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24 décembre 2034, Maison des Kaiser, Munich
Il tapota machinalement sur la place vide, à côté de lui, dans le lit, l'esprit encore embrumé par le sommeil. La confusion se peignit sur ses traits, alors qu'il ouvrit lentement les yeux, pour s'apercevoir qu'il était seul. Il tourna la tête vers le lit gigogne de son petit dernier, la panique commençant à l'envahir en voyant qu'il était vide.
Où était passé Touma ? Il était certain de l'avoir emmené dans le lit avec lui pour la sieste, pourtant !
Il jeta l'immense couette par terre, suivis des oreillers, à la recherche de la moindre trace du nourrisson, sa rationalité jeté aux orties dès qu'il avait réalisé l'absence de son tout petit.
Son cœur battit à tout rompre, ses phéromones s'échappant en grande vague, en proie au stress de ne pas avoir le bébé près de lui. Comment avait-il pu ne pas remarquer son absence avant ? Qui l'avait emmené avec lui !?
De nombreux scénarios, aussi invraisemblables les uns que les autres, influèrent dans sa tête, si tant est qu'il ne remarqua pas la présence de son mari, à l'entrée de leur chambre.
“Yoichi? Qu'est-ce qui ne va pas ?”
Le susnommé leva aussitôt les yeux vers Michael, resté figé à la porte de la pièce, les larmes se mettant à rouler sur ses joues à la vue de son compagnon.
“Tou… Touma, bredouilla-t-il faiblement. Il a disparu ! Je suis désolé Michael, je…”
Il se tut alors que son mari était venu s'asseoir sur le lit, pour le tenir tout contre lui. Il lui rendit son étreinte en sentant le parfum de roses s'infiltrer dans ses narines, lui permettant ainsi de retrouver son calme.
“Touma s'est réveillé il y a à peu près une heure, finit par avouer Michael, une fois qu'il fut sûr que son compagnon soit détendu. Iyo est venu le chercher pour que tu puisses te reposer, tu es épuisé en ce moment. Je suis désolé, Yoichi, je me doutais que tu le prendrais pas très bien.”
Yoichi secoua faiblement la tête, bien qu'il sache que sa réaction soit excessive, chose facilement imputable à ses hormones encore chamboulées depuis son accouchement. Sans compter son Omega intérieur qui exacerbait encore plus ses instincts primaires durant les premiers mois de vie du bébé, comme ça avait été le cas avec leur aînée.
“Je n'arrive pas à croire que je l'ai pas entendu pleurer… grommela-t-il, le remord se lisant clairement dans son regard. Normalement, j'arrive même à sentir quand il va se réveiller.”
“Ça c'est parce qu'il n'a pas eu le temps de le faire, répliqua Michael. Iyo est allée le chercher, elle m'a dit qu'elle l'avait vu bouger dans le lit, quand elle était montée prendre des affaires. Selon elle, c'était le mieux à faire, vu que tu es toujours en train de te rétablir.”
Yoichi acquiesça mollement, conscient que sa mère ferait tout pour qu'il puisse se reposer, n'ayant pas pu être présente plus tôt pour l'aider à la naissance de Touma. D'autant plus que Maria était partie chez Alexis et Ranze, à la demande de la fillette, la veille de son accouchement.
Il leva les yeux vers son mari quand il réalisa ne pas avoir entendu sa fille, très bavarde lorsqu'elle était avec ses grands-parents depuis qu'il s'était réveillé.
“Mais, au fait, et Maria ? Quand je suis monté avec Touma, elle jouait au salon avec mon père, je crois.”
“Elle est toujours avec lui, ils sont allés chercher le sapin… confirma Michael. Je devais venir pour aider avec la traduction et le sapin, mais Maria a insisté pour partir seule avec son grand-père. Et Issei à refusé que je vienne, pour la même raison. Ça doit faire une bonne heure qu'ils sont partis, ajouta-t-il pensivement. Mais je pense qu'ils ont fait un retour par le marché de Noël, vu que c'est le dernier jour.”
Yoichi fredonna doucement, nullement surpris de cette possibilité vu l'immense affection de Maria envers ses grands-parents, et inversement. Que ce soit sa mère ou son père, et qu'importe le pays, dès qu'elle sortait se promener avec l'un d'eux elle revenait toujours avec une friandise ou un petit jouet.
Et il se doutait que ce jour ne ferait pas exception à la règle.
“Iyo est parti à Rischart avec Touma récupérer le Christstollen pour ce soir… déclara Michael, sous le regard troublé de son mari. Elle l'a parfaitement couvert et a pris le doudou qui sent le plus comme toi. Elle est sortie avec lui il n'y a pas très longtemps, une dizaine de minutes tout au plus, avec la voiture. Ce n'est pas très loin, et j'ai prévenu de son arrivée. Ils seront de retour d'ici une demi-heure. En attendant, tu veux qu’on descende pour que je te prépare quelque chose à boire?”
Il eut un sourire au coin des lèvres en voyant les pupilles bleues de son époux s'illuminer à sa proposition, sachant par avance ce qu'il allait lui demander.
“Je te ferai ton chocolat chaud préféré, t'inquiète pas meine Liebe… promit-il, s'écarta de l'Omega pour se lever du lit. On y va?”
Il fronça les sourcils en voyant son compagnon décliner sa main tendue, son incompréhension sentie et comprise par Yoichi, vu son empressement à vouloir le rassurer.
“Je vais remettre la couette et les oreillers d'abord, Mihya. T'as qu'à aller à la cuisine sans moi, je te rejoins vite.”
Michael céda rapidement à la requête de Yoichi, conscient que ce dernier refusait son aide pour ranger les draps. Il ne put s'empêcher de tenir son compagnon quelques minutes supplémentaires tout contre lui, le nez enfoncé dans la chevelure sombre de l'autre homme, pour humer les phéromones laiteux de myrtilles et de roses.
Il entendit Yoichi glousser doucement sans pour autant s'écarter, son humeur de nouveau au beau fixe, à la démonstration d'affection de l'Alpha. Il ignora cette petite pointe de fierté d'être parvenu à rassurer son partenaire, et l'envie de le dévorer tout entier, ne voulant pas blesser Yoichi d'une quelconque manière.
“Loin de moi l'idée de te laisser seul… finit il par dire. Mais si tu veux que j’aille à la cuisine pour faire ton chocolat chaud, il va falloir que je parte de la chambre.”
Il lui dit un léger bisous sur le front et le laissa s'éloigner de lui à contrecœur, sentiment partagé par Yoichi de ce qu'il pouvait ressentir à travers le lien, se dégageant lentement du lit. Il fila vers la sortie de la chambre sans attendre, non sans jeter un dernier coup d'œil sur son partenaire, déjà affairé à tout ramasser, quand il parvint à la porte.
Puis il finit par s'en aller, laissant la porte grande ouverte, en direction du rez-de-chaussée.
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Il veilla avec une précaution toute particulière sur la casserole, dans laquelle l'eau et le sucre étaient en train de chauffer. Il ajouta le cacao dès que la préparation se mit à bouillir et la mélangea vigoureusement, le dos tourné à Yoichi, qui venait d’arriver dans la cuisine.
“Ça sent trop bon ! l'entendit il s'exclamer sur un ton enjoué. Michael, tu veux que je…”
“Ce n'est pas la peine, Yoichi, je vais avoir fini. Va t'asseoir, ça arrive.”
Il se tourna, tenant fermement la casserole par la poignée, pour verser ce qu'elle contenait dans le bol, posé sur la table. Il fit très attention à ne rien renverser, ne voulant pas risquer de brûler Yoichi avec des éclaboussures.
Son regard coula brièvement sur l'Omega, nullement surpris de voir l'expression impatiente sur son visage, à la vue du chocolat. Il ne comptait plus le nombre de fois où il avait vu son compagnon être aussi ravie de le voir préparer la boisson sucrée, qu'il lui avait beaucoup réclamé pendant une bonne partie de la grossesse.
Il eut un petit air suffisant quand il posa délicatement le bol fumant du côté de son partenaire, le dévisageant sans vergogne alors que ce dernier avait les yeux rivés sur la boisson.
“Raaah merci Michael ! soupira Yoichi, bavant presque à la vue du chocolat. J'adore vraiment quand tu prépares ton chocolat chaud maison ! Ceux en poudre ne sont pas mauvais, et celui du Café Frischhut vaut le détour mais le tien…”
“C’est pas grand chose de particulier, nia aussitôt son mari. Attends un peu, sinon tu vas encore te cramer la langue.”
Il ricana en l'entendant ronchonner il ne savait quoi, tandis qu'il allait récupérer son café, qu'il avait au préalable préparé le temps de faire le chocolat de Yoichi. Il alla se placer sur la chaise près de celle de son mari, qui tenait avec précaution son bol, tout en soufflant dessus pour ne pas se brûler.
Il but tranquillement son café, imité par Yoichi, l'ayant distraitement entendu marmonner les benedicites habituelles avant de boire. La dégustation se fit dans un silence confortable, et rare depuis que ses beaux-parents étaient arrivés à Munich, quelques jours plus tôt.
Silence qui fut brisé par le long soupir de Yoichi, après quelques minutes, quand il eut posé son bol.
“Aahh… j'ai hâte de pouvoir refaire des matchs avec toi.”
Le blond fut à peine décontenancé par le ton presque désespéré de son partenaire, sachant à quel point pouvoir jouer au foot lui manquait terriblement. Ça faisait plusieurs mois, c'est-à-dire depuis qu'ils avaient découvert pour la grossesse, qu'il n'avait pas mis les pieds sur le terrain en tant que joueur, devant rester dans les tribunes pour assister aux matchs.
Même s'il devait lui aussi reconnaître que jouer sans Yoichi était d'un ennui mortel.
“Tu dois d'abord avoir le feu vert du médecin pour ça, Yoichi… lui fit il remarquer, tout en posant sa tasse, désormais vide. Tu ne commences pas la rééducation avant le mois prochain, de toute façon. Et il y a le renforcement musculaire à faire avant même de pouvoir aller aux entraînements avec l'équipe..”
Son regard coula sur son compagnon, un éclair d'amusement brillant dans ses yeux en le voyant gonfler les joues, ne cachant guère sa déception. Et voir les vestiges du chocolat chaud sur le visage de son cher et tendre ne fit que l'amuser davantage.
“Je suis au courant de tout ça… reconnu Yoichi bon gré mal gré, inconscient de ce qui se passait dans la tête de son partenaire. Et j'en ai parlé avec la sage femme quand elle est venue a la maison, la dernière fois. Selon elle, vu que j'ai fait des exercices, je….”
Il se tut alors que son mari fit glisser son pouce juste au-dessus de sa lèvre supérieure, pour enlever les traces de chocolat restant, troublé par son geste. Ses joues s'empourprèrent violemment quand Michael lécha son pouce taché de chocolat, sans pour autant détourner son regard du sien.
“Tu pouvais simplement me dire que je m'en étais mis partout, tu sais… grommela Yoichi, embarrassé. C'était pas la peine de t'embêter comme ça.”
“Je n'y peux rien si tu es prompt à être facilement surpris, meine Liebe. Tu me l'as encore prouvé lorsque tu as vu nos chef-d'oeuvre de neige, à Maria et moi. Et d'ailleurs, je persiste sur ce que je t'ai dit quant à ta version de neige. C'est ton portrait craché, quoi que tu veuilles en penser.”
Yoichi le fusilla du regard, au souvenir de la création stupide, bien qu'adorable même s'il préférait s'arracher la langue que de le reconnaître, que son mari avait fait. Il prit un des kintsuba de la boîte ramené par ses parents et le fourra dans la bouche, refusant de répondre à la provocation de son compagnon.
“D'ailleurs, renchérit Michael. Tu voulais emmener Iyo au café avant son départ mais avec Touma ça va être compliqué, cette année.”
Yoichi acquiesça d'un bref signe de tête et avala le dernier morceau de kintsuba qu'il avait toujours en bouche, l'air songeur.
Il avait pris l'habitude d'aller au Café Frischhut avec sa mère au moins une fois à chaque fois qu'elle venait les voir, en particulier l'après-midi qui précédait son départ. Mais avec Touma qui était né le mois précédent, il ne voulait pas risquer de le laisser trop longtemps dans un environnement possiblement nocif.
“Ouais t'as pas tort, admit-il. On pourra se faire cette sortie une autre fois, elle comprendra.”
Il tendit machinalement la main vers la boîte de kintsuba, une lueur d'hésitation dans ses pupilles sombres, se figea alors qu'il était sur le point de prendre une autre sucrerie.
“On est rentré !”
Yoichi tourna la tête du côté de la sortie de la cuisine à l'intervention de sa mère, imité par Michael. Il se leva vivement de sa chaise en entendant un faible gémissement, son Omega intérieur criant à la voix fluette de leur progéniture. Son regard coula sur Michael, qui lui fit un simple signe de tête en direction de la porte, et en l'occurrence du salon.
“Vas y… lui dit il, s'étant également levé de sa chaise. Je viens dès que j'ai mis ton bol et ma tasse au sale.”
Une lueur de reconnaissance jaillit dans les yeux de Yoichi à la proposition de l’Alpha. Il vint tout près de lui pour lui tenir un court instant la main, puis finalement sortit de la cuisine.
Michael écouta d'une oreille distraite Yoichi et sa belle-mère discuter, et leur fils commencer à pleurer plus franchement, ayant probablement ressenti la présence de sa maman.
Il se dépêcha de prendre le bol de Yoichi et sa tasse, sans prêter attention aux traces de chocolat sur la table à cause du bol, pour les laisser tel quel dans l'évier. Après tout, il pourrait toujours nettoyer plus tard, rien ne pressait.
Sur ces dernières réflexions, il quitta lui aussi la cuisine, impatient de retrouver sa famille.
