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Tapis dans l'ombre des feuillages qui peuplaient la gigantesque forêt, minimisant le bruit de leur respiration le plus possible, Maxime était presque devenu invisible. Avec son pistolet dans la main droite, et son couteau de combat de l'armée dans l'autre, il était prêt à attaquer un régiment. A ses côtés, caché derrière le tronc d'un immense arbre se trouvait Mathis, tout aussi armé jusqu'aux dents que son partenaire. Ils étaient si silencieux, un sérieux implacable à chaque coin de visage.
Puis, d'abord très lointain puis arrivant assez rapidement; le bruit sourd et lourd d'un moteur. Un camion qui appartenait autrefois à l'armée, repeint aux couleurs de la Retribution, traversait la forêt, sans se douter un seul instant qu'il était attendu.
Arrivés au niveau de Maxime et Mathis, les conducteurs et occupants ne comprirent pas pourquoi le camion décéléra aussi soudainement, quand le moteur semblait nickel. Maxime ne put s'empêcher d'esquisser un petit sourire narquois quand il entendit les insultes fuser à l'intérieur du véhicule, l'agitation qui s'accumulait entre les membres de la Retribution.
Après quoi, comme les deux compères l'eurent prévu, les agents descendirent du camion pour venir l'inspecter de plus près. Ils étaient tous munis d'armes lourdes, sans exception. Mathis lança un regard furtif à son associé qui répondit avec un unique hochement de tête.
Leur plan était on ne peut plus simple; s'infiltrer discrètement derrière le véhicule pour venir récupérer les vivres, habits et armes qui s'y cachaient. Presque trop facile dit comme ça, bien moins quand on doit le faire en vrai, car c'est trois agents de la Retribution en alerte qu'ils allaient devoir essayer de passer outre. Maxime fit un geste de la main à Mathis et le brun emboîta le pas.
"Putain, qui à pu nous niquer avec ces piques ?! Personne ne nous attend !" S'énerva un des agents. Il observait la herse faite maison à partir de clous et autres objets pointus, enfoncée dans les pneus avants du camion. Il se tenait l'arrière du crâne en soufflant bruyamment, ses dreadlocks se balançant devant son front à chaque mouvement de tête.
"Hey, calmos. C'est sûrement un piège qui devait être là depuis bien longtemps." Répondit un autre qui avait la tête sous le camion, constatant l'état des pneus en les tâtant un peu. D'une voix sereine il ajouta; "T'as raison en plus, qui attendrait un convoi comme ça ?... Bon, j'confirme, les pneus sont morts." Il termina son diagnostic et releva la tête vers le dernier agent, celui qui n'avait pas encore ajouté son grain de sel, trop occupé à scruter les horizons. "On fait quoi du coup ?"
Le plus grand s'arrêta un instant, en pleine réflexion, avant de se tourner vers le premier agent. "Essaye la radio, explique leur la situation." Décrit-il enfin après quelques longues secondes d'attente. L'agent acquiesça et commença à bidouiller la lourde radio attachée près de sa hanche, changeant les fréquences rapidement.
Cependant, pendant la minuscule querelle des agents, les deux partenaires étaient déjà sur le point d'ouvrir le compartiment arrière du camion. Mathis s'occupait du crochetage, Maxime faisait le guet.
"C'est pour aujourd'hui ou demain ton truc ?" Maxime savait que c'était les nerfs qui parlaient à sa place, mais il savait aussi que ce n'était qu'une question de temps avant qu'un agent se pointe et les fume sans pitié ni rancœur. Mathis trébucha sur son crochet et jeta un rapide regard contrarié à l'encontre de Maxime.
"Si tu veux l'faire, vas-y, fais-toi plaisir frère." Mais Mathis se remit tout de même en route, titillant la serrure du blindé avec son pauvre crochet. Les mains de Maxime commencèrent à suer fortement, ses mains moites glissant quelque peu sur l'emprise de son couteau – de la seule main non munie de gant.
Après ce qu'il sembla être une éternité pour les deux amis, ils entendirent enfin le vénérable clic qui ne voulait signifier qu'une seule chose; le convoi était ouvert. Ils ne se firent pas prier, les deux hommes se jetèrent dessus et forcèrent les portes. Ce qu'ils virent à l'intérieur dépassait de loin toutes leurs attentes. Tout ce dont ils avaient rêvé de récupérer, mais en quantité bien supérieure. Mathis et Maxime se regardèrent un moment, assimilant le fait que ce fut le meilleur coup de leur vie entière.
La seconde d'après, ils étaient en train de dévaliser les cargaisons de nourriture – le plus important pour leur faction, et tout autre chose utile. Ils déplorèrent les limites vites atteintes de leurs sacs, voyant tout ce qu'ils laissaient derrière eux, ce qui allait être perdu à tout jamais au lieu de servir d'innocentes personnes en besoin. Maxime détestait ce sentiment d'impuissance; il détestait la Retribution et tout ce qu'elle engendrait. Une main vint se poser sur son épaule, celle de Mathis, ce qui n'empêcha pas Maxime de sursauter.
"On y va Max, n'essaye pas de jouer les super-héros." Mathis murmura d'une voix qui se voulait compatissante. Au fond Maxime savait que son ami avait raison, qu'ils avaient déjà pris beaucoup de risques – récompensés – et qu'il ne fallait pas gâcher cette chance inouïe. Seul ce sentiment d'injustice subsistait en Maxime, cette frustration ultime, rongeant ses entrailles.
Se remettant les idées plus ou moins au clair, Maxime répondit avec détermination. "Allons-y." Un sourire satisfait orna les lèvres de Mathis quand celui-ci tendit le deuxième sac rempli à Maxime. Le plus petit le remercia avant d'empoigner ledit sac et de le mettre sur ses épaules.
Mais soudainement, un objet glacial entra en contact avec la nuque de Maxime, se collant délicatement à sa peau sensible. Il arrêta de respirer pendant quelques secondes, se maudissant chaque seconde qui passait. Mathis se retourna vivement, l'incompréhension et la surprise se mélangeant dans son regard pour ne former plus qu'un. Maxime déglutit fortement.
"Tiens donc, qu'est-ce qu'on a là ?" Une voix grave tonna derrière Maxime, amusée par la situation devant laquelle elle se trouvait. "Ce serait pas des Gardiens en plus ? Wow, le jackpot." L'homme appela ensuite sa team, l'arme toujours braquée sur Maxime, pendant que lui et Mathis se lançaient des regards désolés.
"Les gars, regardez le morceau que j'ai péché !" Il s'écria quand ses deux coéquipiers vinrent enfin. Maxime les observa du coin de l'œil, sur ses gardes et complètement paniqué, ce qu'il ne laissa aucunement transparaître de par son langage corporel stoïque et son expression faciale qui restait d'un passif implacable.
Quand les deux autres agents s'approchèrent plus des deux, les liant rapidement à leur problème de pneus crevés, Mathis alla pour son arme dans un geste de pur réflexe. Cependant il fut vite arrêté par le chef de la division, le plus grand et baraqué des trois, quand il leva son arme de poing pour lui aussi la pointer sur Maxime. Mathis s'arrêta net et l'homme se mit à sourire d'une manière menaçante.
"Je ferai pas ça si j'étais toi." Il menaça le métis en le regardant droit dans le blanc des yeux, puis, il arma le pistolet, accentuant ses propos. "Sinon je ne suis pas sûr que ton pote va kiffer ce qu'il lui arrivera." Les deux se fixèrent pendant un instant, se jaugèrent mutuellement, mais quand Mathis su que l'homme ne plaisantait pas, son bras revint à sa position d'origine. L'homme fit un signe de tête sec au coéquipier à ses côtés, celui avec l'énorme radio, lui disant d'aller inspecter les intrus.
Leurs armes furent jetées au sol, sacs ouverts et fouillés et c'est à ce moment précis que Maxime reconnu être vraiment dans la merde.
Les trois agents ne mirent pas longtemps à mettre en lien la venue de Maxime et Mathis avec la porte forcée du camion. Les gouttes de sueur commençaient à perler sur le front du plus petit, celui-ci débutant la récitation de ses dernières prières dans sa tête.
"Qu'est-ce qu'on fait d'eux Sid ?" Le jeune métis demanda, après vérification complète de l'équipement des deux voleurs.
"On devrait les descendre tous les deux ! C'est tout ce que ces chiens méritent." L'homme derrière Maxime commença à rétorquer, ce qui l'effraya d'autant plus quand ledit homme avait son arme braquée sur lui. Dans sa panique, il croisa le regard du fameux Sid, qui l'examinait lui et son ami, une main caressant son menton.
"Non," Il commanda, mettant définitivement fin à l'énervement de son subordonné. Le soulagement que Maxime ressenti ne dura pas longtemps quand il aperçut le regard mesquin et cruel du type. Puis, d'un geste brusque et inattendu, il pointa son arme vers Mathis. "Lui va gentiment partir et nous laisser son copain. Sinon, c'est une balle qui attend votre tête à tous les deux." Il marqua une courte pause, dévisageant le métis d'un regard mauvais. "Je suis sympa, je te laisse aller raconter à toute ta bande qu'il faut pas déconner avec la Retribution." Cracha-t-il alors, son arme bougeant au même rythme qu'il parlait.
Maxime sut alors ce qu'ils comptaient faire de lui; un prisonnier de guerre. Dans le simple but de se vanter auprès des Gardiens, d'accroître la rivalité plus que toxique qui s'animait entre les deux factions.
Depuis le début de l'apocalypse, c'est plusieurs factions qui furent créées mais deux d'entre elles restaient les plus importantes. La Retribution, qui se battait pour reconstruire un semblant du monde d'autrefois, et les Gardiens, rebelles qui essayaient de survivre coûte que coûte dans ce nouveau monde. Avec leur différences de raisonnement et de mode de vie, l'animosité entre ces deux factions comptant des milliers de membres dans le pays ne pouvait qu'exister. Rumeurs, espionnage, vols, attentats et plus encore faisaient rage entre les deux, dire que ces deux factions se détestaient aurait été qualifié d'euphémisme.
Ce n'est pas comme si Maxime avait choisi son camp, pour sûr il préférait la façon de penser bien plus amicale et pacifiste des Gardiens, mais si cela ne tenait que de lui, il serait déjà loin d'ici, de tout ça, vivant le reste de sa petite vie tranquille dans une maison de campagne. Mais Maxime avait des atouts très utiles en cette période post-catastrophe; un courage à toute épreuve, une assurance hors du commun et une facilité à se faufiler discrètement partout où il le souhaitait. Pas étonnant qu'il soit devenu, au fil du temps, un des membres les plus importants de sa faction.
Mathis lança un regard à son ami, l'incertitude se lisant si clairement dans ses yeux. Bien sûr qu'il ne voulait pas abandonner son coéquipier, son frère d'arme, eux qui s'étaient toujours battus ensemble. Mais aucun autre choix ne s'offrait à lui, aucun autre choix qui ne résulterait pas en la mort de l'un d'eux. Il ne savait même pas s'ils laisseraient Maxime vivre une fois qu'ils l'auraient fait prisonnier, qu'ils ne l'égorgeraient pas comme un stupide porc allant à l'abattoir.
Calmant les doutes et interrogations de Mathis, Maxime hocha simplement la tête d'un air solennel. Maxime était terrorisé de ce qui allait potentiellement lui arriver, mais pour le bien d'eux deux, il effaça cette crainte de son visage. Son expression disait tout bas, 'Tout ira bien'. Mathis décida de le croire.
Le métis décocha un regard noir à l'attention de Sid, puis, commença doucement mais surement à se reculer, ne tournant jamais son dos aux agents. Maxime observa son ami s'enfuir dans les feuillages, jusqu'à ce que plus un son ne se fasse entendre, sans lui. Il ne pouvait pas s'empêcher de ressentir un sentiment de désolation et de peine contre la situation à laquelle il faisait face.
"T'es sûr que c'est une bonne idée ?" Commença le type derrière Maxime, qui se faisait un malin plaisir à menotter les mains du Gardien. Quoique, le scepticisme subsistant dans sa voix ferait croire qu'il aurait préféré voir la tête de Maxime ensanglantée au sol. "Qui sait ce que ces malades nous feront quand ils apprendront qu'on a un de leur gars. Tu sais qu'ils sont super protecteurs entre eux."
"Ces enflures ne feront rien." Sid répondit en dévisageant Maxime du même œil mauvais, qui lui riposta de son meilleur regard abject. "A moins qu'ils aiment le plomb dans la cervelle, ils ne risqueraient pas leur armée pour un seul type." Il osa ricaner à la fin de sa phrase, accentuant la confiance qu'il ressentait au fait que les Gardiens abandonnent Maxime aux mains de l'ennemi. "Allez, on s'arrache. Théodore c'est toi qui conduis après que j'ai fini de changer les pneus. Manas, fous-moi ça là-dedans." Il ordonna, désignant le matériel que les deux Gardiens étaient sur le point de voler et Maxime pour sa dernière instruction. Il ne se sentit qu'un tout petit peu vexé à être traité comme un objet, juste un tout petit peu.
Maxime se fit pousser à l'intérieur de la remorque avec brutalité, Manas faisant en sorte qu'il soit attaché à la porte via ses menottes – cela aurait été vraiment bête de laisser Maxime seul, détaché et avec des montagnes d'armes à disposition.
Quand il entendit les lourdes portières se fermer, le moteur commencer à ronronner, le brun laissa tomber sa tête contre la double porte métallique, soupirant un grand coup. Il se prépara à un sort pire que la mort; être fait prisonnier par la Retribution.
