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Son petit cœur palpitait de peur, à l'étroit dans sa cage d'os. La sécheresse refusait de laisser ses yeux se reposer, ou les premières heures du matin s'éveillaient doucement dans la chambre. Comment pouvait-elle dormir ? Un monstre suivait son ombre, sous le Soleil et la Lune, tout en goûtant le nectar doré de sa gorge.
Cet homme… Ce monstre… Depuis si longtemps, il la regardait, il l'écoutait, l'épiait avec ses horribles yeux brûlants ! Commentaire osait-il !?
Un menteur, se faisant passer pour un protecteur, elle se croyait pupille d'un ange, mais elle n'était que fille de satyre. Ses douces berceuses sonnaient comme laides et corrompues à ses oreilles blanches, ses contes merveilleux disaient des obscénités infernales à son esprit blanc, et sa voix, sa voix divine, grognait en la gloire du mauvais !
Commentaire osait-il !? Comment osait-il dominer sa tête de son chant enchanteur, la soustaire de sa loge et la guider dans les égouts humides et sombres qu'était sa tanière !? Un antre, une cavité, une cave aménagée pour le faire passer pour un homme, un gentilhomme cherchant à séduire une fille ! Des bougies pour imiter la lumière de Dieu, des draps pour donner l'illusion du confort de l'homme et des roses rouges pour la garder dans sa cage peinte d'or jaune.
Christine était épouvantée par lui ! C'était ça qu'il voulait ? Goûter à sa chaise rosière et inviolé ? Est-ce pour cela que ce monstre défiguré la chassait loin des hommes, pour la garder pour lui et la dévorer comme une bête sous la pleine Lune, faire d'elle un doux repas tendre et chaud pour son ventre dissolu ?
Quand elle pensait à sa forme hideuse, un frisson de répulsion lui parcourait l'échine, à la recherche d'une fuite. Cette tête de cadavre avarié collé sur un corps célèbre, have et cyclopéen, digne des affreuses histoires de La Sorelli, disons, plutôt celles de Meg et de sa mère. Les Giry avaient raison, un fantôme hantait ces lieux, un fantôme fait de chaises obscènes et révoltantes. Christine en sentait encore l'odeur, une odeur qui avait l'horrible goût alléchant du sel fleuri et de la sueur enjôleuse, infâme pour sa langue timide. Il était un mort. Un mort qui savait faire siffler sa gorge grasse pour en faire sortir un cri désirable, un chant où le grave était si doux. Sa voix, suppliante, ragoûtante, larmoyante, mendiante, plaisante et excitante ! Oh Dieu… Elle fondait encore, dans la douce ambroisie sucrée de ses cordes… Un essoufflement s'échappa de son col… Respire…
Sa raison, polluée par l'emprise du monstre, se traîne de sa gorge d'argent jusqu'à ses yeux incendiés de culte pour elle. Son cœur mordait sa cage, fondant sur son foie jusque dans son estomac brûlant de concupiscence pour ses salutations et ses appels…
« Ma douce enfant… » Aurait-il dit. «Je ne suis plus une enfant» aurait-elle garder pour elle.
Un gargouillis embarrassé gronda dans sa chaire, affamée de savourer à nouveau l'odeur de son corps, faisant croire à sa langue qu'elle le goûtait, faisant croire à ses papilles gourmandes que ce goût divin leur était enfin offert. Elle se lécha les lèvres, elles étaient sèches, observa-t-elle, comme les siennes, sèches, écorchées et massacrées… Elle glissa sa pulpe se long de sa gorge, ses doigts étaient plus petits, plus charnues et délicats que les siens, là où ils étaient chétifs, cachectiques et élancés, sa curiosité descendit dans la chaire de son corsage. Elle y abandonna sa main tremblante, savourant le sentiment de son cœur meurtri de maladie.
Le fantôme de sa chaude haleine faisait rougir d'envie la peau de sa nuque, si seulement ce fantôme pouvait s'esquisser sur le papier rose de son cou…
Soudain, elle se rendit brusquement compte de l'horreur qu'elle commettait dans les draps sombres du petit matin. Comment osait-elle laisser son esprit vagabonder dans les rêves d'Eros et d'Aphrodite ? Comment osait-elle les laisser lui imposer des délires d'amour avec cet homme ? Affolée, elle s'empressa d'effacer la face abjecte de ce fantôme pour y dessiner le doux visage de son ami d'enfance, le beau Raoul. C'était son souffle qu'elle imaginait dans son cou, ses doigts sur son balcon, son bleu dans le sien… Un si beau bleu marin, s'éclaircissant dans le ciel d'été, montant et montant dans les doux nuages blancs, elle y resta un petit instant, avant de redescendre sur le ventre douillet du monde. Elle vit l'horizon, toujours aussi beau, et puis soudain, le Soleil, pris d'épuisement, se couche doucement dans le tendre lit de boue de la Mère Terre.
L'horizon est devenu, étrangement, rapidement un liquide fait d'or brûlant, chauffant le ciel jusqu'à ce qui n'en reste plus une tâche de bleu, réchauffant davantage son corps curieux.
Elle céda à ses songes, elle laissa ses yeux d'ambre lui lécher le cœur, ses doigts d'araignée lui masser le sein et son souffle embrasé lui consoler la tendre chaire de sa gorge. Un rappel de cette nuit maléfique, où leurs voix, jointes et entremêler ensemble, s'étaient lancées jusqu'au ciel pour toucher les nuages et Dieu, une communion parfaite…
Les perles cireuses qui s'étaient faites un nid douillet dans sa passion dévoraient bien trop rapidement le reste de sa substance, laissant de vilaines traînés de baisés fait de lave brûlante, attisant Vénus, la faisant trembler pour découvrir le secret des amants. Son toucher curieux glissa jusqu'à son nombril, et puis sa jumelle rejoignit sa sœur, reculant toutes les deux en direction de ses flancs. Gourmandes de sentir la même sensation que leurs amies masculines. C'est comme ça qu'il l'avait touché, non ? C'est comme ça que son professeur, son partenaire l'avait touché pour la corriger, la guider dans sa démarche vers le ciel accordé et mélodieux. Étant plus audacieuses, elles traversaient le barrage de ses hanches jusqu'à la nouvelle terre de ses douces cuisses blanches, douces comme le coton qui a voyagé jusqu'à sa robe de nuit, jusqu'aux nœuds de ses jambes, elle relâcha une respiration tremblante, coincée dans sa langue depuis un instant maintenant.
C'est en rougissant, plus qu'auparavant, qu'elle fît l'impensable, tremblante de curiosité, de gène, de dégoût et de rêve, ses ongles s'enfoncèrent dans la chaire utilisée de ses genoux, hésitante, embarrassée, bégayante et errante, elle força enfin ses jambes à s'écarter l'une de l'autre, dans le secret noir de ses draps et du petit seuil.
Plus audacieuse, elle s'autorisa à glisser sur l'intérieur de ses muscles puissants, elle sentit sa peau tremblante, déçue de ne pas recevoir les mains tant désirées.
Prise d'une gêne horriblement souhaitable, elle fit vite descendre ses mains désordonnées sur ses genoux, elle redevint sage.
Et puis, fréquemment, toute sa figure se trouvait là, au pied de son lit, silencieux, grand et imposant, sans loup. Dans ses rêves, il saurait se contenter de se mettre à genoux, il aurait agrippé ses mollets avec ses mains dures, il aurait fait glisser ses longs doigts de maître jusqu'à ses articulations, tout doucement, délicatement, massant avec l'amour qu'il prétendait être dans son cœur. Il glisserait ses mains sous les siennes, les faisant glisser sur ses avant-bras tandis qu'il osait continuer son chemin avec tant d'inconvenance, remontant jusqu'au haut de ses cuisses.
"Respire", aurait-il ordonné, car elle gardait l'air coincé dans sa cage, et elle aurait obéi sans hésiter.
Alors elle fit ce que son rêve ne pouvait pas faire, en imitant le souhait de son esprit, elle glissa ses doigts tremblants et ils refirent leur passage précédent, avec plus de foi, de conviction, d'envie.
Un étrange feu se dégageait de là, le jardin d'Eve, un jardin gardé secret pour Adam. Elle s'arrête et grimaça. Dieu, que c'est mal ce qu'elle osait commettre, ici, dans cette chambre, sous la lumière de Dieu, en pensant à lui, en s'apprêtant à le faire, elle était proche, si proche, trop proche !
« Vas-y, mon Ange de la Musique… Il n'y a rien de mal dans ce que tu t'offres… Ce que tu nous offres… »
Elle geint et mordit sa lèvre, et courageusement, elle se laissa tenter et obéit à l'ordre de ce rêve indécent.
Au moment où ses doigts courageux osèrent entrer en contact avec sa chaire inviolée, elle ne se sentit que plus heureuse. Toujours plus curieuse, elle osa toucher du bout des doigts les douces lèvres de velours, brûlantes et saignantes. Elle sursauta, supplia pour qu'il prenne sa place, qu'il lui montre comment faire. Est-ce ainsi qu'il compte la saisir ? Désir-t-il faire d'elle sa douce conjointe, se lier avec elle sous le regard de Dieu, attacher leurs doigts ensemble et les confondre dans l'or pour qu'enfin, ils puissent, de leurs droits conjugaux, goûter la peau de chacun, faire fondre la chaire de leurs os jusqu'à les démêler et les resserrer ensemble, ne faire qu'un ? Si c'était ce qu'il cherchait, elle dirait oui et elle embrasserait sa joue tous les jours jusqu'à ce qu'elle ait le droit d'embrasser tout son corps !
Un doigt décide qu'il était temps d'emprunter le chemin d'Adam. C'est en gardant son souffle dans sa gorge qu'elle autorise sa curiosité à se libérer. Sa forme était douce, voluptueuse et embrumée, elle s'y aventura plus profondément dans le secret de son corps et grimaça, insatisfaite. Lorsqu'elle put enfin sentir cette chaire oubliée, elle s'y abandonna et exécuta ce qui, au premier abord, devait être fait. Un premier mouvement qui se devait d'aller de l'avant et de l'arrière fut exécuté, un deuxième puis un troisième, jusqu'à ne plus compter. Elle cherchait encore et encore tandis que la sueur perlait comme un serpent sur sa peau. Ce n'était pas ce qu'elle cherchait, il manquait quelque chose, un besoin inconnu se précipita dans son ventre pour en tâcher ses tripes et remonter jusque dans sa gorge et dénouer ses cordes, un son honteux osa s'échapper de sa cage, battant des ails dans l'air orageux et gris du petit jour.
«Ne te tends pas comme ça, mon ange… Détends ton corps et libère toi, ma douce Christine…»
Et encore, elle obéit sans hésiter, et un son plus visqueux que le précédent résonna dans la gloire de ses cordes entraînées.
Décider de satisfaire chaque particule les plus diaboliques de son corps et l'étrange fantasme que l'amour présente à ses yeux, timidement, elle se laissa aller à la gourmandise et elle y glissa une seconde qui vint tourmenter et rougir l'entrée de son jardin. Elle pleurnicha et réclama plus, un simple va et vient ne suffisait pas, il se contentait de chatouiller ce qui voulait être gratter.
« S'il te plaît… Maestro… Aide-moi… » Sanglota-t-elle, comme un chaton incapable de tenir sur ses pattes.
Le songe exauça son rêve, et elle su ce qu'elle devait faire. Ses doigts se courbèrent malicieusement et délicieusement contre un point si doux et gourmand que Dieu avait caché dans le creux de ses secrets les plus amoureux, elle cracha hors de ses poumons un nom encore jeune dans son esprit, elle l'ignora et regoûta à sa gourmandise, encore et encore. Elle était inlassable, elle mourait de faim, avide et morphale.
C'était une danse sans fin ni début. Tout ce que la belle pouvait faire, c'était d'apaiser sa faim tout en l'attisant plus encore ! Encore, encore et encore, toujours plus jusqu'à satisfaire l'atroce démangeaison diabolique au fond de son cœur. Il lui manquait tant pour que cela soit parfait.
Il lui manquait le propriétaire de la bague qui enlace son doigt, la peau sèche et rugueuse de ce monstre, froide pour apaiser les feux infernaux de ses entrailles, ses yeux miel et maïs pour lui réchauffer les pommettes et son estomac lécheur, faisant éclore une ribambelle de papillons rouges, ses mains agiles et talentueuses, débrouillardes et séduisantes, qu'il les glisse de ses hanches jusqu'à sa gorge, en passant par son abdomen tout en redescendant sur son mont de vénus, son souffle réchauffé par feu Hadès, près à tout pour garder sa reine dans ses bras, l'enchanter de sa voix puissante et bâti par l'ange, ses lèvres maudites à la belle parole et prometteuses d'amour ! Il lui manquait tout de lui, lui, rien que lui et encore lui ! Un seul nom mal élevé tachait sa peau de jeune fille, la transformant en une mauvaise succube née des enfers !
« Érik ! » Elle appelle encore et encore le nom de l'ange au visage de démon. Ce n'était que lui qu'elle voulait ! Au diable Raoul, elle n'y pensait plus. Ses enfantillages ne la rendraient jamais comme la femme qu'elle était destinée à devenir. Elle était damnée par sa profession, son pacte avec le diable a été signé au moment où elle a passé les portes de l'opéra de Paris. Tout ce qu'elle désirait, c'était qu'Erik l'emmène à nouveau dans le ventre de la terre, qu'ils chantent des ballades, des chants et tous les poèmes d'amour que le monde de son amour avait créé, que les églises chantent leur amour dans tout Paris, dans toute la France et dans tout le globe terrestre. Que chaque nuit, il la touche comme elle se touche, là, maintenant, dans ces draps, en pensant à lui et lui seul, qu'elle le touche comme il l'a toujours mérité et désirer, embrasser tout ce qu'elle pouvait embrasser !
Elle appelle encore et encore son amant maudit, désespérée qu'il la trouve dans cet état. Elle pleure, car il n'est pas là, seul son songe l'observe et l'encourage, la console désespérément, incapable de faire aussi bien que celui fait de chaire tiède.
Et enfin, dans un dernier appel désespéré, sa libération lui fut accordée. Elle respirait lourdement, comme si cela avait dû durer des heures et des heures, l'horloge et le Soleil encore timide, en dirent le contraire. Le songe n'était plus, et elle, elle se sentait toute chose…
« Oh Erik… » Chuchota-t-elle, « Il me tarde de te revoir, que tu m'emmènes dans ton royaume… »
Exténuée, elle laissa ses paupières tomber l'une sur l'autre, sa respiration devenir plus douce et son corps se transforma en coton.
Je suis sûre, mes amis, que vous n'êtes pas sans savoir que notre ami commun, caché dans les murs humides de cet opéra, à su prêter une oreille curieuse aux étranges murmures de notre amie. J'espère, nous espérons, que les souhaits pleurer en cette douce matinée, soit exhausser et accorder à leur propriétaire.
