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C’était encore une longue journée qui se terminait pour Balin, conseiller du roi sous la montagne. Même s’il n’y avait pas eu d’évènements majeurs, il avait dû encore une fois réparer quelques erreurs de diplomatie causées par Fili. Si le jeune nain était beaucoup plus calme et patient que ne l’avait été Thorin durant son très court règne, il n’en restait pas moins peu expérimenté. Et il arrivait souvent qu’il fasse quelques erreurs. Rien de bien grave ou d’irrattrapable, mais Balin ce devait cependant de repasser derrière le jeune nain pour vérifier que tout était en ordre. Et si la tâche n’était pas la plus complexe, le plus vieux nain était justement vieux. Même s’il aimait du plus profond de son cœur son travail, il commençait à sentir la fatigue et l’ennui le prendre. Aussi, rentrait-il souvent le soir dans ses apparentements, fatigué et un peu déprimé. Et ce soir ne faisait pas exception. Le nain à la barbe blanche était encore une fois seul, dans ses appartements vides après sa journée de travail et il senti son cœur se serrer un peu. Quelques années auparavant, cela ne lui aurait pas posé de problème particulier, mais maintenant il ne pouvait s’empêcher de se sentir un peu attristé par ce fait. Notamment alors qu’il était en train de se faire chauffer du thé, comme il faisait tous les soirs. La chaleur de la tasse et le parfum du thé lui envoyaient à l’esprit des images de doux moments. Dans ces images, il était assis sur une bûche ou un caillou devant un feu de camps, une tasse de thé dans les mains, le regard tourné vers les étoiles. Et Dori était là aussi, parlant avec entrain de choses et d’autres, se plaignant principalement du comportements de ses frères, faisant rire Balin avec ses anecdotes, riant à celle du plus vieux nain. Un sourire apparu sur le visage de Balin, qui disparu quand il entendit des coups retentir contre sa porte. Il se leva alors avec un soupir, ne s’étant même pas rendu compte qu’il s’était assis en premier lieu, et ouvrit la porte pour tomber nez à nez avec son frère, Dwalin. Ce dernier n’attendit même pas d’être invité avant de rentrer. Il inspecta la pièce d’un œil sceptique et se tourna vers son frère :
« Qu’est ce qui t’arrive ?
- Bonjour à toi aussi Dwalin, dit Balin en soupirant et refermant la porte. Tout va très bien, merci. Qu’est ce qui t’amène ?
- Toi.
- Moi ?
- Je m’inquiète, dit le plus grand nain. C’est la troisième fois cette semaine que Fili vient me dire qu’il s’inquiète pour toi. Il te trouve déprimé et triste. Et j’arrive ici et ton appartement est négligé, tu n’as pas fait la vaisselle depuis au moins une semaine par ce que je vois, tu sembles épuisé et tu prends à peine soin de toi.
- Tu n’as pas tors, soupira de nouveau Balin. Je ferai plus attention à l’avenir.
- Ce n’est pas ce que je veux, répliqua Dwalin. Je veux savoir ce qui t’arrive, et si possible t’aider. Depuis que nous sommes revenu à Erebor tu ne sembles plus le même.
- Très bien assieds toi alors, fit le plus vieux en montrant un fauteuil d’un geste de main. Je me fais vieux Dwalin. Je suis las de travailler. J’aime beaucoup Fili et il s’en sort très bien mais je ne veux plus continuer.
- Eh bien arrête alors. Il ne t’en voudra pas loin de là. Mais ce n’est pas tout n’est-ce pas ? demanda le chauve.
- Je me sens seul Dwalin,souffla Balin. Je sais que vous êtes là si besoin avec Ori mais ce n’est pas vraiment mon problème. J’aimerai rentrer le soir et trouver quelqu’un à la maison. J’aimerai finir ma vie accompagné par une personne avec qui je pourrai discuter et boire du thé devant un bon feu quand il fait froid.
- Et tu as demandé à Dori ce qu’il en pensait ? demanda Dwalin.
- Que vient faire Dori là dedans ?
- J’ai vu comment vous étiez durant la quête. Vous discutiez beaucoup et vous aviez l’air de bien vous entendre.
- C’est un bon ami oui, et donc ? demanda Balin suspicieux.
- Et donc Ori n’arrête pas de se plaindre que son frère se sent seul aussi. Maintenant qu’Ori est avec moi et que Nori fait Mahal sait quoi, il se sent un peu inutile et aurait bien besoin de compagnie. Vous pourriez peut-être passer plus de temps ensemble, en temps que « bons amis », répliqua Dwalin avec un clin d’œil malicieux.
- Je ne sais pas ce que tu sous entend mon frère. Mais tu n’as pas complètement tors. Je pourrai essayer d’aller le voir plus souvent, ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vu.
- Bien, répondit le dit frère en se levant. Mais pas de bêtises hein ? lança-t’il avant de quitter les appartements. »
Balin ne pu que soupirer encore une fois devant le comportement de son frère. Il trouvait charmant de sa part de s’inquiéter pour lui mais c’était normalement l’inverse qui devait arriver : le grand frère s’occupe du petit et pas l’inverse. Il devait cependant avouer que ce n’était pas une si mauvaise idée que d’aller voir Dori. Les deux nains s’étaient beaucoup rapproché durant leur voyage avec la compagnie, notamment quand leurs frères respectifs avaient décidés de commencer à se courtiser. Balin se souvenait encore de la claque majestueuse qu’avait donné Ori à son frère. Il devait avouer qu’il ne pensait pas le jeune nain capable d’une aussi grande force. Mais à présent, il pensait que c’était sûrement une histoire de famille. Dori était le nain le plus fort qu’il connaissait. Et le plus beau aussi s’il devait l’avouer. Il était également très sympathique et Balin avait beaucoup apprécié passer du temps en sa compagnie. Cependant, depuis La Bataille des Cinq Armées, les deux amis ne s’étaient pas beaucoup vu, et il est vrai que leurs conversations manquaient à Balin. Aussi décida-t’il que le lendemain, il irai rendre visite au plus âgé des frères Ri. Et c’est effectivement ce qu’il fit. C’est de bien meilleur humeur qu’il se rendit au travail le lendemain, au grand plaisir de Fili. Et quand il rentra chez lui le soir, il alla directement se changer et se préparer pour rendre visite à son ami. Ce fut avec un grand sourire sur le visage qu’il alla toquer à la porte de Dori. Ce dernier lui ouvrit, sourcils froncés. Puis son visage s’illumina quand il le reconnu et l’invita à rentrer. Ils partagèrent tout deux une formidable soirée remplie de bonne nourriture, d’alcool et de belles discussions. Après leur repas, ils se retrouvèrent assis sur des fauteuils, une tasse de thé à la camomille bien chaude dans les mains.
« C’est agréable n’est-ce pas ? demanda Dori.
- De quoi ?
- D’être là tous les deux, à discuter tranquillement, ajouta le nain à la chevelure blanche. Cela faisait longtemps que nous n’avions pas fait ça.
- C’est vrai, répondit Balin. Je dois avouer mon ami que nos conversations m’avaient manquées.
- A moi aussi. D’autant plus en ce moment. Maintenant qu’Ori et Dwalin peuvent pleinement se courtiser, je n’ai plus grand-chose à faire.
- Peut-être est-il temps de penser un peu plus à toi et moins à tes frères, suggéra le plus vieux.
- Peut-être bien, mais pour quoi faire ?
- N’y a-t’il pas quelque chose que tu as toujours voulu faire ? Quelque chose que tu n’as jamais pu réaliser à cause de tes obligations ?
- Eh bien, c’est sûrement un peu bête, mais j’ai toujours voulu ouvrir un magasin de thé, admit Dori en rougissant.
- Au contraire ! s’exclama Balin. C’est une idée formidable ! Pourquoi ne pas te lancer dès maintenant ?
- Eh bien, il y a beaucoup de choses à s’occuper et malgré ma force, je commence à vieillir et fatiguer un peu, soupira le plus jeune. L’idéal serait que quelqu’un d’autre le fasse avec moi, mais j’imagine mal un nain vouloir ouvrir ce genre de magasin.
- Si tu veux bien, je serai heureux de me lancer dans cette nouvelle aventure avec toi, dit Balin en souriant.
- Mais, et ton travail ? Tu ne vas tout de même pas le quitter pour ça ? Et que dirai Fili ?
- Oh Fili serai bien content d’être débarrassé de moi. Et je comptais arrêter de toute façon. Alors qu’en dis-tu ?
- Dans ce cas, avec plaisir mon ami, dit Dori avec un sourire éclatant. »
Après encore quelques temps, Balin finit par quitter Dori, le cœur beaucoup plus léger. Il était heureux d’avoir vu son ami mais surtout il était excité par leur tout nouveau projet. La perspective d’ouvrir un magasin avec Dori, de pouvoir passer plus de temps avec lui était très plaisante. Peut être un peu trop même mais Balin n’en avait que faire. Le lendemain, comme prévu, il discuta de ses nouveaux projets avec Fili qui fut très heureux de le libérer de son travail de conseiller. Il se rendit alors chez Dori et à deux, ils commencèrent à travailler sur leur projet. Les deux amis passèrent toute leur journée à travailler. Cette fois-ci, ils passèrent leur soirée chez Balin. Rapidement, une routine s’installa entre les deux amis. Ils travaillaient la journée, discutaient le soir et parfois même restaient ensemble la nuit. Tout se passait très bien entre eux, les affaires avançaient et ils avaient même commencé des travaux de rénovation dans un local en centre ville pour accueillir leur futur commerce. Tout allait pour le mieux donc, jusqu’au jour où Balin fut frappé par ses sentiments. Ils étaient tous deux installés dans les fauteuils de Dori, une tasse de thé à la main, comme à leur habitude. Dori étaient en train de raconter une anecdote sur Nori et sa fâcheuse tendance à « emprunter » des objets. Un feu crépitait dans le cheminée, réchauffant la pièce et éclairant d’une faible leur jaune le plus jeune nain lancé dans son récit. Balin écoutait attentivement son ami, son regard se promenant sur son visage dont la lumière du feu soulignait la beauté. Il était heureux en ce moment et pensait qu’il aimerai passer toutes ses soirées comme ceci, avec Dori, avec la personne qu’il aime. Et c’est là que ses sentiments le rattrapèrent. Il venait de penser à Dori comme de « la personne qu’il aime ». Il était amoureux de Dori. Et s’il y réfléchissait vraiment, cela faisait un petit moment déjà, peut être même que cela avait commencé durant leur voyage. Le choc fut grand pour Balin et devait sûrement se lire sur son visage car Dori lui demanda s’il allait bien. Ce à quoi il répondit que tout était excellent et laissa l’autre nain continuer dans la narration de son histoire. Cependant, à l’intérieur, Balin n’allait pas spécialement bien. Il avait des sentiments pour son ami, peut être même son meilleur ami, avec qui il avait commencé à construire un business. Son ami qui ne le voyait que comme tel et pas plus, qui était tellement absorbé par ses frères et maintenant son travail qu’il n’avait de toute façon pas le temps de se pencher sur une relation amoureuse. Et en dehors de cela, Balin savait qu’il n’était qu’un vieux croûton bientôt prêt à mourir. Personne ne commençait une relation à son âge, et personne ne voulait d’un nain de son âge de toute façon. C’est la tête pleine de doutes et le cœur lourd qu’il quitta Dori ce soir là, sans se rendre compte du regard triste et inquiet que lui lançait son ami.
Balin et Dori ne firent que se croiser le jour suivant, et celui d’après également. Balin prétendait être tombé malade et ne pas vouloir contaminer l’autre nain, mais en réalité, il cherchait juste à comprendre quoi faire des sentiments qu’il venait juste de découvrir. Aussi fut-il surpris, le matin du septième jour, de ne pas voir un Dori inquiet pour sa santé devant sa porte, mais un Ori un peu renfrogné à la place. Ce dernier, à la manière de Dwalin quelques mois plus tôt, s’invita chez lui sans demander la permission. Il posa un panier sur la table rempli de pain et de soupe qu’il savait avoir été faite par Dori puis se tourna vers Balin, les poins sur la taille et les sourcils froncés. Il ressemblait ainsi étrangement à Dwalin, ce qui, vu le temps qu’ils passaient ensemble durant leur court, ne surprenait pas tant que ça le vieux nain. Alors qu’il fermait la porte, Ori lui lança :
« Pourquoi tu évites Dori ?
- Je ne l’évites pas, répliqua Balin un peu honteux.
- Je sais que tu l’évites. Son moral est assez bas depuis quelques jours. Et je sais aussi de source sure que tu n’es pas malade comme tu le prétends. Alors je répète ma question et cette fois-ci j’attends une réponse : pourquoi évites-tu Dori ?
- Très bien, soupira Balin. J’aime ton frère.
- Mais encore ? demanda Ori perplexe.
- Eh bien, je ne veux pas lui imposer cet amour indésirable. Je préfère attendre un peu que ce sentiment passe afin que nous puissions rester ami plutôt que de mettre mal à l’aise ton frère.
- Cela fait au moins trois jours que Dori broie du noir. Je le vois regarder par la fenêtre le matin à l’heure où tu arrives habituellement et soupirer de tristesse quand tu ne te montres pas. Il prépare toujours deux tasses de thé à la camomille avant de se rendre compte qu’il n’y a que lui qui en boit. Balin, je vais être sérieux, si Dori n’est pas complètement fou de toi, alors je m’inquiète pour sa santé mentale. Au lieu de rester enfermé chez toi comme un pleutre, tu devrai plutôt essayer de lui parler. »
Sur ces mots, Ori quitta le vieux nain. Balin était soufflé. Dori était-il en si mauvais état à cause de lui ? Était-il possible que ses sentiments soient partagés comme l’avait suggéré Ori ? Le nain à la barbe blanche décida qu’il était effectivement temps de mettre fin à son ermitage. Il allait parler avec Dori, il allait même lui mettre une claque et voir ce que l’autre nain en disait. Au moins, il serai fixé et pourrai passer à autre chose si le plus jeune ne ressentait pas la même chose. C’est déterminé qu’il parti chez Dori, prêt à lui donner une claque monumentale, à l’image de ses sentiments pour son ami. Il allait toquer à la porte de la maison du plus grand des frères Ri quand cette dernière s’ouvrit sur Dori. Il ne se saluèrent même pas, se regardant simplement, un peu hébété. Puis Balin prit une grande inspiration, ne remarquant pas que l’autre nain faisait de même. Et d’un geste fluide, il lança son bras et vint écraser sa main contre le visage de son ami. Alors qu’il sentait la peau de l’autre contre sa main, il sentit au même moment sa tête partir sur le coté sous le coup d’une énorme claque. Les deux nains tombèrent à la renverse sous la force des coups. Ils se fixèrent alors, assis par terre, les yeux ronds comme des soucoupes avant d’éclater de rire. Balin ne se souvenait pas avoir été plus heureux qu’en ce moment. Dori avait accepté sa demande de court, et lui avait accepté celle de Dori apparemment. C’est toujours assis sur le sol que Dwalin et Ori les trouvèrent quelques temps plus tard. Les deux nains n’avaient pas bougés, simplement heureux de la tournure des évènements. Ils passèrent par la suite encore plus de temps ensemble qu’avant. Ils étaient toujours fourrés l’un avec l’autre à discuter avec une tasse de thé ou encore à travailler sur le magasin. Ce dernier ouvrit bien assez tôt et attirant au grand étonnement des deux nains de nombreux clients. Ils reçurent même quelques commandes de la Comté qu’ils soupçonnaient venir de Bilbo. La boutique était toujours pleine et les deux nains n’en finissaient plus de travailler. C’était encore une longue journée qui se terminait pour Balin. Mais maintenant, quand il rentrait chez lui, il n’était pas seul. Dori était là aussi, et tout deux, ils s’installaient devant un feu de cheminé avec une bonne tasse de thé.
