le trouver touchant.
Les yeux verts se posèrent sur lui et Harry releva la tête.
-Je n’ai jamais fui devant toi, répondit-il.
Draco ricana, passa à côté lui en le frôlant et se rendit dans la cuisine.
Une fois là bas, il chercha un verre dans un placard et s’aperçut, sans trop de surprises, que ses mains tremblaient lorsqu’il se servit de l’eau.
Potter était chez lui.
Peut-être qu’il allait encore tout gâcher et le faire partir ? Il avait traité Potter de lâche mais il ne valait pas mieux. Il n’avait jamais su lui parler sans chercher à le blesser. C’était son seul moyen de défense face au magnétisme de l’ancien gryffondor.
-Je crois que je ferais mieux de partir, lui parvint la voix de Potter toujours dans le séjour.
Draco se redressa, fixant le mur en face de lui.
« Il part, pensa-t-il horrifié, et je suis incapable de le retenir !»
Il entendit ses pas décroître dans le séjour puis s’arrêter complètement.
-Qui es-tu toi ? murmura la voix de Potter.
Un miaulement interrogatif lui répondit. Draco sortit de la cuisine, ayant reprit contenance.
-C’est Sirkis, dit-il au dos de Potter.
Le survivant était accroupi pour mieux caresser son chat. Ce faux frère moustachu ronronnait de bonheur sous les doigts de l’attrapeur.
-Je ne t’imaginais pas avec un animal de compagnie, reprit Potter sans même se tourner vers lui. Surtout pas un chat obèse, roux et qui se roule par terre, abandonnant toute dignité, dans l’espoir d’une caresse.
-En même temps sa technique a l’air de marcher, commenta Draco de sa voix trainante. Peut-être que je devrais ressembler à un gros Weasley et me rouler par terre, moi aussi ?
Le dos de Potter se crispa.
-Tu veux que je te caresse ? susurra-t-il et cette fois il tourna sa tête vers lui.
Il ne caressait plus le chat mais ce dernier ronronnait plus fort tout en se frottant contre ses jambes dans l’espoir d’attirer à nouveau son attention.
Draco haussa les épaules, secrètement affligé de constater que son chat avait, en effet, si peu de décence (1).
-Je voudrais qu’on parle, répondit le blond. Après tu décideras ce que tu veux faire.
Potter se releva en ricanant. Draco le bouffa des yeux. Il était beau ce con et il ne savait même pas l’effet qu’il lui faisait. Sirkis eu un bref miaulement de dépit (encore une fois totalement dénué d’amour-propre) et après avoir jeté un dernier coup d’œil suppliant à Potter, il s’en alla pesamment en direction de sa gamelle.
-Allons Malfoy, j’ai appris il y a bien longtemps que ça ne servait à rien de parler avec toi. On va encore finir par s’insulter, voir se battre. Je n’en ai peut-être pas l’air mais je suis en colère. Bon sang, j’ai juste envie de te démolir une bonne fois pour toutes.
-Je sais, répondit Draco. Je te connais. Mais tu veux aussi me baiser. C’est pour ça que tu n’es pas encore parti.
-Je veux que tu sortes de ma vie.
Draco s’approcha de Potter, il s’attendait à ce qu’il recule mais il n’en fit rien.
-J’ai couché avec ce type parce qu’on n’est pas ensemble, commença-t-il désolé de voir l’homme en face de lui tressaillir. Si j’avais su que ça te ferait du mal, je ne l’aurais pas fait.
Potter lui jeta un regard noir.
-Je n’ai pas mal. Tu fais ce que tu veux de ton cul ! cracha-t-il.
Draco esquissa un sourire sans joie. L’ancien gryffondor avait tout de la bête acculée et ça n’avait rien de plaisant.
-Demain, j’annoncerai à la presse que tout n’était qu’une comédie. Que c’est fini.
-Bien sûr, railla Potter, ça serait con que tu passes pour un mec volage. Draco Malfoy est bien trop classe pour s’abaisser à ça, n’est ce pas ?
-Je ne suis pas sûr que tu aies réellement envie de passer pour une victime Potter. C’est la meilleure solution.
Le brun eut un nouveau ricanement qui sonna désagréablement aux oreilles de Draco.
-Draco Malfoy a aussi réponse à tout, siffla-t-il faussement admiratif. Je me tire d’ici…
Cette fois Draco ne fit rien pour le retenir. Il était pourtant sûr que Potter n’attendait qu’un geste de sa part. Mais à quoi cela servirait-il de coucher avec lui. Potter trouverait un moyen de le lui reprocher le lendemain matin. Ou pire, il le jetterait sans aucune explication. Il le regarda donc partir avant de s’affaler dans son canapé. Sirkis sembla un instant le dévisager de ses grands yeux jaunes avant de se détourner pour sauter –avec une souplesse étonnante compte tenue de son poids- sur son fauteuil attitré.
-Tu sers vraiment à rien, marmonna Draco en regardant le félin. Même pas foutu de le retenir…
Mais ce n’était pas vraiment au chat qu’il s’adressait.
°O°O°O°
Cinq mois plus tard
Harry grimaça lorsque Portman l’attrapeuse des Loup Hurlants le dépassa. Ce n’était qu’un match amical mais l’équipe Américaine avait l’air de jouer pour une finale de coupe du monde. Ces américains, ils devaient toujours en faire des tonnes ! Harry poussa un soupir et accéléra. L’attrapeuse adverse était rapide, elle avait une technique impressionnante mais elle manquait « d’inspiration ». Harry ne pensa plus à rien. Il était dans les airs. Il était vivant. Il n’y avait que là qu’il se sentait vibrer.
« Non, pas seulement là. » pensa-t-il et il fit tourner brusquement son balai, descendant à une vitesse dangereuse en direction du vif d’or dont il venait d’apercevoir l’éclat.
L’instant d’après il attrapa le vif d’or. Dans les gradins les supporters de son équipe se levèrent comme un seul homme. Harry continua à voler loin dans le ciel, ravi de sentir le vif palpiter dans sa paume. Il fut bientôt rattrapé par le reste de son équipe.
Il souriait sous leurs accolades. Ce soir ils rentraient en Angleterre et demain… il allait le revoir.
°O°O°O°
Draco n’arrivait pas à détacher les yeux de la publicité pour le nouveau parfum de Pansy. Il s’en fichait de se trouver au milieu de la crème de la population sorcière en train de regarder le plafond bouche bée. C’était l’inauguration du dernier né de la série péchés-vertus : Luxure. Et par Salazar, il portait bien son nom.
-Merde ! souffla-t-il.
-Je savais que ça te parlerait Draco ! susurra Pansy à ses côtés en faisant l’air de rien glisser sa main sur la nuque du blond.
-Il était sous impérium, c’est ça ? demanda l’ancien serpentard en se tournant vers sa meilleure amie.
Elle eut un sourire de louve.
-Tu n’as qu’à lui demander, dit-elle en pointant du menton un homme dont il ne voyait pour l’instant que le dos et les épais cheveux noirs.
-Merde, répéta-t-il ce qui fit rire Pansy mais il n’y fit pas attention.
Ses yeux s’étaient retrouvés à nouveau sur la publicité sorcière et son cerveau était…il ne savait pas trop où.
Sur la publicité, Potter –le type qui avait quitté son appartement cinq mois plus tôt sans un regard en arrière- était torse nu sur un vieux canapé. Il portait aussi un pantalon de quidditch douteux comme s’il venait de se crasher à terre avec et une seule jambière.
Il avait l’air de sortir d’un match épuisant et d’avoir besoin d’une sacrée douche. Pourtant il restait planté sur un canapé, s’aspergeant l’air de rien du parfum de Pansy avant de le laisser rouler à terre. Il s’en fichait, il avait le regard accaparé par quelque chose en face de lui. La caméra reculait alors et on voyait ce que Potter voyait. Et c’était lui. Enfin lui dans la publicité « Orgueil ». Et Potter regardait une télévision aussi pitoyable que le canapé et ses yeux verts s’allumaient d’une lueur sauvage. Il le matait ! Et la main du respectable héros du monde sorcier glissait sur son torse nu et descendait plus bas. Sauf que la caméra revenait en gros plan sur le visage de Potter et on ne voyait plus à quoi il jouait avec sa main tout en le regardant. Il poussait juste un bruit qui était un mélange de soupir et de gémissement avant que le mot « Luxure » prenne sa place sur l’écran.
Il était sous impérium, c’était la seule raison pour laquelle une telle publicité pouvait exister. Sauf que depuis dix minutes où Draco avait mis les pieds dans cette salle, il ne voyait aucun survivant furieux cherchant à tuer sa meilleure amie. Non, le survivant sirotait tranquillement un verre à quelques mètres de lui.
-Tu ne vas pas le voir ? demanda Blaise en le faisant légèrement sursauter.
Draco secoua la tête, encore un peu sonné et ayant un peu chaud.
-Je ne l’ai pas croisé depuis cinq mois. Il n’a même pas parlé à la presse quand j’ai révélé la vérité sur notre relation et maintenant il tourne cette publicité ! Je ne le comprends pas.
-Je crois que c’est très clair moi, ricana Blaise. Il te chauffe, mec.
-Tu parles comme un foutu moldu, constata Draco avec un certain dégout.
-Et toi tu baves sur un sang-mêlé. Mais je dois avouer qu’il a les couilles bien en place…
-Tu le détestes, rappela Draco.
Zabini leva les yeux au ciel.
-Ce n’est pas moi le concerné de l’histoire, marmonna-t-il. On me l’a bien fait comprendre. On s’en branle un peu de ce que je pense.
Il crut que son meilleur ami allait le contredire et le rassurer mais Draco se contenta de hocher la tête. Blaise décida que Théodore Nott venait de passer au rang de meilleur ami à la place de Malfoy.
Ceci dit, Théodore lui piquait toujours ses petites copines avec ses airs de ne pas y toucher.
Pansy alors ? Non, Pansy n’était pas assez virile…
Pendant que Blaise se cherchait un nouveau meilleur ami, Draco se dirigeait vers Harry. Ce dernier était vers le bar en train de se chercher un verre. Ça lui rappela une autre soirée pour l’inauguration d’un autre parfum. Il avait fait croire de flasher sur Weasley pour attirer son attention.
-Tu m’auras tout fait faire, murmura-t-il les yeux rivés sur la nuque de l’attrapeur.
Il ne savait pas ce qu’il allait lui dire exactement. Il savait juste qu’il n’allait pas laisser passer sa chance. Il l’entendit commander un sirop de grenadine. Draco se plaça juste derrière son dos, sans le toucher. Mais Potter dût sentir une présence derrière lui car il se crispa.
Draco se pencha à son oreille et son souffle balaya la joue de l’ancien gryffondor. Il venait de trouver quoi lui dire.
-Tu sens bon, murmura-t-il.
Le corps près du sien se détendit. Potter attrapa le verre qu’on lui tendait puis il se tourna enfin vers lui.
-Tu es un dragueur minable Malfoy, annonça-t-il en souriant.
Draco haussa un sourcil.
-Et toi un allumeur médiocre, répondit-il.
Le sourire de Potter sembla s’agrandir.
-Alors ça veut peut-être dire qu’on va bien ensemble.
Draco eut un reniflement de dédain.
-Ne dis pas de connerie. On ne va pas ensemble. Mais je m’en fous. Je n’ai pas envie qu’on s’accorde comme deux boutons de manchettes.
-Mais quel dragueur minable ! répéta Potter. Des boutons de manchette, tu n’as pas trouvé mieux ?
-Je t’emmerde.
-Oui et ça fait quelques années déjà, confirma Harry.
Draco ne put rien répondre car Pansy venait vers eux en traînant à sa suite une dizaine d’invités. Tous avides de parler à l’égérie de sa nouvelle publicité.
Harry lui fit un clin d’œil et l’attrapa par le poignet, les faisant transplaner.
L’instant d’après ils se retrouvaient dans l’appartement du brun.
Draco le laissa approcher. Le laissa le plaquer contre un mur et dévorer son cou.
-Ouais, murmura-t-il encourageant Potter en fourrageant ses doigts dans les cheveux noirs. Tu sens foutrement bon…
Fin
