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Essayer d'y croire

Summary:

Harry sait parfaitement qu'il ne devrait pas aller aussi souvent chez son voisin... mais comparé aux Dursley, Eric est gentil et doux. Trop doux.

Notes:

Hey !

C'est la première fic que je publie et j'aimerais beaucoup avoir vos avis dessus !
Ça restera un OS mais on est pas à l'abri d'une suite qui se passerait quelques années plus tard 👀
Il peut y avoir des erreurs, n'hésitez pas à me les faire remarquer !

Bonne lecture !

Work Text:

Harry allait chez Eric quand il avait trop faim, ou quand il n'avait nulle part où dormir. Il savait qu'il ne devait pas y rester trop longtemps, car il pourrait presque s'habituer à manger régulièrement. Et si les mains d'Eric contre sa peau ne le faisaient pas se sentir si sale, il aurait presque pu s'y habituer aussi : être touché pour autre chose que pour être frappé et être nourrit était certainement plus que ce que les Dursley ne lui avaient jamais offert.

Il pensait cependant qu'il ne devrait formuler cette pensée à voix haute devant personne ; il doutait que l'on trouve ça très sain. Cependant, il n'y était pour rien, c'était comme ça qu'était sa vie.

Il ne se souvenait pas clairement de la première fois où il avait été chez Eric. Il devait avoir six ou sept ans. C'était la nuit. Les Dursley l'avaient mis dehors pour une raison quelconque, et il faisait froid. Très froid. Probablement en novembre ou bien en décembre. Avant Noël en tout cas.

Eric avait emménagé quelques mois auparavant et Harry ne l'avait jamais vu, mais il avait déjà entendu des ragots sur ses préférences tordues pour les jeunes garçons. Comme cela sortait de la bouche de la tante Pétunia et de son cercle d'amies vicieuses qui colportaient les rumeurs selon lesquelles lui-même était un criminel en devenir, il ne s'y était pas attardé.
Pour une fois cependant, tante Pétunia avait dit la vérité.

Eric était venu le trouver alors qu'il grelotait en boule sur le trottoir, assis dans la neige. Eric lui avait passé son manteau sur les épaules et lui avait fait signe de le suivre. Harry, six ( ou sept ? ) ans, avait eu trop froid pour se poser des questions, et l'avait suivi. Eric l'avait fait s'asseoir, lui avait proposé un chocolat chaud et un bon repas, et un lit pour la nuit.
Son lit. Harry avait accepté, bien sûr, n'en comprenant pas les implications.

Quand Eric avait posé sa main sur sa cuisse, ça avait surpris Harry, mais pas vraiment gêné. Il n'avait jamais été touché avec douceur auparavant, c'était presque agréable.
Puis Eric avait été plus loin, Harry n'avait rien dit par politesse et par peur, parce que les adultes de sa vie n'avaient jamais vraiment accepté "non" comme réponse.

Mais Eric l'avait déshabillé et l'avait touché plus intimement. Harry s'était alors tortillé et avait voulu échapper à cet adulte qui cherchait lui aussi à avoir du pouvoir sur lui. Trop de pouvoir.

Eric l'avait frappé.
Pas aussi fort qu'oncle Vernon. ( Encore aujourd'hui, Harry pensait qu'il serait difficile pour quiconque - même pour Voldemort - de le frapper si fort et avec autant de haine qu'oncle Vernon. )
Mais ça avait suffit à ce qu'Harry se calme.
Un coup de cet homme si calme et doux faisait en quelque sorte presque plus mal que les coups d'oncle Vernon. Si Harry se laissait faire, Eric était gentil.

Pourtant Eric n'avait pas continué ce qu'il avait entrepris. Il l'avait dévisagé en silence pendant de longues minutes - semblant presque aussi surpris qu'Harry du coup qui était parti - avant de libérer le corps d'Harry et de s'excuser. Eric avait dormi sur le canapé cette nuit là.

Personne auparavant ne s'était jamais excusé auprès d'Harry.

Harry savait qu'il n'aurait peut-être pas dû, mais il y était retourné et cela c'était installé comme une sorte de routine réconfortante. Comme un repère dans le chaos qu'était la vie d'Harry.

Les premières fois où Harry avait permis à Eric d'aller au bout, ça avait fait très mal : il avait pleuré de douleur et n'avait pas pu s'asseoir pendant des jours après ça.
Mais Harry s'y était en quelque sorte habitué. Comme il s'était habitué à la haine et aux insultes, aux raclés d'oncle Vernon, et plus tard, à la famine.

Il n'avait jamais mangé jusqu'à satiété chez les Dursley et il héritait principalement des restes. Mais il ne l'avaient jamais exactement affamé non plus. Enfin pas jusqu'à l'été de ses huit ans. Cette année là, beaucoup de choses bizarres s'étaient produites autour de lui. Et quand - à peine une semaine après que Dudley soit rentré de l'école en hurlant qu'Harry avait rendu les cheveux de son professeur bleus - oncle Vernon ouvrait une lettre de la directrice disant qu'il s'amusait à escalader les bâtiments, ça avait été la goutte d'eau qui avait fait déborder la colère de l'oncle Vernon au-delà de son barrage de retenue.

Vernon lui avait infligé une raclée dont il se souvenait encore et dont il gardait certaines marques. Pétunia avait hurlé sur le fait de les faire paraître bizarres et Dudley avait bien ri devant la scène.

Dès son retour de l'école pour les vacances d'été, il avait été bouclé dans le placard. Oh bien sûr, ce n'était pas la première fois. Ça avait toujours été sa chambre et petit à petit, c'était devenu sa prison. Mais c'était aussi, paradoxalement, son sanctuaire, le seul endroit où il se sentait chez lui et en sécurité ( principalement parce que Vernon était trop gros pour y entrer ) .

La première fois qu'il y avait été enfermé, c'était sa première année d'école maternelle. Ça avait était quelques heures seulement, pour ne pas avoir reconnu son nom à l'appel et les avoir fait paraître bizarres. Comment aurait-il pu savoir que son prénom était Harry alors qu'on ne l'avait appelé jusque là que garçon ou monstre ?
Bien qu'en règle générale, on ne l'appelait pas.

Eric avait aussi été le premier à reconnaître son nom et à s'en servir – en dehors de ses professeurs qui gobaient tout ce que racontaient son oncle et sa tante à son sujet.

Au fil des années, les heures dans le placard s'étaient rapidement transformées en jours et les jours en semaines. Et ce fameux premier jour des vacances d'été de ses huit ans, cela s'était transformé en mois. C'était aussi là que la famine avait commencée.

Au début Pétunia lui amenait une boite de soupe froide tous les jours. Ce n'était pas grand chose, mais n'ayant jamais été habitué à beaucoup plus, cela lui convenait.
On le sortait de son placard deux fois par jour pour aller aux toilettes et occasionnellement aussi pour que Vernon puisse le secouer un peu pour faire sortir cette bizarrerie hors de lui.
Avec la punition qui s'éternisait, Pétunia détournait de plus en plus la tête lorsqu'elle lui apportait à manger. Comme si elle ne voulait pas constater son état et l'étendu des dégâts dont elle savait qu'ils étaient responsables.

Il la soupçonna alors pour la première fois d'avoir un cœur ou – à défaut – une conscience.

Elle avait commencé par oublier une fois de lui apporter à manger, et avait fait comme si de rien n'était le lendemain. Puis ces visites s'étaient raréfiées – à tel point qu'il avait fini par devoir économiser ses maigres rations de soupe froide, et avait dû utiliser un seau pour ses besoins. Les deux dernières semaines des vacances, elle n'était plus venue du tout.

Parfois Eric était désireux d'écouter Harry lui parler de sa vie à l'école ( pas à la maison, bien sûr, Eric n'avait jamais commenté sa maigreur ou ses blessures, mais l'avait soigné parfois, lorsque c'était trop grave ).
Harry lui racontait alors des anecdotes dont il extrayait tout caractère magique de certaines de ses mésaventures avec Ron et Hermione, ou certaines de ses altercations avec Drago Malefoy.
Eric lui demandait alors de lui parler plus de ses amis, de les lui décrire, et Harry se sentait mal à l'aise de le faire – il avait l'impression qu'il les souillerait à leur insu.
Alors il se taisait, et Eric n'insistait pas. Après tout, Harry lui suffisait.

Cette année, lorsqu'il était revenu, il avait été chez Eric à la première occasion. Il avait besoin de parler. Il avait besoin que quelqu'un écoute sans rien dire, sans émettre le moindre avis sur ce qu'il disait, sans le contredire.

Ils s'étaient assis sur le canapé et Eric, innocemment, lui avait demandé comment s'était passé l'école.

Il voyait, bien sûr, que quelque chose n'allait pas – ils se connaissaient depuis longtemps après tout et il l'avait vu à certains de ses moments les plus vulnérables.
Mais il n'était pas vraiment nécessaire de bien connaître Harry pour voir que quelque chose n'allait pas. Il était cerné et pâle, avait les yeux voilés et hantés, l'air encore plus vide que d'habitude – on aurait pu croire qu'il avait reçu le baiser du détraqueur. Bien sûr Eric n'avait pas cette comparaison en tête, mais remarquait quand même la différence.

Aussi, il avait reçu Harry à peine trois jours après le début des vacances – autrement dit très tôt par rapport à d'habitude.
Habituellement le garçon venait le voir pour la première fois mi-juillet – quand il commençait à avoir vraiment faim ou bien quand il était suffisamment blessé pour demander de l'aide ( ce qui, au vu de la fierté d'Harry, n'arrivait quasiment jamais ) – parfois un peu plus tôt, mais jamais si tôt.

Harry avait été silencieux si longtemps que Eric pensait qu'il ne répondrait pas, et Eric pensait qu'il n'avait vraiment aucune raison de le faire. Mais Harry avait murmuré, comme pour s'empêcher de sangloter :

" Mon parrain a été tué. "

Puis il ajouta encore plus doucement :

" C'est ma faute. "

Harry ne versa pas une larme. En fait, si il y repensait, le garçon ne pleurait jamais – plus depuis des années en tous cas.

Eric avait été plus doux que d'habitude cette nuit là. Harry s'était alors dit pour la première fois que peut-être, lui aussi avait un cœur – ou à défaut – une conscience.

Il avait été d'autant plus réticent à retourner chez les Dursleys le lendemain, mais il était certain que s'il restait un jour de plus chez Eric il ne supporterait pas d'en repartir.

Lorsqu'il était revenu à l'heure pour préparer le dîner, l'oncle Vernon était violet de rage. Mais comme il était en permanence furieux lorsque Harry était dans les parages, il était difficile pour ce dernier de dire pourquoi il lui en voulait. Au fil des années, Harry avait juste appris à accepter sans broncher les reproches, les hurlements, les insultes, les coups.

Cependant ni Pétunia ni Vernon ne firent de commentaire sur l'endroit où il était allé. D'un accord tacite, ils ne parlaient jamais de ses brèves périodes d'absence. Harry doutait même qu'ils s'en seraient rendu compte s'ils ne perdaient pas, par là même, leur esclave personnel.

Bien sûr, les Dursley savaient probablement où il allait, ne serait-ce que parce que – bien que Pétunia et Vernon n'en parlaient pas – Dudley avait apprécié charrier Harry là-dessus pendant ses premières années de collège.
Malgré tout ce qu'avait fait sa mère pour le protéger de la connaissance de la nature de cet horrible individu, il avait fini par le découvrir par ses amis qui avaient entendu des ragots de ragots et ainsi de suite.
Ça avait beaucoup fait rire Dudley le premier été de leur retour de l'école secondaire, mais devant l'indifférence et la nonchalance apparentes d'Harry, il avait fini par se lasser.

 

Severus Rogue était absolument sidéré par l'incommensurable bêtise des membres de l'Ordre. Depuis que celui-ci avait commencé à surveiller le sale gosse arrogant Potter l'été dernier, ils avaient rapporté qu'il se rendait régulièrement chez un voisin. Mais que c'était en face de la maison des Dursley, et donc dans la limite des protections, et donc tout allait bien.
Mais tout n'allait certainement pas bien – outre le morveux en personne qui avait l'air d'un zombi.
Severus avait senti, dès qu'il avait aperçu l'homme sur le pas de la porte, que quelque chose n'allait justement pas. Potter y était resté la nuit. Quel genre d'adolescent de seize – presque dix-sept ans – faisait des pyjamas parties avec des hommes de cinquante ans ?

C'est là que Severus fut conforté dans son idée première : le gosse était stupidement inconsidéré, irréfléchi et téméraire.

Severus songea à transplaner directement à la limite des protections de Poudlard, et de rapporter la chose à Albus pour le laisser s'en débrouiller, mais il se ravisa. Il l'imaginait parfaitement – ses yeux bleus pétillants – lui dire qu'il savait qu'il finirait par s'inquiéter pour le garçon. Ce qui était parfaitement stupide.
Mais il ne voulait pas non plus imaginer le regard d'Albus si il apprenait qu'il avait su que son précieux garçon se trouvait en danger, et n'avait rien fait.

Severus n'envisagea même pas un seul instant d'aller voir n'importe quel autre membre de l'Ordre ; il en avait déjà plus qu'assez de les entendre plaindre le pauvre enfant, coincé avec ces horribles moldus – c'était plutôt eux que Severus plaignait. Il décida donc de traiter le problème à sa source. Et la source du problème était – sans surprise – Potter, encore.

Lorsque le gamin ressorti de la maison le lendemain, il était presque midi.
Toujours sous son sortilège de désillusion, Severus l'attrapa par la peau du cou et le traîna dans un coin à l'abri des regards, à l'extrême limite des protections – ignorant le halètement de surprise du gamin.

" Potter, il cracha ce nom avec tout le venin dont il était capable, êtes vous réellement si naïf  que vous ne vous rendez pas compte lorsque vous foncez tête baissée dans la gueule du loup, ou bien êtes-vous délibérément stupidement arrogant et téméraire, pensant que tout vous sera épargné ? "

Harry marmonna quelque chose et Severus resserra sa prise sur son col.

" Qu'est-ce que c'était Potter ?

- Je ne pense pas avoir beaucoup été épargné jusque là, Monsieur, répéta-t-il plus fort.

- Cessez de vous plaindre, petit bébé insolent ! Je ne tolèrerais pas vos manières arrogantes. Tout le monde sorcier remue ciel et terre pour protéger le précieux golden boy, et le foutu gamin Potter se permet d'ignorer complètement son bien être, espérant sûrement que tout le monde prendra toujours soin de lui à sa place ! Et bien laissez-moi vous dire, Monsieur Potter, que vous avez peut-être un fan club pour vous adorer et vous plaindre, mais je ne serai pas de ceux-là. Alors vous allez cesser tout de suite ce petit manège pour attirer l'attention et rester bien sagement chez vous, loin de cet individu. Si j'apprends que vous avez même songé à y retourner, soyez sûr que je vous le ferais regretter. Est-ce clair ?

- Oui, Monsieur. "

 

Suite à cela, Harry n'y retourna pas. Il n'avait aucun moyen de s'y rendre sans que la personne qui ne le surveillait ne le voit, et il n'avait aucun moyen de savoir qui était cette personne sans que celle-ci ne se révèle d'elle-même.
Et il ne voulait pas prendre le risque, certainement pas avec Rogue.

Cependant, fin juillet, la faim lui tiraillait le ventre et il savait qu'il ne tiendrait pas beaucoup plus longtemps. Il avait aussi quelques méchantes blessures – notamment dans le dos, là où il ne pouvait pas les atteindre lui-même – qui avaient besoin d'attention.
Son oncle et sa tante avaient été plus vicieux cet été, et Harry se doutait que cela avait avoir avec l'attaque des détraqueurs de l'été passé. Pétunia avait beau reconnaître leur existence, il n'empêchait pas qu'il était responsable de tout cela. Cela donnait à Vernon une très bonne excuse pour se défouler sur lui de la perte de son emploi en juin. C'était gagnant-gagnant pour eux seuls.

Alors le 31 juillet, il se dit qu'après tout, c'était son anniversaire, il pouvait bien s'autoriser un petit écart, non ? Il était persuadé que Rogue ne le surveillait pas souvent. Bien sûr il ne pouvait pas savoir avec certitude, puisque personne ne lui disait jamais rien. Mais il supposait qu'avec son travail d'espion ( à supposer qu'il en soit vraiment un ) Rogue n'avait sûrement pas beaucoup de temps à consacrer à du babysitting – ce pour quoi Harry était reconnaissant.

Il pouvait tenter sa chance, les probabilités seraient avec lui.

Cependant il n'avait évidemment pas pris en compte le facteur chance Harry Potter, selon lequel – il devrait pourtant le savoir maintenant – rien ne se passait jamais comme ça devrait en ce qui le concernait.
Il avait en tête quelques exemples pouvant paraître pertinents : survivre au sortilège de la mort ; être placé avec ses seuls parents de sang vivants pour qu'ils s'occupent de lui ( Harry en voulait un peu à Dumbledore, mais il ne pouvait pas nier qu'il comprenait la logique derrière cela ) qui s'avéraient être des cons violents qui le détestaient ; découvrir qu'il avait en fait un parrain avec qui il ne pouvait cependant pas vivre puisqu'il était reconnu coupable de meurtre et en fuite ; être tiré au sort dans un tournoi mortel auquel il n'était pas censé être autorisé à participer, puis assister à la résurrection de Voldemort et pourtant en réchapper vivant, encore ( il n'arrivait d'ailleurs toujours pas à savoir si c'était une bonne chose ) – entre autres...

Voilà pourquoi il anticipait toujours les pires scénarios possibles. Ses amis disaient qu'il était dramatique, lui se trouvait juste réaliste.
Un autre exemple flagrant se trouvait être ce qu'il s'était passé au ministère il y a à peine plus d'un mois, mais Harry n'avait pas envie d'y repenser.

Harry donc, ignora le facteur chance Harry Potter et se rendit chez Eric le soir de son anniversaire. Il se réjouit de voir qu'aucune chauve-souris des donjons ne planait pour s'abattre sur lui au moment où il frappait à la porte. Il put donc manger correctement ( bien qu'après tant de temps sans nourriture il ne puisse plus réellement avaler grand chose ) et se dit en petit déjeunant le lendemain, qu'il pourrait même en emporter un peu en partant. Il ne partit cependant pas tout de suite car Eric semblait ne s'être pas satisfait de la veille. Harry se laissa donc caresser, allonger sur le canapé, puis lentement déshabiller.
C'est là que la malchance frappa.

 

Severus s'était renseigné discrètement auprès des membres de l'Ordre et il avait été satisfait d'apprendre qu'il avait fait suffisamment peur au gosse pour qu'il n'y retourne plus. Il l'avait surveillé une fois depuis, et il s'était également trouvé satisfait de voir que sa famille ne le ménageait pas. Lorsqu'il avait entendu que l'Ordre avait été les trouver à la gare suite à la mort du cabot pour les avertir de ne pas maltraiter le gamin, il avait été convaincu qu'ils avaient atteint le comble du ridicule. Mais c'était avant qu'il n'entende Molly Weasley supplier, réellement supplier, Albus de la laisser l'emmener chez elle dès la fin de la première semaine.

Cependant tout avait changé il y avait à peine cinq minutes ce matin là, alors qu'il prenait son tour de garde auprès de Dedalus Deagle. Deagle l'avait informé d'un ton joyeux qu'Harry était allé chez son voisin hier. Et qu'il y était toujours.

Dire que Severus était maintenant en colère serait un doux euphémisme, il était absolument furieux. À peine Deagle avait-il transplané que Rogue métamorphosa ses robes en tenue moldue et laissa tomber son sortilège de désillusion. Il toqua à la porte une fois et, comme on ne lui ouvrit pas dans les cinq secondes qui suivirent, il lança un alohomora informulé et fit son entrée la plus menaçante qui faisait peur même aux septième années les plus téméraires.

Il appela Potter de son ton le plus glacial, mais à sa plus grande frustration aucune réponse ne vint et il jura d'étrangler le garçon lui-même dès qu'il l'aurait trouvé.

Il entendit des bruits provenant du salon où il tomba sur une des scènes les plus dérangeantes qu'il ai vu de sa vie ( et il avait été mangemort ! ) . Le voisin de Potter, de près de trois fois son âge, sur le garçon, presque entièrement nu, la tête en arrière fixant un point quelque part derrière Severus, les yeux complètement vides, son corps effroyablement maigre, mou comme une poupée de chiffon. Il ressemble à un cadavre, constata Severus avec un frisson. Le voisin se releva légèrement, le fixa avec un mélange de choc et de crainte puis lentement, trop lentement, s'enleva du corps semblant sans vie de Potter. Severus fut d'avis que ce fut cela, plus que son deuxième appel au garçon, qui le ramena à un état de conscience. Potter se releva en position assise et le dévisagea un moment avec une expression indéchiffrable et étrangement calme. Cela dérangeait Severus qui dut se concentrer pour utiliser son ton le plus glacial et venimeux :

" Vous venez avec moi Potter. Maintenant. "

Le gamin Potter se releva et se rhabilla comme si de rien n'était, il balaya les plis de sa défroque – Severus ne pouvait pas se résoudre à appeler ça un pantalon – avec le dos de sa main et le suivi hors de la maison sans un regard en arrière.
Severus le traîna exactement au même endroit que presque un mois plus tôt.

" Ne vous avais-je pas défendu d'y aller sale gamin insolent ? Qu'est-ce que c'était Potter ? Qu'est-ce qu'il s'est passé dans cette maison ?

- Rien qui vous regarde, Monsieur. "

Severus élevait la voix, il savait que ce n'était pas l'attitude de quelqu'un à qui cela arrivait pour la première fois. Il avait été négligeant. Horriblement négligeant. Et Potter qui continuait à fanfaronner ! Comprenait-il seulement la gravité de la situation ? Il se força à rester impassible et à réprimer l'envie qu'il avait de secouer le garçon pour le faire réagir.

" Écoutez-moi bien Potter. Je suis le membre de l'Ordre chargé de vous surveiller aujourd'hui et je suis donc responsable de votre bien-être ( il cracha ce mot comme une sorte de molard dégoûtant ). Alors que vous le vouliez ou non, ça. me. regarde.

- Si je vous dis que c'était pleinement consentant ça devrait vous aller non ? "

Tout compte fait, le secouer un peu pourrait sûrement être bénéfique.

" Potter, c'est un adulte et vous êtes un enfant. Il n'y a pas de consentement qui tienne.

- On ne s'est jamais vraiment soucié du fait que je sois un enfant au moment de me précipiter dans une guerre, répliqua Potter, une note d'amertume dans la voix.

- Ne soyez pas si égoïste ! Il y a d'autres choses en jeu que votre petite personne dans cette guerre.

- Il n'empêche que je trouve ça un peu ironique, Monsieur.

- Vous ne me parlerez pas sur ce ton, Potter. Malgré ce qu'il s'est passé, je ne suis toujours pas sur le point de vous plaindre et de tout passer à l'enfant gâté que vous êtes.

- Je ne suis pas gâté, et il y a certainement plus en jeu dans cette situation que votre bonne conscience, Monsieur, alors laissez-moi tranquille. "

Sur ce, le gamin Potter se tortilla et lui fila littéralement entre les doigts. Il s'apprêtait à rattraper le morveux insolent quand un homme massif – non, massif était encore trop gentil pour le décrire... un homme énorme dans toutes ses proportions sortit du numéro 4 de la rue.

Ses petits yeux porcins parcoururent l'allée et tombèrent sur la silhouette frêle de Potter. La chose – qu'il ne pouvait que supposer être l'oncle de Potter – vira au violet et fit deux pas dans sa direction puis siffla sèchement entre ses dents : " Garçon. Ici. Tout de suite. "
Potter accéléra la cadence pour se diriger vers son oncle et à peine l'eut-il atteint que celui-ci lui saisit le bras dans une poigne forte et il sembla le réprimander durement avant de le jeter littéralement à l'intérieur.

Severus supposa que cela avait un quelconque rapport avec sa visite au voisin. Peut-être ses proches l'avaient-ils eux-aussi mis en garde ? Et peut être avait-il ignoré leurs avertissements également. L'oncle avait certainement de quoi être aussi en colère.

Severus rentra chez lui à l'Impasse du Tisseur en milieu d'après-midi, après avoir passé la garde à Nymphadora Tonks. Il sortit de son buffet une bouteille de rhume. Il se versa un verre qu'il avala d'un seul coup, puis un autre, et finit par s'assoupir dans son fauteuil, la bouteille vide posée négligemment sur la table basse.

Cela faisait des années qu'il n'avait pas touché à la réserve d'alcool de son père. La dernière fois remontait à la mort de Lily.
Il haïssait les alcools forts presque autant qu'il avait haït son père, mais il n'avait pas pu s'en empêcher.

Tout comme il n'avait pas pu s'empêcher de remarquer que le garçon paraissait un peu trop calme face à l'explosion de son oncle – son expression vide étant similaire à celle qu'il avait alors qu'il était presque violé par un homme adulte. Que le gros moldu le serrait un peu trop fort ; assez – supposa Severus d'après sa propre expérience – pour laisser des bleus. Et que son poing était un peu trop proche du visage du garçon. Il aurait aussi préféré ne pas voir quand le moldu avait jeté son neveu à l'intérieur et il aurait aimé ne pas avoir entendu quand il avait dit au garçon de ne pas s'attendre à manger d'ici la prochaine semaine.

Mais il ne pu pas l'ignorer et les souvenirs de sa propre enfance se mêlèrent aux souvenirs qu'il avait de Potter, de choses qui auraient pu – qui auraient dû – l'alerter, lui plus que tout autre.
Les pièces s'assemblaient sans que Severus ne le veuille.
Il se demandait comment aucun adulte ne l'avait remarqué jusqu'à présent. Il avait entendu de nombreuses plaintes de la part des membres de l'Ordre les plus proches du garçon : trop de corvées, trop peu de nourriture ou d'amour. Et il avait fallut que le cabot de parrain du gosse meurt devant ses yeux pour qu'ils se décident à intervenir auprès de la famille.
Bien sûr Severus était conscient qu'il était probablement le plus mal placé pour critiquer la prise en charge de la situation. Lui-même n'avait pas voulu voir le problème, mais pour des raisons complètement différentes.

Il était certain cependant qu'aucun d'eux n'aurait pu envisager la violence physique sans sauter sur les moldus dans la seconde. Pourtant, avec tout ce qu'il avait vu rien qu'au dehors de la maison, Severus était maintenant certain que c'était de cela qu'il s'agissait.

Il fallait reconnaître que le gamin l'avait bien caché et était à l'opposé total des profils classiques d'enfants battus : renfermés, égoïstes, auto-conservateurs ou bien à contrario auto-destructeurs... Mais après tout, depuis quand Potter vivait-il en suivant les normes ?
Il avait, semblait-il, adopté l'attitude inverse : il n'avait visiblement pas une once d'instinct d'auto-préservation, se jetait toujours tête baissée pour secourir n'importe qui - même si cela n'était pas nécessaire, et il était foutrement insolent.
Mais si Severus y réfléchissait bien, il  pouvait y discerner un manque évident de confiance en l'autorité et se sentit presque honteux en se rendant compte que ses remarques y avaient probablement activement contribué chaque année : lui un adulte, avait harcelé un enfant - son élève - à propos de son père décédé, pour une vieille rancune d'école. Il se sentit dégoûté en se rendant compte qu'il avait fait exactement ce que James Potter et son père avaient fait ; il s'en était pris à une victime innocente et déjà fragile pour apaiser son égo.

Severus se dit aussi que le gamin était probablement plus doué en occlumancie que ce qu'il n'avait initialement pensé s'il avait réussi à cacher toute une enfance de traumatismes physiques et psychologiques à Severus. Pas si bien caché se rappela-t-il en pensant à certains souvenirs de négligence évidente qu'il avait sciemment ignoré ; la honte revint, plus insistante.

Il était damné, il verrait bien le scintillement amusé dans les yeux d'Albus finalement. Maudit soit ce gosse Potter et ses foutus problèmes, dont la liste qui ne cessait de s'allonger dans l'esprit de Severus, lui donnait mal à la tête.

Lorsqu'il transplana aux abords du terrain de Poudlard, il réfléchissait encore à comment aborder le sujet avec Albus. Il était arrivé à la conclusion que la méthode directe était la meilleure ( pourtant Merlin il n'était pas un foutu Gryffondor ! ), après tout, lui-même avait horreur de la manie du directeur de toujours tourner autour du pot.
Mais cela ne rendait pas le sujet plus facile à aborder avec cette personne en particulier. Il était la seule personne encore vivante qu'il pouvait dire aimer. Néanmoins Severus n'avait pas l'intention de le ménager. Il ressentait une pointe de satisfaction à pouvoir enfin montrer au directeur que, lui aussi, faisait des erreurs et que certaines coûtaient cher.

Il était entré dans le bureau d'Albus sans frapper.

" Directeur, il faut que je vous parle. C'est important. Urgent même. "

Un froncement de sourcils s'installa sur le front du vieil homme et le maudit scintillement dans ses yeux bleus se ternit quelque peu. Tant mieux, cela prouvait qu'il le prenait au sérieux.

" Severus, que ce passe-t-il ? ( Les engrenages semblaient tourner sans son aide dans l'esprit d'Albus. ) N'étais-tu pas de garde à Privet Drive ce matin ?  Il est arrivé quelque chose à Harry ?

- En effet, il est arrivé quelque chose à Potter. ( Le directeur se redressa, soudain sur le qui-vive. )

- Une attaque ?

- Non.

- Oh. "

Severus vit alors un éclair de reconnaissance dans les yeux d'Albus, et une boule se forma dans sa gorge. Il espérait qu'Albus – l'homme qu'il aimait et admirait – n'avait pas été au courant de ça sans rien faire pour y remédier. Severus n'était pas sûr de pouvoir lui pardonner si cela avait été le cas.

" Les Dursley alors. "

Le ton affirmatif fit se resserrer la boule dans la gorge de Severus.

" Directeur. Que savez vous exactement ? ( Sa voix était presque tremblante, cela ne lui ressemblait pas. )

- Je... ( Le directeur hésitait, cela ne lui ressemblait pas non plus. ) Je sais qu'il n'est ni aussi bien traité ni aussi bien nourrit que je ne l'aurais espéré, mais les protections de sang valent bien cette peine.

- Albus, son ton s'adoucit un peu, j'ai des raisons de supposer que Potter est maltraité par ses proches. Physiquement maltraité.

- Severus, tu ne crois pas que tu exagères un peu ? "

Le maudit scintillement était de retour dans les yeux bleus pétillants du directeur, et Severus pouvais presque suivre le fil de ses pensées. Et il ne fut pas surpris - mais non moins agacé - lorsqu'il lui dit :

" Ne me dit pas que tu as fini par t'attacher à lui ? "

Severus était certain qu'Albus savait parfaitement qu'il ne serait pas venu le voir s'il n'avait pas été absolument sûr de ce qu'il avançait, d'autant plus en ce qui concernait Harry Potter, contre lequel Severus avait toujours été particulièrement obtus et partial.

Severus fut pris de la soudaine envie de lui faire ingurgiter de force l'entièreté de sa boîte de pastilles au citron devant un déni aussi flagrant de quelque chose d'aussi grave. Surtout de la part de quelqu'un d'habituellement si perspicace. Il garda néanmoins son calme. Enfin presque.

" Directeur ( sa voix était dure et tranchante ) j'ai malheureusement constaté moi-même que le garçon se rend régulièrement chez un voisin chez qui il est violé pour échapper à ses proches. "

Il fit une pause, laissant toute l'horreur de ses paroles imprégner l'air et combler le silence.

" À vous de me dire pourquoi il préfèrerait cela à se trouver avec la famille avec laquelle vous l'avez placé. ( Devant le silence du directeur, il continua ) Le garçon est trop maigre et semble trop fragile. Ils le battent très probablement. En tout cas sa situation est suffisamment horrible pour qu'il en arrive au point où il préfère trouver refuge chez un pédophile qui abuse de lui plutôt que de rester chez eux. "

D'accord, Severus avait prévu d'être direct. Mais peut-être pas aussi direct.

" Severus, tu es sûr de ne pas sur-interpréter ? "

Ce n'était pas une réelle question, c'était une supplication. Severus leva alors les yeux pour regarder le visage du directeur – ce qu'il n'avait même pas remarqué qu'il avait arrêté de faire : le directeur était complètement blanc.
Severus rêvait depuis des années d'effacer le foutu scintillement des yeux du directeur, et il y était enfin parvenu. Bizarrement cependant, il n'en retirait aucun plaisir.

Il avait juré devant ce même homme qu'il protègerait le fils de Lily. Albus le lui avait fait promettre. Et ils étaient là, parlant du même garçon, se rendant compte de leur monumental échec avec quinze ans de retard.

Albus Dumbledore lui lança un regard totalement perdu, comme s'il ne comprenait pas ce qui avait été dit. Ou plutôt comme si il n'arrivait pas à l'assimiler, à l'admettre. Pourtant Severus savait qu'il n'avait pas besoin de donner de confirmation verbale. Autant le directeur aveuglé pouvait remettre les soupçons de maltraitance sur le dos d'un attachement trop protecteur au garçon ( bien que comment on ait pu lui prêter ce type de sentiments, cela le dépassait ) , autant tout cela affirmé si crûment de la bouche de Severus Rogue, entre tous, ne pouvait pas être ignoré.

Les secondes passèrent dans le silence car, bien que Severus ait envie de se débarrasser de la tâche le plus tôt possible et de retourner à ses occupations habituelles qui - Morgan merci - n'incluaient pas Potter, il respectait le fait que le vieux sorcier ( qui n'avait jamais parût aussi vieux qu'en cet instant ) ait besoin d'un moment pour assimiler la nouvelle.

Il semblait que Rage commençait enfin à faire son chemin parmi Tristesse et Culpabilité dans le tumulte d'émotions du directeur car Severus pouvait sentir la magie ambiante commencer à vibrer sourdement autour de lui. Finalement, Severus reprit la parole, espérant faire redescendre la pression magique qu'il sentait monter et qui commençait à l'étouffer.

" Vous devriez aller le constater par vous-même directeur. "

Malgré le choc de la nouvelle, il s'était attendu à ce que le directeur discute, tente de repousser,  ou pire encore : délègue à Severus la responsabilité de retirer le garçon - l'enfant, se rappela douloureusement Severus - de chez ses tuteurs. Après tout, le directeur aimait avoir le contrôle de chaque situation quelle qu'elle soit ( c'était à se demander comment il n'avait pas atterri à Serpentard avec une mentalité pareille ) et c'était, selon Severus, son principal défaut.

Cependant il n'y eu rien de tout cela et en le voyant seulement acquiescer d'un air absent, il se dit qu'il avait probablement sous-estimé l'affection réelle qu'Albus portait au garçon.

Il se passa encore quelques instants de silence avant que le directeur ne recompose lentement son visage en une expression qui se rapprochait plus de ce que l'on connaissait de lui ( quoique bien plus grave ) .

" Et bien je devais justement aller discuter avec lui du testament de Sirius. Je lui ai envoyé un hibou disant que je viendrai ce vendredi–

- Directeur, le coupa Severus plus rudement cette fois-ci, m'avez-vous correctement entendu ? Ça ne peut pas attendre, " insista-t-il.

Albus lui lança un regard indulgent.

" J'allais simplement dire que nous allions devoir avancer l'heure du rendez-vous. "

Il fit une pause, semblant mesurer ses prochains mots, puis dit :

" Je tiens à lui Severus. J'ai beaucoup d'affection pour lui. "

Severus ne savait pas vraiment pourquoi Albus lui disait ça à lui ; cela aurait probablement bien plus de mérite d'être dit au garçon. Cela ne ressemblait pas à Albus de dire des choses sans but. C'était comme s'il parlait en fait pour lui-même, comme s'il avait quelque chose à se prouver.
Severus notait tout de même qu'il n'employait pas le verbe "aimer" . Pourtant le directeur aimait très certainement Potter, et Severus se demandait si c'était simplement par pudeur ou pour une raison bien plus profonde. Mais depuis quand avait-il commencé à se mêler de ce qui ne le regardait pas ?

" Comme vous êtes celui qui a remarqué le problème, je suppose que vous voudrez m'accompagner ? "

Le voilà de retour, pensa Severus, l'esprit Serpentard maniaque de contrôle du directeur.
Comme ce n'était évidement qu'une manière polie de formuler un ordre, Severus suivit à contre cœur Albus dans la cheminée après que ce dernier eut prévenu Arabella Figg de leur arrivée imminente.

Lorsqu'il arriva, Mrs Figg hurlait littéralement sur Albus qui ressemblait à un petit enfant pris en flagrant délit de bêtise. Severus ne réussit à capter que quelques mots de la diatribe :

" ... vous l'avais dit ... beaucoup trop maigre ... des bleus louches ... jamais venu vérifier ... "

Severus cru bon de d'intervenir car il n'avait ni l'envie ni le temps de rester là à écouter une vieille cracmole sermonner le encore plus vieux Albus Dumbledore.

 

Harry avait su qu'il allait passer une mauvaise après-midi dès l'instant où il avait vu son oncle. Il devait repartir à une réunion importante, et n'avait pas le temps de s'attarder sur son cas. Néanmoins, il lui cassa le nez d'un coup de poing pour faire bonne mesure et après avoir resserré un peu trop ses mains autour de son cou, il lui promis qu'il finirait le travail le soir même.

Harry était très tenté de retourner chez Eric, mais esquiver la punition ne ferait que rendre son oncle encore plus fou ; et il y ferait face quoi qu'il arrive quand il y retournerait. Et il était certain qu'il y retournerait, qu'on l'y renverrait.

Il ne se souciait pas de Rogue cependant. Harry avait pensé auparavant que si quelqu'un le découvrait un jour, il ne s'en remettrait pas. Et Rogue l'avait découvert de la pire des manière ; il avait vu. Mais Harry ressentait... Rien.
C'était pourtant Rogue. Mais d'une manière ou d'une autre, cela rendait la chose moins gênante : sa réaction avait été fidèle à tout ce à quoi on pouvait s'attendre de la chauve-souris des cachots, et c'était en quelque sorte rassurant. Cela avait été bizarre à ressentir.  Il y avait aussi le fait que Rogue détestait absolument Harry et ce dernier était intimement persuadé que son professeur n'irait pas raconter cela partout dans le désespoir qu'on l'aide : il s'en fichait, et ça allait très bien à Harry.

Au fil des années, après de nombreux refus et échecs, Harry avait cessé de demander de l'aide. Et s'il devait être tout à fait honnête, il avait honte qu'on sache, oui, mais il avait aussi peur. Peur de savoir si Dumbledore avait effectivement été au courant de tout. Dumbledore qu'il en était venu à considérer - malgré son explosion dans son bureau à la fin de l'année dernière - comme une sorte de figure paternelle. C'était principalement pour cela que son silence l'année passée lui avait fait autant de mal. Mais il ne pouvait pas non plus lui dire ça ; il avait peur que Dumbledore rejette son affection, le trouve encombrant, lui dise qu'il ne méritait pas une figure parentale dans sa vie.

Quant à Sirius... Ça n'avait pas été pareil avec Sirius. Malgré le fait qu'il soit son parrain, leur relation avait été plus amicale qu'autre chose. Et il ne pouvait pas non plus oublier ce qu'il avait vu dans la pensine de Rogue. C'était douloureux de voir que les adultes censés représenter pour lui une autorité stable avait été intimidateurs ou complices de violence et de tant de haine. Ce qu'il avait lui-même expérimenté de première main avec les Dursley.
Mais finalement... quand est-ce que les adultes de sa vie ne l'avaient pas déçu ?

Harry avait aussi certainement trouvé plus douloureux qu'il n'aurait dû la constatation amère de Sirius selon laquelle il ressemblait moins à James qu'il ne l'aurait cru. Harry avait frissonné à ce moment-là de savoir ce que dirait Sirius s'il apprenait à quel point il avait raison. Plus que tout, Harry ne voulait pas décevoir le lien vivant le plus proche de ses parents qu'il avait alors – bien que maintenant ce n'était plus une préoccupation.

D'une manière ou d'une autre, Harry avait encore tout gâché.

Il passa donc l'après-midi entre appréhension et résignation à effectuer ses corvées habituelles. Lorsqu'il entendit la voiture de son oncle dans l'allée, il sentit un serrement bien trop familier dans sa poitrine, et son dos le brûler par anticipation. Il savait qu'il allait avoir mal : il n'avait plus rien pour se soigner depuis longtemps et il n'était pas encore guéri de la fois précédente.

Il l'attendit dans sa chambre et il se leva - ne pouvant s'empêcher d'être un peu raide - lorsque l'oncle Vernon passa la porte.

Avant même que son oncle n'enlève sa ceinture comme Harry savait pertinemment qu'il allait le faire, il avait écopé d'un œil au beurre noir et d'un coup qui avait envoyé son nez de l'autre coté - probablement cassé à un deuxième endroit.

Il avait eu raison, ça avait fait mal. Mais Harry s'était empêché de crier tout du long alors que la lanière en cuir de la ceinture de son oncle s'abattait sur son dos avec force. Il avait toujours retenu ses cris ; au début parce que ses pleurnicheries ne plaisaient pas à son oncle, et ensuite justement car cela le frustrait encore plus.

C'était comme une minuscule victoire ; ne pas céder.

Une demi-heure plus tard, il fut tiré de son état semi-comateux par sa tante qui tambourinait à sa porte en exigeant de sa voix aiguë qu'il descende préparer le dîner. Il enfila avec précaution un de ses t-shirt les plus amples pour ne pas qu'il colle aux plaies ouvertes de son dos.

Alors qu'il coupait les légumes pour les mettre à mijoter, il entendit retentir la sonnette. Pétunia se leva pour aller ouvrir. Quelques instants plus tard, Harry put entendre le cri d'indignation étouffé de sa tante et le sifflement venimeux qu'elle lança aux visiteurs :

" Qu'est-ce que vous faites ici ? "

Harry jeta un œil discret dans le couloir pour voir qui donc mettait sa tante dans cet état de mépris qu'elle ne réservait habituellement qu'à lui.

Là, sur le pas de la porte, se tenaient Albus Dumbledore dans toute sa gloire sorcière... accompagné de Rogue. Harry sentit comme une pierre tomber dans sa poitrine à l'horrible certitude que Rogue avait divulgué son secret. Il fut saisi par un inexplicable sentiment de trahison.
Pourquoi ? Pourquoi lui avait-il dit ? Pour gagner des points auprès de Dumbledore ? Pour la saveur d'humilier Harry ? Ou alors... est-ce que même la constante de la haine de Rogue à son égard n'était plus fiable désormais ? Non. Rogue ne pouvait pas s'en soucier. Il n'avait pas pas le droit ! Personne ne s'en était jamais soucié et ce ne serait pas aujourd'hui que ça commencerait.

" Bonjour à vous aussi Mrs Dursley. Nous sommes venus rendre visite à Harry, nous avons quelques affaires à traiter avec lui. Pourrions-nous le voir un instant s'il vous plaît ? "

La voix de Dumbledore avait résonné calme et polie, mais Harry connaissait bien le directeur et il pouvait entendre une sorte de tremblement dans sa voix. Pétunia répondit sèchement :

" Le garçon n'est pas à la maison. Maintenant partez. "

Elle tenta de claquer la porte mais Rogue avait placé son pied dans l'interstice.

" Puis-je alors vous demander où il est allé ? insista Dumbledore.

- Non, vous ne pouvez pas. Vous nous avez collé ce garçon dans les pattes pendant quinze ans sans vous en soucier et maintenant vous nous demandez des comptes ? Partez. Maintenant. "

Rogue, perdant patience, ouvrit grand la porte d'un coup de baguette - arrachant un cri de surprise à la tante Pétunia - et appela :

" M. Potter, je sais que vous êtes là ! Venez ici. Maintenant. "

Harry ne bougea pas. S'ils repartaient sans l'avoir trouvé alors Harry pourrait échapper à cette humiliation et il pourrait toujours nier en bloc les accusations de Rogue plus tard. Mais là, l'état d'Harry - il le savait - ne pouvait pas vouloir dire autre chose que ce à quoi cela ressemblait, à moins qu'il ne prétende être tombé sur une marche d'escalier particulièrement féroce. Il pourrait dire, bien sûr, qu'il s'était battu avec son cousin, ce qui pourrait en fait être un mensonge crédible si on omettait le manque évident de soin pour son nez cassé. Cependant avec deux des meilleurs légilimens face à lui, il savait qu'il ne pourrait rien cacher.
Il était catégorique, il ne se montrerait pas.

Il tint bon lorsque Rogue l'appela encore, résistant aux menaces de retenues et de points enlevés - Harry savait qu'il n'avait pas ce genre de pouvoirs en dehors de l'année scolaire, et encore moins pour ce genre de raison stupide. Pas devant Dumbledore en tout cas.
Mais lorsque la voix quasiment suppliante d'Albus Dumbledore murmura son nom étouffé par ce qui semblait être un sanglot, il sentit ses barrières s'effondrer. Il avança prudemment à découvert, le regard rivé sur les bottes pointues du directeur, et s'arrêta à une distance qu'il estimait raisonnable à la fois de sa tante et des deux hommes.

Il y eut un instant de silence, puis la voix du directeur résonna à nouveau :

" Harry, regarde-moi s'il te plaît. "

 

Le garçon sursauta à l'inspiration soudaine du directeur. Mais personne ne pourrait en vouloir à ce dernier. C'était une chose d'entendre Severus supposer la violence physique, mais c'en était une autre de le constater lui-même. Le garçon semblait avoir traversé l'enfer : un œil au beurre noir, la lèvre fendue, le nez tordu dans un angle anormal et - Merlin - des bleus de la taille de mains sur son cou. Il y avait aussi la maigreur effroyable de Potter soulignée par ses vêtements surdimensionnés. On ne pouvait que se demander ce que ces horribles haillons cachaient d'autre, et à vrai dire, Severus n'était pas sûr de vouloir le savoir.

Severus pouvait capter le regard inquiet que Potter jetait au directeur, et le directeur devait l'avoir remarqué aussi. Il semblait que tous deux avaient oublié qu'ils n'étaient pas seuls et ils se fixaient simplement en silence, ayant l'air d'attendre quelque chose. Peut-être espéraient-ils chacun une indication sur comment réagir à tout cela.

Albus demanda d'une voix encore légèrement étranglée :

" Severus, pourriez-vous récupérer les affaires d'Harry s'il vous plaît ? "

Severus acquiesça en silence et - reconnaissant le congédiement - traîna Pétunia jusqu'à l'étage pour laisser à Albus et Potter un peu d'intimité.

 

Il y avait eu quelque chose dans les yeux de Dumbledore qui avait allégé le poids de la crainte d'Harry. Il n'avait jamais vu l'homme aussi bouleversé, mais d'une manière ou d'une autre, ça ne semblait être ni de la colère, ni du dégoût et surtout : cela ne semblait pas dirigé contre lui.

Lorsque Dumbledore avait posé une mains sur son épaule, après le départ de Rogue, et qu'il n'avait pas pu s'empêcher de se tendre au contact imprévu, Harry n'avait pas manqué la lueur peinée dans les yeux du directeur.
Ils étaient sortis, avaient marché mécaniquement jusqu'à la maison de Mrs Figg pour emprunter sa cheminée et se rendre directement au bureau de Dumbledore. Harry avait l'impression d'être dans un scénario de film surréaliste où il serait tombé dans une autre dimension ; tout lui semblait étrange et décalé. C'était trop d'un coup, trop vite. Il n'arrivait pas à assimiler son environnement et il semblait que seule la main ferme de Dumbledore sur son épaule parvenait un tant soit peu à le maintenir dans la réalité.
Une fois arrivés dans le bureau du directeur, les portraits qui jacassaient entre eux s'étaient tus et les observaient attentivement comme s'ils retenaient leur souffle.
Lorsque Dumbledore appuya son avant-bras contre son dos douloureux dans le but de le faire avancer dans la pièce, Harry ne pu retenir un petit couinement qu'il pouvait difficilement faire passer pour de la surprise. Le directeur replaça sa main sur son épaule et le détailla, inquiet, puis demanda avec douceur :

" Harry, es-tu blessé autre part ? "

Harry pouvait presque sentir la tension dans la pièce, et l'attention un peu trop persistante qu'il recevait des tableaux le mettait mal à l'aise. Même s'il savait qu'ils n'étaient pas vraiment vivants, il avait suffisamment entendu la Grosse Dame commérer avec son amie Violette pour ne pas laisser les portraits le voir à son point le plus faible.
Dumbledore, qui sembla déceler son inquiétude, proposa :

" Nous serions peut-être mieux à l'infirmerie tu ne crois pas ? "

Harry détestait l'infirmerie - il y passait beaucoup trop de temps, et ce n'était évidemment jamais une bonne chose - mais il se dit que là au moins ils seraient seuls. Il acquiesça donc.
Lorsqu'ils arrivèrent à l'infirmerie, Harry s'attendait plus ou moins à ce que Dumbledore convoque Mme Pomfresh sur le champ. Au lieu de ça, il fit signe à Harry pour qu'il le suive jusqu'au bureau de l'infirmière, dans lequel il métamorphosa une poubelle et une chaise en bois en deux fauteuils qui avaient l'air très confortables. La conversation qui s'en suivit l'était moins.

 

Lorsque Severus arriva à l'infirmerie, il put entendre distinctement la voix douce de Dumbledore qui semblait pourtant s'efforcer de conserver son sang-froid :

" Harry... Tu dois comprendre que ce qu'il a fait n'était pas acceptable... n'est-ce pas ?

- Je sais mais... ( et Severus du tendre l'oreille pour entendre la suite ) il est gentil avec moi. "

Severus sentit son souffle se bloquer quelque part dans sa gorge. Il semblait que finalement la négligence avait fait plus de mal que la violence physique. L'enfant avait été si complètement ignoré et tant habitué aux insultes toute sa vie qu'il en était venu à apprécier les marques d'affection et de réconfort du pédophile de son quartier. Severus ne comprenait pas comment Albus, qui prônait l'amour comme pouvoir ultime et solution à tout problème, avait pu penser que le garçon passerait si facilement au-dessus de tant d'années de haine et d'ignorance. Que Merlin les aide, ils allaient avoir beaucoup de travail à faire avec lui.

Plus tard Rogue se demanda comment Harry Potter avait grandi pour devenir ce qu'il était, au vu de comment il avait été élevé. Si Rogue devait être complètement honnête, il était presque un peu jaloux de la façon dont Potter s'en était tiré avec une enfance comme la sienne. Lui-même avait facilement basculé dans la magie noire, et il n'avait pas un passé aussi chargé que l'était le présent de Potter. Il se demandait comment est-ce qu'ils ne s'étaient pas déjà retrouvés avec un autre mage noir, ou bien même un Obscurus, sur les bras.

À bien y réfléchir, personne vraiment n'avait été là pour le garçon et n'avait réellement veillé à son bien-être émotionnel ( et tous ceux qui avaient veillé à son bien-être physique – Severus compris – avaient lamentablement échoué. ) Le garçon avait donc accumulé traumatisme sur traumatisme à l'école ( où ils étaient censés prendre soin de lui ) et personne ne s'était intéressé à sa vie à la maison alors que tous les voyants rouges étaient allumés.
Même ses petits camarades de Gryffondor ne semblaient guère s'attarder sur son bien-être émotionnel à long terme. Peut-être pensent-ils que la perte d'un être cher est simplement une questions de jours, de semaines tout au plus pour s'en remettre, pensa Severus avec un ricanement. Mais il était lui-même bien placé pour savoir que le deuil est continu ; on ne le surmonte jamais vraiment, on apprend juste à vivre avec la perte.

 

Harry savait que techniquement, ce qu'Eric faisait était mal, mais il s'était en quelques sorte attaché à lui malgré tout. Harry pensait qu'au fil des ans il était devenu plutôt doué pour repérer les gens qui lui voulaient réellement du mal ( et Merlin savait qu'ils étaient nombreux ! ) . Eric n'était pas de ceux là. Bien sûr il avait fait à Harry des choses déplaisantes, mais il ne l'avait jamais vraiment forcé à le faire.
Harry avait tendance à penser qu'Eric tenait réellement à lui, la meilleure preuve pour lui était qu'Eric - qui était clairement plus intéressé par les plus jeunes garçons - restait avec Harry. Comme s'il voulait être là pour lui. Peut-être s'était-il attaché lui aussi ?

Oui, pour Harry, Eric avait seulement ses défauts, comme tout le monde. Et Harry ne voyait vraiment pas ce qui le rendait si horrible en comparaison des Dursley, ou même de Voldemort.
Eric avait été la première personne qui avait donné à Harry l'impression d'être désiré quelque part et même - oserait-il le dire ? - aimé. Ils avaient passé de bons moments ensemble en dehors de l'aspect... physique de leur relation, et Harry appréciait Eric. Il aimait à penser que c'était réciproque.

Et maintenant Dumbledore insistait pour essayer de lui faire admettre que ces actions n'étaient en aucun cas tolérables. Pourtant, selon la norme d'Harry, elles l'étaient. Elles avaient même souvent été les bienvenues.

" Professeur, reprit Harry, vous ne pouvait pas comprendre. Eric était parfois la seule bouffée d'air frai pour moi au milieu de l'enfer des Dursley. Ce n'était pas idéal, bien sûr, mais c'était bien pour moi. J'ai appris à ne pas demander trop et à prendre les choses positives qui m'arrivaient comme elles venaient, et c'était définitivement une chose positive dans ma vie avec les Dursley. S'il vous plaît... vous n'avez pas le droit de dénigrer la seule chose de bien qu'il me soit arrivé là-bas en presque deux décennies !

- Oh Harry... dit Dumbledore dans un soupir. Un jour ou l'autre tu devras admettre que c'était mal. Mais, je suppose que l'on peut laisser ça de côté pour aujourd'hui. Je vais appeler Madame Pomfresh pour qu'elle soigne tes blessures.

- Je sais que c'était mal d'accord ?! Ce n'est pas vous qui avait été violé, si ? Mais c'est aussi la seule putain de personne qui ne veux pas vraiment me faire souffrir là-bas et ça fait putain de bien parfois d'être aimé et d'avoir quelqu'un qui fait au moins semblant de se soucier de vous ! Vous comprendriez si vous étiez à ma place, malheureusement vous ne l'êtes pas ! Alors ne me dites pas ce que je suis censé ressentir ! "

Il l'avait dit. Violé. C'était la première fois qu'il utilisait ce mot - à voix haute ou dans son esprit - pour décrire ce qu'il se passait avec Eric. Il vit le choc et la douleur traverser les yeux du sorcier plus âgé et il regretta immédiatement de s'être emporté. C'était la deuxième fois en pas si longtemps qu'il hurlait après le directeur.

Il savait qu'il était injuste, que Dumbledore essayait seulement de bien faire. Mais c'était là tout le problème ; il essayait trop de bien faire d'après l'idée qu'il se faisait de ce qui était bien ou pas, pas d'après ce qu'Harry ressentait à ce sujet. D'un coup, il eut l'impression de perdre pieds et de suffoquer tout à la fois. Il fallait qu'il sorte. Il avait besoin d'air et d'espace. Il avait besoin d'être seul.

Il se leva sans un regard de plus pour Dumbledore, et fuit part les Grandes Portes dans le terrain de Poudlard. C'était puéril et il était certain que si Dumbledore prenait la peine de le chercher, il le trouverait avant même qu'il n'ait eu le temps de s'assoir.

Cependant il ne devait pas déjà le chercher, car il ne vit personne débarquer dans la demi-heure qui suivit. Ni dans l'heure. Et trois heures plus tard, il commençait à désespérer que le directeur veuille réellement le retrouver. Peut-être avait-il été trop dur dans ses propos ?

Encore une fois, c'était puéril, mais au bout d'un temps seul, il avait voulu être trouvé. Il avait voulu que l'on parte à sa recherche. Que Dumbledore parte à sa recherche. Il voulait qu'il lui prouve - sinon qu'il l'aimait - au moins qu'il tenait à lui. Mais il n'était pas venu.

Il sentait comme un étau invisible se resserrer autour de sa poitrine, comme une boule lui bloquer la respiration. Un son lui échappa : à mi-chemin entre le sanglot étranglé et le gémissement désespéré. C'était douloureux, horriblement douloureux.
Qui avait donc dit que pleurer soulageait ?
Car ce n'était pas le cas pour Harry en ce moment. Il n'avait pas pleuré depuis des années, et tout ce qu'il avait accumulé entre temps lui échappait en même temps par vagues incontrôlables. Il avait l'impression d'être submergé par toutes les émotions qu'il avait ressenti - qu'il aurait dû ressentir.

Il avait commencé à pleurer, et maintenant il ne pouvait plus s'arrêter, et ça faisait mal.

Mal d'être toujours sur ses gardes ; mal qu'il ne puisse rien dire et que personne ne comprenne ; mal que la personne pour qui il avait le plus d'estime soit justement celle qui l'ai placé dans son enfer personnel ; mal de devoir soutenir la comparaison constante avec ses parents ; mal de devoir supporter la pression de ce qu'on attendait de lui en tant que garçon-qui-à-survécu puis élu ; mal de devoir supporter les regards et les jugements du public, des médias et du ministère, tous aussi versatiles ; mal de devoir vivre une autre merde, chaque année pire, dans le seul endroit qu'il ait jamais pu appeler sa maison, au point de ne plus s'y sentir en sécurité ; mal de se voir dicter sa vie par les autres en permanence ; mal que ces mêmes personnes lui cachent tout ce qui le concerne.

Tout cela faisait vraiment très mal.

Le dernier était un des plus douloureux, car cela concernait Dumbledore, encore. Mais aussi car Harry en avait marre que personne ne lui dise quoi que ce soit. Il trouvait particulièrement hypocrite que tout le monde admette qu'il avait un rôle particulier à jouer dans cette guerre, qu'il devait jouer un rôle particulier dans cette guerre, mais qu'on lui cache les informations cruciales pour une stupide question d'âge.
Harry ne pensait pas qu'il ait jamais été un enfant de toutes façons.

Mais là, alors que ses sanglots bruyants devenus secs depuis plusieurs minutes lui brûlaient la gorge, il voulait plus que tout pouvoir être un enfant. Il voulait que quelqu'un vienne le prendre dans ses bras ; passe une main rassurante dans ses cheveux ; lui dise que tout allait s'arranger, qu'il n'était plus seul, qu'on allait prendre soin de lui. Peut-être même qu'il voulait qu'on lui dise qu'il pouvait pleurer, qu'il en avait le droit. Qu'il était légitime à exprimer tout son fouillis intérieur de sentiments contradictoires ; à en vouloir au monde entier lui-même compris.

Ses sanglots se transformèrent en une toux rauque et alors qu'il luttait pour retrouver son souffle, il sentit une main tracer maladroitement des cercles apaisants dans son dos. Et Harry n'avait pas besoin de se retourner pour savoir que c'était Dumbledore qui se trouvait derrière lui. Ses sanglots reprirent de plus bel.
Le directeur profita d'un instant d'apaisement pour briser le silence.

" Je suis vraiment désolé Harry. Je ne voulais pas te blesser en remettant en doute tes perceptions et tes sentiments. Mais Harry, quoi que tu en dises, le pouvoir qu'il avait sur toi en tant qu'adulte était malsain. Il l'était d'autant plus qu'il connaissait ta situation, et il y aurait eu bien des manières de t'aider mieux.
Mais la vraie raison est que ça m'a fait mal de t'entendre dire que cet homme t'aimait. Car il y a plein de gens autour de toi qui t'aiment vraiment, mieux, même s'ils ne sont pas parfait : vos amis Miss Granger et Mr Weasley, toute la famille de ce dernier évidemment, Remus et la grande majorité des membres de l'ordre. "

Il fit une pause, pas tant pour respirer que pour réfléchir à la suite de son propos, car Harry écoutait maintenant attentivement et avait tourné la tête pour le regarder avec des grands yeux verts écarquillés et suppliants.

" Sirius t'aimait énormément, et tes parents t'ont chéris avant même ta venue au monde. Je- Moi même, comme je te l'ai dit précédemment, je tiens beaucoup à toi. Cela faisait très longtemps que je ne pensais plus pouvoir m'attacher à une personne à ce point... mais tu es arrivé.
Je t'aime Harry, vraiment. J'aurais probablement dû te le dire plus tôt.
J'espère qu'un jour tu m'accorderas le pardon pour mes nombreuses erreurs de jugement te concernant. J'ai fait bien des erreurs dans ma vie Harry. Je n'aurais jamais pensé que te laisser chez ton oncle et ta tante serait la pire d'entre elles, et j'en suis tellement désolé. Mais ça l'a été, malheureusement, et je sais que rien ne pourra jamais rattraper cela. Mais je veux pouvoir être là pour toi maintenant Harry, à tout moment.
Parce que je t'aime, je veux que ça aille mieux pour toi. Je vais faire en sorte que ça aille mieux pour toi. "

Harry ne pensait pas pouvoir pleurer plus, c'est pourtant ce qu'il fit alors que les mots du directeur remuaient encore d'autres émotions en lui : soulagement, reconnaissance. Mais culpabilité aussi. Il avait tellement voulu entendre ces mots, de cette bouche en particulier. Pourtant il voulait encore plus. Il avait besoin de plus.
Mais alors qu'il pleurait déjà comme un petit enfant devant lui, jamais il n'oserait s'accrocher aux robes du directeur. Jamais il n'oserait le serrer dans ses bras. Il en avait tellement besoin, mais jamais il ne pourrait lui réclamer ce type d'affection physique.

Jusqu'à présent, jamais il n'avait osé initier de câlin avec qui que ce soit, et il en avait reçu très peu : quelques câlins occasionnels d'Hermione ( généralement après avoir échappé de très près à la mort ), l'étau étouffant de Mme Weasley, une accolade maladroite de Ron, une étreinte trop fugace de Sirius. Et là, d'une manière ou d'une autre, c'était différent.
En fait, il avait déjà initié ce type de contact : avec Eric. Et Harry ne voulait pas assimiler Dumbledore à Eric pour quelque raison que ce soit. Il aurait l'impression de salir l'autre sorcier par son affection physique qui avait été si mal utilisée jusqu'à présent. Non, personne ne voudrait d'une telle affection.

Pourtant, malgré ça, il se retrouva entre les bras du sorcier plus âgé ; emmêlé dans ses robes violettes. Dumbledore le serrait si fort que c'en était presque douloureux, mais c'était si sécurisant à la fois. Puis une main vint tranquillement caresser l'arrière de sa tête, et Harry perdit toute notion du temps et de l'espace. Le seules choses qui comptaient étaient la pression rassurante des mains de Dumbledore sur son dos et sur sa nuque, le souffle chaud du vieux sorcier qui lui murmuraient des paroles douces à l'oreille, la légère odeur de citron et de lavande qui s'accrochait à ses robes.
Harry tentait d'absorber toutes les sensations de la présence du vieux sorcier aussi près de lui, lui disant qu'il l'aimait et l'entourant tel qu'il le rêvait depuis trop longtemps sans réellement oser y croire.

Peut-être que maintenant, il pourrait essayer.