Chapter Text
Derek Hale n’était absolument pas quelqu’un du matin, mais il ferait une exception pour son dessin animé préféré, Spider-Man. C’était chouette de dormir, surtout si ça voulait dire éviter le bruit et l’activité du manoir Hale, mais Spider-Man valait la peine d’affronter la journée.
Il en était à la moitié du nouvel épisode, allongé sur la pile de coussins entassés contre sa tête de lit, quand le son de petits pas rapides s’approcha de la porte de sa chambre et s’arrêta devant d’un coup.
Toute la meute savait bien que personne, pas même Talia Hale, ne pouvait entrer dans l’antre de Derek sans son autorisation explicite, ce qui arrivait tellement rarement qu’en réalité, ça n’arrivait jamais. Étant donné que la conséquence était presque toujours la perte de contrôle de Derek de son loup intérieur et une attaque involontaire de la menace perçue, la règle était strictement respectée.
Derek s’assit sur ses genoux en entendant la poignée trembler, la personne de l’autre côté semblant avoir du mal à la tourner correctement pendant un moment, avant que la porte ne s’ouvre violemment. Stiles Stilinski trébucha à l’intérieur, ses yeux couleur ambre écartés et sa petite bouche grande ouverte alors qu’il se retournait sur le seuil, comme s’il ne s’attendait pas vraiment à ce qu’il y ait réellement une chambre derrière.
Un grognement d’avertissement gronda dans la poitrine de Derek. Il serra dans ses poings la couverture en fausse fourrure étendue sur ses genoux, pour cacher ses ongles qui commençaient à s’allonger en griffes, le loup se préparant à se défendre si nécessaire. Complètement impassible, Stiles s’avança dans la chambre sans prêter aucune attention à Derek, déambulant pour observer l’étagère bien fournie et les affiches Marvel accrochées aux murs. Il s’arrêta, intéressé, en découvrant les serre-livres Iron-Man encadrant ses comics sur le bureau.
Stiles ayant pratiquement grandi au manoir avec les Hale, Derek était sûr qu’il savait parfaitement comment se comporter avec des loups-garous. Son père Noah avait, d’aussi loin que Derek se souvienne, quasiment élevé Derek avec ses oncles, donc même si Stiles n’avait pas compris qu’il n’était vraiment pas le bienvenu dans l’antre de Derek, Noah lui aurait sûrement dit. Même Malia et Jackson savaient qu’ils ne devaient pas pénétrer sur le territoire de Derek et ils avaient deux mois de moins que Stiles, qui allait avoir quatre ans la semaine suivante.
Comme si la présence de Stiles n’était pas assez stressante, Derek ressentit un puissant sentiment de terreur dans son ventre en voyant le petit s’approcher de son lit.
— Ze monte, d’accord ? lui dit Stiles en poussant les couvertures empilées au bord du lit hors de son chemin sans hésitation, pour avoir la place de grimper.
Non, pas d’accord du tout.
Derek n’eut pas le temps de forcer les mots à passer sa mâchoire serrée que Stiles se hissait sur le matelas et rampait vers Derek à la tête du lit. Le loup de Derek s’agita anxieusement sous sa peau, le battement de son cœur s’accélérant à mesure que Stiles pénétrait son espace personnel.
Danger. Intrus. Acculé.
Stiles était beaucoup trop près de lui et la panique remonta dans sa gorge, alors qu’il sentait son contrôle s’éloigner dangereusement vite. Ce n’était pas bon, pas bon du tout, parce que son loup n’était pas gentil. Il était vicieux, dangereux et la raison pour laquelle Derek ne pouvait pas se bagarrer avec les loupiots même s’il le voulait : son loup ne faisait pas la différence entre différents niveaux de menace. Un petit était reçu aussi avec autant de cruauté qu’une personne adulte et Derek n’avait pas son mot à dire.
— Tu tremb’es, observa Stiles.
Noah allait haïr Derek. Les oncles de Derek allait le haïr. Personne n’était censé venir dans sa chambre !
— Et tu respires p’us, dit Stiles en s’asseyant en tailleur à trente centimètres de lui.
Les griffes de Derek pouvaient franchir cette distance plus vite que Stiles ne pouvait crier.
— Ça va ?
Derek sentit un picotement sur sa nuque au hérissement des poils de son loup et la distorsion légèrement plus nette de sa vision signifiait que ses yeux devaient avoir pris leur teinte dorée.
Et Stiles ne reculait pas.
— Derek ?
Alpha, bêta, oméga.
Alpha, bêta, oméga.
Alpha, bêta, oméga.
— Derek ?
Alpha, bêta, oméga.
Alpha, bêta...
— Tu dois respirer.
Alpha, bêta, oméga.
Alpha...
— Respire !
Respire.
Derek inspira profondément par le nez, sa mâchoire étant trop serrée et il fut immédiatement submergé par la forte odeur de cannelle et de sucre chaud. C’était exactement ce que ne voulait pas Derek. Il ne voulait pas respirer l’odeur de Stiles imprégner l’air de sa chambre et dans ses draps. Il ne voulait pas penser au fait qu’il serait forcé de sentir la présence d’une autre personne dans son antre dans un futur prochain. Son loup ne pourrait se détendre qu’une fois l’odeur complètement disparue.
Il était tellement occupé à s’inquiéter de ce que serait le déclencheur de sa complète perte de contrôle qu’il ne remarqua même pas que l’odeur semblait s’insinuer dans sa peau telle une couverture chaude et réconfortante. L’anxiété froide et inconfortable qui comprimait sa poitrine se réchauffa pour devenir un sentiment agréable, presque douillet. L’odeur épicée de cannelle repoussa assez son loup pour que sa rationalité puisse reprendre les commandes et sa vue redevint normale à mesure que sa transformation se calmait.
Loupiot. Stiles. Sécurité.
Stiles se déplaça à côté de Derek et lui tourna le dos avec insouciance, ce qui était assez inquiétant. Pourquoi était-il aussi détendu près d’un loup-garou dont il venait de pénétrer l’antre et de forcer à se transformer ? Cet enfant n’avait aucun instinct de survie. Pendant que Stiles s’installait, Derek bougea de manière à être face à lui pour ne plus laisser son côté à découvert. Alors qu’il pensait qu’ils allaient pouvoir rester assis tranquillement, un petit pied glacé toucha le mollet de Derek. Derek se recula plus loin, ne sachant pas vraiment pourquoi Stiles le touchait.
Derek avait senti l’odeur de Stiles des milliers de fois au cours des années, il vivait pratiquement au manoir après tout, mais jamais de si près. Stiles était toujours avec les petits et Derek était toujours dans sa chambre et il n’était pas le genre de personne à aimer passer du temps avec des bébés. Ils étaient trop bruyants, sentaient trop, touchaient trop.
Sans réfléchir, Derek se pencha et renifla le sommet des cheveux marrons en bataille de Stiles, qui sentaient légèrement Tonton Peter. Il avait dû le marquer récemment en ébouriffant ses cheveux ou quelque chose du même style. Ça expliquerait qu’ils soient aussi décoiffés. On n’avait jamais appris à ce gosse à se server d’un peigne ?
Stiles pencha sa tête à l’opposé de Derek, exposant la peau pale et couverte de grains de beauté de son cou fragile et Derek se recula brusquement. Est-ce qu’il se soumettait ? Derek n’était pas un Alpha. Il n’était pas un Bras Droit ni un Bras Gauche. Il n’avait aucune autorité.
— Cora et Malia sentent mon cou, expliqua Stiles quand il remarqua la confusion sur le visage de Derek. Toi aussi, tu peux.
Derek se pencha de nouveau pour renifler le long de sa gorge, jusqu’à la base où le cou et l’épaule se rejoignent. Il pouvait sentir que sa sœur et ses cousines l’avait fortement marqué à cet endroit, sans doute lors d’une de leurs étouffantes sessions câlins. Mais, sous l’odeur de la meute, il trouva le parfum attirant de cannelle et de sucre. Maintenant qu’il y prêtait attention, il pouvait aussi percevoir de très légers soupçons de vanille et de sirop d’érable.
Stiles sentait comme le matin de Noël au manoir Hale, quand Tonton Chris préparait ses snickerdoodles.
— Spider-Man ! s’exclama Stiles, se redressant d’un coup en voyant le super-héros à la télévision.
Derek tressaillit et s’écarta, ses yeux flamboyant d’instinct face à l’élan soudain du petit. Stiles dut percevoir l’éclat dans sa vision périphérique, parce qu’il se tourna vers Derek et demanda très tranquillement :
— Refais encore ?
Derek souleva un sourcil interrogateur.
— Tes yeux, dit Stiles, en fermant et en ouvrant ses poings près de son visage.
Il voulait voir ses yeux de loup ? Derek trouvait ça bizarre. Stiles avait vu Peter et les petites se transformer toute sa vie. Il laissa quand même ses yeux dorés flamboyer.
Stiles s’émerveilla quelques secondes avant de tendre la main vers son visage, mais Derek attrapa rapidement son poignet pour l’arrêter. Il pouvait sentir le bout de ses doigts le picoter, ses griffes se préparant à s’allonger, mais miraculeusement, son loup ne força pas la transformation. Derek autorisait rarement ses compagnons de meute à le toucher, donc il n’allait absolument pas laisser cet enfant le faire, même s’il était un proche de la meute. Il utilisa sa prise sur le bras de Stiles pour éloigner le membre de son espace, puis laissa ses yeux revenir à leur vert habituel.
— J’adore Spider-Man, soupira Stiles en se laissant retomber contre les coussins près de Derek, reportant son attention sur la télévision.
La manière dont Stiles traitait chaque interaction hostile de façon aussi nonchalante n’avait aucun sens pour Derek. Il aurait pu être blessé, ou pire, et il ne semblait pas le moins du monde inquiet. Même sa mère et ses oncles réagissaient avec plus d’inquiétude que Stiles et ils étaient bien moins en danger que lui.
— Tu aimes Spider-Man ? lui demanda Stiles.
Derek hocha une fois la tête et Stiles fit un grand sourire. Derek ne put empêcher ses lèvres de s’étirer un peu en retour, pas un vrai sourire, mais ça pourrait peut-être le devenir.
