Work Text:
Perceval, à voix basse : Sire ?
Arthur, contre ses lèvres : Quoi ?
Perceval : On pourrait pas allumer une bougie ?
Arthur, soupirant et grognant d'agacement : Non, pour la énième fois.
L'homme aux cheveux gris était étendu sur lui, dans l'obscurité de sa tente. Ils étaient partis en campagne contre les Wisigoths depuis plus d'une semaine, campant au creux d'un bois vers Tintagel – soit au bout du trou du cul de la Bretagne – là où les envahisseurs auraient décidé de les prendre par surprise, d' après ses informations douteuses.
Pour sa défense, Arthur avait résisté à la tentation d'accepter Perceval dans sa tente pendant neuf nuits d'affilée.
Perceval, à voix toujours basse : C'est qu'on n'y voit pas grand-chose... Moi, j'aime bien vous voir.
Difficile de savoir s'il voulait soupirer ou sourire. Arthur passa ses mains le long du dos de l'autre homme et essaya de trouver en lui le courage de se répéter.
Arthur : Si j'allume une bougie, on va voir nos ombres sur le tissu de la tente, et faut qu'on reste discrets.
Perceval : Mais qu'est-ce que ça fait si, nous, on les voit ?
Arthur : Rien, c'est ceux qui sont dehors qui vont les voir.
Perceval : Nan mais moi c'est à l'intérieur de la tente que je veux mettre la bougie.
Arthur soupira de nouveau, il avait su depuis le début que cela avait été une mauvaise idée. Mais bon, Perceval avait été tellement déçu les nuits précédentes où Arthur l'avait éconduit. Et Arthur dormait mal, les nuits de campagnes, depuis que son chevalier avait été enlevé par les Saxons il y a quelques mois. Et puis, les nuits étaient froides. Et puis zut.
Arthur, geignant : Ne me forcez pas à réexpliquer.
Il réclama les lèvres de son chevalier qui répondait automatiquement. Ils avaient assez pratiqué le baiser romain pour pouvoir se trouver et se faire gémir sans effort, et Perceval se révélait plutôt doué – ou alors c'était juste qu'Arthur était fou de lui. Le chevalier tâtonna pour trouver le bas de sa tunique. Il était de plus en plus audacieux, et ce n'était pas pour lui déplaire.
Arthur n'avait pas encore passé une nuit d'amour en campagne. Il interdisait à ses hommes d'ajouter des prostituées au cortège, et se restreignait à la même discipline. Il n'était pas non plus du genre à taper dans les paysannes des bleds annexés. Alors, il fallait admettre que cette situation teintée d'interdit faisait quelque chose à Arthur ; si seulement son chevalier pouvait se concentrer sur lui plutôt que sur la lumière d'ambiance...
Arthur l'avait couché dans tous les draps disponibles du château, il s'était agenouillé pour lui derrière un chêne du jardin, l'avait pris dans la salle d'arme, et même sur la table à manger. Il l'avait fait gémir de toutes les manières possibles... ou presque.
Perceval se tenait au-dessus de lui, il le sentait plus qu'il ne le voyait. Il était plus lourd que ce qu'il en avait l'air, ses longs cheveux frottaient contre sa joue, son souffle se mêlait au sien, et puis son chevalier appuya son entrejambe contre le sien en gémissant. Ils ne s'étaient pas touchés depuis plus d'une semaine – beaucoup trop longtemps.
Alors, Arthur écarta les jambes.
Juste comme ça, sans y penser, il invita son chevalier à prendre place entre ses cuisses et se plia pour ajouter au frottement. Perceval hoqueta contre sa nuque.
Perceval, déconcerté : S-Sire ? Qu'est-ce que-
Sa phrase resta en suspend lorsqu'Arthur enserra ses hanches avec ses cuisses. Il n'avait plus voulu ce genre de contact depuis Rome ; mais il n'arrêtait pas d'y penser depuis qu'il avait pris Perceval pour la première fois. Il le désirait tellement qu'il lui arrivait d'y penser en séance de doléance – et dans le lit de sa femme, et dans son bain...
Arthur, toujours à voix basse : Vous vous sentez d'attaque pour quelque chose de nouveau ?
Sa voix sonna moins assurée que ce qu'il aurait souhaité. Peu importe, il ne serait jamais trop explicatif pour Perceval. Il n'avait pas besoin de les voir pour imaginer ses yeux bleus hébétés.
Perceval, bredouillant : De nouveau ?
Il ne servait à rien d'user de métaphores élégantes ni de suggestions suaves, où ils risquaient de tourner autour du pot encore longtemps et ils verraient venir le jour avant que rien ne soit fait.
Arthur, d'une voix chaude : Je voudrais que nous renversions les rôles, Perceval.
Le sexe de son chevalier palpita contre le sien. Si l'information n'avait pas atteint son cerveau, elle avait indubitablement fait réagir son bas-ventre.
Perceval, précipitamment : Vous voulez dire que vous voulez que je m'allonge à votre place ou, non, non ... je ne crois pas que c'est ce que vous voulez dire, mais j'ai peur de me tromper, Sire .
Perceval n’avait eu de cesse, tout en parlant, de balancer ses hanches entre ses jambes. Pour lui répondre clairement, Arthur attrapa les fesses de son chevalier pour accentuer sa houle.
Arthur, contre les lèvres de Perceval : Je crois que vous avez compris.
Le gémissement de Perceval manqua de le faire venir dans son pantalon. Dès lors, les mouvements devinrent précipités et passionnés. Tous deux gémissaient entre leurs bouches jointes et tentaient de défaire les vêtements restants. En campagne, il était déconseillé de dormir en liquette, mais Perceval se fichait bien de ce genre de détails. Arthur quant à lui avait encore son pantalon à délasser, et il maudissait chaque bout de tissu se tenant entre sa peau et celle de son chevalier.
Perceval l’aida à s’en défaire, et glissa même adroitement ses mains le long de ses jambes en emportant son pantalon avec lui, jusqu’aux chevilles d’Arthur où il déposa un baiser.
Arthur ne savait pas ce qui l’excitait le plus : l’absence de contrainte sur son sexe turgescent, la caresse des mains de Perceval, le baiser chaste sur son pied marqué au fer rouge, ou le simple fait de voir son chevalier avoir, pour une fois dans sa vie, un geste habile et assuré.
Arthur, la voix rauque : Perceval...
Il lui tendit la main pour l’inciter à reprendre sa place sur lui, le froid de la tente avait besoin d’être chassé. Son chevalier rampa sur lui et attrapa aussitôt ses lèvres ; Arthur en voulait plus. Il attrapa la main de Perceval pour la guider entre ses cuisses, et Perceval attrapa son sexe en gémissant.
Il devenait bon, à ce jeu-là. Arthur devait mordre ses lèvres pour ne pas se faire entendre. Il attrapa l’huile qui servait à entretenir son armement et la glissa dans les mains de son chevalier.
Arthur : Vous savez quoi faire, Perceval, allez...
Son chevalier releva sur lui ses yeux pâles. Il n’y avait aucune trace d’incompréhension dans son regard, ce qui le rendait presque méconnaissable. Le ventre d’Arthur se serra en repensant au Perceval aux yeux rouges qui l’avait tenu en respect, lorsqu’il était sous l’emprise de la chevalière de Cymru, et une envie dévorante remonta en lui. Perceval avait présentement une lueur rouge embrasant ses yeux, ainsi qu’un de ses profils. Sa peau avait pris l’éclat chaleureux d’un brasier qui voulait le dévorer.
Perceval, la voix chargée de luxure : Vous êtes sûr ?
Il hocha la tête et ils ne se quittèrent pas des yeux tandis qu’ils s’attelaient conjointement à oindre les doigts de Perceval. La chaleur rougeoyante semblait gagner du terrain sur la face de Perceval.
Un cri retentissant réveilla tout le campement.
... : LE FEU ! Les Wisigoths ont foutu le feu ! Argh !
A en croire le sifflement qui avait précédé son dernier son, le crieur venait de se faire buter. Arthur se redressa et poussa Perceval dans la manœuvre. La lueur sur le visage de Perceval avait été provoquée par les flammes ! Ils pouvaient désormais voir, projetés par le feu sur les toiles de sa tente, les silhouettes de ses hommes en état d’urgence courir armés dans son camp sous les cris des Wisigoths.
... : Les ordures ! Allez, tout le monde à la filoche, on se réveille !
Arthur reconnut le brame de Léodagan. Il trébucha en pestant, ramassa son pantalon et essaya de retrouver précipitamment sa dignité en cherchant Excalibur des yeux.
Perceval, regardant les ombres : Et si on reste là, vous croyez qu’ils peuvent nous voir ?
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Avec un sourire satisfait, le grand con barbu lui fit signe d’entrer dans le labo avec une fausse courtoisie tout à fait répugnante. Le roi Arthur était venu se mêler de leurs affaires et, comme à chaque fois, il avait joué les parents conciliateurs en prenant parti pour le plus faible. Le roi de Bretagne avait un sale fétiche pour les chiens à trois pattes, ce pourquoi il était constamment entouré d’incompétents et de profiteurs de tout poil. Elias lui-même ne faisait pas exception en la matière : bien que tout à fait compétent dans son domaine – merci messieurs – il avait vu en la personne du souverain de Logres un parfait filon à exploiter. A toujours essayer de contenter tout le monde, il ne fallait pas s’étonner de devenir le dindon de la farce.
Or c’était peut-être ce genre de dindon qu’il était devenu malgré lui en signant à Kaamelott. Il devait encore une fois essayer de coopérer avec un des pires idiots de la baraque – et la baraque ne plaçait pas la barre très haute ! Merlin, “l’enchanteur de Kaamelott”... la bonne blague ! Il n’avait fallu qu’une seule rencontre à Elias pour se rendre compte que le grand barbu n’était en vérité qu’un druide, un druide jouant aux apprentis sorciers pour satisfaire les caprices d’un gamin dont il s’était entiché il y a bien des lunes.
Le domaine des druides, c’était le vivant ! La nature ! Les piafs, les loups, les anguilles et toutes ces conneries. Le domaine d’Elias, c’était le mortel, le changeant, l’obscure. Les druides n’étaient à son sens que des vieux gardiens de forêts qui disparaîtraient bientôt avec elles, au bon train où allaient les choses. Le propre des druides n’était pas de se rendre utile , comme Elias savait si bien le faire.
Merlin, la mine satisfaite : Bon, on commence par quoi ?
Elias, acerbe : Vous voulez que je vous donne des instructions en prime ?
Merlin, à nouveau agacé : Mais non, monsieur Elias, je sais très bien guérir les plaies tout seul, je vous ferais dire ! Vous pensez bien que si je vous avais attendu pour ça, la moitié du château serait déjà allé ad patres !
Elias : Alors pourquoi vous me les rappez ?
Merlin : Parce qu'on doit travailler ensemble, ce sont les ordres ! Alors pour concocter une potion de guérison des plaies, faut bien qu’on se répartisse les tâches.
Elias, soupirant : Sinon je la fais, moi, et on aura qu’à dire qu’on a fait ça à deux. Ça nous fera gagner un temps considérable.
Merlin : Ce sont les ordres, on vous dit, bougre d’âne ! Vous avez tellement l’habitude de tout magouiller tout seul dans votre coin que vous ne savez même plus ce que c’est qu’un ordre.
Effectivement, Elias de Kelliwic’h n’était pas né pour se faire donner des ordres. Il se considérait volontiers comme un électron libre, et ce depuis toujours. Lorsque les enfants stupides du village allaient jouer au marais avec les grenouilles, Elias s’amusait déjà à faire bouillir celles-ci avec des herbes pour en découvrir les usages ; lorsqu’ils s’amusaient à trousser les jupons des lavandières, Elias allait rejoindre son maître enchanteur qui vivait reclus ; lorsque les pignoufs de son ordre se réunissaient pour parler broderie, Elias errait seul en quête de pouvoir et de clients à pigeonner. Toute cette propension à préférer la seule compagnie des gens formidables – c’est-à-dire, de lui seul – faisait de lui un être performant ; performant et libre . Alors non, Elias n’aimait pas marcher à la baguette.
Elias : Allez, qu’on en finisse.
Merlin : Ah quand même ! Ce qu’il ne faut pas pour vous faire collaborer. Bon, où vous avez foutu le cresson ? Vous avez encore bazardé tous mes ingrédients ?
Merlin farfouillait déjà dans les étagères, désordonnant les ingrédients qu’il avait pris soin d’étiqueter et de ranger par fonction.
Merlin, pestant, le nez dans un tiroir : Faut toujours que vous réorganisiez tout à votre sauce !
Elias : J’ai mis de l’ordre là où il n’y avait que du chaos. Et de toutes façons, pourquoi vous cherchez du cresson ?
Merlin, se retournant avec un air étonné : Ben pour mettre dans la popote !
Elias, haussant le ton : Ah non, mon vieux ! Vous n’allez pas commencer à changer les ingrédients, je vous le dis tout de suite ! On suit la recette à la lettre, et on fait ça vite et bien.
Merlin, penaud : Mais j’ai toujours mis du cresson, moi.
Elias : Eh bien laissez-moi vous dire que le fait que moitié de la baraque ne soit pas passé ad patres tient plus de la volonté divine que de vos compétences.
Merlin : ZUT !
Des coups timides résonnèrent à la porte de leur labo, les coupant dans leur dispute. La porte s’ouvrit presque aussitôt et la mine circonspecte d’Yvain apparut dans l’entrebâillement.
Yvain : Ouh, ouh ? Je peux rentrer, je risque rien ?
Elias : On est un peu occupés ; vous repasserez plus tard pour les potions de fertilité, d’avortement ou de poils au zizi.
Yvain : Nan mais je ne veux pas de potion, c’est pour savoir si je vous fais mettre aux geôles maintenant ou plus tard, en fait.
Merlin : Quoi ?
Elias : Qu’est-ce que vous nous bavez ?
Yvain : Le roi Arthur m’a demandé d’attendre devant le labo et de vous faire mettre au trou si je vous entendais vous engueuler. Après il n’a trop rien dit sur le niveau sonore...
Elias : Nan mais là le niveau sonore était acceptable. On a un peu haussé le ton pour peaufiner la recette, c’est comme ça qu’on bosse chez les enchanteurs.
Yvain : Ah d’accord.
Merlin : Et pourquoi il vous a envoyé vous, par curiosité ?
Yvain : Parce qu'il m’a croisé dans la cour, j’allais chez Gauvain... Si vous croyez que ça m’amuse de faire le pet.
Elias : Mais allez voir votre copain, on va se tenir à carreau, c’est promis.
Yvain : C’est que j’ai des ordres... Le roi avait l’air assez carré sur le sujet.
Elias : Ça va bientôt être l’heure de se mettre à table. Allez donc voir si votre ami a faim, et repassez après. On bouge pas, nous, de toutes façons.
Yvain, son visage s’éclairant un peu : Vous êtes sûr ? Ça vous dérange pas ?
Elias : Mais non, mais non. Allez, laissez-nous bosser et bon appétit.
Yvain, joyeux : D’accord ! Bon, ben, j’y vais.
La porte se referma et les pas s’éloignèrent.
Merlin, calmement : S'il se fait mettre une chasse pour avoir quitté son poste, ça sera de votre faute.
Elias : Je vivrais avec.
Merlin : Bon, autant essayer de bosser calmement. J’ai pas tellement envie de me retrouver au cachot.
Elias, sceptique : Parce que vous pensez qu’il mettrait ses menaces à exécution ?
Merlin : Qui sait ? On l’a bien énervé le p’tit.
Elias : On sortirait sans problème. Enfin, je sortirais sans problème, mais je me retrouverais persona non grata dans le coin et ça n’arrange pas les affaires.
Merlin, sifflant : Vous et vos affaires...
Elias : Bon, alors voilà ce que je propose, je m’occupe de tout ce qui est racines et bile de renard, et vous vous gérez le mélange de sable et d’herbes.
Merlin : Et pourquoi vous choisissez la bile de renard, môssieur Elias ?
Elias, las : Quoi, vous voulez échanger les rôles ?
Merlin : Non, pas forcément. Mais c’est pas vous le chef.
Elias : C’est noté. Allez, on bosse chacun de notre côté et on met en commun après. Plus besoin de communiquer outre mesure.
Elias posa son bâton à sa place habituelle et retroussa ses manches. La bile de renard était dans un pot soigneusement étiqueté sur l’étagère consacrée aux déjections animales aux propriétés curatives. Pour bien faire, il fallait déjà faire bouillir la bile afin de retirer l’écume. Il alluma un foyer d’un coup de main nonchalant et commença à hacher les racines de belladone en attendant que la gamelle chauffe.
D’un coup d’œil, il vit que son druide de collègue semblait perdu. Il regardait les étagères les bras ballants, semblant incapable de s’y retrouver. Elias l’aurait bien laissé comme ça, mais il sentait une nouvelle engueulade poindre à l’horizon.
Elias, sans cesser de hacher : Dans le panier à côté du meuble à votre gauche, le sac en jute.
Le druide se baissa pour récupérer le sac de sable et le posa lourdement sur son plan de travail.
Merlin, dans sa barbe : Merci.
Il lui jeta quelques regards timides puis retroussa lui aussi ses manches et releva fièrement le menton. Elias retourna à ses racines. La belladone hachée, il alla chercher les racines de laurier rose rangées sur l’étagère destinée aux sangs et herbes à propriété sanguines et les pela soigneusement avant de les couper grossièrement dans le but de les piler avec la belladone. De son côté, Merlin avait saisi des baies de houx, de la sauge blanche séchée qui pendait à une poutre, un brin de menthe poivrée arraché dans leur petit jardin devant le labo ainsi qu’un bouquet d’alchémille qui avait été accroché devant la porte. Bon, si on oubliait l’alchémille, le reste était effectivement dans la recette. Et puis le but était de terminer la potion, si elle était foirée du fait de l’incompétence de son compère, cela n’était pas son problème.
Elias plaça la bile dans une coupelle sur le feu pour la faire travailler puis alla pour attraper le mortier nécessaire pour piler ses racines. Ce faisant, sa main rencontra celle de Merlin. Ils reculèrent immédiatement et le barbu toussa pour cacher sa gêne.
Merlin : J’ai besoin de ça.
Elias : Moi aussi.
Ils avaient seulement deux mortiers, mais celui-ci était en pierre tandis que l’autre, en bois, avait absorbé sans le vouloir un peu de toutes les mixtures. Un mortier en pierre ne risquait pas de compromettre les préparations. Merlin soupira et se retourna.
Merlin : Bon, je prends l’autre. Vous l’avez foutu où ?
Elias : Avec les autres outils en bois, dans la caisse là-bas.
Il montra l’endroit d’un geste précis et Merlin y alla en trainant des pieds. Elias commença à piler ses racines en guettant le druide.
Merlin attrapa une pincée de sable, en saupoudra des feuilles d’armoise et commença à les piler vivement en meumeumant un air connu. L’armoise n’était absolument pas dans la recette, pas plus que la sève qu’il rajouta après avoir pilé la sauge. Le grand barbu avait enfin l’air concentré. Il broyait ses herbes avec un air sérieusement absorbé. De temps en temps, Elias le voyait se diriger vers les étagères, frotter une herbe entre ses doigts avant en sentir l’odeur avant de l’ajouter à sa mixture.
Tout en allant chercher au jardin quelques racines de pissenlits, Elias jeta un œil à la préparation et fut stupéfait de voir une mixture d’apparence pas trop crade. C’est en voyant Merlin rajouter une pincée de sable qu’il comprit. Le druide ne laissait rien au hasard, ou plutôt, il semblait rajouter les herbes au hasard alors qu’il agissait par pur instinct. L’armoise avait été rajoutée au début pour désinfecter le bol en bois, puis les propriétés de l’alchémille allaient faire réagir la menthe et donner un résultat bien plus efficace que ne l’aurait fait une feuille d’acanthe, quant à la sève et au girofle mélangés au houx, ce n’était pas loin d’être du génie. Elias devinait que de fortes propriétés anesthésiantes et cicatrisantes allaient résulter de ce mélange, si bien que la propre préparation d’Elias serait presque superflue.
Inconscient de l’attention qu’il lui portait, Merlin continuait de chantonner dans sa barbe en mélangeant tranquillement sa préparation désormais pâteuse. Sa présence était étrangement apaisante, lorsqu’il était ainsi concentré. Ce n’était pas la première fois qu’Elias s’en faisait la remarque, mais c’était la première fois que ce sentiment de tranquillité s’accouplait d’une appréciation des réels talents de son compère.
Elias n’avait jamais apprécié la compagnie de personne. Même le mage qui avait été son maître avait eu tôt fait de lui courir sur le haricot, et Elias s’en était débarrassé dès l’instant où ses capacités avaient dépassé les siennes. Les femmes ? Pas pour lui. Pas plus que les hommes, d’ailleurs. Il ne nourrissait aucune rancœur envers les couples heureux ; il ne les enviait pas, à vrai dire. Il avait vécu assez longtemps pour voir derrière le masque de l’amour courtois. L’amour n’était rien, au regard des siècles. Certains enchanteurs avaient du mal à renoncer à cela, cela avait été tout naturel pour Elias qui n’avait jamais aimé que l’argent et la renommée. L’amour, c’était utile : pour vendre des potions de fertilité, des aphrodisiaques, des filtres d’amour et des bibelots fantaisistes. Du reste, les amourettes de Kaamelott ne donnaient pas vraiment envie de se maquer. Les amis ? Quelle idée. L’amitié, c’était la confiance ; la confiance, c’était pour les faibles et les imbéciles. Or, Elias n’était ni l’un ni l’autre.
C’est ainsi qu’Elias de Kelliwic’h avait toujours cheminé seul. Il ne s’était embarrassé des autres que pour des escroqueries, plus ou moins sur le long terme. Si on lui avait dit, il y a encore un an, qu’il partagerait un labo avec un autre...
Le druide Merlin n’avait, semble-t-il, aucun désir de s’enrichir. A bon entendeur, c’était un idiot. Mais l’homme avait vécu bien plus longtemps que lui, alors peut-être avait-il perdu cette vanité en chemin ? Pauvre bougre.
Merlin n’était vraisemblablement là, à partager son exécrable compagnie, que pour satisfaire les caprices du roi de Logres. Cherchait-il la gloire ? Son titre d’enchanteur officiel du royaume lui avait en effet conféré une certaine notoriété parmi les magiciens – une notoriété qui était venue jusqu’à lui, lorsqu’il habitait encore le grand nord et venait d’achever le sort de souffle-mortel. Cependant, plus il le côtoyait, moins il lui semblait digne d’honneur, ou rechercher les honneurs.
N’était-il vraiment là que pour Arthur, ou quelque puissance lui soufflait-elle où se trouver ?
Il en était là de ses réflexions quand son couteau d’argent ripa et lui trancha la paume de la main.
Elias hoqueta de surprise, mais ne poussa pas un cri. Merlin, en revanche commença aussitôt à beugler.
Merlin, catastrophé : Nom de nom, qu’est-ce que vous avez foutu ?
Elias, calmement : Parce que vous pensez que je l’ai fait volontairement ?
Merlin : Ben non, mais vous ne vous foirez jamais, d’habitude !
Le druide commençait déjà à retourner les tiroir – refoutant le merdier au passage – pour trouver quelques pansements. Elias avait largement les capacités de se soigner lui-même, mais il n’arrivait pas à lâcher son compère des yeux. Il se sentait curieux.
Elias ne se souvenait pas avoir ressenti de la curiosité pour un autre individu non-rentable avant Merlin. Mais maintenant que cette curiosité l’avait titillé, il peinait à détacher son attention de son collègue. Pas le temps de dire ouf que le grand barbu revenait avec un pot à confiture et des bandages.
Merlin : Allez, montrez-moi ça.
Elias plissa les yeux avec méfiance mais ne protesta pas ouvertement. Son : « Foutez-moi la paix, crétin ! Et allez glander plus loin », restait sur sa langue.
Merlin, agacé : Faites pas votre emmerdeur et laissez-moi voir. Vous avez coupé de la belladone avec ça, alors faut mieux traiter la coupure rapidement.
Le druide attrapa sa main dans l’une des siennes pour l’observer avec un air professionnel qu’Elias n’avait jamais vu. Sa barbe effleurait ses doigts ; les mains de Merlin étaient étonnamment douces pour un type qui n’avait pas loin d’un millénaire. Il lâcha prise pour aller tremper rapidement ses doigts dans la tambouille qu’il était en train de préparer et puis attrapa de nouveau celle d’Elias.
Dire les frissons épouvantables qui l’avaient parcouru en sentant les doigts glissants de Merlin parcourir sa plaie vive... Elias ne reconnut pas sa chaire. Son cœur trahit à son tour un battement lorsque les doigts passèrent une seconde fois. Il n’avait pas souvenir de l’avoir senti depuis qu’il s’était serré, une fois, à la mort de sa mère.
Merlin : Ça devrait suffire. Attendez que je vous emballe le tout.
Le druide se retourna en laissant les doigts d’Elias trembler sous son propre regard circonspect. Quelques secondes plus tard, il avait la main bandée avec expertise.
Merlin : Dommage que la potion n’ait pas été prête, vous n’auriez pas eu à attendre !
Le barbu le regarda en s’essuyant les mains, dans l’attente d’une réponse, mais Elias ne savait pas quoi dire. Ils retournèrent alors tous deux à leurs préparations.
La main d’Elias ne lui faisait pas mal du tout, il attrapa sa botte de chiendents et éminça finement leurs racines sans quitter son partenaire des yeux. Il ne se déconcentrerait pas deux fois au point de se couper, ou pire, de louper sa potion. Mais l’autre était étrangement hypnotisant.
Merlin lui ressemblait autant qu’il lui était étranger. Il avait sous toute cette couche d’incompétence quelque chose de profondément magique, d’instinctif, et Elias pouvait le sentir. Il avait au fond de lui quelque chose de sombre et de maîtrisé. Elias n’avait jamais respiré le même air de quelqu’un qu’il puisse appeler son semblable, un alter ego .
Il se sentait désormais attiré par sa présence, il voulait le toucher à nouveau, ou bien le déchirer.
Que feraient les mains de l’autre sur sa peau ? Parviendraient-elles à faire naître un peu de vie dans sa chaire maladivement pâle ?
Indifférent, Merlin continuait à faire sa popotte avec nonchalance et brio. Elias n’avait jamais eu autant d’instinct lorsqu’il s’était agi de mélanger les herbes – ce n’était pas un druide.
Un instant, il aperçut le puissant magicien qu’on lui avait décrit au conseil. Cet instant faillit lui faire renverser sa bile de renard, et il décida que c’en était assez.
Merlin était sorti remplir un chaudron d’eau claire, et Elias attrapa un peu de peau de salamandre dans un bocal de la réserve.
Merlin : Ça va mieux, votre paluche ?
Le grand barbu était déjà revenu. Il posa lourdement son petit chaudron sur sa paillasse et se tourna vers lui. Il était près. L’odeur de la menthe s’accrochait à sa longue barbe. Son visage toujours jeune le dépassait, l’air inquiet.
Elias n’arrivait pas à détourner les yeux.
Merlin, visiblement préoccupé : Vous êtes sûr que vous allez bien ?
L’enchanteur avança d’un demi pas, sans le vouloir. Il voulait percer les mystères qui entouraient l’autre idiot, il voulait qu’il continue de s’inquiéter pour lui et qu’il le touche à nouveau.
Des doigts effleurèrent son poignet, le faisant chanceler. Ils étaient désormais presque torse contre torse, le tissu de ses robes noires touchant le tissu blanc tapissant la poitrine du druide. Elias n’avait jamais embrassé qui que ce soit. Les paupières de Merlin battaient avec étonnement, mais il ne se recula pas lorsque son nez effleura le sien. Il bassa les cils en s’approchant.
La caresse des lèvres du druide contre les sienne lui fit l’effet d’une pluie de pierre sur la tronche. Il passa sa main derrière l’autre et jeta la peau de salamandre sur la paillasse de Merlin puis s’éloigna avant que l’autre ne puisse comprendre.
Son cœur battait dans ses tympans, il alla ouvrir la fenêtre pour respirer.
Elias, essayant de maîtriser sa voix : Vous occupez pas de moi, et bossez.
Il se retourna, fébrile, vers son ouvrage sans lever les yeux sur Merlin.
Un bruit de flammèche allumée plus tard, une explosion balaya tous leurs ustensiles sous les cris de son collègue. Le tumulte allait forcément amener le roi Arthur, Elias allait pouvoir se foutre de son idiot de pseudo-enchanteur, et tout reviendrait dans l’ordre.
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Finalement, ce n’était pas si mal cette histoire de double festival.
L’exposition des armes de jet durait depuis deux jours et les premières neiges s’étaient enfin décidées à tomber. Léodagan avait fait recouvrir ses armes de tirs les plus couteuses par des larbins afin d’éviter que les mécanismes ne prennent la flotte, mais cela ne semblait absolument pas déranger les danseurs de Bohort. Ils étaient tous habillés en blanc, ce qui leur donnaient l’air de flocons de neige grotesques, et dansaient autour des catapultes avec légèreté. Le contraste entre eux et les chefs de guerre étaient frappant. Les chefs étaient lourdement habillés de couches de fourrure sombres et se déplaçaient lourdement, traînant leurs armes et leur ivrognerie de la veille. Certains s’arrêtaient toute de même pour regarder le spectacle insolite, ce qui avait le mérite d’attirer l’attention sur ses petits bijoux – et par petits bijoux, il parlait évidemment de ses catapultes.
Les guerriers regardaient avec curiosité les contorsions des danseurs, les raillant tout en les observant avec attention. Une femme voilée de blanc avait grimpé avec leste sur un trébuchet et mimait semblait-il une mort brutale. Sa chute calculée lui valut quelques applaudissements et un vieux chef de clan lui tendit une main secourante ; celle-ci fit mine de la prendre et se releva avec grâce pour rejoindre les autres danseurs, en souriant. Le guerrier la regarda partir avec de grands yeux, c’était la première fois que Léodagan voyait ce vieux connard faire un geste poli.
Léodagan souffla du nez un petit rire moqueur. Cette fusion des festivals avait définitivement été une bonne idée. Déjà, sa femme arrêtait de les lui rapper, comme quoi ça faisait double travail et qu’il fallait faire payer l’entrée pour essuyer le prix de la bouffe – quelle idée de merde – et ensuite, les tarlouzes de Bohort semblaient compenser la brutalité des bourrins de chefs, ce qui limitait les casses.
Tout Kaamelott était en effervescence. Les moindres ruelles de l’enceintes étaient encombrées par des stands d’artisans du royaume venus présenter leurs armes de jet et de tir : des échoppes de lances armoricaines, des arcs du nord du mur d’Hadrien, des frondes de Galles... une bande d’Asiat’ avait même dressé une table pour présenter des petits couteaux ronds à quatre lames. Un des types avait fait une démonstration de lancer en prenant un danseur comme cible, et lui avait cloué les vêtements sur un mat sans même le décoiffer. Le spectacle avait été si impressionnant qu’ils avaient aussitôt vendu tout leur stock. Les bébés de Léodagan trônaient quant à eux fièrement dans la cour du château, cernant des tables de victuailles et des échoppes de bières. Il avait accepté de donner les coordonnées de ses artisans à quelques chefs en échange d’une petite somme : il s’en sortait très bien. Les artisans vendaient tous d’autant plus que les danseurs attiraient des femmes et des enfants qui ne se seraient jamais mélangés aux guerriers en temps ordinaire. Bref, l’ambiance était festive, et il fallait vraiment s’appeler Arthur pour trouver moyen de râler : « Mais merde ! Je vous avais dit pas de stand dans cette allée ! Comment voulez-vous qu’on circule, autrement ? Ça va bien, à force ! Virez-moi ça de là où j’annule la fiesta de l’année prochaine ! », enfin bon, rien d’inhabituel.
Lui-même se sentait étrangement guilleret, une choppe à la main, regardant les flocons se poser doucement sur les machines de guerre et les cheveux des danseurs. La musique s’élevait jusqu’aux remparts où il s’était isolé, elle masquait les engueulades des deux magiciens qui avaient installé leur propre stand de conneries magiques devant leur labo. C’était une belle journée.
Il repéra près de l’église Bohort, son fils et son abruti de copain. Le chevalier venait visiblement d’acheter des petits gâteaux aux deux débiles qui discutaient avec des danseurs. Yvain riait avec Gauvain en se goinfrant. Même cela ne fit pas basculer l’humeur de Léodagan. Son fils ne portait même pas d’épée à sa ceinture. Ils avaient pourtant passé toute l’après-midi de la veille à faire le tour des stands pour trouver une arme à Yvain.
Léodagan soupira, il ne savait même pas pourquoi il s’était fatigué. En voyant, la veille, son fils essayer de d’imiter des pas de danse, il l’avait rapidement entraîné vers les stands d’armes. Hors de question que son fils se prenne pour un flocon en public. Il s’était mis en tête de lui trouver une arme qui lui corresponde, nourrissant l’espoir que son fils se transforme en homme en mettant la main sur celle-ci. Peine perdue. Le jeune avait traîné des pieds toute la journée, s’intéressant à tout sauf aux armes. Léodagan lui avait acheté à peu près tout ce qui se faisait en arme afin qu’il s’exerce et trouve son style de combat, mais Yvain n’avait fait montre d’une attention mesurée que pour un petit poignard finement ouvragé. Il avait enfanté une pédale, il fallait se résoudre.
Son fils paraissait désormais à sa place, sous l’aile de Bohort, et Léodagan se sentait apaisé. Après tout, il fallait de tout pour faire un monde.
Dame Séli : Qu’est-ce que vous fichez, perché là tout seul ?
Léodagan : Je me détends. Vous ?
Dame Séli : Je vous ai vu au loin et je suis venue voir.
Léodagan : Ben maintenant vous m’avez vu. Heureuse ?
Dame Séli, avec son ton ironique habituel : Je nage dans le bonheur depuis le jour de nos noces.
Léodagan : Bien, bien, bien. Et donc ? Vous allez encore m’emmerder ? Vous voulez peut-être que je leur dise à tous de se tirer ?
Dame Séli, s’accoudant au rempart à ses côtés : Mais non. Faut admettre que la fête est plutôt sympathique.
Léodagan : A la bonne heure !
Dame Séli : Je vous ai ramené un truc à becter, tenez.
Sa femme lui tendit un petit gâteau semblable à ceux que Bohort avait offert à son fils. Il la remercia d’un regard avant de croquer dedans goulument.
Dame Séli : Vous avez réussi à amasser un petit pécule ?
Léodagan : On peut dire ça.
Il lui tendit trois bourses pleines. Sa femme ne se fit pas prier pour ranger les sacs de pièces sous les pans de sa robe.
Dame Séli : On évitera de le déclarer. En attendant on a besoin de vous à la salle du banquet, les larbins veulent savoir combien de porcs il faut tuer pour ce soir, et moi j’ai autre chose à glander.
Léodagan, soupirant : Je me disais bien que vous alliez m’emmerder.
Le soleil tomba rapidement, les convives s’amassèrent autour des tables de la plus grande salle du château. La bière coulait à flot, et les plats s’enchaînaient sans interruption. Léodagan riait fort, un gigot à la main. Son père, Goustan, venait de raconter une anecdote de bataille mettant en scène un jeune Léodagan et un troupeau de chèvres.
Goustan : Faut reconnaître que pour une fois les réunions de Kaamelott servent à quelque chose ! Je me suis toujours dit que votre fédération à la mords-moi-l'neud n’était qu’une perte de temps et, bon, je le pense toujours. Mais de mon temps pour échanger armements et tactiques fallait absolument se les mettre dans la gueule. Là, au moins, il y a de la picole.
Un chef de guerre : Bien parlé, le Cruel ! Je suis prêt à dire vive Arthur et son putain de Graal si on m’en ressert une autre comme celle-là !
Un serviteur se pressa pour le resservir. Une main se posa sur l’épaule de Léodagan, Bohort se pencha pour parler à son oreille. Il sentit son visage chauffer en voyant les yeux de son père le fixer.
Bohort, criant dans son oreille pour se faire entendre : Un spectacle commence dans la cour dans dix minutes, tout est prêt, mais faudrait attirer les convives vers l’extérieur !
Léodagan, bourru : Et en quoi ça me concerne ?
Bohort, criant toujours : Je n’arrive pas à me faire entendre, vous avez plus de coffre que moi ! Et les chefs de guerre vous respectent assez pour vous écouter, vous !
Le compliment acheva de le convaincre. Il appréciait toujours quand Bohort reconnaissait ses qualités. Il ne savait pas pourquoi, mais la reconnaissance venant d’un homme si différent de lui, lui faisait quelque chose à chaque fois.
Léodagan : Ça va, ça va ! Mais j’espère que ça vaut le coup, votre truc !
Bohort lui adressa un sourire ravi et lui tapota l’épaule encore une fois avant de partir. Goustan lui adressa un sourire cruel.
Goustan : Bien sûr il fallait que la fête soit polluée par ce genre de femmelette, c’est comme ça qu’on sait qu’on est à Kaamelott.
Un chef de guerre, hilare : Comme vous dites !
Un autre guerrier : Oh moi j’aime bien leur numéro !
Goustan : Parce que vous êtes une grosse tata vous-même. C’est quand, la dernière fois que vous êtes allé à la filoche ?
L’autre guerrier : Mais-mais ça n’a rien à voir ! Je trouve ça joli, c’est tout.
Goustan : Vous devriez peut-être demander votre place à la table ronde. Là-haut, ils aiment tout ce qui est romain et jupette, vous serez comme un coq en pâte.
Léodagan, bougon : Bon, je vous en prie. Faut pas faire de généralités, non plus.
Goustan, doucereux : C’est normal que vous vous sentiez visé.
Léodagan : Merde.
Goustan : Allez, obéissez à l’autre tantouze, vous en mourrez d’envie. J’y pense, vous devriez peut-être essayer de faire vous-même un gosse à votre bon à rien de gendre, qui sait ce qu’il a entre les jambes ? C’est peut-être pour ça qu’il n’y a pas d’héritier en vue, et vu que vous aimez vous faire commander par des femmes...
Les chefs assis autour rirent de bon cœur.
Léodagan grogna en se mettant debout sur sa chaise et frappa du pied sur la table pour attirer l’attention.
Léodagan, d’une voix de stentor : Votre attention, les tarés ! On est conviés à sortir dans la cour pour voir gigoter des danseuses, on ne vous en voudra pas de rester assis et de louper le spectacle !
Des rires gras s’élevèrent de toutes part, la plupart des personnes se levaient tout de même avec une choppe à la main, bien décidé à profiter de l’animation pour rigoler un bon coup. Il croisa le regard déçu de Bohort, et détourna aussitôt les yeux. Il attrapa sa choppe en se rassoyant et la vida d’un trait.
Goustan, goguenard : J’en connais un qui va se la mettre derrière l’oreille.
La salle se vida peu à peu sous les rires avinés des convives, Léodagan se décida à sortir après que son père se soit levé en clamant sa volonté d’aller “arroser les tulipes”.
Dehors, les danseurs se répartissaient autour des machines de tirs. Une odeur de bière et de vin chaud embaumait l’air nocturne, des flocons épais tombaient mollement sur les braséros éparpillés pour l’occasion. Bohort se tenait debout sur une estrade faite de caisses empilées ; il se racla la gorge plusieurs fois pour annoncer son envie de parler, mais les bavardages camouflaient ses tentatives. Léodagan rechercha son gendre d’un regard circulaire, s’attendant à l’entendre réclamer le silence, mais il n’était nulle part en vue. Sa fille était assise sur une chaise haute à côté du chevalier blanc, riant à son oreille. Bohort, dont les joues avaient viré au rouge, fit un signe à ses danseurs et sauta de son estrade.
Aussitôt, des tambours se mirent à battre et les danseurs bougèrent à l’unisson. Leurs mouvements étaient plus raides et plus brusques que d’habitude, ils poussaient des cris de bêtes en se déhanchant, ce qui faisait pas mal rire ses propres invités. Les rires cessèrent lorsque certains des danseurs enflammèrent des bâtons aux braséros et crachèrent des traits de feu. Les flammes ne s’évanouirent pas, mais se courbèrent en cercles étonnants qui arrachèrent des bruits admiratifs à la foule. Elias de Kelliwic’h pointait les flammes de son bâton magique en murmurant des trucs, Bohort souriait fièrement en regardant les danseurs simuler leurs morts.
Léodagan se joignit aux acclamations lorsque le spectacle s’acheva, en traits de flammes agilement esquivés par des danseurs vêtus de fausses armures. Tout Kaamelott se mit à crier pour réclamer une nouvelle danse et Bohort ne parvint pas à le leur refuser longtemps. Il semblait ravi. Sous les acclamations de la foule, le chevalier de Gaunes fit signe à ses danseurs de recommencer leur danse. Des cris de joie retentirent, recouvrant les grognements des chefs de guerre qui en avaient assez vu.
Calogrenant : Tiens, vous êtes là ? Pas mal, l’animation ! Je suis d’ailleurs surpris que vous ayez validé la bamboula.
Léodagan : J’ai dû faire quelques concessions.
Calogrenant : Ordre du roi ?
Léodagan : Même pas. Ma femme. Entre le gendre et elle je vais bientôt devoir enfiler des collants pour danser moi-même. Vous ne vous étonnerez pas.
Calogrenant, amusé : Si vous voulez un kilt, j’en ai en stock... c’est prévu, ça ?
Il reporta son attention sur le spéctacle : un danseur s’était écroulé en esquivant un jet de flammes. Elias de Kelliwic’h, visiblement lassé de participer, s’était assis sur un banc avec une coupe de vin ; c’était Merlin qui gesticulait pour contrôler le feu. Léodagan voyait venir la catastrophe à trois miles.
Il commença à fendre la foule vers ce con de magicien mais c’était trop tard.
Calogrenant, criant à la cantonade : Allez chercher de l’eau, vite !
Léodagan, au magicien : Arrêtez, débile ! Vous allez cramer la baraque !
Une échoppe et une table ainsi qu’un scorpion avaient été touchés par les flammes et le feu se répandait rapidement de stand en stand malgré la neige amassée. Les vendeurs hurlaient de rage et les chefs de guerre se ruèrent en hurlant sur les danseurs.
Une bagarre générale commença alors, faisant fuir les petits enfants venus assister à la fête. L’étonnant, dans tout cela, c’était que cela ait pris deux jours avant d’arriver. Les chefs de guerre courraient après les danseurs, les rossaient, se les balançaient en riant.
Goustan, hilare : Allez mes blaireaux ! Montrez-leur comment on valse, haha !
Dame Séli, hurlant au loin : Sagoins ! Minables ! Comptez pas sur une invitation l’année prochaine !
Goustan : BASTON !
Son vieux père jeta un os de poulet dans la foule en hurlant sa joie. Il n’aurait pas osé s’opposer directement à sa belle-fille en temps normal mais paraissait ravi de pouvoir le faire sous couvert de bagarre générale.
Léodagan grogna en poussant un homme de son chemin – il n’était pas d’humeur à ce qu’on lui cherche des noises. Calogrenant aidait toujours à éteindre les flammes en criant ses directives, Elias s’était levé de son siège et, d’un geste agacé de son bâton, avait repoussé les bagarreurs alentours. Il le vit tendre la main à Merlin pour le relever et partir se réfugier vers leurs quartiers. Sa femme jetait des brioches sur les chefs de guerre en les gratifiant de son plus beau latin, Arthur n’était toujours pas en vue, et Bohort semblait avoir lui aussi disparu.
Bohort... Le chevalier vert était introuvable. Léodagan eut le réflexe de balayer du regard les hommes immobiles au sol, s’attendant à moitié à le trouver roulé en boule sous une table. L’anxiété commença à monter en ne le trouvant nulle part, quand un cri reconnaissable le fit se retourner.
Un éclair de couleur verte disparut derrière une catapulte, un guerrier à la tenue Picte suivit le mouvement en riant.
Le sang du roi de Carmélide ne fit qu’un tour. Il dégaina son épée et menaça tous les hommes sur son passage pour traverser la cour jusqu’à sa catapulte.
Léodagan, pressé : Tirez-vous de là si vous ne voulez pas que je vous mette les tripes à l’air !
Il contourna sa machine de guerre favorite pour trouver, non pas un Picte, mais trois guerriers armés jusqu’aux dents ayant acculé Bohort contre le bois de l’édifice.
Léodagan les reconnaissait de vue. Il ne retrouvait pas les noms des pignoufs, mais il était sûr d’avoir déjà vu la carrure impressionnante du guerrier à la hache qui se trouvait là. Il avait même négocié le prix de son arme à coup de mandales dans la gueule du marchand. Ce devait être un adversaire de taille, mais ce soir, il chancelait légèrement sur ses pieds, une choppe dans sa main libre. Ils faisaient sans conteste partie de ses invités, et Léodagan ne se sentait pas tout à fait chaud de les provoquer tout seul – Bohort ne comptant pas tellement dans l’addition. Et puis, après tout, les bastons étaient une part presque officielle de ce genre de réunions. Léodagan n’allait pas laisser son camarade tout seul, mais il allait observer la rencontre avant venir jouer les chevaliers servants. Le cri de guerre lointain de son père le conforta dans cette idée.
Le guerrier Picte, tout sourire : Vous ne comptiez pas vous en aller sans nous dire au revoir ?
Le ton était inquiétant, Bohort semblait sur le point de s'évanouir – ce qui en soi n’avait rien d’extraordinaire. Le chevalier lui évoquait un agneau cerné par des loups, ses genoux tremblaient et ses yeux écarquillés d’effroi suppliaient ses assaillants. Le noble de Gaune avait bien porté la main à sa ceinture, mais pour ne trouver que sa tunique de fête. Il avait visiblement omis de garder son arme... à une réunion de chefs de guerre – l’idiot.
Bohort, montrant les paumes de ses mains en signe d’apaisement : Messieurs, gardons notre calme et tentons de trouver un compromis acceptable pour tous les partis-
Le guerrier à la hache, l’interrompant, énervé : Tu nous rembourse ce que tu nous as fait perdre, avec les intérêts, tu t’excuses gentiment et tu peux aussi nous faire tourner quelques danseuses pour le préjudice.
Bohort, mi effrayé, mi outré : Je vous en prie, restons courtois !
Le troisième guerrier grogna de colère, il avait l'air aussi sympathique que les deux autres réunis, et ce n’était pas peu dire. Léodagan le connaissait pour avoir sympathisé avec lors de nombreuses rencontres. C’était un chef de guerre des îles d’Irlande, il possédait plus d’hommes que cet abruti de Ketchatar car il s’était illustré lors de nombreux combats par sa férocité. Autant dire que, jusqu’à présent, Léodagan le Sanguinaire l’avait trouvé d’excellente compagnie.
A ce stade, Léodagan espérait sincèrement que Bohort parviendrait à jouer son rôle de négociateur pour se débarrasser des trois connards, car son intervention lui coûterait à coup sûr des alliés potentiels, ainsi que des clients. Il longea tout de même les balistes et les trébuchets pour se fondre dans les ombres, se rapprochant de la rencontre en s’efforçant de rester discret.
Le guerrier Picte : Messieurs, il semblerait que notre hôte ne soit pas disposé à nous dédommager.
Le chef Irlandais, méchamment : Il veut peut-être nous dédommager lui-même ? Hein, qu’est-ce que tu en dis, la danseuse ? Tu ne voudrais pas mettre la main à la pâte ?
Bohort blanchit comme un linge ; Léodagan vit rouge. Il commença à mettre son arme au clair et, de sa main gauche, attrapa son petit fléau nouvellement acheté qu’il portait à sa ceinture. Tant pis pour le copinage.
Le guerrier à la hache, visiblement aviné : C’est qu’une pédale, je préfère qu’il mette la main à la poche qu’à la pâte.
Le guerrier Picte, avec un sourire moqueur : C’est à peine un homme et, la nuit, tous les chats sont gris.
Bohort, précipitamment : C’est-c’est un incident su-survenu à Kaamelott, et Ka-Kamelott couvrira les dégâts !
Une gifle musclée l’interrompit une seconde fois, le chevalier de Gaunes chancela sous la puissance du geste. D’un coup de pied, Bohort fut mis à genoux. Il avait désormais l’air d’un lapin adulte au bout d’une arbalète.
Le chef Irlandais, d’une voix sinistre en portant une main à sa ceinture : C’est parti pour l’acte deux du divertissement.
Léodagan : Dites, ça vous ennuie si je participe ?
Les trois bourrins se retournèrent, étonnés, et Léodagan bondit sur l’Irlandais – Autant commencer par le plus balèse.
A partir de là, il suffisait de laisser son côté sanguinaire prendre le dessus. Le chef de guerre était bon, mais il n’avait jamais eu à combattre des hydres, des goblins, des dragons des cavernes et autres saloperies. Malgré son âge, ses réflexes étaient encore meilleurs qu’à l’époque où il ne buttait que du romain en jupette ; il esquiva la hache du gaillard à sa gauche et fracassa la mâchoire de l’Irlandais d’un coup de masse de son fléau. Le Picte, quant à lui, écarquilla les yeux en semblant le reconnaître et rengaina vite ses couteaux.
Le guerrier Picte : M-Mes amitiés à votre femme !
Léodagan ne laisserait pas aux autres l'occasion de fuir. L’envie de les voir agoniser s’était exacerbée. Il attrapa l’Irlandais par le collet et le lança sur son camarade. Une fois leurs gardes tombées, il était facile de les combattre. Léodagan fit tomber coups après coups en hurlant comme un ours, sans leur laisser l’occasion de reprendre une posture défensive. La main qui tenait la hache fut tranchée, et vola dans une giclée de sang ; puis une oreille ; puis il éperonna le pied de l’Irlandais au sol avec son épée lourde – ce lâche avait essayé de ramper, mais il n’échapperait pas à sa fureur.
Bohort, la voix aiguë : Seigneur Léodagan, c’est assez... seigneur...
Il les hacherait menu comme chaire à pâté, il n’arrêterait que lorsqu’il serait satisfait. L’envie de meurtre battait dans ses veines. Il n’y avait rien de tel qu’un bon massacre pour le mettre en joie.
Une main hésitante se posa sur son épaule mais Léodagan était lancé, et son coude atteignit la mâchoire de Bohort.
Il s’arrêta net en entendant le glapissement du chevalier, l’épée toujours en l’air. L’homme se tenait une main sur la bouche, avec l’air de souffrir le martyr.
Bohort, geignant et pestant : C’en est assez, Léodagan ! Ils en ont eu pour leur compte, arrêtez le massacre, bon sang !
Le roi de Carmélide baissa les yeux sur l’amas de corps sanguinolents à ses pieds. Le cri de douleur de son compagnon d’arme avait chassé le nuage de fureur de son esprit.
Léodagan : C’est pas mon truc de laisser le travail à moitié bâclé.
Bohort : Soyez raisonnable...
Léodagan, aux hommes à terre : Bon, bon, tirez-vous.
Les deux hommes pouvaient à peine bouger, mais ils saisirent l’occasion miraculeuse de s’en tirer vivants. Ils se relevèrent tant bien que mal pour se tirer rapidement.
Léodagan : Ma femme a raison, c’est vrai que vous êtes des invités merdiques.
Bohort laissa échapper un petit rire hystérique.
Bohort : Quand on vous dit que ce sont des dégénérés !
Léodagan, de bonne humeur : Ça va, ça va... Vous avez quoi ? Montrez.
Le chevalier vert fit un pas en arrière lorsqu’il s’avança. Cela étonna Léodagan, Bohort n’avait jamais reculé devant lui. C’est en se regardant qu’il comprit la répugnance du noble de Gaunes : Il était recouvert de sang jusqu’aux épaules.
Conscient de soi, il s’essuya les mains sur la fourrure recouvrant ses épaules et se rapprocha de nouveau avec la plus grande prévenance dont il était capable en tant que guerrier sanguinaire. L’autre chevalier avait toujours l’air effrayé, ce qui remuait en lui une fibre particulière – cette fibre qui ne se réveillait que rarement, notamment quand Bohort se mettait en situation délicate. Il entendait encore la voix rocailleuse de l’Irlandais le menacer du pire, cela ravivait son envie de meurtre. Son corps vibrait encore de la fureur du combat. Il se rapprocha encore de Bohort et attrapa vivement sa main. Le chevalier tressaillit.
Léodagan : Faites pas votre femmelette, montrez-moi ça...
Bohort, agacé : Je ne m’attendais pas à vous voir présent ici, j’avais cru comprendre que ce spectacle de “femmelette”, comme vous dites, ne vous intéressait guère.
Léodagan : Quoi, ma présence vous exaspère ?
Ils s'affrontèrent du regard durant de longues secondes, puis Bohort relâcha la tension de sa main et laissa le roi de Carmélide le tirer vers lui. Le menton de l’autre homme était recouvert de sang. Ignorant son air scandalisé, Léodagan arracha le foulard festif du cou de Bohort pour en éponger la plus grande partie. En dessous du sang, il n’y avait qu’une légère coupure fendant sa lèvre supérieure. Rien de grave.
Léodagan, en tapotant toujours la bouche de Bohort avec le tissu : Vous pourriez être un peu reconnaissant, je ne sais pas si vous comprenez bien ce à quoi vous et vos miches avez échappé.
Même dans l’obscurité de la nuit, Léodagan vit clairement les joues du noble s’enflammer. Il abaissa le foulard et essaya de capter son regard fuyant. Mine de rien, il glissa le tissu dans sa poche. Il tenait toujours son menton entre ses doigts fermes. Au loin, la baston générale faisait toujours rage, mais Léodagan ne faisait plus attention au vacarme. Les yeux agités de Bohort s’étaient enfin fixés sur les siens, et il sentait l’espace se rétrécir autour d’eux.
Bohort, doucement : Je vous suis reconnaissant.
Les entrailles du chevalier sanguinaire semblaient être animés d’une vie propre. Il entendit son souffle s’alourdir malgré lui. Bohort était sain et sauf grâce à lui – et pas pour la première fois. La seule blessure qu’il portait était celle qu’il lui avait infligée, et ils étaient seuls. Le noble de Gaunes ne le lâchait plus de ses yeux sombres.
Léodagan, toussotant avec gêne : Je le pensais pas...tout à l’heure. C’était pas mal, la petite danse.
Bohort, l’air ravi et timide : Heureux que cela vous ait plu... Je ne suis toujours pas friand de vos butors, il va sans dire, mais j’apprécie votre présence ici. Vous vous êtes battu bravement.
Le sang de Léodagan était, de toutes manières, trop agité par le combat pour lui permettre de réfléchir convenablement. Il pourrait toujours mettre ce qui suivrait sur le compte de l’adrénaline ou sur la bière du banquet. En grognant, il se jeta sur les lèvres du seigneur Bohort de Gaunes.
C’était exactement ce dont il avait besoin. Il bougea ses lèvres avec le désir profond de dévorer l’autre. Un couinement le fit se reculer d’un demi centimètre : il avait oublié la coupure. Cependant, ce fut Bohort qui le ramena à lui en s’agrippant à sa broigne.
Il pensait bien être incapable de se reculer même si son père arrivait en gueulant ses insultes derrière lui. Les lèvres de Bohort étaient chaudes, et humides. Le baiser avait un goût de sang, mais Léodagan s’en fichait – Bohort aussi, semblait s’en moquer. L’autre homme passait ses mains sans ses cheveux, sur ses épaules, sur ses bras, sans savoir où se poser et sans faire attention au sang des ennemis vaincus. Et dire qu’il avait failli être la proie de ces gros tas de fumier...
L’idée arracha un nouveau rugissement au sanguinaire ; il sentit le noble tressaillir contre lui. Il attrapa les hanches de l’autre et le plaqua contre la grande catapulte qui lui appartenait. Léodagan ne se souvenait pas avoir été autant désireux. Le fait que Bohort était un homme était très clair dans son esprit. Cela avait été clair depuis un moment, mais il n’aurait jamais cru parvenir à s’en foutre.
Bohort, gémissant : Seigneur Léodagan...
Il retourna à lui comme un Saxon sur l’île de Bretagne au printemps. Les mains du chevalier descendirent le long de son dos et Léodagan regretta même de porter des vêtements aussi épais. Il aurait voulu sentir le tissu doux du costume de Bohort avec autre chose que ses mains. Il arracha quelques boutons de sa veste et attrapa son cou très masculin entre ses doigts rêches et sales sans cesser de dévorer ses lèvres. Il ne voulait pas le salir, mais il ressentait un certain plaisir à laisser sa trace sur lui. Bohort gémissait contre ses lèvres, et ces sons résonnaient jusqu’à sa queue.
Pris d’une nouvelle sorte de fureur, il empoigna les fesses du chevalier qui laissa échapper un cri très peu masculin. Ce cri aurait pu l’énerver ou lui arracher une moquerie cruelle, mais il ne se sentit que plus excité par l’autre homme, si différent de lui, si délicat, si... compréhensif – si doux et tellement volontairement à sa merci.
Léodagan écrasa un sourire doucement amusé contre les lèvres de l’autre.
Bohort, haletant : Vous-vous moquez ?
Léodagan : Non.
Il écrasa son bas ventre contre le sien et fut gratifié par un autre son semblable. Bohort écarta les jambes d’un air enjoué en se tenant aux épaules larges du roi de Carmélide. Léodagan commença à se frotter à lui, impliquant un va-et-vient rythmé qui faisait se rencontrer leurs sexes vêtus. La caresse était autant excitante que frustrante, mais Léodagan était sûr de pouvoir s’en satisfaire.
Bohort, d’une voix aiguë : Vous n’avez pas – Ah ! – pas intérêt à faire votre réunion de tarés ce jour-là l’année prochaine !
Léodagan, d’une voix grave et amusée : Vous me menacez ?
Bohort : Non, non ! J-Je vous préviens...
Le sanguinaire se stabilisa d’une main sur sa chère catapulte pour s’appuyer plus fermement contre l’autre chevalier. Bohort était si désirable, se tortillant délicieusement contre lui sans le quitter des lèvres. Il était aussi grand que lui, mais était sans doute plus délicat que sa femme. Il se plaisait à le faire couiner en pinçant sa chair, et rêvait de le faire sans vêtements gênants. Il glissa sa barbe jusqu’à son oreille où il murmura.
Léodagan : Vous croyez me faire peur, à moi ?
Bohort : Non... ah !
Léodagan : Vous serez le seul danseur invité l’an prochain...
Bohort : Je ne suis pas-
Léodagan, d’une voix rauque et sombre : Vous serez le seul. Vous resterez à mes côtés. Je vous protégerais, et tous ces connards sauront ce qu’il en coûte de vous manquer de respect.
Le noble de Gaunes poussa un gémissement encore plus savoureux que les autres directement dans son oreille. Léodagan se fichait bien qu’on l’entende. L’entre-jambe de l’autre homme était chaud contre le sien, il en voulait plus, et il n’était pas le seul.
Bohort, fiévreux : S’il-vous-plaît...
Léodagan se réappropria les lèvres de l’autre chevalier en le plaquant encore plus fermement contre sa catapulte.
Tout à coup, un bruit puissant retentit et l’air vibra près d’eux, faisant vriller leurs tympans.
Le balancier de l’arme de tir partit d’un coup, emportant la lourde pierre placée là pour l’exposition. Le gadin siffla dans l’air vers le château. Un court silence angoissé suivit, suspendu, puis un bruit de pierre s’écroulant suivit.
Léodagan : Oh merde...
Bohort : Filons !
Léodagan ne se le fit pas dire deux fois. Les cris d’Arthur résonnaient dans l’enceinte du château, remplaçant le tumulte des festivaliers qui s’étaient calmés. Une main chaude se glissa dans la sienne pour l’entraîner vers la porte d’une tour du mur d’enceinte. Les rires anxieux de Bohort chantaient à ses oreilles.
O=))======>
Perceval : Sire ?
Arthur, haletant : Oui ?
Perceval : Vous pensez vraiment pas pouvoir rester avec moi, ce soir ?
Arthur : Pour la énième fois, ce serait avec joie – ah – mais on commencerait à se poser des questions.
Perceval : Entre votre femme et vos maîtresses, c’est pas les cagibis qui manquent...
Arthur, étouffant un gémissement : Alibis.
Il avait de plus en plus de mal à se concentrer sur le verbiage de l’autre homme ; pourquoi ne pouvait-il pas la boucler, à ce moment précis ? Ils étaient bien, sur un lit aux draps frais, dans une piaule chauffée par une bonne flambée, ne pouvait-il pas simplement profiter de l’instant et se concentrer sur ce qu’il était en train de faire ?
Perceval : Oui, enfin, vous avez compris. Vous utilisez la technique où vous dites quelque chose à l’une et pas à l’autre, comme pour la technique du demi-poulet, elles y verront que du feu.
Arthur, grognant d’agacement : Vous croyez que c’est le moment de parler de mes maîtresses et de poulet ?
Son chevalier lui adressa un demi sourire et frotta ses doigts contre un endroit qui le fit glapir et se cambrer. Le sujet de la conversation flotta aux frontières de son esprit, la sensation des doigts mouillés de l’autre homme en lui balayait tout le reste.
Perceval, souriant, les joues rouges : Ben justement, je me disais que c’était le moment de négocier.
Arthur, pestant tout en gémissant : Vous perdez pas le nord, vous mériteriez que je vous vi– ah...
Il fallait admettre que son chevalier avait toujours su choisir le bon moment pour lui parler et la bonne façon de l’attendrir, il le connaissait bien, mais Arthur n’aurait pas pensé qu’il se serve un jour de ses connaissances contre lui dans un moment pareil. Il fronça les sourcils et pris l’air le plus menaçant dont il était présentement capable pour foudroyer son chevalier du regard.
Perceval cligna des yeux en retour et fondit sur ses lèvres pour l’emporter dans un baiser passionné, Arthur se laissa faire en grognant dans sa bouche. Sa tension s’évapora avec les raisons de son énervement lorsque son chevalier allia un coup de langue à un mouvement de son poignet – Arthur aurait au moins réussi à le faire exceller dans un domaine.
Et, par Eros, comme il l’avait désiré... Ils s’étaient cherchés pendant des semaines une chambre dans laquelle se coucher en paix, le temps nécessaire pour faire ça bien. Arthur avait réussi à faire comprendre à Perceval ce qu’il attendait de lui, et il avait semblé que, lui aussi, avait pensé à ce moment. Ils avaient oint les doigts de Perceval en s’embrassant, puis Arthur les avait guidés là où il les désirait le plus. C’était tellement inespéré de faire cela ici, à Kaamelott, et avec un homme dont le simple toucher lui provoquait un frisson... il l’avait tant désiré.
Perceval écarta ses doigts en lui tout en posant une pluie de baisers chastes sur ses lèvres ouvertes.
Perceval, le souffle lourd : Restez... j’aime vous avoir avec moi. Laissez-moi vous garder, après.
Il ne put lui répondre que par un hochement de tête lorsqu’il atteignit de nouveau cet endroit en lui qui lui faisait tant de bien. La pluie battait à la fenêtre, les écartant du monde, et Arthur ne pensait plus à rien.
Son chevalier non plus, maintenant qu’il paraissait satisfait. Celui-ci s’était redressé pour jeter un coup d’œil là où il ondulait ses doigts entre les cuisses de son roi, et ses pupilles avaient chassées le bleu de ses yeux. Il regardait en haletant ses phalanges travailler sa chaire, clignant des yeux, soudain ébahi.
Perceval, le souffle court : Est-ce que je dois...
Arthur, pressé : Oui, allez-y.
Ils parvinrent à se comprendre ; Perceval retira sa main, ajouta de l’huile, et plaça trois doigts à son entrée désormais palpitante. Arthur n’avait pas ressenti une telle chose depuis plus d’une décennie. Il se cambra en haletant, les yeux clos.
Perceval ne pouvait se résoudre à détacher les yeux de son roi, il était dans un tel état... Il n’aurait jamais osé demander une telle chose à Arthur. Il savait tout le bien que cela faisait d’avoir son roi en lui, mais il n’aurait jamais pensé par lui-même à le réclamer de cette manière. Visiblement, Arthur le désirait. Perceval ne s’était jamais senti aussi important, même lorsque son roi bataillait pour lui sauver la vie. Chacun de ses gestes provoquait des réactions inouïes chez son roi, il le faisait se tordre d’un mouvement du doigt, une simple pression lui faisait accepter ses propositions.
Son cœur allait bientôt percer sa poitrine, si son roi continuait à ressembler à cela. Arthur était beau. Il était toujours beau, lorsqu’il présidait la table ronde, lorsqu’il commandait ses troupes, lorsqu’il s’asseyait sous son arbre ; Perceval savait désormais qu’il était encore plus beau lorsqu’il était étalé sous lui. Les longs cheveux noirs du roi de Logres étaient éparpillés sur le matelas, ses paupières étaient fermées sous ses sourcils froissés, ses lèvres pulpeuses étaient encore plus colorées qu’à l’ordinaire, sa pomme d’Adam se balançait au rythme de ses respirations difficiles, sa poitrine était moite de sueur, son ventre se crispait au rythme de ses doigts en lui. Il se sentait si important en ayant ainsi Arthur épinglé sous lui, autour de lui. Les cuisses du roi frémissaient et luisaient à la lueur du feu. Entre elles, Perceval osait à peine s’y attarder : la chaire de son roi s’écartait, rose et mouillée, autour de ses doigts – ses doigts à lui .
Perceval était heureux, si heureux, de pouvoir contempler Arthur tout son saoul, et de savoir qu’il ne le quitterait qu’au matin. Il aurait voulu le garder là pour toujours, et la simple pensée que cela se termine le remplissait d’un étrange chagrin. Mais pour le moment, Arthur était là, et un mouvement habile de ses trois doigts lui fit hoqueter son nom.
Il serait capable de jouir maintenant si son roi le lui ordonnait.
Perceval, chuchotant malgré lui : Je ne sais pas ce que j’ai fait pour mériter ça.
Arthur ouvrit les yeux et les plongea dans les siens, les flammes donnaient une leur mordorée à ses yeux sombres.
Arthur, essoufflé mais sérieux : Qu’est-ce que le mérite vient faire là-dedans ?
Il ne sut quoi répondre, et il n’était pas sûr que son roi attende une réponse, alors il posa simplement sa main libre sur la poitrine de l’autre homme, là où il pouvait sentir son cœur battre. Arthur ne le lâcha pas deux yeux, son regard était indescriptible.
Arthur : Je suis prêt, Perceval.
Sans le quitter des yeux, il retira ses doigts de lui. Arthur ne lui laissa pas le temps de réfléchir avait de passer une jambe autour de lui, de lui attraper les épaules, et puis de le plaquer sur le lit. Perceval était ébahi par la rapidité de l’action, le roi avait sans doute utilisé une de ses techniques de combat contre lui.
Il se tenait maintenant au-dessus de lui, avec ses yeux noirs qui semblaient vouloir le consumer. C’était bien le roi Arthur qui était assis sur ses hanches, et qui le maintenait en place sans le quitter des yeux. Il sentit une main attraper son entrejambe, la bague d’Arthur était froide contre son sexe, mais une chaleur infernale rentra en contact avec le bout de celui-ci.
Arthur s’abaissa lentement sur son chevalier, sans cesser de le regarder. Perceval avait l’air bouleversé lorsqu’il fut de nouveau assis sur ses hanches – Arthur ne devait pas avoir l’air différent. Il n’arrivait même pas à refermer la bouche, tant la sensation était intense. Il le sentait entièrement en lui, il était bien plus large que ce à quoi il s’était attendu, mais c’était sûrement dû au fait qu’il n’avait pas fait cela depuis un âge. Il se sentait entièrement rempli, pleinement comblé, et il avait l’impression que Perceval l’étirait comme s’il avait été taillé pour lui – Mais sûrement les dieux n’avaient-ils pas pensé à tous les détails lorsqu’ils lui avaient envoyé son chevalier, songea-t-il avec humour.
A cette idée, il s’empêcha absolument de penser à la Dame du Lac ; Ce n’était pas le moment de la voir débouler. Quelle vision s’offrirait à elle ! L’élu des dieux empalé sur son chevalier et incapable de s’arrêter de gémir. Il n’était même pas certain qu’une telle apparition importune suffirait à les interrompre. Il poussa un nouveau gémissement à cette pensée.
Perceval battait des paupières en le regardant avec hébétude, les muscles de son torse étaient crispés, mais ses mains étaient doucement posées, tremblantes, sur les cuisses d’Arthur. Même dans un moment pareil, son chevalier était incapable de lui faire le moindre mal. Une bouffée d’affection le submergea lorsque Perceval gémit son prénom.
Perceval, avec adoration : Arthur...
Il jeta un regard plus bas où son propre sexe palpitait contre son ventre, l’étirement douloureux n’avait en rien diminué son excitation. Il roula des hanches expérimentalement en émettant des gémissements rocailleux. Perceval le rejoignit en canon.
Arthur : Prêt ?
Perceval hocha vivement la tête, alors Arthur se mit à chevaucher le sexe de l’autre homme. Les premiers mouvements furent difficiles ; Arthur grimaçait en se relevant, tant ses chaires retenaient durement la queue qui les étirait, mais lorsque le gland de Perceval était sorti de lui, Arthur se hâtait de se rasseoir goulûment, le voulant de nouveau en lui. Il alterna ainsi douleur et cris de plaisir tout en regardant Perceval se tordre en gémissant, Perceval qui ne cessait jamais de le regarder avec des yeux brillants – avec un regard amoureux .
Toute douleur cessa enfin, ne laissant qu’un besoin intense d’en avoir plus, plus, plus. Arthur attrapa les épaules de Perceval et s’empala de plus en plus durement sur lui, par des mouvements courts mais puissants. Le bois du lit grinçait sous eux au rythme de ses coups de hanches. Il sentit une main sur sa nuque et Perceval l’entraîna dans un baiser.
Son chevalier l’embrassait avec ferveur, ce qui contrastait avec l’immobilité de ses hanches. Bien sûr, Perceval était inexpérimenté dans cette affaire, et sûrement le laissait-il diriger leurs ébats car il avait pleinement confiance en lui, mais ce n’était pas l’envie qui manquait, à en croire l’intensité du baiser. Ses mains agrippaient fermement tantôt son dos, tantôt ses épaules, et parfois ses fesses. Perceval restait si innocent, malgré toutes les fois où Arthur s’était uni à lui.
Arthur se redressa en haletant bruyamment, le baiser avait failli le tuer mais cela avait été dur de se résoudre à quitter les lèvres de Perceval. Il pouvait sentir l’air froid de la chambre sur sa poitrine chaude et humide, son sexe trembla de n’être plus enserré entre leurs ventres. Il se sentit soudain joueur.
Arthur, la voix rauque : Vous aimez ça, seigneur Perceval ?
L’homme aux cheveux d’argent gémit longuement puis ferma les yeux et hocha vivement la tête. Cela lui valut un coup de hanche dur qui fit grincer le lit.
Arthur, sur le même ton : Avec des mots, Perceval.
Perceval, le souffle court : Oui, oui, oui, bien sûr !
De nouveau, Arthur se retira presque entièrement pour se rasseoir puissamment ; Perceval cria sous lui.
Arthur, exigeant : Et qu’est-ce que vous préférez, alors ? Quand je suis en vous ou quand vous me prenez comme ça ?
Il ajouta un nouveau coup de hanche ; Le lit couina, comme Perceval.
Perceval, après un silence entrecoupé de gémissements : Tout ce que vous voulez, sire. Tout.
La réponse le satisfaisait autant qu’elle le frustrait, il s’empala tout de même sur son sexe.
Arthur : Qu’est-ce que vous sentez ? Parlez-moi.
Difficile de savoir pourquoi il avait soudain besoin de l’entendre – lui qui avait généralement désespérément besoin qu’il la ferme.
Perceval se mordit la lèvre ; des larmes commençaient à perler à ses yeux tandis qu’il étouffait ses gémissements. Arthur aurait presque eu pitié de lui, mais quelque chose en lui le poussait à continuer.
Arthur : Allez, Perceval, je veux savoir...
Son chevalier se tordit sous lui, essayant désespérément de le faire bouger, mais Arthur était implacable.
Perceval, désespéré : Sire... Je me sens... c’est...
Arthur : Oui ?
Il savait qu’il se montrait cruel envers son chevalier, il peinait déjà à trouver les mots justes en temps normal.
Perceval : J’aime vous sentir... j’aime tout de vous.
Arthur ne s’était pas attendu à cela, mais, à l’évidence, c’était exactement ce que son cœur avait désiré entendre. Il se jeta sur ses lèvres, puis attrapa les mains de Perceval et se mit à le chevaucher avec plus de force que jamais. Vorace, il embrassa les mains de son chevalier sans cesser de se mouvoir puis les plaqua de part et d’autre de son visage béat.
Arthur, pressant : Bougez !
Perceval, émerveillé : Vraiment ?
Arthur, geignant : Je vous en prie.
Sans attendre, son chevalier l’obligea. Leur danse devint infernale – divine . Les coups puissants faisaient tanguer le lit, leurs gémissements remplissaient l’espace.
Arthur : Oui, Perceval, ah, ah... HA !!
Un bruit de craquement et puis c’était la chute, ils s’agrippèrent l’un à l’autre en se sentant tomber. Le lit venait de s’effondrer sous eux.
Arthur eu besoin de quelques secondes pour reprendre ses esprits et comprendre. Le sommier s’était désolidarisé des pieds de lits dont deux étaient visiblement brisés. Il était à moitié allongé sur un matelas incliné avec son chevalier toujours profondément en lui et qui avait l’air aussi étonné que lui. Ils avaient cassé le lit... C’était tellement incongru qu’il se mit à rire.
Mais plutôt que de le suivre dans son hilarité, son chevalier le fit basculer et puis le ramena à lui en remontant ses hanches à la hauteur des siennes. Arthur hoqueta d’étonnement à la sensation du sexe de Perceval le frappant profondément, son rire se bloqua dans sa gorge.
Quelque chose avait cédé en Perceval, comme un barrage libérant des flots trop longtemps retenus. En une seconde, il avait repris sa position au-dessus d’Arthur, et l’homme battait de ses cils noirs avec étonnement. Perceval ne s’en formalisa pas, il n’agissait plus que par instinct. C’était désormais à Perceval de les satisfaire, et il ne laisserait pas son roi l’oublier à cause du mobilier.
Il testa quelques coups de hanches sans parvenir à retrouver la profondeur que son roi avait atteint lorsqu’il le chevauchait, cela ne semblait pas le déranger outre mesure puisqu’il s’était remis à gémir. Perceval assena des coups de bassin de plus en plus amples avant de saisir les hanches de son roi pour les remonter à son niveau. Un oreiller sous les fesses de l’autre ferait l’affaire, comme Arthur l’avait déjà fait lorsqu’il s’occuppait de lui. Le roi de Logres le regardait toujours avec étonnement et désir, respirant fort, agrippant toute la peau de Perceval qui lui venait à portée de main.
C’était mieux, pensa-t-il fièrement, son sexe se logeait à nouveau aussi loin qu'avant, et Arthur s’était cambré en fermant les yeux comme lorsque Perceval avait trouvé cet endroit sous ses doigts ; il se fit un devoir de le marteler autant que possible.
Arthur, hoquetant : Dieux !
C’était si bon, et Perceval était si heureux d’avoir mis cette expression sur le visage de son roi... de l’homme qu’il aimait plus que tout. Il l’aimait tellement qu’il aurait désiré parvenir à se fondre en lui. Il lui en murmura autant à l’oreille, sans cesser ses coups de boutoir.
Arthur était rouge, aussi bien ses joues que sa poitrine ou son sexe, il semblait se perdre lorsque Perceval lui parlait ; son nom se mit à s’échapper de ses lèvres à intervalle régulier. Perceval redoubla encore d’ardeur.
Arthur ne parvenait pas à reprendre son souffle. Son chevalier semblait incapable de s’arrêter, et il ne le lâchait jamais des yeux. Arthur était comme pris dans une tempête
Il ne pouvait que gémir et se tordre sous ses coups implacables, son corps n’essayait même plus de retenir Perceval en lui, il se laissait simplement piller en criant de joie. Il n’avait pas souvenir d’un moment d’intimité si intense.
Au rythme des coups puissants de Perceval, il se sentit basculer dans l’orgasme sans même avoir touché son propre sexe. Sa prostate n’arrêta pas d’être stimulée tandis qu’il se cambrait en jouissant assez fort pour que sa vision blanchisse.
Arthur, d’une voix sourde : Perceval...
Perceval : Arthur !
Perceval s'accrocha à ses cuisses en jouissant à son tour, Arthur ferma les yeux en sentant son intérieur être rempli par l’autre.
Lorsqu’il revint à lui, il était allongé à côté de son chevalier. Ils reprenaient tous les deux leurs souffles et leurs esprits en se regardant avec étonnement, comme s’ils se découvraient.
Perceval, essoufflé : J’y suis peut être allé un peu fort ?
L’esprit d’Arthur était encore trop vide pour apporter une réponse construite.
Arthur, essoufflé : Non.
Le sourire de Perceval était si fier et si sincère qu’il brisa le rythme déjà erratique du cœur d’Arthur. Il se sentait pleinement comblé, il sentait son cœur comme une coupe rempli à ras d’un liquide d’or. Non, Arthur n’avait pas ressenti une telle chose depuis plus d’une décennie.
