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L'oiseau fait son nid

Summary:

Traduction de "L'oiseau fait son nid" de ineedagoodusername

"Je ne comprends pas.", répéta Wriothesley. Il aurait pu le dire jusqu'à ce que ses cordes vocales ne se déchirent et ses yeux se perdent dans le vide. "Je ne comprends pas pourquoi tu me veux, Neuvillette. Je ne suis pas un bon Oméga. Je ne suis même pas une bonne personne."
Neuvillette le regarda. Le Iudex avait l'air si doux, et tellement, tellement triste.
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Personne n'aimerait jamais un Oméga malade comme Wriothesley. Il ne pouvait pas avoir d'enfants. Il ne pouvait pas avoir de partenaire. Ne pouvait même pas faire de nid.

Notes:

Note de l'auteur.trice:

Je ne m'attendais pas à faire à ce que le tag de l'ABO soit barré si tôt dans mes objectifs 2024 mais nous y voilà. J'ai été inspiré.e par la série d'ABOverse asexuelle de TalkingInCircles. Cependant, j'ai aussi d'autres inspirations et idées, notamment du dessin de ma.mon partenaire de Wriothesley en train de faire son nid [le lien est dans la fic original ndlt]. Par conséquent, je voulais écrire ça.
Et faites attention aux tags. Il y a de l'abus sexuel non-explicite d'écrit.

Note de la traductrice:

Voici une nouvelle traduction dans un nouveau fandom. Il n'est pas impossible que j'en traduise de nouvelles dans celui-là. Cette fanfic m'a particulièrement plu et je tenais à la partager. Il y a une partie deux du point de vue de Neuvillette. Je ne planifie pas de la traduire pour l'instant, mais faites moi savoir si vous avez envie qu'elle le soit !
Les mots en gras sont en français dans le texte original.
Faites attention aux tags, et bonne lecture !

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

Wriothesley se serait arraché lui-même l'utérus s'il l'aurait pu.

 

Il aurait prit ses gants noirs, la surface du métal qui les recouvrait brillant d'un éclat gelé, et se serait déchiré la peau. Même si son sang éclaboussait les murs et ses entrailles se déversaient sur le sol. Même si ce putain de truc était inutile. Il l'aurait fait en un battement de cœur.

 

 

Ce n'était pas comme s'il ne l'avait pas fait auparavant. Écrasé et écrasé et écrasé jusqu'à sentir le métal. Vu rouge. S'était senti poisseux au toucher. Avait entendu son cœur s'affoler. Ou crié. Ou les deux.

 

 

Meurt.

Brûle en enfer.

 

 

Mais Sigewinne allait pleurer s'il le faisait. Elle essaierait de le soigner, même s'il lui hurlait de tous ses poumons de ne pas le faire. L'infirmière était trop bonne. Elle ne méritait pas de voir le cadavre de son ami, déchiré avec ses entrailles à l'extérieur comme une poupée cassée.

 

 

Ce genre de vision vous hantait à jamais. Wriothesley ne le savait que trop bien.

 

 

Alors une fois tous les quelques mois, en dépit de tous les médicaments qu'il prenait, son corps s’autodétruisait. Son ventre allait se retourner et se serrer et menacer de ne jamais se relâcher. Sa peau allait brûler trop trop fort. Son corps allait se sentir vide, mais refuser que quoique ce soit le remplisse. Il allait vomir. Il allait s'enfermer dans sa pièce, brûler dans des flammes que tous pourrait sentir mais pas voir.

 

 

Il était comme un faon blessé, un signe en néon, une cible facilement jetée aux chiens.

 

 

Dans le passé, quand il avait un nom différent, il avait l'habitude de prier. Quand tout sous sa peau lui faisait mal, il suppliait les dieux de le sauver. La vision Cryo qui lui avait été accordée lui rendait son regard froid. Incapable de refroidir les flammes. Incapable de le soulager.

 

 

Il voulait faire un nid.

 

 

Ce n'est pas sûr ici.

 

 

Il avait besoin de faire un nid.

 

 

Ce n'est pas sûr ici.

 

 

Pourquoi ne pouvait-il pas faire de nid ?

 

 

Ce n'est pas sûr ici.

 

 

Wriothesley allait jeter ses couvertures, son oreiller et sa veste en une pile. Il allait enlever les draps de son dortoir et les mettre par-dessus juste pour être sûr. Ses mains allaient trembler constamment, souhaitant trouver quelque chose qu'il savait ne jamais pouvoir trouver.

 

 

Une fois fini, il allait s'asseoir sur son trône pitoyable dans le coin de sa chambre, les cuisses poisseuses et dégoulinant de partout. Même si son âme elle même était agonisante, il n'osait pas dormir. A la place, il perçait la porte de son regard de glace. A la place, il aurait voulu transpercer son utérus de ses propres mains.

Maudit soient les Archons. Maudits soit l'Ordre Divin.

 

 

Et plus que tout, maudit soit le fait qu'il soit un Oméga malade.

 

 

- - -

 

 

D'après Sigewinne, un nid était un espace sacré. Pour y entrer, il fallait se voir accorder ce droit par l'Oméga qui l'avait construit. Les Omégas apprenaient à les construire jeunes, de la même manière qu'ils apprenaient la sécurité du monde autour d'eux.

 

 

Wriothesley n'avait jamais appris comment les construire. Que ce soit l'un ou l'autre. Les deux.

 

 

De bons parents apprenaient à leurs enfants ces comportements. Il n'avait pas eu la chance d'avoir de parents, encore moins de bons parents. Seulement des monstres qui portaient une peau humaine.

 

 

Non pas qu'il n'en avait pas l'instinct. Tous les enfants Omégas, même ceux avec une apparence telle que Wriothesley lui-même, avaient l'instinct de faire un nid. C'était dans la nature d'un Oméga. C'était un besoin profond de trouver son réconfort dans les odeurs, de se construire une forteresse.

 

 

Forteresse, hein. Peut-être que c'était pour ça qu'il se sentait si bien à Méropide, lui avait-il dit. Pas besoin de construire un nid quand tu as quatre murs de métal et la profondeur de la mer pour te piéger.

 

 

« Ils ne sont pas supposés être des pièges, avait protesté Sigewinne. Ils sont supposés t'aider à construire de la confiance. De l'intimité. »

 

 

Ça avait faire rire Wriothesley.

 

 

Confiance ? Intimité ?

 

Quelle blague.

 

 

- - -

 

 

Neuvillette était un Alpha intéressant. Probablement le plus intéressant que Wriothesley ait jamais rencontré.

 

 

L'homme se tenait droit, mais ne regardait pas les autres de haut. Il portait des robes longues et flottantes, des cheveux longs, et un titre simple avec une longue liste de responsabilités. A la place d'un marteau en bois, il tenait une cane et s'occupait de chaque procès à Fontaine.

 

 

En temps que Iudex, il était le juge, le jury et le bourreau de Wriothesley. Quelque part, Wriothesley n'arrivait pas à en avoir quelque chose à faire.

 

 

Il aurait dû sentir le pouvoir, l'odeur âcre de l'arrogance que seul un Alpha pouvait avoir. Mais non. Neuvillette sentait la brise de l'océan, quelques secondes avant une tempête. Et les jours de pluie.

 

 

Le Iudex sentait la tristesse.

 

 

Il se souvint que c'était la première odeur qu'il avait eu du Juge Suprême de Fontaine. Il était seulement un garçon d'à peine quatorze ans, avec du sang sur les mains et le titre de meurtrier attaché à son nom. Les gardes eux-mêmes l'avaient emmené enchaîné, comme s'ils avaient peur qu'il ne les tue.

 

 

« Au revoir, Monsieur, avait-il chuchoté à ce moment-là, comme s'il n'était pas Wriothesley. Merci. »

 

 

C'était un remerciement sincère. Le garçon savait qu'il avait commis un crime, un pêché grave. Il savait aussi que l'homme avait eu raison de faire respecter la loi. Il n'était pas fâché contre lui.

 

 

Mais Neuvillette n'avait jamais répondu.

 

 

Il lui avait juste rendu son regard avec ses yeux distants. Wriothesley s'en souvenait alors qu'ils l'avaient emmené, dehors dans le gris de l'averse qui se déversait. Cette figure, se tenait droite et seule, dans la distance. Différente de tous les Alphas qu'il avait rencontré.

 

 

- - -

 

 

Après sa sentence, il avait entendu de part les autres détenus que le Iudex n'avait pas parlé pendant un long moment.

 

 

Après sa sentence, Wriothesley appréciait l'odeur de la brise océanique dans les mauvais jours, et de la pluie.

 

 

Parfois quand ses chaleurs étaient sur le point de le tuer, il enfouissait son nez dans ses draps et essayait de se souvenir de l'odeur.

 

 

- - -

 

 

La vie était dure dans la Forteresse, mais il avait fait en sorte que ça marche.

 

 

Oméga ou pas, Wriothesley travaillait dur. Il était fort, intuitif et observait beaucoup. Les gens apprirent très vite à ne pas embêter l'enfant Oméga avec les cheveux noirs et les yeux de métal. La Forteresse savait qu'il était plaisant de converser avec lui et qu'il était toujours partant pour se faire des amis.

 

 

Il restait aussi au maximum de ses bloqueurs d'odeurs et ses suppressants utilisés dans la Forteresse. La plupart des gens qui rencontraient l'enfant auraient assumé qu'il était un Bêta, ou un Alpha particulièrement tranquille.

 

 

Il y avait des murmures, cependant. Des rumeurs sur le garçon avec le dossier horrible. Le tueur Oméga.

 

 

De façon assez intéressante, pour un Oméga, aucun vêtement ni tissu ne manquait durant ce temps particulier. Comme tous les Omégas, il était à l'infirmerie pendant une longue période de temps. Mais les infirmiers notaient, à chaque fois, que rien ne manquait.

 

 

Est ce que cet enfant faisait même un nid ?

 

 

- - -

 

 

Pour être honnête, Wriothesley n'était pas surpris de gagner le titre d'Administrateur. L'homme en charge précédemment était, pour le dire respectueusement, un bâtard cruel et un lâche. D'un autre côté, Wriothesley tenait le pouvoir des mots et de la raison. Il était heureux de défier le chaos, et avec assez de coupons et de charisme, il ramena l'ordre.

 

 

Ce à quoi il ne s'attendait pas, par contre, fut qu'on lui demande la permission de lui donner le titre de Duc.

 

 

« Est ce que vous savez à quel point vous avez l'air fou, Monsieur Neuvillette ? », avait demandé Wriothesley, incrédule.

 

 

Il plaça ses mains sur le bureau, en rendant leur regard à ces yeux bleu cristal. Wriothesley était bien plus vieux maintenant, plus conscient. Il avait construit un réseau vaste et on le connaissait de réputation. Au moins, il pouvait construire quelque chose, si ce n'était un nid.

 

 

Mais un titre royal ? Ça n'avait pas de sens. Il était un meurtrier et un criminel, et pire que tout, un Oméga. Même les Bêtas avec des titres étaient rares dans le Palais Mermonia, mais les Omégas ?

 

 

« Peut être, oui. », répondit le juge. Sa voix gronda gentiment. Le son du tonnerre entendu de loin, juste avant la pluie. « Mais je vous assure, mes raisons ne sont pas infondées.

 

 

-Oh ? » Le nouveau Administrateur de la Forteresse haussa un sourcil amusé. « Et qu'est-ce que moi, un orphelin Oméga de basse condition et un criminel, ait pu faire pour mériter un tel titre ?

 

 

-Vous avez offert votre protection et pris responsabilité pour votre peuple. » Les mots du Iudex avaient la fluidité de la rivière. « Vous assurez l'équité et la justice, et donnez leurs chances aux faibles et à ceux qui sont vulnérables. »

 

 

Wriothesley se moqua.

 

 

« Ce n'est pas mon peuple.

 

 

-Et pourtant vous les traitez comme tel.

 

 

-Fontaine va penser que vous êtes fou. » L'Administrateur de la Forteresse rit presque devant l'absurdité de la situation. « De voir un Oméga criminel comme votre égal.

 

 

-Laissez les gens penser comme ils le veulent. », dit Neuvillette, presque durement. Presque. Et puis son ton s'adoucit. « Les Omégas ne sont pas moins que n'importe quelle autre personne dans la Cour de Fontaine, tout comme les criminels ou qui que ce soit d'autre. Ceci vous inclut, Wriothesley. »

 

 

Celui-ci ne dit rien. Il observa le Juge Suprême en face de lui. Essaya de voir un éclat de malice. Ou de luxure. Ou quelque chose pour lui prouver que Neuvillette était comme n'importe quel Alpha.

 

 

Mentalement, il essaya aussi d'assembler les pièces du puzzle. Mais peu importait combien de fois Wriothesley essayait, ça ne fonctionnait pas. Le Iudex n'avait aucune raison de faire de cet Oméga un Duc. Il n'y avait aucun échange de pouvoir, aucun bénéfice de partenariat, rien dont il ne soit au courant.

 

 

Une partie de lui avait toujours peur du pire. Attendait que le monstre sorte de la peau du juge et ne le déchire.

 

 

Mais ça n'arriva pas. Neuvillette était toujours Neuvillette. Ce qui signifiait à la fois tout et rien.

 

 

Wriothesley soupira. Il se leva de son bureau et s’étira les membres.

 

 

« Est-ce que vous voulez du thé, Monsieur ? »

 

 

- - -

 

 

Durant les pires moments de ses chaleurs quand il était adolescent dans la Forteresse, Wriothesley ne pouvait pas manger quoique ce soit. Il se collait contre l'un des coins de son dortoir, la vision floue et faible.

 

 

Les suppressants marchaient à peine. Les bloqueurs d'odeurs, les Archons soient loués, étaient assez décents pour couvrir la puanteur de sa douleur, de sa peur.

 

 

« Tu dois au moins boire », essayait de l'amadouer Sigewinne gentiment. Elle tenait une bouteille d'eau pure près de lui. « Ou tu vas t'évanouir. »

 

 

Fiévreux, le garçon ne faisait que gémir et gronder. Il montrait les crocs faiblement, le regard désorienté et les joues rouges.

 

 

« Et du thé, tu le sens comment ? », suggéra t elle gentiment, comme si l'Oméga ne la menaçait pas de lui mordre les mains. « Tu pourrais au moins essayer ça ?

 

 

-O...OK », finit-il par dire en réponse.

 

 

Il réussit à garder quelques gorgées d Earl Grey pour le reste de la nuit.

 

 

- - -

 

 

Il y avait une raison pour laquelle il gardait tous ces genres de thé dans son bureau. Darjeeling. Oolong. Vert. Ceylan. Orange Pekoe.

 

 

Et Earl Grey. Toujours Earl Grey. Infusé pendant cinq minutes et refroidit dans une petite tasse de thé avec une fissure sur le bord. Pas de lait. Deux sucres.

 

 

Le thé sentait bon. Sentait différemment. Calme, apaisant, comme l'embrassade d'une mère qui ne lui avait jamais appartenue. Peu importait combien le goût était amer, le thé chaud ne lui avait jamais fait de mal.

 

 

Parfois il mettait ses mains en coupe autour du mug qu'il tenait. Parfois, il oubliait qu'il n'était pas une personne si horrible.

 

 

- - -

 

 

Il y avait aussi une raison pour laquelle Wriothesley gardait autant de tasses.

 

 

Chaque fois que Neuvillette quittait son bureau, il prenait toujours la tasse de thé utilisée. Il la plaçait près de son lit et se souvenait des jours pluvieux à côté de l'océan.

 

 

Chaque fois que Wriothesley prenait la tasse du Iudex, il se sentait comme quelqu'un d'horrible.

 

 

- - -

 

 

Le temps passait. Wriothesley grandit. Ses membres trop longs firent place à un corps fort et musclé avec des hanches un peu trop étroites pour un Oméga en pleine santé.

 

 

La cicatrice sous son œil ne s'estompa jamais. Ce n'était pas grave. Certaines cicatrices ne disparaissaient jamais. De la même façon que certains médicaments ne fonctionnaient pas parfois. Ou que des Omégas malades ne guérissaient jamais.

 

 

Wriothesley était né malade. Mais Sigewinne insistait que beaucoup de ses problèmes venaient de ses traumas. C'était sans doute normal pour un Oméga malade de ne pas avoir de partenaire pour ses chaleurs.

 

 

Ce n’était pas normal pour un Oméga malade ne pas faire de nid. De ne pas chercher le confort. La sécurité.

 

 

« Tu devrais essayer, votre Grâce, dit Sigewinne, durant un check-up. Nous ne savons pas si ces nouveaux médicaments pourraient aider avec la douleur tout le temps.

 

 

-Merci pour ta sollicitude, mais je ne peux pas, Sigewinne, dit Wriothesley. Je ne peux pas faire de nid. J'ai essayé. »

 

 

- - -

 

 

Wriothesley se souvint d'avoir huit ans quand il avait essayé pour la première fois.

 

 

Même là, aussi forts que l'avaient été ses instincts, il n'était pas doué. Des vêtements et des jouets et des serviettes avaient été étalés au hasard. C'était un peu le bazar mais cosy et tout à lui tout à lui tout à...

 

 

« (-) ! » Il avait entendu son nom l'appeler. « Que fais-tu ? »

 

 

Sa mère d'adoption. Un monstre une femme Bêta avec un sourire qui n'atteignait jamais ses yeux. Elle le surplombait, lui, et à ce moment, son essai de nid.

 

 

Avant qu'il ne puisse protester, ses mains se tendirent et elle commença à tout récupérer.

 

 

Non!Il s'écria. Nonononon !

 

 

Ce n'était pas bien. Il se sentait violé. Il ne l'avait pas laissée rentrer. Pourquoi était-elle dans son nid ? Pourquoi elle le détruisait ? Il était à peine conscient de ses pleurs, de ses supplications de ne pas emporter son nid.

 

 

« Espèce d'idiot, avait-elle dit avec un claquement de langue, toujours en souriant. C'est juste du bazar par terre. Tu n'as pas besoin de faire de nid pour l'instant. »

 

 

- - -

 

 

Avec du recul, l'enfant aurait du voir un red flag quand il le regardait droit dans les yeux.

 

 

Mais il était un enfant. C'était probablement parce qu'elle était un Bêta, essaya-t-il de raisonner avec lui-même. Avec anxiété, collé le plus loin possible qu'il le pouvait des autres orphelins comme lui dans leur dortoir.

 

 

Il n'y avait pas moyen que quelqu'un soit aussi horrible, pas vrai ?

 

 

- - -

 

 

Il avait pensé que ce ne serait qu'un fois.

 

 

Bien sûr, il était un enfant stupide, qui ne savait pas mieux. Pauvre bâtard.

 

 

Ils venaient toujours dans sa pièce quand il essayait de faire son nid. Ils emportaient toutes les choses, appelaient ses tentatives de se faire un sanctuaire un bazar, et le jugeaient inutile.

 

 

Et ils souriaient toujours en le faisant. Ils lui souriaient en entrant dans son espace. Ils lui souriaient dans l’encadrement de la porte quand ils le laissaient, reniflant et gémissant dans un coin vide.

 

 

Exposé. Vulnérable. Insécurité.

 

 

- - -

 

 

« Pourquoi gardes-tu cette porte fermée tout le temps, Wriothesley ? », avait demandé une petite fée flottante avec des cheveux blancs, à lui, le Duc de la Forteresse de Méropide.

 

 

Paimon était son nom. Elle venait avec une Voyageuse blonde qui avait une expression solennelle et

un air que Wriothesley savait ne pas être normal.

 

 

Elles n'allaient pas l'une sans l'autre. Un duo. Toujours là pour poser des questions sans filtre, mais sans méchanceté. Contre toutes les attentes, Wriothesley les appréciait. Elles étaient intéressantes.

 

 

Son regard se dirigea momentanément vers la porte dans le coin de son bureau. Et puis, il regarda à nouveau la petite fée et son amie.

 

 

« Pourquoi veux-tu rentrer ? », fut tout ce qu'il demanda en retour.

 

 

- - -

 

 

Ses premières chaleurs arrivèrent quand il eut douze ans.

 

 

Les premières chaleurs préadolescentes étaient supposées n'être que des imitations des vraies. Une passerelle vers l'âge adulte. Appréhender leurs corps. Leurs sens et leur sexualité.

 

 

Mais Wriothesley n'avait senti aucun besoin. Ou désir. Il ne sentait pas ce désir brûlant dont les autres enfants chuchotaient durant leur temps libre, des secrets dont ils gloussaient entre deux douches ou dans le coin des chambres.

 

 

Non. Il ressentait uniquement de la douleur. Il se pliait en deux tellement son petit ventre avait des crampes. Les livres de sciences disaient qu'il était supposé être mouillé en bas, mais il était douloureusement sec. Plus tard dans sa vie, il apprit que même ça n'était pas toujours vrai.

 

 

Il était effrayé. Tellement effrayé. Son estomac se serrait à chaque son, chaque pas, chaque craquement de parquet.

 

 

Il allait mourir, seul dans la nature. Sans Alpha pour s'occuper de lui.

 

 

Il pleurait souvent. Pleurait et pleurait et pleurait.

 

 

Les monstres essayaient de lui enfoncer des suppressants dans la gorge quand il était malade. Ils le maintenaient de force, lui ouvraient la mâchoire et puis la lui refermait quand il essayait de vomir.

 

 

Ils essayaient aussi de le mettre avec les autres enfants quand il devenait comme ça. Insistaient que c'était pour son bien d'être autour d'autres Omégas. Des Omégas en bonne santé qui faisaient de vrais nids qui n'avaient pas l'air de linge sale étalé partout. Ça permettait de faire des économies sur des nids de groupe, qu'ils disaient.

 

 

Il donnait des coups de poings aux enfants plus vieux qui essayait de s'approcher. Sinon, il mordait. Claquait ses mâchoires à tous ceux qui essayaient de toucher sa peau brûlante. Même s'ils étaient amicaux.

 

 

A un moment, il arrêta de pleurer.

 

 

Il apprit comment se battre à la place.

 

 

- - -

 

 

L'un des premiers changements majeurs que Wriothesley établi en temps qu'Administrateur de la Forteresse de Méropide fut de faire des chambres privés pour que les Omégas puissent y passer leurs périodes de chaleurs.

 

 

« Je ne comprends pas », dit l'un des gardes. C'était un Bêta plus vieux, avec des rides accentuées sur le visage et un froncement de sourcils plus profond encore. « Il y a déjà une chambre pour un nid de groupe, Votre Grâce. Nous nous assurons qu'il n'y ait pas de violence là-bas. »

 

 

Les yeux de Wriothesley devinrent glaciaux.

 

 

« Si je, on parle hypothétiquement, dit l'homme lentement. Te déshabillais et te jetais pour que les chiens te dévorent et pour que tout le monde regarde. Est ce que ça irait si les chiens n'étaient pas violents ? »

 

 

Chaque mot faisait baisser la température. La seule chose plus froide que son ton poli était son regard.

 

 

Le garde déglutit.

 

 

« N.. Non, monsieur.

 

 

-Bien alors maintenant que nous nous comprenons, dit Wriothesley et ses mots eurent soudain un ton plus léger et plaisant, un changement dramatique. Et si nous avions ces chambres prêtes en un jour de travail, non ? »

 

 

- - -

 

 

« Je te félicite, Wriothesley, dit Neuvillette, quelques mois plus tard. Pour faire des changements qui bénéficient aux plus vulnérables. »

 

 

Ils s'étaient assis dans le bureau de Neuvillette cette fois, sur ses canapés aux riches velours verts. La pièce sentait la menthe, l'eau de pluie et l'air de la mer. Leurs tasses cliquetaient dans leurs coupes. Les tasses de thé du Palais Mermonia étaient en porcelaine de Chine.

 

 

Wriothesley sirota son thé. L'odeur de menthe poivrée réchauffait la surface de son cœur gelé. Même si ce n'était qu'un peu.

 

 

« Bien sûr, Monsieur Neuvillette, dit-il. Si ce n'était moi, qui le ferait ? »

 

 

- - -

 

 

Si ce n'était lui, qui le ferait ?

 

 

Si ce n'était lui, qui le ferait ?

 

 

Si ce n'était lui, qui le ferait ?

 

 

Si ce n'était lui...

 

 

du sang coulait de ses poings.

 

 

Le monde avait le goût de métal.

 

 

Des corps nus étalés comme des lumitoiles dans une boite

 

 

- - -

 

 

Pourtant connu comme amical, Wriothesley n'aimait pas grand monde. Ne leur faisait pas confiance. Les gens avaient prouvé encore et encore, d'être égoïstes.

 

 

Il aimait bien Neuvillette, pourtant.

 

 

Chaque fois, le juge était juste. Neuvillette regardait, il apprenait, il écoutait et il donnait son conseil. Il donnait, à ceux qui étaient en deuil, de l'espace pour pleurer et laissait les gens partager un rire en paix.

 

 

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, Neuvillette était une agréable personne avec qui discuter. Wriothesley ne s'ennuyait jamais avec le juge. Il aimait surtout le taquiner lui et son aversion pour les plats sans sauce.

 

 

Mais surtout, Neuvillette faisait attention à ceux vulnérables comme les plus jeunes, les Mélusines et les Omégas. Il les protégeait. S'assurait qu'ils étaient en sécurité. Peut-être, juste peut-être, que Wriothesley se sentait en sécurité avec lui aussi, aussi.

 

 

Wriothesley était sûr qu'il serait un bon Alpha.

 

 

Dommage qu'il était un Oméga malade et raté.

 

 

- - -

 

 

Il appréciait aussi la Duelliste mandatée, Clorinde, mais platoniquement. Ils avaient aussi des conversations intéressantes dans son bureau ou à la Cafétéria de la Forteresse. Avec du thé, bien sûr, et quelques madeleines qu'elle ramenait d'en haut.

 

 

Il y a très longtemps, elle avait exprimé un intérêt envers lui. Wriothesley avait décliné. Ce n'était pas qu'elle n'était pas séduisante. Clorinde était magnifique, voluptueuse et diablement forte.

 

 

Elle voulait, par contre, des chiots dans le futur. Wriothesley n'en voulait pas. Ne pouvait pas. Même une grosseur de la taille d'une cacahuète dans son utérus l'aurait tué. Il aurait parié un million de Coupons sur sa mort instantanée avant qu'un embryon ne puisse prendre.

 

 

Ils étaient restés amis à la place. Ça marchait bien en leur faveur, et elle était assez gentille avec Wriothesley pour essayer tous ses thés favoris.

 

 

« As-tu déjà pensé avoir un Alpha? », avait demandé Clorinde une fois.

 

 

Une tasse de Earl Grey sur son bureau, Wriothesley était assis là, à fixer le liquide qui condensait dans le bord céramique. Il laissa la fumée du thé chaud toucher sa peau, à peine. Il ne se laissait pas penser à l'odeur de la pluie et de la mer.

 

 

« Nah », avait gloussé Wriothesley. Il haussa les épaules. « Dans quel but ? Je ne peux pas avoir de chiots. Je ne peux pas me lier à un partenaire. Je ne peux même pas faire de nid. »

 

 

Il n'avait pas besoin de le dire. Quel genre d'Alpha me voudrait ? Je ne suis qu'un mauvais Oméga.

 

 

- - -

 

 

Le sexe, Wriothesley avait appris, était une expérience horriblement douloureuse.

 

 

Il aurait aimé ne pas savoir.

 

 

Mais ce n'était pas son choix.

 

 

- - -

 

 

« Hey (-), tu ne penses pas que c'est bizarre ? » Il se souvint que l'un des garçons le lui avait chuchoté. Un garçon Oméga blond avec un petit grain de beauté sur sa joue droite. « La manière dont ils nous parlent. »

 

 

C'était un jour de portes ouvertes à l'orphelinat. Wriothesley ne les avait jamais aimé. Trop de gens. Trop d'yeux inquisiteurs et d'odeurs trop fortes et de noms de gens qu'il ne s'embêtait pas à se souvenir.

 

 

Wriothesley n'aimait pas la façon dont les gens les regardaient. L'étincelle dans leurs yeux lui faisait penser aux descriptions des vautours dans les livres. Toujours à faire des cercles. Affamés mais dans un sens qui le faisait se hérisser.

 

 

« Personne ne me parle, avait répondu Wriothesley. Alors je ne sais pas. »

 

 

C'était vrai. Hommes. Femmes. Des années de gens qui passaient devant lui. A l'âge de quatorze ans, Wriothesley était l'un des plus vieux à l'orphelinat maintenant. Ils lui posaient des questions et il répondait. Mais à peine. Il voyait la manière dont ils le reniflaient en lui parlant. Ils avaient des grimaces de dégoût.

 

 

En dessous de tous les médicaments et les patchs d'odeurs, il sentait probablement la maladie. Ou dégoûtant. C'était la même chose.

 

 

« Un homme m'a parlé. Il a dit que j'étais joli, avait dit le garçon. Il m'a demandé mon âge et quand j'ai dit que je venais d'avoir onze ans. Il avait l'air content. »

 

 

Les yeux de Wriothesley avaient rapidement localisé l'homme dont l'enfant faisait référence. Il était un Alpha grand, plus vieux et mince avec un début de calvitie. Il parlait à leurs parents d'adoption, qui semblaient ravis.

 

 

Son ventre se serra. Quelque chose n'allait pas.

 

 

Il avait vu cet homme avant. Aux dernière portes ouvertes, non ? Il avait adopté les jumeaux. Leurs parents avaient dit qu'ils avaient déménagé à Mondstadt. Ils avaient même eu un chiot.

 

 

Pourquoi cet homme était de retour ?

 

 

Pas besoin de paniquer, Wriothesley essaya de se leurrer raisonner avec lui-même. Il n'y avait pas de raisons que ce soit des gens horribles, non ?

 

 

Non ?

 

 

faux

 

 

- - -

 

 

Rapidement après, l'Oméga blond fut adopté. Avait déménagé à Natlan, ont ils dit. Ses nouveaux parents l'adoraient et le traitaient bien.

 

 

Mais Wriothesley se souvenait de quelque chose qui n'allait pas. Que le garçon était une poule mouillée. Il avait peur des dragons, même ceux dans le livres d'images.

 

 

Et si on y pensait, les jumeaux qu'il connaissait étaient allergiques aux chiens.

 

 

Il écouta plus. Stylisa des oreilles avec ses cheveux noirs, dans un essai enfantin d'avoir des informations.

 

 

« … j'ai eu un nouveau foie... »

 

 

« absolument exquis... »

 

 

« En dessous de treize ans... meilleur pour... »

 

 

Petit-à-petit, les pièces dans la machine de son cerveau commencèrent à se mettre en place.

 

 

- - -

 

 

Il avait suivi l'homme quelque jours après que le garçon blond avait été adopté. S'était glissé hors de l'immeuble et dans la nuit. S'était faufilé lentement, lentement, lentement, dans les ombres, juste derrière l'homme.

 

 

L'adolescent avait suivi l'Alpha, juste au nord de la ville de la Cour de Fontaine. Des yeux gris vifs avaient vu l'homme entrer dans une petite cabane, entouré par de grandes herbes et des fleurs.

 

 

Pas d'enfants. Pas de murmures. Pas de bruits.

 

 

Un sentiment grandissant de malaise se logea dans son estomac. L'adolescent se souvenait aussi d'avoir senti quelque chose qui n'allait pas. Quelque chose de vraiment infâme, presque décomposé. Métallique.

 

 

Son nez suivit l'odeur jusqu'à une grande boite verte derrière le cottage.

 

 

- - -

 

 

Wriothesley se souvenait de ses mains tremblantes alors qu'il ouvrait la boite.

 

 

Avec raison.

 

 

- - -

 

 

« Avez vous jamais eu de regrets, Monsieur ? » avait demandé Wriothesley à Neuvillette une fois.

 

 

Il avait été nouvellement nommé Duc de la Forteresse de Méropide. Et il se tenait fier. Il regarda, alors que le Iudex le fixait avec une expression qui avait la profondeur de l'océan qu'il ne pourrait jamais comprendre.

 

 

« Je ne peux pas dire que j'en ai. », répondu doucement Neuvillette.

 

 

Wriothesley rit. Ce n'était pas un son de joie.

 

 

« Quelle chance. »

 

 

- - -

 

 

Il se souvenait avoir vomi en voyant le contenu de la boite. La puanteur de la pourriture. La décomposition. Le sang vieux. Les corps nus, mutilés. Sur la surface restait les restes d'un garçon blond avec des yeux vides.

 

 

« Je savais que j'avais senti quelque chose de dégoûtant. »

 

 

Ce fut la dernière chose qu'il se souvenait avoir entendu avant que l'indicible n'arrive.

 

 

- - -

 

 

La rage, Wriothesley avait pensé pendant longtemps, était supposée être d'une chaleur brûlante. Comme sa peau durant des chaleurs. Comme les flammes rouge orangée.

 

 

Mais non. Elle était froide comme la glace. Glaciale.

 

 

Il sentit son cœur devenir froid alors que la peur se changeait en rage quand ses jambes furent écartées. C'était tout ce qu'il pouvait ressentir. Même quand il fut changé du tout au tout et déchiré comme une poupée de chiffon.

 

 

pitiépitiéstopçafaitmalstopj'aimal

 

 

A ce moment là, quand il était un pauvre bâtard orphelin avec un nom différent, il avait pensé ne pas avoir besoin de construire un nid. Qu'il y avait un nid à l'intérieur de son corps, à l'intérieur de son cœur, où il était en sécurité.

 

 

C'est ce qu'il avait pensé.

 

 

- - -

 

 

« Vilain Oméga ! » se souvenait-il que l'Alpha crachait. « Tu pues. »

 

 

Vilain Oméga. Il était un vilain Oméga.

 

 

Quelque part, à un moment, la peur était devenu de la colère. Il était tellement furieux. Sa vision était devenue comme glacée et vide. L'odeur du sang et d'autres choses viles étaient devenue lourde et omniprésente et le hantait toujours dans ses rêves la nuit.

 

 

Il était une mauvaise personne, aussi.

 

 

- - -

 

 

« Oui, Votre Honneur, je les ai tué », leur avait dit un Wriothesley adolescent, un jour plus tard. « Tous.

 

 

-Pourquoi l'as-tu fait ?, avait demandé le Iudex pour tout Fontaine.

 

 

-Si ce n'était moi, Monsieur, qui l'aurait fait ? »

 

 

- - -

 

 

Ses mains étaient attachés dans des fers. Ses poings, ses bras et ses jambes étaient enveloppés dans des bandages. Blancs et rouges peignaient ses cuisses. Du rouge peignait sa peau. Et il n'y avait pas que le sien.

 

 

Il donna à la Cour les moindres détails. Comment il avait frappé leurs têtes avec ses poings. Ils avaient griffésfouettémordusbattus contre lui mais il avait continué. Le Juge Suprême l'avait fixé avec une expression indéchiffrable alors qu'il parlait.

 

 

Ses mains étaient menottées. Son cœur restait calme alors que la couleur bleue de l'Indemnitium grandissait.

 

 

D'après le jugement de l'Oratrice Mécanique d'Analyse Cardinale, il était coupable. Mais d'après le cœur brisé niché à l'intérieur de lui, il était absout de toute culpabilité.

 

 

« Coupable », avait annoncé la voix puissante du Iudex Neuvillette.

 

 

Ses mains étaient menottées. Il était un vilain Oméga et une personne encore pire. Il allait en prison.

 

 

Il était libre.

 

 

- - -

 

 

Après cette incident, Wriothesley changea son nom. Reçu sa Vision. Réécrit sa vie.

 

 

Après cet incident, il arrêta d'essayer de faire un nid. Il n'y avait pas d’intérêt à en faire un.

 

 

- - -

 

 

En dépit de tout ce qui était arrivé, pourtant, Neuvillette était gentil avec lui.

 

 

Il détestait penser à ce que l'Alpha lui voulait.

 

 

Dirant le premier mois de sa sentence, il se souvint avoir reçu un grand et lourd paquet. Le seul qu'il ait jamais reçu. Des bouteilles d'eau en verre. Et une lettre anonyme avec une écriture nette qui espérait qu'il allait bien.

 

 

'Anonyme'. Ridicule. Ça sentait le rivage et l'extérieur d'une fenêtre lors d'une tempête.

 

 

L'intérieur fit rire Wriothesley narquoisement alors qu'il jetait les bouteilles aussi fort qu'il le pouvait contre le mur. Les sons du verre alertèrent les gardes et le directeur.

 

 

En punition, il ne mangea pas de la journée. Non pas que Wriothesley puisse, de toute façon. Le nouveau médicament que les infirmiers de la Forteresse avaient prescrits avait déréglé son cycle.

 

 

Putain de chaleurs. Putains d'Alphas.

 

 

- - -

 

 

Les années passèrent. Neuvillette resta gentil.

 

 

Contre toutes les probabilités, ils construisirent une fondation de confiance. D'amitié, même.

 

 

Certains jours, leurs conversations légères devenaient professionnelles. Puis ces discussions professionnelles devinrent des conversations tournées vers le business. Puis celles-ci devinrent personnelles.

 

 

Une goutte de pluie dans une flaque, dans un ruisseau, puis dans une rivière. Puis de retour dans l’océan.

 

 

Contre toutes les probabilités, Wriothesley en vint à aimer Neuvillette.

 

 

Putain d'Alphas.

 

 

- - -

 

 

« Votre Grâce, souvenez-vous que vos chaleurs vont bientôt commencer. », dit Sigewinne.

 

 

C'était un mercredi soir. Wriothesley dût vérifier l'heure à laquelle Neuvillette allait arriver le matin suivant pour une réunion. Des affaires de commerce entre le Palais Mermonia et la Forteresse, comme d'habitude.

 

 

Ses lèvres se tordirent sous l'irritation, Wriothesley soupira. Les chaleurs. Toujours là pour ruiner les choses.

 

 

« Merci beaucoup, Sigewinne, répondit-il. Je devrais tenir jusqu'au Lundi de la semaine prochaine pas vrai ?

 

 

-Dimanche au plus tôt, Votre Grâce. »

 

 

Le Duc jura entre ses dents. Il se força a sourire. Il remercia son amie Mélusine pour ses attentions et continua l'administratif ennuyant. Il allait souffrir pendant la semaine d'après alors autant remplir son document d'absence maintenant.

 

 

Au moins il serait seul dans sa chambre à Méropide, loin de tout le monde.

 

 

- - -

 

 

Le matin suivant, Neuvillette ramena une écharpe bleu sombre sous son bras.

 

 

« Il fait froid dehors? », demanda Wriothesley en versant une tasse de Earl Grey pour le Iudex.

 

 

Neuvillette secoua la tête et laissa tomber l'écharpe sur ses genoux.

 

 

« L'une des Mélusines, Veleda, l'a laissée tomber dans sa précipitation alors que je venais ici. Je vais seulement la lui ramener une fois que notre réunion sera finie.

 

 

-Quelle galanterie. »

 

 

L'autre homme soupira.

 

 

« Je vais juste mon devoir. »

 

 

Wriothesley aurait juré que le regard de Neuvillette s'était adouci, même si ça n'avait duré qu'une seconde. Il se demandait toujours ce que le juge avait en tête. Comme la mer, Neuvillette avait toujours plus sous la surface.

 

 

Mais ce n'était pas important à présent. Il y avait une discussion importante. Un sourire sur le visage, Wriothesley sirotait son thé alors que lui et Neuvillette s'occupaient d'un tas de papiers officiels.

 

 

- - -

 

 

A la moitié de la discussion, Wriothesley sentit une crampe commencer à se former dans son ventre. Ça n'en était qu'une petite et il avait eu pire mais quand même. C'était irritant.

 

 

« Est-ce que ça va, Wriothesley ?

 

 

-Hm ?

 

 

-Je... » De l’inquiétude sur le visage, Neuvillette le fixa par-dessus de la table. « Pardonnez-moi. Vous sembliez inconfortable. »

 

 

Au début, Wriothesley ne répondit pas. Il était tentant de jeter les manières par la fenêtre. Dire au Juge Suprême que ses organes d'Oméga étaient absolument inutiles. Que tous les quelques mois il se recroquevillait et espérait mourir.

 

 

Ce serait, cependant, bien trop dramatique. Neuvillette était un Alpha magnifique et capable et le Juge Suprême de Fontaine. Il n'avait pas de temps à perdre sur un ancien prisonnier Oméga. Même s'ils étaient en bon termes.

 

 

« Juste un mal de tête, Monsieur, dit-il. Ne vous inquiétez pas pour ça. »

 

 

- - -

 

 

Une heure après, Neuvillette dû quitter la Forteresse. Un problème urgent de diplomatie.

 

 

L'administrateur de la Forteresse ressentit une vague de soulagement. Sa peau était un peu plus chaude que d'habitude. Les crampes le poignardaient encore. Au moins, il pourrait passer le reste de sa journée recroquevillé dans sa chambre de chaleurs. Pas besoin de faire semblant de quoique ce soit.

 

 

« Merci pour votre temps, et pour le thé. », dit l'Alpha Iudex, alors que Wriothesley le raccompagnait à l'entrée de la Forteresse.

 

 

« Pas de problème, répondit Wriothesley. Toujours content de partager une théière.

 

 

-Wriothesley.

 

 

-Ouais ? Quoi ? »

 

 

Le Iudex se stoppa, et le regarda. C'était le genre de regard si profond que c'était comme avoir son âme examinée. Donnée un jugement éternel. Il sentait bizarre aussi. L’inquiétude avait toujours une odeur bizarre.

 

 

Wriothesley sentit presque la nécessité d'incliner la nuque en soumission. Presque.

 

 

A la place, il montra les dents, juste un peu. Un avertissement pour l'Alpha. Ça n'aida pas qu'un autre élancement dans son ventre choisi d'arriver à ce moment.

 

 

« Ah », dit Neuvillette. Il recula. « Mes plus profondes excuses. J'étais... inquiet.

 

 

-Bien noté », répondit Wriothesley. Il frotta sa nuque avec un bras. « Désolé. Je ne le pensais pas. »

 

 

Il savait que Neuvillette ne voulait pas lui nuire. Ce n'était pas la faute de Neuvillette qu'il soit inquiet. Wriothesley voulait que l'Alpha le laisse seul. Mais il sentait aussi l’envie de faire un caprice s'il partait.

 

 

Si Wriothesley était un Oméga en bonne santé et normal peut être qu'il ne serait pas aussi putain de difficile. Mais il en était là, à montrer des signes de pré-chaleurs, incapable de dire au revoir normalement.

 

 

« S'il-vous-plaît ne vous excusez pas. » Neuvillette fit un petit geste de la main et secoua la tête. « Je ne voulais pas vous rendre inconfortable. Je vais partir maintenant. »

 

 

En silence, Wriothesley regarda le juge se retourner et partir. Les bruits de pas faisaient écho dans son esprit.

 

 

- - -

 

 

Wriothesley retourna dans son bureau.

 

 

Ses yeux se posèrent sur une écharpe d'un bleu sombre. Son nez sentit l'odeur faible d'eau de pluie et de vagues s'écrasant sur les rivages.

 

 

Une vive douleur se déclara dans son ventre. Ça n'aida pas sa tête à lui faire moins mal.

 

 

Ses mains le brûlaient. L'odeur étaient trop bonne. Peut être qu'il pourrait la mettre dans son lit et...

 

 

Non. Non. Il y avait du travail à faire. Wriothesley ne pouvait pas.

 

 

- - -

 

 

Scritch. Scratch. Scritch. Scratch.

 

 

Wriothesley essaya d'écrire. De l'encre noir se déversait sur la surface de papier blancs. Il regarda les courbes et les 'T' barrés. Il essaya de toutes ses forces d'ignorer l'écharpe sur le sofa.

 

 

Elle sentait les gouttes de pluie contre les vitres des fenêtres.

 

 

Il lit les pages. Une page. Un paragraphe. Une ligne. Il lit la ligne encore et encore et encore et encore. Il ne pouvait plus se souvenir de quoi ça parlait.

 

 

Ça sentait l'océan.

 

 

Scritch. Scratch.

 

 

La tête de Wriothesley le lançait. Il fixait de toutes ses forces l'écriture sur les rapports en face de lui. Il n'arrivait pas à lire.

 

 

L'odeur était trop distrayante.

 

 

« Merde. »

 

 

L'Administrateur de la Forteresse relâcha un soupir lourd. Il n'arrivait pas à se concentrer. Pas avec l'écharpe là. Il devait s'en débarrasser.

 

 

Elle sentait bon.

 

 

- - -

 

 

« Dites à Sigewinne que j'ai une course à faire au Palais Mermonia. Je reviens vite. »

 

 

- - -

 

 

Pour être honnête, Sigewinne avait dit que ses chaleurs n'étaient supposées arriver que Dimanche au plus tôt.

 

 

Il était aussi stupide pour croire que son corps ferait ce qu'il était supposé faire.

 

 

- - -

 

 

Wriothesley allait bien quand il entra dans le Palais. Sa tête lui faisait encore mal et aussi son ventre mais ça allait. Normal.

 

 

Ça sentait comme les gens. Comme les parchemins. Comme les touches des machines à écrire. Comme des Alphas et des Bêtas et des Mélusines et le travail.

 

 

S'il se concentrait assez, il pouvait sentir la mer. La pluie.

 

 

« Son Honneur est en ce moment à la Cour de Fontaine », l'informa l'un des Mélusines, Flo, à l'intérieur. « Mais vous pouvez y aller et retourner l'objet, votre Grâce. »

 

 

Il allait bien quand il entra dans le bureau de Neuvillette. Sa peau était trop chaude, mais c'était normal aussi.

 

 

Il allait bien. Du moins, jusqu'à ce qu'il sente l'odeur la plus forte cachée derrière une porte. Une armoire.

 

 

Et puis, il ne l'était plus.

 

 

- - -

 

 

Tout se brouilla. Wriothesley n'était pas sûr de ce qui arrivait mais soudain tout devint trop chaud et son cerveau eut un blanc.

 

 

La curiosité est un vilain défaut, pensa-t-il.

 

 

Neuvillette. Tout à l'intérieur sentait Neuvillette. Le bleu vaste de la mer. L'averse torrentielle sans fin.

 

 

Une douleur vive. Trop trop vive. Dans son ventre.

 

 

Wriothesley s'enfonça lui-même dans la mer, s'attendant à se noyer.

 

 

- - -

 

 

Chaud.

 

 

Trop chaud.

 

 

Tout brûlait.

 

 

Ilavaitmalilavaitmalilavaitmalilavaitmalmalmal...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- - -

 

 

« Wriothesley ? »

 

 

Il revint à lui. Enterré sous des tissus lourds et de légères soies et de doux cotons. Tout ça sentait la pluie et la mer.

 

 

Malmalmal

 

 

Un Alpha se tenait au dessus de lui.

 

 

Wriothesley commença à crier. Gronder. Grogner. Dire des choses affreuses. Il n'en était pas sûr. La part la plus logique de lui était enterrée six pieds sous sa fièvre et le brouillard.

 

 

Il voulait juste que Neuvillette ne lui fasse pas mal.

 

 

- - -

 

 

« Wriothesley, s'il te plaît. »

 

 

Il était vaguement conscient des chuchotements de Neuvillette. Qui l'apaisaient. Une odeur d’inquiétude et de sollicitude et de pluie et de mer.

 

 

« Je ne vais pas te faire mal. »

 

 

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Il cligna des yeux et cligna. Et cligna encore une fois.Tout devint clair autour de lui. Wriothesley devint soudain brièvement conscient de tous les vêtements autour de lui. Les nuances de céruléens et de blancs et de bleus marines.

 

 

Tout ça à Neuvillette.

 

 

Figé. Wriothesley était figé en place. Tout lui faisait mal. Il voulait fuir. Voulait faire un nid. Voulait se battre. Voulait ramper à l'intérieur de tous ces vêtements et expirer. Voulait que Neuvillette le tienne fort contre lui. La fièvre le tuait. La pièce était remplie de l'odeur de l'air de sel marin et de la tristesse.

 

 

Dans son brouillard, Wriothesley regarda l'Alpha en face de lui. Neuvillette se tenait là, si proche mais terriblement loin.

 

 

« Tu as besoin de faire un nid, Wriothesley. », dit Neuvillette, lentement.

 

 

Wriothesley montra les dents. Des souvenirs horribles passèrent en flash devant ses yeux sans ordre particulier. Toutes les fois où quelqu'un était venu dans son espace. Toutes les fois où des regards concupiscents et des mains monstrueuses s'étaient tendues et avaient tout déchiré.

 

 

Je veux faire un nid.

 

 

« Pourquoi ?, demanda t il, les mots traînant un peu. Pour que tu me le prennes ?

 

 

-Mais pourquoi... », demanda le juge. Ses sourcils se froncèrent sous l'inquiétude. « J'emporterais ton nid loin de toi ? »

 

 

Des larmes se remplirent dans les yeux de Wriothesley contre sa volonté. Il haïssait ça. Il haïssait son corps. Son esprit. Il ne voulait pas faire de nid. Il avait besoin de faire un nid. Tout faisait malmalmal...

 

 

Son regard passa de Neuvillette à la porte et puis revint sur Neuvillette.

 

 

« Oh Monsieur » et Wriothesley aboya d'un rire sans joie. « Pourquoi, en effet ? »

 

 

- - -

 

 

Il se passa des années avant que Neuvillette dise quelque chose. Ou peut être deux minutes. Wriothesley ne savait pas. Il ne savait jamais, durant ses chaleurs.

 

 

« Tu continues de regarder la porte. »

 

 

Pas un son ne sorti, Wriothesley regarda à l'intérieur de ces yeux océans. Des crampes vives coururent le long de sa colonne vertébrale. Ses instincts s'affolèrent. Il y avait un Alpha là. Pourquoi l'Alpha n'essayait-il pas de l'aider ? Cet Alpha ne savait-il pas qu'il était un Oméga en chaleurs ? Voulait-il qu'il meure seul ?

 

 

Regardant, attendant, Wriothesley attendit que le monstre sorte de la peau de cet homme. Envahisse son espace. Atteigne son cœur et brise les restes du nid à l'intérieur.

 

 

Mais il n'y avait pas de monstre. Juste Neuvillette. Son magnifique, triste Monsieur Neuvillette.

 

 

Un autre éclair de douleur arriva, profondément dans le bas du dos de Wriothesley. Il voulait s'enterrer dans ses vêtements. Il ne voulait pas faire de nid. Il voulait que Neuvillette reste. Il voulait que Neuvillette s'en aille.

 

 

Il gémit doucement. Wriothesley ne savait pas ce qu'il voulait.

 

 

L'homme attrapa la main du Juge Suprême. Il se détesta lui-même pour ça. Mais Wriothesley avait besoin d'être près du rivage, de l'odeur de la pluie. Pour une fois dans sa vie, quelque chose le réconfortait. Comme chaque fois dans sa vie, il se détestait pour ça.

 

 

Fatigué. Il était tellement putain de fatigué.

 

 

« Est-ce que ça t'aiderait, Wriothesley », demanda Neuvillette. Lentement, avec attention, comme s'il donnait un jugement final. « Si je surveillais la porte pour toi alors que tu construis ton nid ? »

 

 

Si Neuvillette... surveillait la porte ?

 

 

L'Oméga à l'intérieur de lui se figea. Un Alpha offrait... de surveiller la porte pour lui ?

 

 

Des gouttes de pluie tombèrent à l'intérieur. Elles ne venaient pas du ciel. Elles glissèrent sur le menton de Wriothesley. Sur les manteaux et les t-shirts. De retour dans la mer.

 

 

Wriothesley acquiesça.

 

 

- - -

 

 

Après ça, les couleurs et les lignes et les images redevinrent brouillés. Wriothesley se souvint vaguement envelopper tous les vêtements de l'Alpha sur lui. Perdu dans l'océan sans fin des chaleurs et de la fièvre, il resta à la dérive.

 

 

Des éclairs de peur glacée coulaient le long de sa colonne vertébrale parfois. Il s'asseyait, les yeux écarquillés mais voyant à peine, attendant que les monstres le surplombent. Pour retirer les vêtements de son nid. Pour le blesser.

 

 

Chaque fois, cependant, Wriothesley ne vit que de longs cheveux blancs. Un dos droit tourné vers lui. Gardant patiemment la porte.

 

 

Il sentait l'océan. Les vagues embrassant la côte.

 

 

Et il entendait les gentils tapotements sur la vitre. Le son de la pluie.

 

 

- - -

 

 

Le quatrième jour, Wriothesley revint à lui.

 

 

Il relâcha un grognement audible alors qu'il bougeait lentement. Des mèches noirs et épaisses étaient collées à son front et à son cou. La douleur dans son ventre se résumant enfin à un lancement faible.

 

 

« Ah. Tu es réveillé. »

 

 

Neuvillette était assis sur une chaise, à côté de son lit. Pas de robes sur lui, juste son t shirt blanc, roulé jusqu'à ses coudes. Les jambes du Iudex étaient croisées. Un livre posé ouvert sur ses genoux. Encore une fois, il n'y avait rien qu'une expression indescriptible sur son visage.

 

 

Encore confus, Wriothesley laissa ses yeux errer partout dans la pièce. Elle sentait la sueur, la douleur et l'odeur des tempêtes à la plage.

 

 

Silencieusement, Neuvillette l'observa. Wriothesley le fixa en retour. Le Iudex était ravissant, ne put-il s'empêcher de penser. Un Alpha vraiment magnifique.

 

 

C'était étrange pour Wriothesley de le voir sans ses robes de juge. Où étaient-elles passées...

 

 

Les yeux écarquillés, il regarda le sol et vit des robes bleues sur lui. Et en y pensant, il y avait des vêtements bleus et blancs tout autour de lui. Sur lui. Sous lui. Le sol du placard était un bazar sans nom.

 

 

Il comprit lentement à qui appartenaient ces vêtements. Ce que Wriothesley avait fait.

 

 

Du rouge envahit tout son visage. Avait-il dit quoique ce soit de terrible pendant sa fièvre ? Ou de bizarre ? Sans doute. Les Archons soient loués il n'était pas le genre d'Omégas à écarter les jambes et à supplier.

 

 

Les deux hommes ne parlèrent pas pendant un moment. Wriothesley ne savait même pas par où commencer. Hey, je suis désolé d'être tombé en chaleurs dans ton placard et d'avoir fait mon nid avec tous tes vêtements ? Ou, oui, je suis un Oméga malade et je m'excuse sincèrement pour la puanteur ?

 

 

A la place, tout ce qui sortit de sa bouche fut un :

 

 

« Tu as un grand placard. »

 

 

Cela fit un peu sourire Neuvillette.

 

 

« Ça vient avec le Palais Mermonia. D'après les coutumes, le Iudex a besoin de plusieurs sets de robes propres pour une bonne présentation.

 

 

-Eh bien, dommage qu'ils soient tous ruinés maintenant, rit Wriothesley. Mes plus sincères excuses, Monsieur, pour le bazar. Vous n'aviez pas besoin de gâcher votre temps ou votre espace pour moi.

 

 

-Je ne considère pas ceci comme un gâchis de mon temps, répondit gentiment Neuvillette. Non plus que je considère tes besoins comme un gâchis d'espace. »

 

 

L'Oméga ne dit rien. C'était plus poli que rire. Ou renifler. Ou pire, insulter le Iudex. Même chose, vraiment.

 

 

Devait-il vraiment être si gentil ? Si bon ? Si doux ? Wriothesley ne le méritait pas. Les Archons savaient à quel point il était trop dérangé pour le mériter.

 

 

Putain d’Alpha.

 

 

« Pardonne-moi pour cette question invasive, Wriothesley, dit Neuvillette. Mais combien de temps durent tes chaleurs d'habitude ? »

 

 

Cette fois, Wriothesley renifla. Neuvillette ? Invasif ? Quand c'était lui qui avait envahi le placard du juge dans ses quartiers ? Un peu trop tard pour s'excuser des intrusions là.

 

 

« D'habitude, une semaine. Un peu moins, si je suis chanceux.

 

 

-Je vois. »

 

 

Le silence s'étira entre eux. Wriothesley aurait voulu pouvoir se recroqueviller et disparaître derrière les murs de rouille, sous les vagues de l'océan. Mais non. Il était là, couché sur le sol d'un placard, couvert des vêtements d'un Alpha dont il n'était même pas le partenaire. Pathétique.

 

 

Il y avait tellement à dire. Et rien à la fois.

 

 

« Je t'ai fait du thé. »

 

 

La voix de Neuvillette coupa la tension comme une lame d'hydro.

 

 

« De l'Earl Grey. Est-ce que tu en veux ?

 

 

-Oui, s'il te plaît. »

 

 

- - -

 

 

Neuvillette quitta le placard mais ne ferma pas entièrement la porte. Un rai d'une lumière douce se déversa à l'intérieur, un changement différent de l'odeur de la maladie et de la pluie et de la mer.

 

 

Wriothesley pensa que c'était étrange de voir Neuvillette sans ses grandes robes bougeant derrière lui.

 

 

Mais encore plus étrange était le fait que l'Alpha ait daigné monter la garde pour lui.

 

 

Une douleur profonde se réveilla dans son bas ventre. L'Oméga grimaça en fermant les yeux. Il relâcha un soupir qu'il ne savait pas retenir.

 

 

Embarrassant. C'était tellement embarrassant pour Wriothesley d'être rentré dans l'armoire de Neuvillette. De s'enterrer dans les vêtements du Iudex pendant ses chaleurs.

 

 

Il aurait aussi bien pu mettre une grande pancarte avec des lettres encore plus voyantes : Prends-moi ! Aimes-moi ! Prends comme partenaire cet Oméga stupide, malade, défectueux !

 

 

Ou encore pire : Je te fais confiance ! Je te considère comme quelqu'un avec qui je suis en sécurité !

 

 

Wriothesley ria de lui-même. C'était plus facile de rire. Sinon, il aurait pleuré.

 

 

 

- - -

 

 

Bien plus tard, Neuvillette revint avec une théière de thé chaud et deux tasses de thé en porcelaine de Chine. On pouvait sentir de faibles odeurs de Earl Grey.

 

 

Trop fatigué pour bouger, Wriothesley se recoucha simplement et regarda le Iudex verser le thé dans une tasse pour lui. Une partie de lui voulait attraper la théière et la verser lui-même. Une autre partie de lui, la plus Oméga, voulait que Neuvillette continue. Qu'il continue de s'occuper de lui.

 

 

« Tu es un bon Alpha. »

 

 

Les mots quittèrent les lèvres de Wriothesley. Pas fiévreux, mais un peu comme un lendemain de chaleurs. Lourds. Exténués.

 

 

Pendant une seconde, Neuvillette s'arrêta. Son visage indéchiffrable encore une fois. Mais alors, comme si rien ne s'était passé, l'homme posa la théière.

 

 

Il approcha Wriothesley, mais s'arrêta quelques pas avant les vêtements éparpillés. Comme si une barrière invisible l'empêchait d'entrer.

 

 

Puis, il s'agenouilla et tint la tasse devant les lèvres de Wriothesley.

 

 

Un halètement quitta Wriothesley et ses yeux s'écarquillèrent. Il ne put s'empêcher de reculer devant un geste si intime. Donner à manger et à boire durant des chaleurs était quelque chose que seuls de bons Alpha faisaient pour leurs partenaires.

 

 

Il n'était pas un Oméga assez bien pour ça.

 

 

« S'il-te-plaît, Wriothesley, essaya d'amadouer Neuvillette quand il essaya de prendre la tasse et la soucoupe. Autorise-le moi.

 

 

-Tu ne peux pas !, protesta l'Oméga. Tu ne peux pas faire ça. »

 

 

Comment Neuvillette pouvait-il faire ça ? N'avait-il pas déjà fait tellement pour Wriothesley ? Neuvillette s'était battu pour sa réputation, sa position et son titre. Il tolérait ses blagues, le laissait faire quand il voulait un compagnon avec qui boire du thé.

 

 

Et maintenant, Neuvillette le laissait entrer dans son armoire et empester tous ces vêtements. Il gardait la porte quand Wriothesley avait peur. Il lui faisait du thé, comme un Alpha incroyablement gentil et bon.

 

 

Comme s’il était l'Alpha de Wriothesley.

 

 

Plic ploc. Plic ploc. Le son d'une averse envahit la pièce.

 

 

« Pourquoi pas ? », demanda Neuvillette.

 

 

Une odeur familière de tristesse heurta les narines de Wriothesley.

 

 

Incrédule, Wriothesley fixa l'Alpha. Il ne pouvait pas laisser Neuvillette faire ça. Il ne le laisserait pas. Même si son corps, son âme suppliait Neuvillette de continuer, de l'aimer, de faire attention à lui, de le faire se sentir en sécurité.

 

 

« Vous devez comprendre, Monsieur, que vous êtes un Alpha. », gronda Wriothesley. Son éclat fit presque tomber la tasse. Le liquide brun tangua et des gouttes tombèrent sur le bazar sur le sol. « Vous ne pouvez pas juste faire quelque chose comme ça. Vous êtes supposé garder tous ces trucs romantiques pour la personne que vous choisirez.

 

 

-Mais j'ai choisi n'est-ce pas ? » pointa Neuvillette. Il tint calmement la soucoupe. « C'est pour ça que je fais ça. »

 

 

Incapable de parler, Wriothesley secoua la tête.

 

 

Ridicule. Absolument ridicule. Cet homme était l'un des personnages les plus puissants et importants de Fontaine. Le pays lui faisait confiance avec sa vie. Sûrement il y avait beaucoup d'Omégas plus beaux, en meilleur santé qui pouvaient aimer Neuvillette tellement mieux.

 

 

« Je ne comprends pas. », dit Wriothesley. Il fit un geste pour englober la pièce autour d'eux. « Je ne comprends pas. Tu vois toute cette merde ? Tu veux devoir gérer ça pour le reste de ta vie ? Je suis un Oméga malade. Un criminel. J'ai été détruit avant même ma sentence. Tu veux vraiment ça ? »

 

 

Neuvillette hocha la tête.

 

 

« Je suis d'accord avec tout ça. »

 

 

Fou. Ridicule.

 

 

« Je ne peux pas avoir d'enfant, Neuvillette. Et le sexe est trop douloureux, c'est hors de question. » Les yeux de Wriothesley commencèrent à le piquer. Sa fierté lui faisait encore plus mal. « Je peux pas avoir de chiots. Je peux pas avoir de partenaire. Tu veux vraiment un Oméga comme ça ?

 

 

-La valeur d'un Oméga n'est pas basée sur sa capacité d'avoir des chiots ou de servir leur partenaire sexuellement. Ils ont des qualités innées comme n'importe quelle autre personne. », dit Neuvillette. Trop gentiment, trop doucement. Putain d'Alpha. « Pourquoi serais-tu différent ?

 

 

-Je ne peux même pas faire de nid. »

 

 

La voix de Wriothesley craqua.

 

 

« Petit-à-petit, tu peux apprendre, répondit Neuvillette, comme le bon Alpha qu'il était. Tu peux prendre autant de temps que tu veux, Wriothesley. En plus, pourquoi un nid serait important pour moi ? Il est supposé être pour ton confort et ton bonheur. Je n'ai pas trop de vêtements mais ils sont à toi, si tu les veux. Et si tu ne veux pas faire de nid, je peux t'aider à surveiller la porte. »

 

 

Putain d'Alpha.

 

 

Putain d'Alpha.

 

 

Putain de bon Alpha.

 

 

« Je ne comprends pas », répéta Wriothesley. Il pouvait l'avoir dit jusqu'à ce que ses cordes vocales ne se brisent et que ses yeux ne fondent dans le néant. « Je ne te comprends pas Neuvillette. Je ne suis pas un bon Oméga. Je ne suis même pas une bonne personne. »

 

 

Neuvillette le regarda. Pour une fois, le Iudex avait l'air tellement tendre et tellement, tellement triste.

 

 

« Parce que je t'aime. », dit Neuvillette doucement. Encore une fois, il tint la soucoupe près du visage de Wriothesley. « Et je pense que tu es une bonne personne. Alors s'il-te-plaît, repose-toi. Construis ton nid. Je m’assurerai que personne ne te fasse de mal. »

 

 

Au final, ce fut sa sincérité qui brisa Wriothesley. Il pleura et pleura. Il laissa Neuvillette venir dans son espace. Il laissa l'autre homme lui caresser les cheveux. Lui partager son odeur. Lui faire des baisers sur la tête, les joues, ses lèvres.

 

 

Et plus que tout, il se laissa boire de la tasse que Neuvillette tint pour lui. A chaque fois. Comme un bon Oméga le fait.

 

 

- - -

 

 

En dehors du Palais Mermonia, le gris noir du ciel devint une vaste étendue de bleu clair qui pouvait seulement rivaliser avec l'étendue de la mer en dessous. Les odeurs du pavé mouillé et de la terre mouillée restaient dans l'air. Les enfants et les adultes sortirent de leurs maisons pour apprécier le soleil qui sortait des nuages. Leurs pas faisaient des échos, leurs discussions encore plus.

 

 

A l'intérieur du grand Palais Mermonia, sur le sol d'un placard, le Juge Suprême de Fontaine était assis sur le sol. Entouré par ses vêtements froissés, et les puissantes odeurs du thé noir, du froid de l'hiver et de la menthe.

 

 

Au milieu du placard, était assis le Duc de la Forteresse de Méropide. Avec fébrilité, l'Oméga malade tordait des t-shirts et roulait en boule des robes d'une manière qui aurait fait pleurer n'importe quel vendeur de vêtement. Il prenait des tissus, des serviettes et des coussins, les plaçait à des endroits. Puis il plissait le nez et reprenait les items pour les mettre ailleurs.

 

 

L'Alpha qui le courtisait souriaient à ses mouvements, même s'il ne disait rien. Il demandait juste si l'Oméga allait bien. S'il avait besoin de manger ou de boire du thé. Sinon, il gardait la porte, prêt à gronder sur n'importe quel intrus qui voudrait faire du mal à son Oméga.

 

 

Petit-à-petit, Wriothesley fit son nid.

 

 

Et pour une fois dans sa vie, il se sentit en sécurité.

Notes:

Note de l'auteur.trice :

Merci d'avoir lu !

Quelques détails :
-C'est probablement la fanfic la plus sombre que j'aie jamais écrit.
-Pour celles et ceux qui ne savent pas, il y a un idiome en français qui dit "petit-à-petit l'oiseau fait son nid". Il signifie que les choses prennent du temps et de la patience à construire et c'est comme ça que je ressens l'acceptation de Wriothesley envers lui-même et Neuvillette.
-La time-line est assez non-linéaire jusqu'à la fin.
-pour faire simple, les chaleurs de Wriothesley sont l'équivalent de la Roulette russe car il ne sait pas comment elle vont arriver mais ça va définitivement être douloureux.

Note de la traductrice :

Je n'ai pas grand chose à rajouter, iel a tout dit ! J'espère que vous avez aimé.
N'hésitez pas à laisser un kudo ou un commentaire en partant !