Actions

Work Header

Le Monde flottant entre nous

Summary:

« J’ai jamais eu l’air dingue de toi, marimo. Tu sais pas comment je suis quand je fais l’amour.
— C’est pas comme si ça pouvait marcher sur moi, de toute façon. »

La première fois, ils sont connectés au plus profond d’eux-mêmes, et soudain il y a un monde entre eux, fait de désirs et de sentiments qu’ils assouvissent, car la retenue n’est jamais une option pour eux. Là, dans une plaine herbeuse baignée de lumière lunaire, le lion et le loup se rencontrent.
Puis un jour, une conversation sur la signification du « ring de merde », comme ils l’ont appelé, déclenche un défi : Sanji va montrer à Zoro à quel point il peut être romantique. Zoro est prêt à se moquer de lui. Ou peut-être pas… ?

Notes:

Note
Ceci est mon coming out en tant que personne gnangnan. Je ne l’avais pas réalisé avant cette fic. Elle m’a… ouvert les yeux.

Playlist
Walk Through the Fire – Zayde Wølf, Ruelle
Teeth – Aviators (version acoustique, avec une vibe un peu jazz-band qui va particulièrement bien à Sanji, mais vraiment pour moi c’est leur thème)
Je te promets – Johnny Halliday
Que je t’aime – Johnny Halliday (Oui j’ai écrit en écoutant du français, c’était dur !!!)
Let’s Fall in Love for the Night – FINNEAS (Merci à maon merveilleux partenaire Mel pour la suggestion ♥)

Merci à l’équipe incroyable du bang pour tout leur travail, et à la communauté pour les conversations ensemble, c’était génial !
Un énorme merci à Mel pour les magnifiques illustrations, je n’arrive pas à croire qu’on ait fait ça !
Twitter
Carrd
Bluesky

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

Ils avaient pour coutume de perdre le fil de toute chose en se disputant. C’était leur rythme, leur façon à eux d’oublier leurs responsabilités, ce poids qu’ils portaient chacun sur leurs épaules avec la plus belle volonté du monde.

La chose était aisée, lorsque l’adversaire était si fascinant.

Pour Sanji, Zoro incarnait une ambition sacrée qu’il s’était interdite, un homme dont la valeur n’avait d’équivalent que celle de son capitaine, parce que tous deux, l’un en échouant, l’autre en prévalant, lui avaient montré qu’il avait le droit de poursuivre ses rêves.

Ce n’était que le début, même si Sanji ignorait tout du premier échec de l’épéiste.

Pour Zoro, Sanji était un potentiel gâché qui ne demandait qu’à s’épanouir, un homme dont le pouvoir aurait dû l’élever au rang de dieu, capable de détruire autant que de créer comme le faisait son capitaine.

Ce n’était que le début, même si Zoro ignorait tout de ce rang dont Sanji ne voulait pas.

Puis ils avaient perçu toutes les nuances, toutes les oppositions et tous les points communs.

Sanji lisait en Zoro avec une facilité qui les faisait rager l’un comme l’autre, parce que Zoro n’aimait pas être percé à jour, et que Sanji refusait de reconnaître que cette capacité provenait de son attachement pour lui.

Zoro n’avait pas les mêmes facilités de lecture ; il s’interrogeait rarement sur les raisons d’un comportement, il préférait constater les actions et y réagir. Ou bien agir et constater avec plaisir le chaos qu’il générait. Sanji, par ses actes, naviguait dans ce tumulte comme s’il l’avait créé, et Zoro n’avait pas besoin de savoir pourquoi il l’y invitait.

Ils avaient beau prétendre le contraire, leur connexion était aussi puissante que l’admiration qu’ils éprouvaient pour leur capitaine et que l’affection qu’ils montraient au reste de leur équipage.

Souvent, c’était encore mieux. C’était comme s’ils entendaient l’autre dans leur tête, comme s’ils ressentaient l’autre dans leur corps. Cela n’avait rien de magique, c’était juste leur capacité naturelle à se confronter et se compléter qui s’exprimait. C’était un instinct sauvage qui parlait pour eux comme celui de Luffy lui disait qui choisir et qui abattre.

Alors, les événements du Davy Back Fight ne les surprirent même pas.

Zoro, inquiet pour Chopper malgré son discours rassurant, s’amusa à provoquer Sanji. Sanji, qui ressentait son inquiétude, ne se fit pas prier pour réagir. C’était leur zone de confort, et ils s’y oublièrent un moment.

Le moment fut de trop.

Ils s’étaient déjà battus côte à côte, en parallèle, dos à dos, face à face… Jamais ensemble. Se perdre dans leur mécanique habituelle aurait dû leur permettre de se détendre, de dédramatiser, de prévaloir en se concurrençant parce qu’ils étaient incapables d’accepter que l’autre n’était pas n’importe quel rival, mais bien un moteur, une machine à grandir, une conscience antagoniste qui les poussait à devenir pires et meilleurs à la fois.

Dans l’intimité de ce combat à l’adversaire ridicule, autre chose bouillonnait, qu’ils entendaient et ressentaient en grimaçant.

Laisse-moi faire mes preuves ! criait l’âme de Sanji tandis que sa voix refusait la protection de Zoro.

Sanji voulait être à la hauteur de ce à quoi il avait autrefois renoncé.

Laisse-moi te protéger ! grondait l’âme de Zoro tandis que sa voix prétendait ne pas avoir confiance en Sanji.

Zoro voulait être à la hauteur de ce à quoi il avait autrefois échoué.

Ils ne l’entendaient pas parce que l’autre le leur transmettait, non, c’était involontaire, et cette connexion les agaçait d’autant plus qu’ils détestaient aimer l’existence de l’autre autant qu’ils aimaient la détester.

Sanji savait que Zoro le sentait rongé par le besoin de reconnaissance.

Zoro sentait que Sanji le savait dévoré par la peur de perdre ses proches.

Ne pas être assez, c’était le danger, la réalité à laquelle ils refusaient de faire face.

L’âme de Sanji hurla : T’as rien à protéger !

Sanji avait la tête en sang. Une douleur sourdre traversait son corps, frustration, colère, haine de soi. Il savait bien que Zoro n’avait pas besoin de lui. Il voulait juste faire sa part, s’offrir le droit d’exister qu’on avait si longtemps nié au petit garçon qu’il avait été. Quitte à mourir pour ça.

Puis il y eut ce moment de panique, ce basculement dans ce qu’il recevait de son rival.

Zoro avait la tête en sang. La même douleur dans le corps et les tripes. Il savait bien que Sanji n’avait pas besoin de lui. Il voulait juste faire sa part, lui offrir le droit d’exister que le destin avait nié à la petite fille qui avait fait ce qu’il était. Quitte à mourir pour ça.

Alors il y eut ce moment de panique, ce basculement dans ce qu’il transmettait à son rival.

Et au lieu de protester, l’âme de Zoro gronda : T’as rien à prouver !

Personne n’entendit l’humain qui masquait la bête lorsqu’il demanda à Sanji de lui donner un coup de main. Dix secondes. Personne n’entendit le murmure lorsque Sanji accepta. C’était un délai approprié.

Ce quelque chose qui avait commencé à bouillonner entre eux lorsqu’ils avaient contre-attaqué une minute plus tôt, synchrones bien qu’antagonistes, revint dans un hurlement de loup à la lune, dans un rugissement de lion furieux.

Il n’y eut plus ni parole, ni douleur, ni désir d’être à la hauteur. Plus rien, parce que pour la première fois, ils mettaient leurs inhibitions de côté et acceptaient de n’écouter que leur âme à fleur de peau.

C’était une vulnérabilité qu’ils ne s’étaient jamais permise, mais elle dévoila la nature de ce quelque chose qui était si difficile à nommer à cause de tout ce qu’ils croyaient devoir accomplir seuls. Si le désir d’être à la hauteur avait disparu, c’était parce qu’ensemble, ils l’étaient.

Dix minuscules secondes, et ce pan de monde qu’ils avaient toujours refusé d’explorer avait soudain verdi entre eux, renforçant la connexion existante, la jetant à leur visage avec la puissance d’une vague scélérate.

*

Le monde était toujours là lorsqu’on les laissa se détendre dans un petit vestiaire en attendant la troisième épreuve. Ils avaient eu le temps de recommencer à se disputer. D’être d’accord. De se regarder. La connexion n’avait pas disparu.

Ils restèrent figés face à face. Sanji écrasa sa cigarette dans son cendrier de poche, Zoro tira sur ses bandages.

Le monde sentait le pétrichor et les embruns. Le vent soufflait comme sur le point d’apporter un orage qui ne viendrait jamais. L’orage était en eux, la plaine qui les reliait n’en voulait pas.

Qu’est-ce qui nous arrive ? demandèrent-il dans le secret de leur âme.

Sanji fut le premier à comprendre. Cette sensation qui lui donnait envie de hurler à la lune et d’arracher ses vêtements pour ramper au sol comme un animal, il la connaissait trop bien.

J’ai envie de toi, souffla le loup, tous crocs sortis.

Il fit un pas vers Zoro. Ses lèvres étaient sèches. Il les lécha comme un assoiffé.

Zoro ne comprit que quand il vit Sanji déglutir autour d’un liquide auquel il n’avait pas accès. Cette sensation qui le poussait à dévorer telle une bête féroce, il ne l’avait pas beaucoup expérimentée, mais lorsqu’elle le prenait aux tripes, il savait comment y répondre.

Moi aussi, gronda le lion, la gueule béante.

Zoro fit un pas vers Sanji.

Le monde se renversa.

Des mains saisirent une taille, des hanches, une nuque, des cheveux. Elles glissèrent et accrochèrent sur les bandages, les pansements, la peau brûlante. Des lèvres se rencontrèrent, encore coupées et riches du goût du sang. Sèches pour le coq assoiffé, humides de salive pour l’épéiste affamé.

Les doigts de Sanji trouvèrent la bordure du T-shirt blanc et le firent remonter le long du torse puissant. Zoro leva les bras pour qu’il le lui arrache sans autre forme de procès. Il se débarrassa lui-même de ses katanas et de son haramaki tandis que Sanji tirait sur sa cravate et tombait sa chemise avec la même hâte.

Ils s’observèrent à nouveau, juste le temps d’avoir soif et faim et de hurler et rugir au plus profond de leur âme, mais ils entendirent tout comme s’ils y étaient.

Le vent dans la plaine plaqua l’herbe contre la terre. Zoro plaqua Sanji contre un casier dans un bruit de métal. Sanji poussa un gémissement de douleur qu’il sentit faire gonfler son érection.

— Combien de temps on se donne ? haleta-t-il, au cas où Zoro ne soit pas en phase avec le mugissement de son âme.

— Dix minutes, souffla l’épéiste avant de fondre sur ses lèvres.

Sanji pouffa contre lui. L’animal en lui était déjà à quatre pattes, hurlant à la lune aux sensations de cette peau de lion contre son torse, de cette puissance qui répondait à la sienne, de cette connivence qui créait un monde entre eux et leur permettait de s’y rencontrer au lieu de se confronter.

Il voulait tomber à genoux et laisser le loup s’abreuver de luxure comme il le faisait d’ordinaire, mais la force de Zoro le tenait toujours plaqué contre le métal froid.

— Je sais pas si ça suffira, murmura le coq.

Il ignorait ce qui pourrait étancher sa soif, ce qui pourrait satisfaire la bête en lui. Il errait à l’aveugle dans la plaine herbeuse. Zoro était différent des femmes avec qui il avait eu des aventures. Bien qu’il déclenchât en lui la même excitation et les mêmes envies, Sanji n’était pas prêt à lui céder comme il cédait à d’autres.

Il aurait peut-être cédé à un autre homme. Une personne gentille et attentionnée, capable de comprendre que sa violence cachait son besoin d’être doux et aimant. Mais Zoro était un lion affamé, et le coq avait toujours aimé répondre à cette énergie féroce, parce qu’il savait comment faire, et parce que la certitude d’avoir cette capacité le faisait exister.

Zoro ricana et lui jeta son regard de lion affamé. Il le trouva dans la plaine herbeuse, désireux de le stopper dans son errance. Zoro savait quoi faire. Il avait déjà visité ce monde étrange qui créait une connexion inédite entre lui et un autre. Il l’avait déjà exploré, bien qu’il n’ait jamais pris une telle consistance avant Sanji. Il n’en était pas étonné.

Alors il défit bouton et braguette, baissa son pantalon sur ses cuisses, et pria de toutes ses forces pour que le coq ne panique pas lorsque son pénis se dévoila sous les yeux du loup qui voulait hurler à la lune face à lui.

Sanji se figea, déglutit. Zoro sentit ses jambes trembler contre ses genoux, mais la soif dans son regard ne tarit pas, au contraire, et il sut que malgré tout ce qui aurait pu retenir le coq en cet instant, cette soif inextinguible le poussait à laisser de côté sa raison.

Zoro empoigna la paume pâle qui s’était pétrifiée contre ses côtes et la plaqua sur une de ses fesses, assez fort pour qu’un bruit de claque résonne dans la pièce.

— Oh, merde… souffla la voix suave.

Sanji perçut sa propre langue se caler sur sa lèvre du bas tandis qu’il commençait à haleter d’envie.

Le muscle mat se tendait et se détendait sous ses doigts, la texture souple et douce suivant les mouvements qu’il entama par réflexe. Il sentit Zoro baisser sa braguette et glisser ses mains dans son sous-vêtement pour saisir sa hampe.

Le gémissement qui sortit de sa gorge ressembla au hululement d’un loup à la tombée de la nuit.

— Cinq minutes pour me préparer. Cinq minutes pour me baiser aussi fort que tes petites jambes te le permettent, développa Zoro de son timbre le plus placide.

Le ton était si péremptoire que Sanji ne songea à poser aucune question. Il plaqua son autre main sur les fesses tendues et les massa avec délectation. La solution à sa soif se trouvait là.

— Tu sais ce que mes jambes sont capables de faire, crétin.

— Tu sais qu’il m’en faut plus que ça, imbécile, rétorqua Zoro en donnant un vicieux coup de poignet autour de son membre.

Sanji laissa son doigt longer la raie, accrochant sur l’humidité naturelle que l’exercice avait exacerbée. Il poussa contre l’anus et se força à articuler, déçu :

— Je peux pas rentrer là-dedans sans lubrifiant.

Zoro lâcha son pénis et glissa ses mains dans les poches de son pantalon de costume. Il n’y rencontra que le paquet de cigarettes et les allumettes. Sanji émit un gémissement à la sensation, trouvant le geste particulièrement érotique.

— Où tu mets tes capotes, bordel ?! s’énerva l’épéiste en grondant contre son trapèze.

Le coq dut secouer la tête pour se concentrer.

— Poche arrière droite. Comment tu sais que j’ai des capotes ?

La question était si idiote que Zoro lui jeta un regard sidéré et amusé à la fois. Sanji se mordit la lèvre, se sentit rougir et s’écarta un peu du casier pour laisser l’épéiste saisir ce qu’il voulait. La paume contre ses fesses était puissante et avide, il en apprécia d’autant plus le contact.

Zoro tira un des deux sachets qui s’y trouvaient et l’ouvrit tandis que Sanji continuait de pétrir son fondement comme s’il s’était découvert une nouvelle fascination obscène. Il aurait préféré se passer de cette étape, mais le coq avait raison.

— Dégage tes mains, ero-coq, gronda Zoro de sa voix de lion enragé.

Sanji s’exécuta, mais lui adressa un regard d’incompréhension. Il avait mis ses doigts là, il voulait poursuivre l’expérience. Zoro croyait sûrement que…

— Je peux le faire, articula-t-il en rougissant de plus belle. J’ai déjà fait de l’anal… une fois… Elle m’a demandé, et…

— Et tu fais toujours tout ce qu’une femme te demande, ouais, s’énerva Zoro tout en songeant que le coq s’était sans doute évanoui en plein milieu, trop stimulé par la nouveauté et la réalisation d’un fantasme qu’il ne pensait peut-être pas avoir, vu comme il se comportait lorsque Luffy parlait de caca. C’est juste plus rapide si je le fais moi-même, je sais comment je fonctionne.

Sanji avait saigné du nez, mais il ne s’était pas évanoui. En revanche, il avait bien réalisé un fantasme qu’il ne pensait pas avoir, car la femme avec qui il faisait l’amour, comme Zoro, connaissait son corps et savait ce dont elle avait besoin. Sanji donnait aux autres ce dont ils avaient besoin, quoi que ce fut. C’était ce qui lui plaisait. C’était toujours un peu ça son fantasme.

Alors il n’opposa rien à l’argument de Zoro. Il l’observa dérouler le préservatif et y glisser deux doigts aux ongles encore couverts de terre. Ils auraient eu besoin de cette technique pour de simples questions d’hygiène… songea-t-il dans un moment de lucidité incongru.

Le bras puissant disparut dans le dos de l’épéiste, et une grimace l’informa sur ses mouvements. Sanji retrouva immédiatement la soif qui l’avait saisi sur le terrain du Groggy Ring.

La connivence entretenait le monde composé d’une plaine herbeuse à la merci du vent, le stabilisait et les y plaçait tous deux, non plus face à face, mais l’un contre l’autre.

Sanji, cette fois, se laissa tomber à genoux face à son partenaire. Zoro lui jeta un coup d’œil surpris, puis Sanji perçut dans sa pupille une sorte de panique mêlée de hâte et de soulagement. L’épéiste hocha la tête et gronda :

— Oh, merde…

Lorsqu’il engloutit le pénis dans sa bouche, Zoro poussa un rugissement de bien-être. Le casier sur lequel il s’était appuyé grinça sous la force de ses doigts contractés. Le loup hurla de satisfaction, commençant enfin à s’abreuver à hauteur de sa soif.

Sanji expérimenta la pression qu’il pouvait imposer au membre, testa l’angle de sa langue contre le gland, aspira, usa de la peau mobile pour effectuer quelques va-et-vient. Le goût de Zoro, différent de tout ce qu’il avait connu, bien qu’aussi puissant, se perdit dans celui de sa propre salive.

À la fin de ces cinq minutes qui s’achevèrent trop vite, l’épéiste haletait furieusement, et Sanji voulut croire que ce n’était pas seulement à cause de ce que Zoro se faisait à lui-même.

Celui-ci s’écarta, observa les casiers un instant, puis décida qu’ils risquaient de tout casser si une simple pression de ses doigts suffisait à les malmener. Il jeta un coup d’œil autour de lui tandis que Sanji s’apprêtait à se relever. Il l’arrêta d’un geste.

— Assieds-toi là, baisse ton pantalon et mets ta capote.

Sanji ne s’exécuta que parce que Zoro n’avait pas ponctué son ordre d’une insulte. Aucunement parce que la vision de l’épéiste, qui se délestait du reste de ses vêtements, était électrisante et qu’il n’avait aucune cellule grise à consacrer à la moindre répartie.

Il garda son boxer calé sous son pénis érigé, arracha ses chaussures et une patte de son pantalon. Il était si excité qu’il se demanda comment il n’avait pas joui pendant que Zoro gémissait au-dessus de lui. Il tremblait presque lorsqu’il enfila le préservatif.

Le sol était dur et inconfortable, mais ils avaient cinq minutes, cela ferait l’affaire.

À peine fut-il prêt que Zoro, entièrement nu, l’enjamba et s’effondra sur lui. Il fallut à l’épéiste quelques secondes pour empoigner sa verge et la diriger contre son anus. L’instant d’après, il s’empalait sur lui dans un grondement de bête auquel Sanji répondit par un autre.

Zoro ne lui laissa pas l’occasion de s’habituer à la sensation d’étroitesse brûlante qui le saisit. Il bougea immédiatement, pressé et déjà proche de jouir. Sanji réagit à ses mouvements de reins, ils gémirent tous deux.

Zoro leur imposa son rythme aussi longtemps qu’il le put, de quoi se stimuler de l’intérieur, juste assez pour orienter la hampe en lui et chercher ce plaisir qui n’était pas donné à tous, mais qu’il pouvait ressentir aisément.

Sanji, incapable de rester inactif, s’était redressé et répondait à ses déhanchements avec une énergie du désespoir qu’ils ne lui connaissaient pas. Il utilisa ses talons campés au sol, la force de ses abdominaux et la prise de ses mains sur les flancs de Zoro pour le retrouver au milieu du monde de connivence fait d’herbe et de vent.

L’épéiste insista, rencontrant les reins au bon moment, obtenant du membre en lui qu’il frotte sa prostate à chaque mouvement.

Un titillement familier dans son aine l’informa qu’il serait bientôt prêt à jouir. Il se stoppa net, arrachant un gémissement frustré au loup qui bavait sous lui, parvint à passer ses pieds vers l’avant et les glisser sous le dos de Sanji. Puis il contracta ses muscles et se servit de son poids pour basculer en arrière, emportant le coq à sa suite.

Sanji s’étrangla dans sa salive, mais il se reprit en comprenant ce que Zoro voulait de lui pour sa dernière minute de plaisir.

— C’est le moment où j’utilise mes jambes ? lança-t-il d’un ton joueur.

Il n’attendit pas la réponse pour se mouvoir, appréciant le contrôle que lui fournissait la position. Zoro gronda, contracta ses cuisses et ondula autour de lui. Il renonça à répliquer comme Sanji avait renoncé à protester contre ses ordres un peu plus tôt.

Ils s’adressèrent un petit sourire de connivence, l’herbe s’agitant au rythme du vent qui soufflait sur la plaine de leur monde commun.

Sanji reprit les hanches entre ses doigts. Il serra assez fort pour être sûr qu’elles ne lui échappent pas lorsqu’elles devraient subir l’intensité de ses coups de reins. Le premier fut expérimental. Le second plus ciblé. Le troisième fut parfait, car Zoro jeta la tête en arrière et rugit :

— Ah, ouais, enfin ! Comme ça !

Sa main puissante s’enroula autour de son pénis turgescent. L’autre le soutenait juste assez pour lui permettre de répondre à son tour à Sanji, de s’orienter exactement comme il l’aimait, comme il souhaitait être à la fois stimulé et assailli.

Sanji saisit soudain l’idée que Zoro pouvait jouir sans se toucher, mais qu’il leur aurait fallu un temps qu’ils n’avaient pas.

Zoro n’eut pas besoin de le lui dire, ni de lui crier qu’il voulait déjà recommencer, et que la prochaine fois, s’ils le pouvaient, il donnerait à Sanji bien plus que ces dix petites minutes qu’ils venaient de dépasser – Sanji avait raison, mais Zoro aurait presque préféré se passer de cet orgasme plutôt que de le reconnaître.

Sanji, entre les rugissements du lion, les hurlements du loup qui buvait jusqu’à plus soif et la sensation presque brûlante autour de sa verge, contraction rythmique qui s’accordait à lui pour que Zoro puisse mieux l’engloutir dans sa mâchoire animale, se sentit soudain perdre pied.

Il fixait assez Zoro, dans le vestiaire comme dans la plaine, pour savoir qu’il était proche également. La connivence entre eux régnait en maîtresse libre. Elle les garda au creux d’elle jusqu’au bout.

Sanji se retint jusqu’à ce que Zoro jouisse, la bouche grande ouverte dans ce rugissement de bête que le coq entendit dans sa tête bien avant qu’il jaillisse d’entre les lèvres puissantes. Puis la pleine lune diffusa sa lumière partout dans la pièce, le vent souffla une bourrasque sur l’herbe qui ploya, indifférente et joueuse, le loup perdit tout contrôle et se laissa aller à sa sauvagerie. Sanji éjacula avec force. Zoro perçut le cri et vit l’astre nocturne que le coq embrassait dans son âme.

Sanji prit à peine le temps de se retirer, de nouer le préservatif et de rajuster son boxer avant de s’effondrer au sol à côté de l’épéiste. Zoro se détendit sur le bois au même instant.

Leurs souffles saccadés se complétaient, respiration erratique de guerrier sortant vainqueur d’un duel. Ils se regardèrent, le monde de connivence, entre eux, commençant à s’effacer comme dégouline une peinture à l’eau. Le vent s’apaisa, l’herbe se dilua. L’odeur de terre et de sel s’éloigna.

Il ne resta que le lion et le loup, leurs voix rauques et leurs crocs saillants.

— La vache. Je regrette pas de t’avoir sauvé les miches pendant l’épreuve, commenta Zoro, affichant un sourire carnassier.

— À qui est-ce que t’as sauvé les miches, exactement ?! C’est moi qu’ai sauvé les tiennes ! s’énerva Sanji, toutes dents sorties.

Ils se disputèrent jusqu’à s’être rhabillés. Zoro arracha le bandage à son bras droit et s’en servit pour se nettoyer. Ses omoplates, égratignées par les frottements du sol, mettraient quelques minutes à guérir. Sanji s’alluma une cigarette.

— Je vais chercher à boire et à manger pour Nami-san et Robin-chan, pense bien à demander ton chemin pour trouver les gradins.

Zoro gronda en réponse :

— Trouve-moi du pop-corn salé au lieu de brasser de l’air, love-coq.

Ils se disputaient encore en s’éloignant l’un de l’autre, marchant à ce rythme opposé et synchrone qui n’appartenait qu’à eux. Zoro dut demander son chemin pour atteindre les gradins, Sanji acheta du pop-corn salé hors de prix et prétendit que c’était pour les filles. Comme d’habitude, il laissa Usopp piocher dedans et le partager avec Chopper et Zoro.

Dans leurs âmes, le loup et le lion, leur soif et leur faim respectives satisfaites, savaient déjà que la connivence reviendrait, et avec elle, ce monde où leurs natures si étrangères pouvaient s’épanouir ensemble.

*

— Marimo. J’ai des mots à mettre sur le ring de merde, lança un jour Sanji alors qu’il fumait accoudé au bastingage du Sunny, Zoro assis sur l’herbe à côté de lui.

C’était le surnom qu’ils avaient donné à l’événement. La contribution de Sanji au terme était évidente, mais c’était Zoro qui avait trouvé la comparaison, tout aussi évidente dans son esprit obsédé par la compétition et la notion de prévalence.

« C’est vraiment comme le ring sur lequel on était, sauf qu’il y a déjà plus d’adversaire, on a tout écrasé. Alors il reste que nous, et y a rien d’autre qui peut nous satisfaire », avait expliqué l’épéiste quand ils avaient pu en discuter.

Cela n’avait duré que quelques minutes, juste le temps de se dire « Je suis à l’aise avec ce qui s’est passé et je suis à l’aise avec l’idée que ça recommence ».

Zoro avait résumé quelques-unes de ses expériences à Sanji. Sanji avait grimacé à l’idée de coucher avec un homme, même avec Zoro, à cet instant-là. Zoro avait déclaré que le dégoût était partagé.

Sans le ring de merde, il n’y avait rien. Rien de ce genre, en tout cas, par opposition à tout ce qui se passait toujours entre eux et qu’ils aimaient tant détester tout en détestant l’aimer.

Dans ses poches, Sanji avait ajouté des doigtiers, du lubrifiant en sachet et des lingettes nettoyantes. Zoro ne rechignait plus lorsque Chopper le testait sur de potentielles MST, même si sa vie sexuelle était presque inexistante – le docteur l’avait admonesté concernant sa tendance à lécher du sang d’origine suspecte sur ses katanas, et Zoro aimait trop jouer les animaux sauvages pour arrêter. D’autre part, malgré la rareté du ring de merde, il avait aussi apprécié la fellation, et il n’avait pas envie de songer à une protection entre son pénis et la bouche souvent pleine de coupures de Sanji. Il ne le lui avait jamais avoué, évidemment.

La plaine herbeuse était bel et bien revenue les hanter depuis, quelques jours plus tard, et deux ans après de nouveau. Ils s’y étaient rencontrés et avaient souscrit à toutes les pulsions du loup et du lion en lesquels elle les transformait.

Ils ne s’étaient pas questionnés de la même façon à son sujet.

Pour Zoro, il n’y avait pas besoin de catégoriser ce qu’ils partageaient. Cette attirance charnelle, cette communion d’âmes, advenait pour une raison, peu importait laquelle. Elle disparaissait rapidement, comme si l’accepter d’office évitait toute frustration, tout blocage. Il appréciait la possibilité de son existence, et il n’avait pas l’intention de chercher plus loin.

Pour Sanji, ranger les choses dans des petites boîtes était une nécessité. Au milieu de leurs aventures, il avait retrouvé la sensation de connivence avec un ou deux autres hommes, parfois dans des contextes si différents qu’il avait eu du mal à faire le rapprochement. Puis il avait compris que même si ces intérêts prenaient des couleurs et des formes uniques, ils provenaient de cette part indomptable, en lui, qui le poussait si souvent à tomber à genoux devant une jolie femme. Sanji aimait toutes les ladies, et un homme de temps à autre, par hasard, quand il partageait quelque chose de particulièrement fort et rassurant avec lui. Pas assez pour avoir besoin d’en parler.

Sauf avec Zoro, à présent.

L’épéiste ouvrit son œil unique, surpris. Il n’aurait pas dû l’être. Sanji tentait de clarifier de nombreuses choses, depuis quelque temps. Cela impliquait des touchers qu’il ne s’était jamais permis auparavant, des commentaires moins acerbes, des déclarations plus directes. Il souriait à Luffy en l’éjectant de sa cuisine, il hurlait sur Usopp pour lui dire qu’il le protégerait, il faisait des compliments à Zoro avant de le provoquer. S’il y avait eu la moindre réelle tension à résoudre entre eux, c’était chose faite.

Sanji était plus libre que jamais, désormais, et cette liberté s’exprimait aussi dans ce qu’il ne s’empêchait plus de montrer, émotions incluses. Ces morceaux d’eux qui prenaient parfois vie ne pouvaient pas faire exception.

Sanji tira sur sa cigarette, hésita, puis avoua enfin :

— C’est pas seulement de l’attirance sexuelle…

Une part de lui était terrifiée à cette idée, mais il avait fait la paix avec ces tendances étranges qui n’advenaient que ponctuellement, dans certaines circonstances, avec les rares hommes dont l’âme résonnait au rythme de la sienne. Il avait fini par comprendre que le loup en lui ne hurlait pas après la sauvagerie que Zoro opposait à la sienne. Le loup se moquait de ce qui déclenchait l’attirance, tant qu’elle créait un pont entre lui et un autre, et qu’elle aboutissait à une démonstration d’affection.

— C’est de l’amour.

Sanji détourna la tête, gêné. Zoro mettait un point d’honneur à le railler au premier signe de romantisme. Qu’allait-il dire de cette nouvelle vulnérabilité ?

Il s’accrocha de toutes ses forces à l’idée que Zoro n’avait jamais été réellement cruel dans ses propos, même lorsqu’il tentait de cacher ses inquiétudes derrière sa logique implacable.

L’épéiste écarquilla son œil et leva la tête vers Sanji, l’air encore plus étonné.

— Euh… C’était pas évident ?

Sanji s’étouffa sur sa bouffée de fumée.

— Pardon ?! articula-t-il entre deux quintes de toux.

Il avait beau connaître Zoro par cœur, l’épéiste parvenait toujours à le surprendre.

Celui-ci choisit de conserver son expression nonchalante. Reconnaître qu’il avait identifié l’émotion le mettait en porte-à-faux vis-à-vis de son rival, mais déstabiliser Sanji était bien plus divertissant. Avec un peu de chance, le coq serait trop concentré sur sa provocation pour réaliser ce qu’impliquait cette certitude chez l’épéiste.

— Ben… T’as l’air complètement dingue de moi à chaque fois qu’on entre sur le ring de merde, expliqua-t-il en croisant les bras derrière sa tête, un sourire suffisant aux lèvres.

Il avait compris la réciprocité de cet affect dès leur première confrontation. Il l’avait sentie, d’abord, si immense qu’il n’avait pas su immédiatement de quoi elle était faite.

Puis Sanji était tombé à genoux devant lui avec ce regard d’assoiffé, cette aura de loup féroce qui voulait tout absorber, et Zoro y avait reconnu le désir intense que le coq cachait derrière ses grimaces ridicules. Dans l’intimité d’un tel moment, Sanji se laissait aller. Zoro avait cru que, parce que l’attirance était différente, Sanji n’avait aucune excitation déplacée à maîtriser. Puis il avait réalisé que combler les besoins de son partenaire était plus important pour le coq, qu’il s’y consacrait entièrement, oubliant jusqu’à ses propres fantaisies. Que c’était peut-être davantage cela, sa fantaisie : correspondre à l’énergie de ses amants, répondre à leurs envies, leur donner ce qu’ils voulaient.

Sanji aimait plus fort qu’il ne désirait, après tout, même si Zoro dédiait beaucoup de temps à faire semblant de croire le contraire.

Sanji, parce qu’il refusait d’avoir été percé à jour, le contredit pourtant :

— J’ai jamais eu l’air dingue de toi, marimo. Tu sais pas comment je suis quand je fais l’amour.

C’était loin d’être faux. Sanji n’était aussi agressif qu’avec Zoro, parce qu’aucun autre partenaire ne réclamait tant de violence et ne le fixait comme un lion affamé. Il y avait des choses qu’il ne lui donnait pas parce que l’épéiste ne s’y intéressait pas.

Mais si Sanji voulait être honnête avec lui-même, il commençait à trouver dommage de ne pas y souscrire. Parmi les petits bouts de lui qu’il parvenait à saisir et couvrir de bandages dans l’espoir qu’ils guérissent, il y avait l’affection qu’il portait à l’épéiste et la façon dont il n’arrivait pas à l’exprimer, même lorsque le loup et le lion se rencontraient dans la plaine herbeuse.

Il ignorait à quoi c’était lié. Était-ce le comportement de Zoro ? Ou bien étaient-ce ses propres angoisses face à cet homme qui avait été si grand devant lui alors qu’il était si petit, cet homme qui était vivant au bord de la mort alors que Sanji se laissait mourir de l’intérieur parce qu’il ne se donnait pas le droit de vivre ?

Pourtant, vivre était devenu possible aux côtés de Luffy. Vivre, et vouloir. Souscrire à ce caprice, à cette revendication si étrangère, pour Sanji, c’était aussi accepter que, peut-être, derrière les crocs de loup que Zoro révélait chez lui, une part de l’animal souhaitait aussi fournir de la douceur.

— Ah ouais ? Tout mièvre et soumis, en mode carpette ? rétorqua l’épéiste, éclatant de son rire féroce.

Sanji ne résista pas à s’énerver :

— C’est le jeu de la séduction, ça ! C’est pas ma faute si tu comprends rien à ce genre de subtilité !

Zoro haussa les épaules et se releva, adoptant un air savamment hautain et indifférent à la fois.

— C’est pas comme si ça pouvait marcher sur moi, de toute façon.

Sanji le saisit par le col et fit crisser ses dents parfaitement humaines.

— C’est un défi, marimo ?!

Des flammes menaçaient de le consumer. Zoro ricana en réponse.

— Ouais. Hâte de te voir ramper au sol comme un ver à mes pieds, ero-coq.

Sanji aurait rougi d’embarras à la remarque, considérant certaines de ses évidentes pratiques intimes, mais la colère que Zoro générait en lui était plus forte que ses inhibitions.

— Ça a rien à voir, et je te le prouverai !

Une jambe enflammée rencontra une paire d’épées.

— J’attends de voir ça, sourcible !

Ils se battirent jusqu’à être interrompus par peu importait quoi.

*

Sanji s’était préparé psychologiquement à ce que cela arrive. Il aurait même dit qu’il avait hâte. Hâte de retrouver la plaine herbeuse, la connivence avec Zoro, et même la soif qui le transformait en loup hurlant à la lune. Hâte de faire ses preuves, mais surtout, de se trouver dans un cadre où aimer l’épéiste était une évidence, et où démontrer cet amour était possible.

Le petit cocon que formait le ring de merde, autour d’eux, n’avait pas à être aussi violent qu’ils le prétendaient. Ils avaient changé, grandi, évolué. Ils n’étaient plus ces deux gamins qui exploraient une nouvelle compatibilité qui n’aurait pas dû les surprendre, et qui en payaient les conséquences dans un vestiaire en découvrant que leur invincibilité commune les rendait vulnérables à leur pair.

Ils n’étaient jamais plus puissants que lorsqu’ils savaient pouvoir compter l’un sur l’autre, et ils n’étaient jamais plus sensibles à l’autre que lorsque cette puissance les mettait seuls au monde ensemble. Sanji voulait cette sensibilité à fleur de peau, désormais. Cette tendresse qu’il parvenait à exprimer par des gestes un peu frustes, des commentaires moins acerbes, il se sentait capable de la laisser tout engloutir, jusqu’au lion rugissant qui se jetait contre lui dans la plaine herbeuse.

Le ring de merde réapparut au détour d’un combat sans intérêt et sans enjeux.

Zoro comme Sanji ne purent s’empêcher de remarquer que sa fréquence était plus régulière, son intensité plus grisante, comme si l’habitude, plutôt que de les y rendre indifférents, les forçait l’un contre l’autre parce qu’ils refusaient de la percevoir par eux-mêmes.

Ils durent achever quelques ennemis supplémentaires, affronter Chopper et ses bandages, puis le festin que Luffy anima en compagnie des alliés qu’il avait séduits d’un simple sourire. Ils se jetèrent des regards en coin, le vent soufflant entre eux dans le village pourtant paisible. Une odeur de terre mouillée au sel flottait dans leurs narines.

Sanji renonça à ses fourneaux plus tôt que d’habitude, acceptant que quelqu’un prenne le relais. Zoro renonça à consommer autant d’alcool que d’ordinaire, refusant même un verre qu’on lui offrait.

Plusieurs heures après que la connivence s’était déclenchée, le ring de merde était toujours là, alors Sanji traîna Zoro à l’intérieur du manoir qu’ils avaient vidé de ses aristocrates corrompus. À l’étage, chaque membre d’équipage s’était vu allouer une chambre, dans un luxe qui avait ravi Nami, malgré l’origine discutable de la richesse locale.

Les Chapeau de paille et les villageois étaient encore tous au jardin, en pleine fête. On entendait les tambours et la musique de l’extérieur. Le vent claqua la lourde porte d’entrée derrière eux et les laissa enfin seuls, rongés par la soif et la faim comme au premier jour.

Comme au premier jour, ils restèrent figés face à face. Comme au premier jour, Sanji écrasa sa cigarette dans son cendrier de poche, Zoro tira sur ses bandages. Comme au premier jour, ils reconnurent l’animal, l’envie et l’affection qui régnait en maîtresse libre dans le monde qui les liait. Ils se surprirent à avoir la même pensée absurde.

J’espère que ce monde ne disparaîtra jamais.

Le quelque chose qui bouillonnait entre eux leur glissait encore parfois des phrases improbables et trop secrètes pour être prononcées, des choses qu’un regard n’aurait pas dû transmettre. Des choses qu’ils auraient préféré garder pour eux, mais avec le monde qui les reliait, tout résonnait, murmuré par l’herbe luxuriante avant que le vent les emporte dans un hurlement féroce.

Sanji fit un pas vers Zoro, mais il n’attendit pas que l’épéiste l’imite pour céder à sa soif d’aimer.

Il saisit la main mate, la porta à ses lèvres pour y déposer un chaste baiser. Puis il entremêla ses doigts avec ceux de Zoro, figé sous le choc, et le tira après lui pour monter l’escalier en gloussant bêtement.

Zoro le laissa faire, trop occupé à s’étouffer, avant d’éclater de rire. Si c’était cela que le coq tenait à lui montrer, du romantisme dégoulinant et de petits gestes affectueux et ridicules, il n’avait rien à craindre.

Le fou rire persista entre eux jusqu’à la porte de ce que Zoro devina être l’une de leurs chambres – ce n’était pas comme s’il avait retenu quelle était la sienne. Zoro ricana de plus belle et décida de provoquer le coq, parce que depuis, il s’était habitué au monde entre eux et que son intimité illogique ne l’empêchait jamais de lancer des piques à son meilleur rival.

— Combien de temps je te donne ? gronda-t-il comme son âme rugissait depuis plusieurs heures à présent.

L’herbe pouffait au rythme de leurs répliques décalées ; le vent jouait avec elles et les dépouillait de leur masque vindicatif, les reposant au sol dans leur plus simple appareil. Nues, dévoilées, elles n’étaient jamais qu’une autre façon pour eux de s’aimer, et peu importait qu’elles proviennent de leur solide amitié ou de cette chose, de cet amour qui ne pouvait exister que lorsque le flottement se manifestait entre eux, les faisant autres à eux-mêmes parce que leur nature les opposait trop pour qu’ils se rencontrent dans la réalité.

Sanji lui adressa un regard torride, où soif, malice et fascination se mêlaient sans gêne. Il conserva son aura séductrice, cette envie qu’il avait de fournir son amour à Zoro comme à tous ses autres partenaires.

— Toute la nuit, souffla-t-il avant de fondre sur ses lèvres.

Zoro répondit au baiser en riant de plus belle. La réplique correspondait à l’idée qu’il s’était faite de ce Sanji passionné qui prétendait accomplir il ne savait quoi en lui faisant l’amour. Zoro réalisa qu’il n’avait jamais eu l’impression de faire autre chose que l’amour avec Sanji, même cette première fois précipitée dans un vestiaire. Sanji savait l’aimer à sa manière, même à travers ce qu’ils refusaient de montrer, et ils avaient toujours apprécié ces échanges uniques à leur rivalité.

— Tu tiendras jamais si longtemps, murmura-t-il pour le jeu, et Sanji pouffa à son tour.

Le coq rompit le baiser, son regard se teintant du feu qui caractérisait leurs rixes. La flamme prit la forme d’un loup hurlant à la lune, le feu devint bleu dans l’iris incandescent, le charbon au cœur de la pupille se fit ardent comme la passion qui ravageait Sanji à chaque jour de son existence.

Zoro se sentit déglutir. Un grondement de lion blessé jaillit de sa gorge lorsque le coq saisit ses hanches avec délicatesse pour le pousser contre la porte. Avec douceur, comme Sanji ne s’était jamais permis de l’être avec lui.

Sanji ne s’était jamais permis de l’embrasser aussi tendrement non plus, ses lèvres se tendant contre les siennes, sa langue rangée derrière ses dents. Au lieu de commencer à les déshabiller, ses mains caressèrent ses reins et son dos. Il ne s’écrasa même pas sur lui, le laissant respirer, comme si Zoro n’avait pas juste envie d’un corps contre le sien et d’une friction autrement plus violente entre eux.

En guise de protestation, l’épéiste leva les bras pour tenter d’enlever la veste de son vis-à-vis, mais Sanji s’écarta. Il lui jeta un regard paisible et avide.

Le loup se lécha les lèvres, l’homme grogna :

— Tu veux bien me laisser faire, pour une fois ?

Oh, merde… songea Zoro. Il avait commis une erreur en provoquant le coq : il n’y avait rien de plus puissant que l’amour de Sanji, et si l’épéiste en croyait la couleur flamboyante de la lune qui s’était invitée dans leur monde, ajoutant à la plaine herbeuse une atmosphère intime et confortable, il allait rapidement perdre tout contrôle de la situation.

Zoro secoua la tête. Il n’était pas du genre à rester passif, encore moins si c’était pour laisser faire Sanji. Le lion rugit dans la plaine, furieux et indomptable. Si le loup avait apporté au décor la nouveauté de cet astre froid dont la lumière brûlante les enveloppait d’un rouge passion, il pouvait bien trouver autre chose à construire, à ériger sur la plaine afin de rétablir l’équilibre et protéger la sauvagerie de son âme que le feu de Sanji avait toujours nourrie. Pour rien au monde il ne voulait faire cesser cet incendie.

Sanji ne lui laissa pas le temps d’agir, cependant : il avait compris son dilemme, comme il avait toujours su lire en l’épéiste tandis que Zoro sentait le coq exister à ses côtés.

Laisse-moi faire mes preuves ! résonna la voix du coq tandis qu’il ouvrait la porte pour l’entraîner à sa suite.

Sanji tourna la clé dans la serrure, enleva sa veste et desserra sa cravate.

T’as rien à prouver ! rétorqua le grondement de Zoro, alors même que c’était lui qui avait poussé Sanji dans ce défi stupide.

Puis Sanji fondit sur Zoro pour l’embrasser de nouveau, cette fois avec la langue, avec la sauvagerie que Zoro voulait, mais avec l’ardeur qui flambait toujours dans la lune au-dessus de la plaine. Le vent se leva, agitant l’herbe. Les mains pâles défirent la ceinture de tissu d’un geste expert. Les sabres tombèrent à terre. Zoro sentit les paumes glisser sur son torse, pas celles d’un animal assoiffé ayant trouvé une source d’eau claire, mais celles d’une bête paisible dont le museau se frotte affectueusement contre celui d’un pair, d’un partenaire, d’un maître.

Le coq les déplaça jusqu’au lit, Zoro perçut son manteau choir entre les doigts dextres.

Puis le monde entre eux se renversa.

La lune déversa ses braises sur la plaine. Zoro atterrit sur le matelas. Le lion rugit de fureur en voyant l’herbe prendre feu.

Sanji le chevaucha, déboutonna sa chemise et l’enleva en roulant des épaules, dans un contrôle que Zoro ne l’avait jamais laissé prendre. Il sentit sa mâchoire se détendre, le lion affamé par l’image tandis que la bête comme l’homme grondaient en admirant le prédateur assoiffé au-dessus d’eux.

Le prédateur sourit, d’un sourire tendre et profondément humain qui, contre toute vraisemblance, ajouta du fuel à l’incendie ravageant la plaine. La longue main pâle se posa à plat sur son ventre, sans aucune intention de griffer. La lune luisit du rouge passionnel qui consumait sans cesse Sanji.

— T’es complètement irréel. Tu ressembles à un de ces démons érotiques qu’on a envoyé pour tenter le Bouddha.

La main erra sur son flanc, son torse, mimant la caresse que la bouche proférait.

Sanji avait toujours aimé faire des comparaisons hasardeuses, des compliments artistiques à ses partenaires, à ces personnes qui acceptaient son existence, et plus encore à celles qui voulaient bien de lui. Zoro n’était pas différent des autres : dans ce monde fait d’herbe et de vent, ils se désiraient et ils s’aimaient, alors Sanji avait envie de le noyer d’attentions.

— Heureusement que c’est pas toi qu’ils ont choisi ; il t’aurait jamais résisté, acheva-t-il en déglutissant.

Dans la pénombre de la pièce, sur ce lit trop richement décoré et trop confortable pour eux, Sanji ne vit pas les joues de l’épéiste se teinter d’un rouge brun flatté. En revanche, avant même de distinguer le rictus suffisant qui suivit sur les lèvres puissantes, Sanji sut que le compliment avait fait mouche. Sa propre fierté irradia sans qu’il puisse la retenir, et il répondit au sourire hautain de Zoro.

Les mains de Sanji remontèrent lentement sur le torse lisse dont les cicatrices disparaissaient trop vite, ignorant la seule qui avait su déchirer la peau de lion assez profondément pour y laisser une trace indélébile. Sanji ne voulait pas révérer la fragilité de Zoro. Il la savait existante sans avoir besoin de la faire remarquer à l’épéiste, et ce n’était pas pour cette raison qu’il se trouvait au milieu de la plaine herbeuse et qu’il y déversait les charbons ardents de son amour. Dans ces moments rien qu’à eux, s’il appréciait de savoir l’épéiste vulnérable, il aimait plus encore sa force tranquille, sa volonté rugissante et son regard paisible et sauvage à la fois.

Les mains pâles glissèrent sur les pectoraux, admirèrent les clavicules et les épaules, enserrèrent un instant le large cou, puis saisirent doucement la mâchoire entre leurs paumes.

Zoro claqua des dents, gronda.

Sanji se courba sur le lion furieux et embrassa sa gueule fiévreusement tandis que ses pouces caressaient les pommettes hautes du visage anguleux.

Les bras de l’épéiste se redressèrent et agrippèrent ses hanches pour lui arracher sa ceinture, mais Sanji était habitué à cette violence. Il s’enfonça contre Zoro, esquivant les griffes qui s’ancrèrent dans sa taille. Il grimaça à peine à la sensation combinée des ongles fébriles et de l’érection contre son fondement.

Plutôt que de protester comme il le faisait d’ordinaire avec Zoro, il se noya dans la certitude qu’il était désiré avec tant de ferveur. Il attrapa un poignet et le tordit jusqu’à ce que l’épéiste accepte de se décoller de sa peau. L’autre patte de lion s’enfonça dans sa chair, lui soutirant un délicieux sifflement de douleur. Il y répondit avec tendresse : sa bouche toucha les griffes qu’il avait arrachées à son corps et les embrassa à leur tour, l’une après l’autre, alors que Zoro poussait des grondements frustrés, coléreux, presque désemparés.

Lorsque Sanji lécha le centre de la paume moite, Zoro frissonna. Lorsqu’il mordilla l’os saillant du poignet, il protesta verbalement :

— Mais qu’est-ce que tu fous, ero-coq ?!

Sanji ne s’arrêta pas pour autant et atteignit le creux de son coude qu’il suça légèrement.

— L’amour.

Zoro s’étrangla en entendant la réponse, incapable de plus trouver la situation comique. Il sentit les lèvres minces mordre son biceps gonflé par un effort qu’il n’avait pas remarqué faire, longer le muscle comme l’aurait fait un loup autour d’un os sanguinolent.

— Je te fais l’amour, espèce de brute, répéta Sanji contre son aisselle.

Zoro était prêt à le renverser sous lui pour qu’il cesse son comportement ridicule, mais le coq croqua soudain dans l’extension de muscle qui reliait son pectoral à son bras. Le geste le figea, envoyant des vagues d’incompréhension dans son esprit. Dans la plaine, le lion rugit, à la fois vexé et flatté par la façon dont le loup face à lui se léchait les babines d’un air révérencieux.

Puis Sanji eut l’audace, l’effronterie, la fourberie d’ouvrir grand la bouche et de plaquer sa langue contre sa fosse axillaire. Zoro émit un cri scandalisé, Sanji n’en lécha que plus lentement le creux qui se forma lorsque l’épéiste sera son bras contre ses côtes afin de faire cesser l’étrange stimulation.

Le ricanement suave sonna comme le grognement d’un loup, Zoro arracha sa main libre de la taille de Sanji, la griffant de plus belle au passage, et agrippa son visage pour le repousser avec force.

— Hmph ! protesta Sanji.

— Si c’est ça, faire l’amour, t’es encore plus pervers que je le pensais ! répliqua Zoro.

Le coq cessa de lutter contre sa paume et la saisit entre ses doigts pour l’embrasser à nouveau. Cette fois, Zoro la retira, gêné.

— Je t’avais dit que c’était plus subtil que tu le pensais, marimo, se justifia l’homme au regard de bête.

Zoro ricana, incrédule, mais Sanji décida que s’il ne pouvait pas percer la peau de lion de ses crocs de loup, il pouvait toucher son cœur avec des mots.

— C’est pour te montrer à quel point je veux tout de toi. Je veux ta bouche, tes mains, ta chair, tes os, ta force, la douceur que tu caches derrière cette stupide montagne de muscles, le goût de ton sang et l’odeur de ta sueur. En ce moment, c’est pas seulement mon désir face au tien, c’est toute mon existence qui se consacre à la tienne. C’est comme ça que je fais l’amour.

Dans le monde entre eux, le feu qui ravageait l’herbe redoubla d’ardeur, envahissant tout, consumant jusqu’au pétrichor de l’atmosphère. Dans les yeux du loup maître de ce feu sauvage luisaient toujours les mêmes braises que dans les pupilles de Sanji. L’animal s’était assis, placide, et regardait la plaine brûler sans la moindre peur ni la moindre satisfaction destructrice.

La déclaration avait figé Zoro. Il avait l’impression de s’être piégé lui-même. Sanji confirma dans un sourire carnassier :

— C’est toi qui as voulu que je te fasse l’amour, Roronoa Zoro. Me dis pas que tu vas te dégonfler maintenant ?

Soudain, dans la plaine brûlante, le loup s’anima et jeta sa prière à la lune : Laisse-moi t’aimer !

Zoro la sentit vibrer dans son âme. Il aurait pris peur s’il n’avait pas été certain que l’amour de Sanji, malgré sa puissance, sa pluralité et les extrêmes auxquels il le poussait, était inoffensif. Le feu était partout dans la plaine, mais ni le loup ni le lion n’avaient bougé, se regardant comme les deux statues gardiennes d’un temple sacré. L’herbe ondulait toujours au vent, le pétrichor était pris dans la crinière du lion. L’incendie dans le monde entre eux était comme l’amour de Sanji : il brûlait tout sans rien détruire, sa chaleur nourrissante grandissant les êtres qui avaient le privilège de l’effleurer.

Zoro n’avait besoin de personne pour grandir, il avait le privilège d’être depuis le début dans la fournaise qui habitait le cœur de Sanji, mais les hurlements du loup lui arrachaient des rugissements de lion, et il aimait trop ce que Sanji extrayait de lui pour refuser sa flamme.

Seulement si tu me laisses t’aimer aussi ! gronda son âme avant qu’il puisse la retenir, adoubant l’âme de Sanji de cet aveu réciproque.

Le coq, rasséréné par la déclaration que le lion avait vomie dans la plaine en feu, décida de faire une concession :

— Tu me donnes le temps dont j’ai besoin, et je t’en donne autant pour faire ce que tu veux de moi.

Zoro le regarda se courber sur lui de nouveau. Il pouffa.

— Tout ce que je veux, t’es sûr ?

Sanji entreprit de mordiller son épaule, de sucer sa clavicule et de lécher sa trachée.

— Pourquoi ? Tu crois que j’ai peur de toi, marimo ? rétorqua-t-il entre deux baisers, le râle à moitié étouffé contre sa peau.

Alors, Zoro éclata de rire et referma ses bras autour du crâne de Sanji, l’écrasant contre lui. Le son rauque et libérateur les secoua tous deux tandis que la voix grave marmonnait en boudant :

— Tu devrais.

Mais au lieu d’essayer de terrifier Sanji, Zoro saisit son visage dans ses grandes pattes de lion et le souleva juste assez pour le contempler.

Il était beau, cet imbécile obsédé avec son sourcil enroulé, son regard d’homme et son sourire d’enfant. Il y avait un contraste presque féroce entre la gentillesse de son cœur et la façon dont il la défendait bec et ongles, entre la douceur de ses traits et la fureur qui animait son caractère, entre ses aspirations romanesques et ses fantasmes les plus crasses.

Sanji n’était pas un loup solitaire, réalisa Zoro en observant la bête qui hurlait son amour dans la plaine. Sanji était la meute ; le chef de file, le protecteur, le héraut, la sentinelle, le médiateur… Tous ces rôles qu’il embrassait sans peine le faisaient lui, impossiblement complet, aussi inconstant qu’il était fiable et loyal. Le loup, dans la plaine, n’était pas un simple loup, c’était une incarnation d’être supérieur, un esprit divin qui n’avait pas besoin de résister au démon érotique qui aurait perverti le Bouddha, parce que l’esprit comme le démon s’égalaient en puissance et en mérite.

Zoro caressa de ses pouces les joues étrangement rondes de ce visage aux reliefs parfois émaciés, enveloppe de dieu qui créait alors qu’il aurait pu détruire.

Le vent souffla dans la plaine, couchant l’herbe et le feu. Zoro vit les pans de verdure intacts sous la flambée.

— Amène-toi, love-coq, gronda-t-il de sa gueule de lion.

Sanji fondit entre ses doigts et se jeta sur lui pour l’embrasser de plus belle. Zoro laissa ses phalanges rudes glisser dans les cheveux blonds avec la douceur qu’il faisait semblant de ne pas posséder.

Le coq se redressa cependant et coula le long de son corps pour atteindre son haramaki, qu’il fit passer sous ses fesses, puis ses jambes avant de l’enlever complètement. Il prit le temps de mordiller la peau tendue sur ses abdominaux, de lécher le pelvis en déboutonnant son pantalon noir.

Zoro ne fut pas étonné lorsque, en retirant ses bottes, il embrassa la plante de son pied et engloutit l’os de sa cheville entre ses lèvres. Les longues mains caressèrent ses jambes à travers le tissu épais, et Zoro fit un effort pour ne pas arracher lui-même ce qui restait de ses vêtements.

Le pantalon atterrit enfin au sol. Sanji, debout devant l’objet de toutes ses attentions, se laissa tomber à genoux.

Ils furent tous deux surpris de l’érection sous leurs yeux, Sanji parce que Zoro semblait trop s’impatienter pour trouver du plaisir dans ce qu’il lui prodiguait, Zoro parce qu’il n’avait pas associé ce plaisir à quelque chose de charnel. Pourtant, il était plus dur qu’il ne l’avait été dans ce vestiaire du Groggy Ring. Plus frustré encore. Plus hâtif que jamais.

Sanji posa ses lèvres sur une des cuisses solides et murmura :

— Tu m’as ensorcelé, en fait.

Zoro poussa un soupir d’agacement, mais il avait accepté le marché, alors il laissa Sanji persister dans ses flatteries inutiles.

— J’ai l’impression de pas avoir bu depuis des jours, mais y a aucun alcool, aucun nectar, aucune eau qui pourrait étancher ma soif…

Les lèvres remontèrent entre ses cuisses, trop doucement, trop le temps pour Sanji d’insister sur sa poésie idiote et de frustrer Zoro physiquement tandis que son cœur commençait à battre au rythme des paroles du coq.

— Sauf si c’est au creux de toi que je les bois.

Ça me dérangerait pas, songea une partie de Zoro qu’il n’avait jamais entendue de toute son existence.

Le choc manqua de le faire se redresser. Il n’avait même pas eu envie de rire. Sanji était sérieux, il pensait ce qu’il disait autant qu’il pensait les déclarations stupides qu’il faisait à la première venue. Il voulait transmettre son amour par des paroles autant que par des gestes, et si Zoro était désarçonné, il n’avait pas le droit de se moquer de sa sincérité.

Alors, le lion dans la plaine, qui rageait encore de la voir en flammes, cessa soudain de rugir. Il regarda le loup et son ardeur décadente, la façon dont son feu divin ne brûlait rien et laissait derrière lui l’herbe verte et plus vivante que jamais. Puis il s’allongea lourdement au milieu du brasier et commença à ronronner.

Sanji releva la tête d’un coup. Depuis le monde entre eux qui bouillonnait toujours, il avait entendu le rugissement de l’âme et le ronronnement du lion. Il haletait, essoufflé par son excitation, son amour et ses paroles à la fois.

Il replongea entre les cuisses de Zoro, poussant les muscles pour les écarter de son objectif. Il lécha les bourses, en aspira une entre ses lèvres avec délicatesse, s’attirant un soupir appréciateur. Il ouvrit grand la bouche pour envelopper partiellement la base du membre dressé, bavant allègrement autour.

Bien que Sanji ne se fût jamais désaltéré auprès de son corps avec un tel enthousiasme, Zoro s’était déjà demandé comment il faisait pour ignorer les poils verts qui ornaient son aine. Il l’aurait cru peu habitué, voire dégoûté, prude à ce sujet comme il l’était s’agissant de rots, de pets ou de caca. Toutefois, lorsqu’il avait posé la question, Sanji lui avait fait remarquer plusieurs choses auxquelles il n’avait jamais réfléchi : la plupart des femmes étaient dotées de plus de poils que lui, c’était une couche protectrice parfaitement naturelle qu’il fallait remercier d’exister, et quand il couchait avec une femme, il se dévouait à elle tout entier, même aux parties d’elle que d’autres auraient pu rejeter. Sanji avait d’étranges tabous et de tout aussi étranges points de vue sur des personnes qu’il idéalisait tout en les traitant comme profondément humaines. Zoro n’avait jamais compris comment cela était possible, mais il n’allait pas s’en plaindre si cela permettait au coq d’être plus ouvert d’esprit qu’il n’y paraissait.

En cet instant, l’ouverture d’esprit de Sanji se manifesta dans toute sa sauvagerie, le coq saisissant son gland entre ses lèvres avec une délectation que Zoro n’aurait jamais pu envisager avant le Groggy Ring. Il eut une image du coq tombant à genoux devant lui, sous lui, l’œil rivé sur son pénis érigé. Il se souvint du mélange de plaisir et de soulagement que le mouvement avait généré, de cette certitude soudaine que Sanji n’allait pas fuir même face à ce qu’ils percevaient encore tous deux comme la preuve ultime de sa masculinité.

Ils avaient appris que le genre et les caractéristiques sexuelles étaient deux choses bien différentes, mais la soif avec laquelle Sanji l’avait englouti à l’époque avait supprimé la moindre de ses inquiétudes.

Le coq, depuis, fourrait la verge dans sa bouche à toutes les occasions que leur donnait l’apparition de la plaine herbeuse. À cet instant, après toutes ces déclarations et la façon dont Sanji le fixait comme une fontaine de jouvence, Zoro comprit que ce n’était pas parce qu’il aimait ça, mais parce que fournir du bien-être, sentir son partenaire trembler, gronder ou rugir grâce à ses bienfaits était ce que Sanji préférait.

Zoro avait-il déjà, d’une certaine façon, laissé Sanji faire ? S’était-il déjà tordu de plaisir sous lui en croyant que Sanji appréciait l’acte plutôt que ses conséquences ?

Un coup de langue particulièrement vicieux stoppa ses réflexions, puis la bouche experte le circlut sur toute sa longueur, lui arrachant un frisson qui fit gémir la gorge et vibrer les lèvres autour du pénis.

En même temps, un doigt protégé et lubrifié s’invita contre son anus et appuya juste au moment où il le contractait en réponse à la stimulation de sa hampe. Il émit un miaulement indigne, et au lieu de claquer la tête de Sanji comme il l’aurait voulu, dut plaquer sa main contre sa mâchoire.

Sanji lui jeta un regard facétieux, éloigna ses crocs de loup pour mordiller sa cuisse, et poussa à l’intérieur avec une dextérité qu’il n’aurait pas dû avoir compte tenu du fait que Zoro ne l’avait jamais laissé le préparer lui-même. Il n’aimait pas cette étape intermédiaire, cette moitié de pénétration qui nécessitait trop de subtilité pour obtenir quelque chose de concret. Il n’aimait pas les préliminaires, le temps que cela prenait pour être excité en comparaison d’un bon coup de poignet autour d’un pénis sensible.

La bouche de Sanji lui avait toujours suffi pendant qu’il écartait ses propres chairs, juste assez pour pouvoir profiter de la pénétration qui suivait. Il voulait la stimulation d’un membre contre sa prostate, la sensation du va-et-vient, l’ondulation de hanches puissantes contre ses reins. Il voulait aller vite, non pas parce que c’était leur coutume, leur contrainte, bien souvent, mais parce que c’était ce qu’il aimait.

Cela, et le contrôle qu’il avait sur son corps et qu’il pouvait assurer sur celui d’un autre. Il était si facile de jouir par ses propres moyens parce qu’il se connaissait et savait ce dont il avait besoin, si facile d’utiliser l’autre comme un simple support à son plaisir, surtout lorsqu’il s’agissait de Sanji, qui passait sa vie à tous les soutenir discrètement, l’air de rien, par habitude et par dévotion.

Zoro voulut se redresser, dire au coq qu’il n’avait pas à en faire autant, qu’il était assez excité pour assurer la suite par lui-même, qu’il aurait pu le prendre là, sans préparation, mais ce fut cette même dévotion, dans le regard de Sanji, qui l’arrêta net.

Laisse-moi m’occuper de moi-même ! avait crié son âme tandis que Sanji insérait son doigt et explorait ses parois internes, alors que Zoro aurait pu se contenter de le guider par quelques commentaires acerbes sur son prétendu manque d’expertise.

Laisse-moi m’occuper de toi ! avait rétorqué l’âme de Sanji, tandis que le loup dans la plaine herbeuse soufflait sur le brasier pour entretenir sa puissance chaleureuse.

Le majeur s’enfonça, s’étira, se tordit. Zoro sentit la stimulation au moment où Sanji poussa un petit « Ah. » presque ravi. Un « Hmm… ! » incongru, voix d’homme ou de lion apprivoisé, jaillit de sa gorge, et Zoro serra un peu plus sa paume contre sa mâchoire.

Laisse-moi m’occuper de moi-même ! Sa revendication silencieuse résonna une fois de plus dans la plaine. Le vent s’en saisit et l’emporta, la soulevant jusqu’à la lune avant de la lâcher au sol comme si elle ne valait rien. Sanji le fixa un instant et lui sourit, puis reprit son gland en bouche. Zoro poussa un râle, mais il renonça à se débattre en comprenant l’ironie de ce qu’il exigeait : sur le Groggy Ring, Sanji avait réclamé cette agentivité que Zoro lui avait refusée. Sur le Groggy Ring, Zoro avait réclamé à protéger Sanji alors qu’il n’en avait pas besoin, pas comme ça, pas vraiment. Sur le Groggy Ring, tous deux s’étaient confrontés parce qu’ils voulaient être à la hauteur de quelque chose de plus grand qu’eux.

Zoro voulait prendre soin de Sanji parce que l’équipage s’effondrait sans lui, parce que le coq était trop important pour eux tous, mais Sanji avait pris son attention pour du mépris, et l’épéiste ne pouvait pas l’en blâmer au regard de la façon dont il exprimait ses inquiétudes. Commentaires désobligeants, prétextes, rejet, grondements de bête féroce… Rien n’avait changé, après tout.

Zoro avait reconnu la capacité de Sanji à prendre soin des autres à défaut de savoir prendre soin de lui-même, et c’était cette impression qui l’avait poussé à vouloir agir seul, quand bien même il avait lui-même besoin du coq pour prévaloir.

Une fierté mal placée ? La même qui le poussait à serrer sa mâchoire pour cacher à Sanji son embarras et sa sensibilité ? Non, bien sûr. Jamais. Zoro n’avait pas de fierté mal placée. Il savait quelles étaient ses préférences, il savait qu’il pouvait se débrouiller tout seul et n’avait pas besoin de cet imbécile de coq pour écraser trois idiots à un jeu de balle, tout comme il n’avait pas besoin que Sanji consacre autant de temps à son plaisir préparatoire.

Puis ce fut la revendication de Sanji qui résonna de nouveau entre les herbes de la plaine, écho à la sienne : Laisse-moi m’occuper de toi ! Quelque chose passa entre eux, dans l’atmosphère saturée du monde qui les liait et les poussait à admettre quelle fascination ils étaient capables d’éprouver l’un pour l’autre.

Alors, Sanji reçut les deux cris de plein fouet, son œil visible écarquillé. Il vit les questions de Zoro, sa fierté mesquine, son besoin de rester en contrôle, ce rugissement protecteur qu’il lui avait jeté dans l’âme sur le Groggy Ring et que Sanji n’avait pas pu accepter parce qu’il ne pensait pas mériter d’être protégé, et qu’une part dévastée de lui, dans la face cachée de la lune, croyait encore que l’amour s’obtenait à coups de sacrifices.

Sanji avait passé trop de temps dépossédé de son identité et de ses choix pour tolérer qu’on puisse les faire à sa place, et c’était cette volonté d’indépendance féroce qui l’avait poussé à vouloir agir seul, quand bien même l’épéiste avait besoin de lui pour prévaloir.

Une fierté mal placée ? La même qui le poussa à aspirer autour du gland sensible pour générer un trémolo de gémissements dans la gorge de Zoro, tandis qu’il profitait de l’hyperstimulation pour enfoncer une deuxième phalange dans ses chairs ? Oui, bien sûr. Toujours. Sanji avait beaucoup de fierté mal placée, à force qu’elle se soit fait piétiner. Il savait quelles étaient ses préférences, il savait qu’il pouvait donner sans que l’autre ait besoin de prendre, et il aimait l’impression d’être nécessaire que cela lui conférait.

Il retrouva la prostate, la massa du bout des doigts tandis que Zoro s’empêchait visiblement de l’écarter de lui pour reprendre le contrôle de l’échange. La main sur sa mâchoire n’était plus là pour étouffer ses grondements de lion, elle devait y rester pour ne pas saisir les cheveux blonds et arracher Sanji à sa prise, pour ne pas protester, pour respecter ces deux cris du cœur qui s’étaient inversés avec le temps et plaçaient le lion et le loup museau contre museau dans la plaine herbeuse en flammes.

Sanji cessa sa fellation, préférant se concentrer sur ce qu’il avait appris, découvert, compris avec d’autres et que Zoro ne l’avait jamais laissé toucher chez lui. Il posa un genou sur le lit, juste derrière sa main, puis faufila son bras libre sous le dos de l’épéiste pour le soulever légèrement. Celui-ci gronda en signe de protestation, mais Sanji eut tôt fait de le faire glisser vers l’arrière pour le placer au centre du grand matelas.

Il se rajusta, enlevant ses chaussures du bout des pieds. Puis il se laissa tomber sur son avant-bras gauche, le dos courbé, le coude droit dressé afin de mieux stimuler les chairs contre ses doigts.

Il en profita pour admirer les morceaux de corps puissant à portée de ses yeux, pour embrasser ceux que sa bouche pouvait atteindre, côtes rondes et pectoral tendu, tandis que Zoro poussait un court gémissement féroce.

— Merde, coq, je crois que tu vas me faire jouir… vibra la voix profonde, à peine étouffée par la paume à présent tremblante.

— Vraiment ? demanda Sanji en insistant dans son mouvement, frottant la texture inédite contre ses doigts. Tu veux ?

Zoro lâcha enfin sa mâchoire, essoufflé comme jamais, et le fixa d’un air sidéré avant de rugir :

— Et pourquoi je voudrais pas jouir, espèce de crétin cosmique ?! Si tu peux me faire jouir comme ça, fais-le, putain !

Sanji lui jeta le même regard sidéré, parce que Zoro avait revendiqué avec virulence son indépendance sexuelle, mais qu’il semblait soudain bien plus attaché à ses orgasmes qu’à ses principes.

Quelque part dans la plaine en feu, la terre s’humidifia, et le pétrichor envahit l’atmosphère, parce qu’écraser l’odeur du feu ne l’empêcherait jamais de brûler avec sa soif passionnelle. Le lion lâcha un ronronnement de plaisir contre le museau du loup. L’âme de Zoro rugit : Si j’ai décidé de te laisser faire, c’est seulement parce que ta façon de prendre soin de moi correspond à la façon dont je le fais moi-même.

L’écho, dans la plaine, dépouilla la déclaration de ce que même l’âme de Zoro refusait de reconnaître et la laissa flotter au vent, brute et vulnérable : J’aime que tu m’aimes comme ça.

Alors, Sanji éclata de rire. Il appuya plus fort à l’intérieur des chairs, accélérant son rythme comme il le pouvait tandis que l’épéiste s’étranglait au-dessus de sa tête.

Zoro pouffa, hors de contrôle. Les doigts en lui massaient, frottaient, insistaient exactement où il fallait, et le rire de Sanji résonnait contre son torse comme les couinements ravis d’un loup jouant dans une source d’eau claire. L’extase était là, à portée, sans qu’il ait besoin d’agir, de même bouger par lui-même tant Sanji savait ce qu’il faisait, ce qu’il lui faisait, et Zoro eut le réflexe de se cramponner à la nuque pâle lorsqu’il perçut les premières bouffées de chaleur concentrée traverser les nerfs de son aine.

Il sentit Sanji lécher et embrasser sa peau en sueur, se souvint de cette déclaration absurde, de cette pensée que Sanji voulait tout de lui et que c’était comme ça qu’il faisait l’amour. Les bouffées de chaleur se rapprochèrent, mélange de stimulation physique et d’idée abstraite sur l’existence de cet homme honni sans qui l’équilibre de son monde était rompu.

Zoro abandonna toute retenue, grondant contre le corps pâle, serrant la nuque entre ses doigts alors que les vagues se liaient à une lenteur presque frustrante.

Puis la voix suave vibra contre sa paume et se mit à psalmodier comme l’aurait fait un dévot devant l’autel de son dieu :

— Ah… Fils de Māra, asura du désir… Qu’est-ce que le nirvana face à ce que ton existence éveille en moi ? Démon qui m’attache à ce monde, emporte-moi dans ton enfer. Aucun feu ne me fera brûler plus fort que l’amour que j’éprouve pour toi.

La chaleur atteignit son visage avant qu’elle traverse ses nerfs, irradiant contre sa prostate. Les deux doigts insistaient au rythme de la poésie que Sanji marmonnait, en transe, haletant comme si lui-même allait jouir parce que Zoro jouissait. L’épéiste se tendit, gronda, rugit, un trait de plaisir lui arrachant un grincement aigu. Les contractions de son orgasme se succédèrent tandis que son pénis pulsait à chaque jet de sperme.

Sanji expira en même temps que Zoro desserrait sa main autour de sa nuque.

Ils poussèrent le même soupir satisfait, se regardèrent, se léchèrent les lèvres parce que l’un avait étanché sa soif et l’autre sa faim. Sanji lui donna un petit coup de tête dans le menton, comme une caresse. Zoro, au milieu d’un bien-être gêné qu’il refusait d’examiner, vit le loup dans la plaine frotter son museau contre celui du lion.

Sanji s’écarta, retira ses doigts lentement et s’assit sur ses talons, l’air soufflé. Il se débarrassa des doigtiers, se pencha en arrière pour les laisser tomber au sol. Puis il passa ses mains sur sa ceinture, son bas ventre exposé et l’érection qui tendait son pantalon, y ramassant le liquide semi-transparent qui y coulait.

— Merde, t’as joui sur moi…

Zoro se serait excusé auprès de n’importe qui d’autre. Il préféra lui adresser son regard hautain, sourire à l’appui, l’air de dire que c’était de la faute de Sanji – parce que ça l’était.

— C’est sexy, constata le coq en se léchant les doigts.

Zoro s’étrangla, perdant toute superbe alors qu’il espérait très fort ne pas avoir à repenser à la phrase que Sanji avait prononcée durant son orgasme, et dont il était certain, à sa grande honte, qu’elle avait participé à l’intensité de celui-ci. Si Sanji ne l’avait pas déjà percé à jour, Zoro ferait tout ce qui était en son pouvoir pour qu’il n’en sache jamais rien. Tout en manipulant le coq afin qu’il recommence.

Sanji alla se rincer dans la salle de bains attenante. Il en revint entièrement nu, son érection apaisée par la pause, un tas d’accessoires dans les mains.

Zoro aurait cru que le monde entre eux se serait estompé, à présent, au moins de son côté, mais il était toujours là, et la vision du coq déclencha dans sa verge un sursaut incongru.

Sanji avait des os minces sous des muscles épais, une peau diaphane sous des couches de poils protecteurs, un regard pur sous ses reflets libidineux. Il avait cessé de courber les épaules pour se donner un genre, mais se tenait toujours les hanches en avant, posture nonchalante qui faisait partie de lui. Encore groggy du plaisir qu’il venait de traverser, il s’autorisa à songer que cette caractéristique ajoutait au charme incohérent du coq, à l’impression qu’il donnait d’être disponible pour ruiner la vie sexuelle de quelqu’un en lui offrant la meilleure nuit de son existence, avant de disparaître à tout jamais, emporté par l’équipage auquel seul il avait juré fidélité.

Zoro s’estima heureux que le monde entre eux soit si éphémère, car il n’aurait pas supporté d’avoir ces reins sous les yeux sans vouloir à chaque instant qu’ils fassent ce à quoi leur angle absurde semblait les prédisposer.

— C’est toi qu’est sexy, gronda-t-il depuis le lit où il aurait manqué s’endormir si Sanji n’avait pas été si fascinant.

Sanji lui jeta un coup d’œil nonchalant, comme s’il n’y croyait pas, mais Zoro perçut le loup assoiffé dans le mouvement du coq pour le rejoindre sur le matelas.

Celui-ci tira les draps propres jusqu’au pied du lit, rajusta les oreillers, puis les tapota en observant Zoro avec un petit sourire suffisant.

— Prêt pour le deuxième round ?

Zoro était loin d’être prêt. Il avait trop peur de ce que Sanji allait pouvoir lui dire à présent, et de ce que cela révélerait chez lui. Il préféra protester en regardant les oreillers désignés par Sanji :

— Tu te fous de ma gueule ?! Je vais pas encore rester allongé à rien faire !

Sanji s’attendait à la réplique, car il dressa un doigt autoritaire devant Zoro, qui avait versé sur son coude et lui adressait une grimace scandalisée.

— Ce que tu veux, marimo. Quand j’en aurai fini avec toi, tu pourras me faire ce que tu veux. On s’est mis d’accord.

Zoro referma la bouche, agacé par l’insistance du coq et sa propre stupidité. Il aurait deviner que Sanji était capable de lui faire éprouver de telles sensations, parce que Sanji était toujours à la hauteur de tout ce qu’ils faisaient ensemble.

Sanji leva les mains, comme pour tenter d’apaiser une bête prête à lui sauter à la gorge.

— De toute façon, je pourrai pas t’empêcher de bouger. Je veux pouvoir t’embrasser en même temps.

La phrase avait été prononcée de façon innocente, comme une évidence, comme si Sanji n’avait pas réfléchi à ce qu’elle pouvait signifier. Zoro se plaqua une main sur le visage et poussa un soupir.

À côté de lui, Sanji l’observa, incapable de comprendre les dilemmes qui traversaient son partenaire. Il voulait juste faire ses preuves, persister dans cette démonstration d’amour qu’il ne se serait jamais permise envers Zoro si celui-ci ne l’avait pas provoqué de la sorte.

Peut-être l’avait-il toujours souhaitée, quelque part, sans oser le reconnaître. Peut-être aimait-il Zoro suffisamment pour vouloir lui donner le meilleur de lui-même à tout instant, peu importait que le monde entre eux se manifeste ou non. Sanji se traita d’hypocrite : cela avait toujours été le cas, dès l’instant où il avait accepté de suivre Luffy dans ses aventures. Sanji ne faisait jamais rien à moitié, que ce soit mourir ou survivre, et encore moins aimer.

L’épéiste agit comme s’il le savait, rampant sur le matelas avant de s’étaler sur le dos, la tête contre les oreillers qu’il avait désignés. Il croisa les bras d’un geste boudeur et écarta les jambes dans un mouvement obscène qui manqua le faire saigner du nez.

Puis il grogna simplement :

— D’accord. Donne tout ce que t’as, ero-coq.

Un pic d’impatience et d’angoisse délicieuse tordit le ventre de Sanji à l’injonction. C’était une façon pour Zoro de reprendre le contrôle, de dire que c’était lui qui réclamait les attentions de Sanji et non Sanji qui voulait offrir, prodiguer, exister à travers le plaisir de l’autre.

Le monde entre eux vrilla soudain. Le loup se lécha les babines en même temps que Sanji les lèvres. Zoro ricana. Il était prêt à subir l’assaut suivant : les flammes sur la plaine ne brûlaient pas. Sanji ricana en retour. Il était prêt à contre-attaquer : son amour n’était pas fait pour brûler qui que ce soit de toute façon.

Sanji saisit un préservatif et se déplaça entre les jambes aux muscles épais. L’œil de Zoro était fixé sur lui comme l’aurait regardé un lion placide. Il déglutit. Il n’avait pas menti en comparant l’homme à un démon érotique qui seul pouvait étancher sa soif : le visage de Zoro était scandaleusement beau pour quelqu’un qui passait son temps à tenter d’effrayer les gens. Son corps était une véritable œuvre d’art, peau mate anormalement lisse et douce, muscles moelleux qui se tendaient selon les gestes et les angles, mâchoire puissante et létale. Il n’était pas étonné que, dans la plaine en flammes, Zoro soit incarné par ce lion calme et dangereux qui menaçait de lui ouvrir le ventre à chaque instant.

Et puis, derrière cette esthétique brute et intraitable, il y avait la crinière duveteuse à l’odeur de pétrichor, la grosse patte maladroite, les bâillements nonchalants, la façon dont le lion se roulait à présent dans l’herbe paresseusement, prêt à jouer avec sa proie.

Sanji sourit à l’image. Zoro attendait toujours, affichant un rictus mesquin qui termina de le faire durcir à nouveau. Il pinça le bout du préservatif, le posa contre son gland et le déroula avec la même fébrilité que la première fois, dans ce stupide vestiaire qui leur avait permis d’explorer le monde entre eux.

Il souleva les fesses de Zoro d’une main pour placer une large serviette sous leurs corps, par précaution. Sanji n’était pas aussi maniaque que sa cuisine impeccable le laissait paraître, mais il n’avait aucune envie de s’endormir dans un lit souillé de matières visqueuses, peu importaient lesquelles. Zoro lui reprochait de mettre trop de lubrifiant, mais Sanji savait la chose nécessaire au regard de l’impatience de son compagnon. Il savait aussi que les accidents pouvaient arriver, et que l’imprévisibilité de leur connexion empêchait l’épéiste de se nettoyer une ou deux heures avant leurs échanges. L’idée le faisait grimacer, mais il ne prenait pas ombrage de cette possibilité. C’était naturel, après tout, et si Sanji était légèrement coincé sur les questions de matières fécales, il n’était pas assez hypocrite pour espérer que les pratiques anales soient faites de gel pailleté et d’odeurs de rose.

Cependant, plusieurs pensées intrusives l’assaillirent en même temps alors qu’il attrapait un sachet de lubrifiant là où il les avait posés. Parfumé, comestible, digue dentaire, préservatif aromatisé…

— Ahem.

Zoro le fixait d’un air fatigué, les bras toujours croisés et l’érection hésitante. Sanji se rendit compte qu’il saignait du nez. Il saisit deux mouchoirs dans la boîte qu’il avait conservée à portée de main – il se connaissait trop bien – et stoppa rapidement le flux rougeâtre.

Il garda les mouchoirs dans son nez et enduisit sa verge de lubrifiant. Puis il repoussa une cuisse afin de dévoiler l’anus de son partenaire et se servit de son gland pour y étaler davantage de liquide visqueux.

— Désolé, s’excusa-t-il. J’ai eu envie de te lécher là.

Il insista contre l’ouverture pour faire comprendre son désir.

Zoro gémit immédiatement. Il serra ses bras pour faire semblant de ne pas être excité par l’information et le début de stimulation. Cette idée que Sanji avait planté dans sa tête, qu’il voulait tout de lui, l’empêcha de le traiter d’obsédé. Il y avait des choses qu’il avait du mal à exprimer, mais il n’était pas assez hypocrite pour insulter le coq alors qu’il aurait accepté sa proposition avec enthousiasme.

Sanji s’écarta, ouvrit un deuxième sachet et rajouta une couche de lubrifiant – ce qui ne manqua pas de faire grogner Zoro. Il laissa le sachet vide tomber au sol, mais posa l’autre sur la table de chevet. Il n’avouerait jamais à l’épéiste que sa peur de faire mal avait généré une autre obsession chez lui, et qu’il appréciait désormais les bruits obscènes que l’action cumulée de la matière et du mouvement engendrait.

Zoro le sentit pousser en lui et se détendit avec la force de l’habitude. Il expira et inspira, lentement, Sanji observant ses traits se contracter et se relâcher selon l’inconfort qu’il provoquait. Zoro lui aurait bien demandé de s’enfoncer totalement sans s’inquiéter de lui, mais le coq n’était pas dans le bon état d’esprit pour user d’un peu de violence.

Zoro le voyait à son expression, ses sourcils froncés, ses narines toujours stupidement obstruées par les mouchoirs ensanglantés. Sa bouche ouverte ne retenait ni ses soupirs de plaisir ni ses petits grincements lorsqu’il sombrait un peu plus et que la pression était trop forte autour de son membre.

Les épaules pâles étaient contractées au-dessus du corps aussi érotique que l’imagination du coq l’était. L’épéiste les observa rouler en même temps que ses reins à l’angle scandaleux et serra par mégarde, soutirant à l’homme une autre grimace.

Zoro sentit que Sanji était engagé totalement au moment où celui-ci poussa enfin un gémissement de satisfaction. Le coq grogna comme un loup blessé et arracha les mouchoirs de son nez. Il essuya ses mains grasses dessus, puis les jeta hors du lit.

Zoro s’accorda une nouvelle œillade sur ce faciès à la fois si beau, si doux, si ridicule, si sauvage. Il eut le malheur de croiser le regard brûlant de Sanji, et le monde entre eux, qu’il avait tenté d’ignorer un moment, revint plus palpable que jamais, exposant son propre comportement comme le jeu qu’il était, et la fascination de Sanji comme son désir inextinguible de plaire et d’être à la hauteur.

— Ça va ? demanda la voix suave au-dessus de lui.

Le lion roulait dans la plaine, amusé et faussement vulnérable. Zoro rugit d’avidité devant l’homme entre ses jambes qui tenait à le traiter avec autant d’égards, ce qui le vexa lui-même et le poussa à garder les bras croisés, tâchant de se donner l’air indifférent.

— Bouge, gronda-t-il.

Sanji pouffa. Son rire résonna dans la pièce comme ce hurlement de loup à la lune, libre, naturel, dépouillé de toute inhibition, de toutes les terreurs qui l’habitaient et que Zoro refusait de voir parce qu’elles ne définissaient pas Sanji et ne pouvaient rien contre la confiance qu’ils s’étaient toujours accordée sans l’accepter, bien avant le ring de merde.

Zoro le trouva plus beau encore, comme lorsqu’il avait répondu à cet absurde cri d’âme qui lui disait « J’ai envie de toi. »

À l’époque, le coq était plus mince, il donnait l’impression d’être plus grand, il cachait mieux ses vulnérabilités et il était un peu trop prêt à mourir pour rien. À l’époque, pourtant, Zoro était déjà fasciné par la puissance de sa gentillesse, et celle-ci se lisait dans tous les sourires que Sanji leur adressait. Même à lui.

Puis il y avait eu ce regard de bête blessée, dans la plaine herbeuse, ce sifflement de vent tel un cri de souffrance que le coq ne laissait personne entendre, et qui s’échappait de lui dans ce monde improbable entre eux. Sanji crevait d’exister, aussi fort qu’il le pouvait. Il crevait de vivre, sans parvenir à s’en donner le droit. Et ce jour-là, sur le Groggy Ring et dans la dimension flottante qu’il avait dévoilée, il crevait de brûler assez fort pour que quelqu’un le voie, l’écoute, l’accepte, au point de le dévorer. Le lion ne s’était pas privé d’un tel festin.

Par la suite, Sanji avait pris feu pour de vrai, et Zoro n’avait pas regretté de lui avoir fourni ce sentiment de validation que le coq cherchait tant à chaque instant.

Sanji bougea en lui, lentement, mais le feu ravageait toujours la plaine, et il n’en fallut pas plus à Zoro pour pousser un gémissement. La meute se rua sur le lion, mordant pour de faux, tandis que Sanji se penchait sur lui. Zoro était hypnotisé par son regard assoiffé rempli de dévotion.

Existe.

Le message résonna dans la plaine, mais il échappa au vent. Sanji était trop concentré sur le plaisir de son partenaire pour comprendre ce qu’il voulait lui transmettre.

Existe, répéta Zoro dans la plaine en feu qui ne pouvait pas le brûler.

L’homme saisit ses poignets toujours croisés et les écarta de son torse. Zoro le laissa faire. Il avait plus important à partager.

Le mouvement lent en lui changea de nature, va-et-vient paisible, presque ondulant. Zoro frissonna à la première stimulation de sa prostate.

Existe, insista-t-il sans savoir quoi dire de plus, soudain dépassé par les gestes attentionnés de son partenaire.

Sanji parvint à plaquer ses poignets de part et d’autre de sa tête. Il se pencha à nouveau, le forçant à lever les cuisses et écarter les jambes davantage. Zoro ceignit le corps pâle de ses chevilles et appuya contre les reins avec ses talons. L’angle lui arracha un soupir indigne. Ses sourcils se froncèrent à la sensation.

Existe, rugit-il cette fois de toutes ses forces, mais les précieuses mains du coq, au lieu de le retenir pour le maîtriser, glissèrent avec une douceur féroce contre ses paumes. Les doigts agiles caressèrent les siens, se calèrent entre ses phalanges épaisses, puis serrèrent.

Existe, hurla le loup à s’en déchirer la gorge, et il ne sut si Sanji l’avait entendu ou si leur coordination irréelle, mêlée à leur antagonisme inné, leur faisait clamer la même chose sans qu’ils puissent comprendre qu’elle venait autant d’eux-mêmes que de l’autre.

Alors, Zoro serra les doigts contre les siens, répondant au regard pénétrant du coq. Sanji semblait perdu dans la plaine, dépassé par tout ce que le lion exigeait à tel point qu’enfin, peut-être, il parvenait à s’oublier dans les attentions qu’il prodiguait.

Le coq poursuivit son rythme lent et assuré, poussant de petits soupirs torrides qui balayèrent tout désir de lutte dans l’esprit de Zoro. Le monde entre eux était une trêve, il n’apparaissait pas pour qu’ils se battent, mais pour qu’ils se retrouvent. Il n’était pas là pour les confronter, mais pour les dévoiler et leur donner le droit d’exister à travers le regard de l’autre plutôt qu’à travers leur propre regard.

Sanji ondula de manière plus précise, ciblant les sursauts, les contractions, les grondements de Zoro. L’épéiste avait l’œil ouvert, intense, comme s’il voulait lui transmettre une vérité que Sanji aurait dû connaître, mais ne parvenait pas à saisir. Comme s’il avait trouvé le nirvana et qu’il l’y invitait, mais Sanji n’avait pas encore atteint l’éveil et le plan paradisiaque lui échappait.

Alors, Zoro redescendit sur terre et resta avec lui dans la plaine, lui adressant dans un sourire mesquin :

— T’avais pas dit que tu voulais m’embrasser ?

Sanji s’étrangla, surpris, puis éclata de rire.

— Si… murmura-t-il, si bas et de façon si sensuelle que Zoro donna un coup de reins au même instant.

Un ricanement suivit, ponctué d’une autre ondulation qui fit jaillir un gémissement absurde de la bouche de Zoro.

Embrasse-moi, que je puisse garder un peu de dignité, putain, songea Zoro, mais lorsque le coq s’exécuta et qu’ils fermèrent les yeux, tout fut pire encore.

Il y eut l’insistance des hanches scandaleuses contre ses fesses, le pénis qui frottait sa prostate à chaque mouvement, le bruit obscène du lubrifiant dans lequel Sanji persistait à le noyer, les mains entrelacées dans les siennes, le poids du coq qui rôdait au-dessus de lui sans l’écraser, la conscience que Zoro pouvait le soulever sans peine mais préférait le garder contre lui, les lèvres du loup qui s’abreuvait à sa bouche… Il y eut la certitude soudaine que ces attentions correspondaient tout aussi bien à ses désirs, parce que Sanji ne prenait pas soin de lui pour le soumettre, mais parce qu’il jugeait que Zoro méritait cet amour, cet oubli de soi dans l’autre, ce moment où il n’avait plus rien à porter même si tout porter devenait alors facile, parce qu’ils étaient ensemble.

Existe, rugirent et hurlèrent les bêtes d’une seule voix dans la plaine herbeuse, et cette fois le vent saisit ce cri du cœur qui avait marqué toutes leurs interactions.

Existe parce que j’existe. Existe parce que je suis tout sans toi, mais qu’aucun paradis ne saurait l’être sans ta présence. Aucun échec sans qu’on y survive. Aucune victoire sans qu’on la partage.

Zoro sentit ses nerfs prendre feu dans un souffle presque douloureux. Il se tordit, se débattit sans force contre le corps de Sanji qui le dévorait de toutes parts.

Existe parce que je peux te faire exister. Existe parce que ton existence me donne la rage d’en faire autant. Existe parce que tu veux que j’existe aussi.

Un long miaulement, grincement de porte rouillée mêlé de rugissement étouffé, fleurit dans la gorge de Zoro. Sanji y fit écho avec cette empathie dont lui seul était doté. Zoro en émit un autre, plus contrôlé, juste pour le plaisir d’entendre le coq le copier et trembler au-dessus de lui.

Sanji haleta contre sa bouche, Zoro contracta son plancher pelvien et répondit aux mouvements, pas pour prendre ce qu’il voulait, non, juste pour répliquer, juste parce que si Sanji était si capable de lui donner ce qu’il voulait sans qu’il ait rien à faire, il pouvait, lui, réagir à cet amour et le dévorer de sa gueule animale s’il le souhaitait. Sanji lui donnait toujours ce dont il avait besoin, après tout.

— Zoro… souffla le coq de ce ton si bas et si érotique qu’il sentit ses joues le brûler.

Ses lèvres se posèrent sur les siennes pour mieux gémir. Zoro ouvrit son œil en percevant les prémices de l’orgasme fulgurant qui le menaçait.

— Zoro, je veux pas que ça s’arrête… geignit Sanji en accélérant pourtant la cadence de ses coups de reins, comme s’il avait deviné que c’était ce qu’il voulait.

— Quoi… ? haleta l’épéiste avant de tendre le cou pour embrasser Sanji.

— Ce sentiment d’être… d’être amoureux… balbutia le coq, et Zoro crut un instant qu’il allait se mettre à pleurer. J’ai toujours adoré ça. Peu importe la personne. Tellement… Tellement que je voudrais que ça reste en dehors du ring de merde…

Zoro déglutit. Ils n’avaient encore jamais fait pareille concession à voix haute.

— Je veux pouvoir… te désirer même quand j’ai envie de t’étrangler.

Sanji avait trop d’endurance pour s’essouffler pendant le sexe, mais les soubresauts de sa voix et de ses reins indiquèrent à Zoro qu’ils étaient tous deux aussi perdus et proches de la fin.

— Je veux qu’on se batte et qu’on s’embrasse… dans n’importe quel ordre.

Les nerfs surchauffés de Zoro relâchèrent une brûlure blanche dans tout son corps. Il la sentit se diriger au creux de lui tandis que Sanji poursuivait :

— Je veux t’aimer même quand je te déteste.

Le feu qui ne brûlait pas traversa Zoro de part en part, et il aima détester le fait que les paroles de Sanji lui procuraient un second orgasme.

Leurs doigts se contractèrent au même moment. Leurs corps se rencontrèrent dans une flambée si réelle qu’elle leur fit oublier un instant le monde entre eux, la plaine herbeuse où le vent soufflait en bourrasques violentes tandis que le lion et le loup se regardaient avec la satisfaction de deux êtres qui savent à quel point l’existence de l’autre n’est pas une menace pour la sienne, mais sont prêts à se battre pour le plaisir de le prouver.

Zoro renonça à étouffer ses grondements lorsque Sanji émit des grognements contre sa bouche, causés par leurs deux orgasmes. Les « Hngh » et les « Haaa » se mêlèrent, bien trop humains pour être passés sous silence.

Zoro se détendit enfin et imprima dans son esprit l’idée que Sanji était capable de combler tous ses besoins, même ceux qu’il ne pensait pas avoir. Que cela avait toujours été et que cela le serait toujours, peu importait leur relation. Il accepta que peut-être, quelque part, laisser Sanji lui prodiguer son amour était aussi une façon de garder le contrôle, de prendre soin de lui tout en conservant son agentivité. Contrairement à ce qu’il croyait, Sanji ne l’en avait pas dépouillé pour autant. Comme ce jour sur le Groggy Ring, où Sanji voulait tant garder le contrôle sur lui-même et où Zoro avait dû accepter de le lui laisser pour qu’ils puissent prévaloir.

Sanji s’écarta à regret. Il n’était même pas embarrassé par son discours tant il avait été sincère en le prononçant. À cela s’ajoutait la validation de Zoro, réaction corporelle évidente qui avait dit au coq : « Il aime ça. »

Il retira son préservatif, le noua et le jeta à terre. Pour se faire pardonner d’avoir mis du lubrifiant partout, il se risqua à approcher une lingette de l’anus de Zoro. L’épéiste l’aida en se soulevant avec ses pieds, râlant déjà :

— Ça a coulé jusque dans mon dos, crétin.

Zoro ne se plaignait jamais pour de vrai, aussi Sanji se contenta de lui adresser un petit sourire fier de lui et d’achever sa besogne. La lingette atterrit à terre. Sanji n’avait pas envie de s’éloigner de son amant.

Il s’apprêtait toutefois à se décaler quand les jambes de Zoro le saisirent de nouveau par la taille et l’attirèrent vers l’avant. Il s’écrasa sur le large torse dans un « Oumph » inélégant, faillit se débattre parce qu’il voulait faire encore plus pour Zoro. Puis il se rendit compte que celui-ci prenait ce « plus » à sa façon lorsqu’une grande main commença à caresser ses cheveux.

— Zoro… ? hésita-t-il en se rajustant sur l’enveloppe solide.

Sa tête atterrit dans le creux de l’épaule ronde tandis que son corps glissait sur le côté. Il entoura Zoro de son bras et de ses jambes.

— Faudrait qu’on essaie sans le ring de merde, alors, lança la voix grave au-dessus de lui.

Sanji poussa un soupir.

— À chaque fois qu’on en a parlé, on a été aussi dégoûtés l’un que l’autre…

Zoro hésita, mais il concéda :

— Mais il apparaît de plus en plus souvent. Peut-être que ça finira par se faire ?

Sanji resta sceptique. Il haïssait autant qu’il adorait cette partie de lui. Il pouvait aimer toutes les femmes du monde en même temps, il pouvait chérir la planète entière, mais il avait besoin de quelque chose qui le dépassait pour être attiré par les hommes. C’était presque frustrant, à quel point tout semblait compliqué avec eux, parce que lui et son rapport aux hommes était compliqué. Toutefois, même si cela n’avait pas été le cas, peut-être aurait-il ressenti cette demi-attraction de la même manière, parce que Zoro fonctionnait comme lui et qu’il n’avait pas été traumatisé par plusieurs générations d’hommes violents pour autant.

— Et si non ? On va s’attendre combien de temps, comme ça ? demanda-t-il.

— T’as l’impression d’attendre, toi ? interrogea Zoro de ce ton absolu qui lui donnait envie de le frapper.

Sanji bouda un instant, puis concéda :

— Non.

Zoro bâilla, se détendit sous lui et souffla enfin :

— Alors, ça veut dire qu’on a juste à profiter de ce qu’on a. Ça me plairait d’avoir ça avec toi tout le temps, honnêtement, mais là, on se dit ça à cause du ring de merde. Quand on en sortira, tout sera différent, et ça nous rendra pas malheureux pour autant. On verra bien comment ça évolue.

J’ai pas besoin du ring de merde pour t’aimer autrement, murmura le lion dans un souffle chaud qui chassa les mèches de Sanji de son visage en même temps que sa patte maladroite les caressait.

Je t’aime déjà même quand je te déteste, réalisa le loup, haletant comme s’il avait bu tout son saoul et ne s’était arrêté que pour reprendre sa respiration.

Ce qui bouillonnait entre eux depuis toujours adoptait des couleurs différentes selon les moments. Parfois ils se disputaient, parfois ils riaient de concert. Parfois ils se battaient, parfois ils couchaient ensemble. Parfois ils étaient meilleurs amis, et parfois amants.

La stabilité n’avait jamais existé dans leur vie, encore moins dans leur quotidien de pirates. Zoro n’avait jamais revu aucun ancien partenaire, Sanji rejetait l’exclusivité et aurait probablement voulu se marier avec plusieurs femmes en même temps. Dans la plaine herbeuse, il aurait même souhaité compter Zoro parmi ses engagements.

Ce qu’ils partageaient, à bien y réfléchir, était une constante, une permanence incongrue au milieu du chaos. Être l’équilibre instable l’un de l’autre à chaque instant les rendait heureux.

Ce fut la raison pour laquelle ils s’endormirent, leurs corps entrelacés.

Ce fut aussi la raison pour laquelle Zoro se réveilla en sursaut au bout de dix minutes. Il regarda le coq dans ses bras, ignora la pointe de culpabilité qui le saisit en le voyant si paisible, et se mit à lui donner des claques.

— Coq ! Coq, putain ! Tu me dois un round !

Sanji le serra plus fort contre lui, puis marmonna :

— Hmmgnn… Genre t’as encore du jus…

Zoro ne prit pas la peine de réaliser que c’était peut-être le plan du coq depuis le début. Il s’en moquait. Il voulait dévorer sa part comme Sanji le lui avait promis. Alors, il fit ce qu’il savait faire de mieux pour obtenir une réaction de son meilleur rival.

— Alors comme ça, le love-coq laisse ses partenaires insatisfaits ? Tu me déçois, tu sais…

Sanji se redressa dans un sursaut plus violent que l’éveil de Zoro et tourna la tête vers lui, scandalisé.

— Jamais !

Zoro lui adressa son sourire affamé et se lécha les lèvres.

— C’est bien ce que je me disais.

Il fondit sur le coq, réalisant avec soulagement que le monde entre eux était toujours là.

Le feu avait cessé de brûler la plaine, la lune l’éclairait, paisible, et l’herbe ondulait au rythme du vent. Le lion agita sa crinière à l’odeur de pétrichor. Sanji le laissa l’écraser dans un baiser et étouffa un gémissement de plaisir.

Zoro considéra un instant son excitation, l’état de son anus, le sachet de lubrifiant ouvert sur la table de chevet. Puis il coinça Sanji sous lui et le chevaucha d’autorité. Le coq déglutit, mais l’épéiste lui jeta un regard impérieux qui signifiait clairement : « Tout ce que je veux, t’as dit. »

Zoro eut la surprise de voir le pénis sous lui se dresser à cette simple idée. Il fixa Sanji d’un air plein de jugement et ne put s’empêcher de commenter :

— C’était mignon, que tu veuilles faire l’amour alors qu’il t’en faut pas plus pour bander.

— Ça a rien à voir, je réagis physiquement à plein de choses, c’est pas pour ça que c’est ce que je préfère, se défendit Sanji.

Cependant, l’absence de lutte informa Zoro que le coq aimait aussi se faire un peu malmener, ou dominer, ou utiliser, ou il ne savait quelle dynamique dont il ne possédait pas le vocabulaire. Le pénis pulsa encore.

Flatté, Zoro enfila lui-même un autre préservatif sur la hampe dressée, vida le lubrifiant par-dessus, et la cala entre ses fesses avec des gestes pressés.

Sanji écarquilla les yeux.

— T’es sérieux ? Déjà ?

Zoro hocha la tête. Son œil luisait d’une faim dévorante, ses dents crissèrent dans un sourire qui révéla ses canines saillantes.

Oh, merde… songea Sanji. Je vais me faire bouffer tout cru.

— T’es prêt, ero-coq ? lança l’épéiste d’un air si hautain que Sanji eut envie de le mordre.

— Toujours, rétorqua-t-il immédiatement en calant ses mains autour des hanches de Zoro avec la force de l’habitude.

Zoro s’empala sur lui dans le même grondement de bête que la première fois, Sanji répondit par un autre. Le sphincter se détendit avec difficulté, Zoro étant toujours trop pressé pour faire durer la préparation longtemps, et ayant cette fois renoncé totalement. Il considérait que l’exercice précédent était encore assez récent, et il ne voulait pas attendre que la stimulation de sa prostate s’apaise.

L’épéiste fut forcé de patienter, cependant, haletant sous l’effort, les sourcils froncés. Sanji le trouva beau dans sa grimace frustrée, presque douloureuse, avec son corps musculeux qui tentait de lâcher prise, son tempérament trop fougueux pour son propre bien et la façon dont il parvenait à garder le contrôle de lui-même jusque dans ce moment que d’autres auraient perçu comme une vulnérabilité. Zoro était en pleine possession de ses moyens, et le lion affamé, dans le monde flottant, contempla Sanji de son œil tranquille avant de secouer sa crinière à l’odeur de terre humide.

Sanji se redressa pour caresser ce visage qu’il connaissait si bien, et face auquel il préférait grimacer lui-même. Puis il l’embrassa avec douceur, laissant ses doigts errer sur le corps puissant. Zoro le fixa étrangement, déstabilisé. Sanji ne le regarda pas directement, pas tout à fait. Il regarda le lion dans la plaine. L’herbe qui s’agitait au vent, immortelle, ployant sous ses assauts avant de revenir à sa position initiale, fière et abondante. La terre humide dont l’effluve luttait contre celle des embruns.

— Je t’aime, susurra-t-il tout bas, même si l’idée était éphémère, même si leur amitié rivale prenait davantage de place et qu’elle était plus importante que ce minuscule morceau de monde flottant entre eux.

Alors, le lion rugit dans la plaine, et Sanji la sentit trembler jusque dans son cœur.

Zoro ne lui laissa pas le temps de réagir au cataclysme : ils savaient de quoi il provenait. L’épéiste repoussa le coq d’une main, le forçant à se rallonger. Il lui jeta un regard plein de gouaille.

— C’est tout ce que t’as trouvé, love-coq ? Trop dépassé pour sortir ta poésie idiote ?

Il commença à onduler lentement mais sûrement, arrachant à Sanji un soupir de bien-être. Celui-ci lui adressa un sourire carnassier, mélange de vice et d’amusement. Zoro y répondit en insistant contre son aine, hanches en avant, dos rond, mains sur le ventre du coq pour mieux s’orienter et se stimuler de l’intérieur.

— J’ai cru que tu voulais tenter autre chose, poursuivit Sanji, mais je peux recommencer, si ça te plaît tant que ça.

C’était un défi, un jeu stupide qui représentait un risque pour Zoro comme pour Sanji. L’un mettait à nu des parties de lui que l’autre faisait mine de mépriser, l’autre allait devoir faire semblant de ne pas les trouver à son goût, alors même que Sanji s’était révélé particulièrement adaptable au vocabulaire de son partenaire.

Zoro n’aurait pas dû être étonné, bien sûr. Sanji s’adaptait toujours. Aux gens, aux situations, aux thèmes et aux enjeux.

Cependant, la lueur malicieuse dans le regard du coq le déstabilisa un instant, et lorsque l’homme sous lui se cambra pour donner un subtil coup de reins, juste dans l’angle parfait qu’il s’était trouvé, l’épéiste ne put retenir un petit « Ah… » qui fit sourire Sanji jusqu’aux oreilles.

Zoro réagit en conséquence, reprenant le contrôle de leur rythme et commençant à gémir légèrement.

Alors, le coq plaça son avant-bras sur son front de manière dramatique, comme en pleine pâmoison, et poussa un soupir à fendre l’âme. Zoro sentit l’amusement étirer ses lèvres bien avant de comprendre ce que Sanji avait en tête. Le coq ne le fit pas attendre.

— Aaah ! geignit-il dans une parodie de plaisir pourtant bien réel. Zoro… Comment te résister ? Tu es si fort, si impressionnant, si supérieur !

Le ton était si caricatural que Zoro dut se mordre la joue pour ne pas pouffer. Sanji laissa son sourire visible sous son bras, parce qu’il avait besoin de montrer à Zoro à quel point il ne croyait pas une seule seconde ce qu’il disait. Parce qu’il devait faire en sorte que l’accent soit sardonique et aussi agaçant que possible, tout en y glissant des compliments que l’épéiste serait obligé de prendre à cœur parce que Zoro avait cette petite fierté mal placée qu’il connaissait bien – il avait la même.

— Zoro… Ah ! s’écria-t-il en se mordant les lèvres, son autre main saisissant à tâtons une cuisse épaisse pour aider les mouvements de son compagnon. Vas-y, prends tout ! Je me soumets…

Cette fois, Zoro fut incapable de retenir son éclat de rire. Celui-ci se mêla à celui de Sanji alors qu’ils persistaient dans leurs ondulations mutuelles. Le coq gronda sous la pression, mais poursuivit d’un ton joueur :

— Écrase-moi… Ha… Piétine-moi… Ha ! Fais-moi ramper à tes pieds comme un ver, puisque tu en fantasmes tant que ça !

Ils ricanèrent comme les deux idiots qu’ils étaient, Sanji cachant ses joues rouges d’embarras. Zoro tenta de toutes ses forces de retenir une réaction identique sur son faciès. Ces paroles absurdes, dont l’épéiste s’était moqué, faisaient soudain bouillir ses nerfs comme si, même dépourvues de la moindre sincérité, leur sens pouvait le toucher en plein cœur.

Zoro pouffa de plus belle, et Sanji donna un coup de reins particulièrement habile juste au moment où son centre de gravité se contractait. L’épéiste émit un grondement de bête. Le monde entre eux vacilla pour mieux se rematérialiser, arborant les couleurs d’une aube naissante.

Le tremblement de terre qui avait secoué la plaine saisit de nouveau Zoro, ou plutôt, Zoro s’en saisit pour l’appliquer, encore et encore, répondant aux mouvements de Sanji comme le cataclysme que l’épéiste était lui-même. Le coq souriait toujours lorsqu’il écarta son bras de son visage, mais il n’avait pas cessé de haleter.

Zoro se redressa de toute sa hauteur pour mieux le regarder, aussi fort, impressionnant et supérieur que le coq l’avait ironiquement mentionné, mais il y ajouta sa propre couleur, cette faim dévorante qui le saisissait lorsque le monde apparaissait entre eux, zone de combat du premier jour, enfer ou nirvana du dernier, que le vent les emporte ou que la terre les absorbe.

Il avait reçu suffisamment de stimulation pour être dans son confort, pour profiter de la sensation et qu’elle lui donne l’impression de se trouver au bord d’un trop-plein de quelque chose inatteignable mais à portée de main. Il voulait désormais reprendre le pas sur Sanji, l’écraser, le piétiner, le faire ramper sous lui. Quelque part, peut-être était-ce réellement un fantasme de sa part, bien qu’en dehors de la plaine, celui-ci n’avait rien de sexuel.

Mais ici… Ici, ils pouvaient tout mélanger. Ils pouvaient tout confondre, tout fusionner et tout se permettre. Même concéder pour de faux une victoire qui n’avait jamais eu lieu pour Sanji. Même accepter que des paroles aimantes enrobées de miel, trop sucrées pour lui, puissent le combler pour Zoro.

À cette pensée, pourtant, l’épéiste réalisa que le coq avait toujours eu l’aval sur lui depuis le début de cette rixe d’une autre nature, dans le monde flottant. Le coq avait le dessus encore en cet instant, alors qu’il rencontrait ses roulements de hanches à un angle expert trouvé par habitude et par attention, alors qu’il était sous lui, à sa merci, alors qu’il venait de prétendre être à ses pieds, mais c’était cette concession qui avait achevé de déstabiliser Zoro. Le contrôle lui échappait. Sanji était trop doué dans tout ce qu’il entreprenait, et l’épéiste dut se rappeler que les surnoms dont il affublait le coq n’étaient pas juste des insultes affectueuses, mais aussi une forme de réalité absurde qui donnait parfois à Sanji l’heur de plaire.

Zoro serra les dents, gronda, rugit. Il était hors de question qu’il laisse Sanji gagner, qu’il laisse ce loup toujours assoiffé s’abreuver à lui comme il le souhaitait et lui donner ce qu’il désirait alors que Zoro, cette fois, ne voulait pas recevoir, il voulait prendre.

Dans un geste qui répliqua celui du coq un peu plus tôt, bien que brutal et indélicat provenant de l’épéiste, celui-ci saisit les poignets de Sanji pour l’empêcher de se tenir à lui. Il contracta son plancher pelvien, soutirant à la gorge pâle un son rauque pathétique, et s’autorisa enfin à sourire de son sourire de lion.

Zoro, penché sur Sanji pour garder ses mains immobiles, se souleva à la force de ses cuisses, serrant aussi fort qu’il le pouvait. Puis il se détendit complètement et s’enfonça de nouveau jusqu’à ce que le pelvis de Sanji heurte son fondement dans un claquement obscène.

Le hurlement de loup qui jaillit de la bouche du coq lui arracha un rire satisfait, plus animal qu’humain. Zoro voulait prendre, mais il se rendit compte qu’il aimait tout autant donner ainsi, contrôler le plaisir de son vis-à-vis et lui offrir, lui rendre tout ce que Sanji avait su lui fournir le reste de leur échange.

La position n’était pas idéale, cependant, aussi Zoro dut-il se résigner à parler, haletant contre le coq qui avait commencé à pousser de petits jurons incompréhensibles.

— Laisse-moi faire, coq. J’ai pas besoin de toi pour ça.

Sanji se figea, l’air décontenancé, mais il se reprit immédiatement et décida de tenir sa part du marché : laisser Zoro lui faire tout ce qu’il voulait. Si cela signifiait ne pas participer, rester immobile sous lui et le laisser prendre, alors Sanji devait l’accepter. Se soumettre comme il l’avait mentionné pour la blague, bien que la réalité puisse leur sembler proche de cette assertion.

Zoro put enfin se redresser, reprendre le contrôle total de son propre corps et embrasser celui de Sanji en même temps. Quelque chose passa dans le regard du coq, comme une coupure superflue, invisible sur le moment, mais qui se mettrait bientôt à saigner à flots.

J’ai pas besoin de toi, avait dit Zoro, et Sanji dut faire tous les efforts du monde pour ignorer cette formule qui le blessait soudain au plus profond de son être. Il parvint à tromper l’épéiste, car celui-ci commença à se soulever sur lui de sa force de prédateur, et la pression que Sanji ressentit autour de sa verge, contre elle, le long d’elle, lui fit oublier la coupure qui avait éraflé son cœur.

Il grimaça, gémit, hulula à la lune, assoiffé, mais il garda ses mains pour lui. Il ne bougea pas, ne chercha pas à compenser ce que Zoro lui faisait subir par quelque geste ou pensée susceptible de parasiter le bien-être de l’épéiste et ce qu’il voulait lui offrir.

Sanji réalisa soudain que laisser Zoro prendre soin de lui-même, protéger son indépendance et lui permettre d’agir dans le but du plaisir de son partenaire était un autre effort de sa part, une autre façon de donner, au fond.

Zoro aimait le chevaucher comme si c’était leur dernier jour dans le monde flottant, comme s’il souhaitait le vider de son énergie et l’emporter sous terre, dans cet enfer brûlant dont Sanji n’avait pas peur parce que le feu était son élément, sa résistance, son immunité.

Si Zoro aimait cela, si Zoro aimait le faire se tordre sous lui dans ces va-et-vient erratiques qui l’enfonçaient si loin au creux de lui, si Zoro voulait le faire boire plutôt qu’il s’abreuve, n’était-ce pas également pour Sanji une façon de prendre soin de son pair ?

Tous leurs échanges n’étaient-ils pas à l’image de cette plaine herbeuse hantée par la lune et le vent, qui se baignait quelquefois d’un feu inoffensif et d’une aube rouge comme un cœur battant ?

Sanji avait toujours agi en support, en soutien auprès de ses proches, même de Zoro, qui nécessitait parfois un tremplin pour s’envoler, d’une épaule sur laquelle reposer ses os brisés, d’une attaque pour devenir l’arme et attaquer lui-même. En quoi était-ce différent lorsque leur participation était tournée l’un vers l’autre ?

Zoro n’avait pas besoin de lui, mais Sanji était là, et rien n’aurait été possible sans lui, alors il décida de s’en contenter.

La plaine trembla plus fort, le monde lui-même au bord de chavirer lorsque Sanji croisa le regard de Zoro et y déversa tout le feu qu’on lui demandait de conserver en lui. Le loup hurla à la lune. Zoro vit la meute entière, l’esprit lupin dans son ensemble en faire autant, et la lune prit feu tout à coup, inondée par l’amour de Sanji. L’astre rouge braise resta immobile tandis que l’aube rouge sang se levait, dévoilant un soleil furieux comme on n’en trouvait qu’en enfer.

Le pétrichor monta jusqu’aux cieux, Zoro lui rendit son regard torride, rétablissant la balance qui avait glissé lorsque Sanji s’était senti si inutile, si seul, si inapte à exister.

Zoro rebondit presque sur lui une fois de plus, puis changea de rythme, revenant à des déhanchements familiers. Ils lui arrachèrent des soupirs de bien-être et eurent davantage d’effet sur Sanji et son obsession du plaisir de l’autre.

Il contempla l’épéiste qui fermait l’œil et empêcha ses mains de se poser sur ses flancs pour contribuer au mouvement. Zoro, comme ce jour sur le Groggy Ring, ne lui avait pas encore demandé son aide. Sanji attendit, serrant les dents sous la pression, que l’épéiste accepte son soutien, qu’il le réclame, et qu’ils puissent à nouveau prévaloir dans ce jeu bien à eux qui existait seulement lorsqu’ils existaient ensemble.

Zoro profitait à outrance de cette liberté que lui laissait le coq, qu’il tolérait alors qu’il avait tant besoin de faire ses preuves, mais aussi d’aimer par les gestes et les mots. Les bruits qui sortaient de la gorge à la voix sensuelle, rauques puis aigus, contrôlés puis irrépressibles, lui faisaient tourner la tête.

Il ignorait s’il serait capable d’éjaculer à nouveau. Il se sentait étrangement énergisé et vide en même temps, mais il voulait faire perdurer la stimulation au creux de ses reins, et il voulait continuer de voir le coq se tordre sous lui parce que le coq lui avait fait subir la même chose de bien des manières.

Zoro n’avait pas les mots sucrés de Sanji pour exprimer ce qu’il ressentait. Il n’avait que ses gestes et son honnêteté. Alors il visualisa la plaine dans laquelle leurs âmes pouvaient s’entendre sans hurler, s’accepter sans se confronter, et il rugit de toutes ses forces.

Au diable le Bouddha, tu es plus grand que lui d’avoir attiré ce démon dans tes flammes.

Abreuve-toi si tu l’oses ; j’ai un goût de métal, mais pour toi, je ne tarirai jamais.

Je sais pourquoi ton feu ne brûle pas. C’est parce que ce monde flottant entre nous, c’est pas l’enfer, c’est le nirvana.

Je t’aime aussi.

Sanji reçut la déclaration de plein fouet, le loup se courbant sous son poids improbable. Il resta figé, soufflé, entièrement immobile pour la première fois depuis qu’ils avaient retrouvé la plaine. Même son esprit ne parvenait plus à réagir, à analyser seulement ce que ce lion fait homme venait de vomir à ses pieds.

Zoro ronronna au-dessus de lui. Ses cuisses tremblèrent. Il y eut une vibration incongrue partout là où leurs peaux se touchaient. Un « Oh… » surpris résonna dans la chambre avant de gagner le monde flottant. Zoro ferma l’œil, Sanji garda les siens grands ouverts.

Un « Ah ! » plus étonné encore suivit, et Sanji comprit soudain ce qu’il arrivait alors que Zoro était saisi d’un nouveau sursaut, comme sous trop de stimulation. Il attendit, patient, respectueux de la volonté de son pair, de tout ce qu’il lui avait concédé d’un regard et d’un rugissement refoulé. Si l’épéiste devait faire ce qu’il voulait de lui, il devait prendre, et prendre seulement ce qu’il souhaitait, sans qu’on lui fournisse quoi que ce soit, sans la moindre initiative de la part de Sanji.

Alors, Sanji se retint de toutes ses forces de bouger, de gémir, de trembler. Il se figea, comme son corps assommé et sanglant, ce jour sur le Groggy Ring, et il resta à l’écoute jusqu’à ce que les « Oh… » et les « Ah… » deviennent grinçants, plus rapides, presque frustrés. Il laissa Zoro se servir de lui comme support à son plaisir, puis enfin, enfin, il perçut le ronronnement du lion solitaire qui acceptait la présence de la meute à ses côtés :

— Hé…

Sanji frémit, juste assez pour faire comprendre à l’épéiste qu’il était là. Qu’il entendait. Qu’il existait.

— Coq…

Le grondement fut ponctué d’un « Aaah », plus long, plus grimaçant mais plus serein, comme si Zoro avait fait la paix avec ce qu’il lui fallait pour se laisser aller à la sauvagerie de son plaisir.

Ensuite, égal à lui-même, Zoro ouvrit les yeux et bougea les reins violemment, s’arrachant un autre gémissement frustré. Sanji savait qu’il était proche d’atteindre cette vague brûlante qui précède l’orgasme, cette bouffée de chaleur qu’il ne parvenait pas à saisir, sans doute parce que, comme le coq l’avait prédit, Zoro avait été trop gourmand et avait dépassé les limites de son corps.

Il y eut un sourire carnassier sur les lèvres épaisses, qui brilla sous le soleil infernal de la plaine. Sanji le lui rendit avant même d’entendre la requête.

— Tu me donnes un coup de main ?

Ils ricanèrent. Puis Sanji, enfin autorisé à se mouvoir, enfonça ses doigts autour des flancs de Zoro et ondula des reins. Lentement, d’abord, pour reprendre ce rythme que Zoro avait trouvé. Il leur fallut moins d’une seconde pour se synchroniser, comme toujours, sans même avoir à se parler. Le soleil brûlant, sur la plaine, refléta les braises dans la lune.

Zoro se déhancha d’un coup, plus fort et plus rapidement. Sanji le suivit automatiquement. Il le fit rouler contre lui, accentua l’ondulation, insista sur la pression qu’elle déclenchait. Encore. Davantage. Plus vite et plus précisément.

Les grondements et les grognements se mélangeaient dans la pièce, le souffle du loup rencontrait celui du lion. L’odeur de sel et de pétrichor s’agita pour se confondre, terre et air se joignant un instant dans un équilibre instable et parfait. Puis le feu reprit sur l’herbe immunisée, et un séisme fit trembler le monde flottant tout entier alors que Zoro murmurait :

— Oh, merde…

Sanji insista sur les ondulations, suivant toujours celles de Zoro. Les mains de l’épéiste étaient sur ses propres cuisses, comme pour les encourager dans leur mouvement. De la sueur perlait à son front. Sa bouche entrouverte ne filtrait rien des sons érotiques que Sanji l’avait vu retenir au début de leur échange.

Zoro retrouva la chaleur blanche qui traversait ses nerfs avant la jouissance. Elle était plus pâle que jamais, presque transparente, comme si trop de stimulation l’avait transformée en autre chose de plus pur et plus insaisissable, mais Sanji était là, ses longues mains sur lui, il le maintenait, le secondait, lui apportait ce soutien dont il avait besoin pour être supérieur et atteindre des sommets inexplorés.

Enfin, la lave pâle en lui se concentra, remontant dans son aine, s’accrochant à sa prostate pour ne plus en bouger.

— Oh merde ! répéta-t-il. Je crois que je vais…

Dans une explosion absurde, le liquide brûlant secoua tout son être qui se contracta sous l’effort. Il se focalisa dessus, le laissa le posséder tandis que la plaine vrillait sous la magnitude du séisme, mais que les mains et le membre en lui l’ancraient de cœur et de corps dans la réalité aussi bien que dans le monde flottant entre eux.

Zoro grinça un « Aaaah ! » incongru. Puis il gémit. Puis il rugit en donnant de furieux coups de reins que Sanji copia à la perfection, prolongeant l’orgasme aussi longtemps qu’il le pouvait. Il sentit les doigts du coq se contracter sur lui, incapables de lui faire mal, et la conscience que Sanji jouissait en même temps lui arracha une dernière série de frissons délicieux.

Ils se regardaient toujours lorsque leurs souffles s’apaisèrent.

Sanji semblait bouleversé, mais un petit sourire ornait ses lèvres minces. Zoro le lui rendit, gouailleur.

Ensemble, tout était possible. Tout était si facile. Le monde avait beau être flottant entre eux, lorsqu’il s’ouvrait dans leurs âmes, ils touchaient tous deux à l’éternité. Exister n’y était plus un combat de tous les jours pour atteindre leurs rêves et protéger leur bonheur. Exister y devenait une évidence.

Zoro se détendit tandis que les mains de Sanji caressaient ses cuisses avec hésitation.

— Euh… commença le coq en baissant les yeux sur le pénis de Zoro.

L’épéiste haussa un sourcil avant de l’imiter, puis constata qu’il était toujours dur, et résolument vide.

— C’était un orgasme prostatique ? s’exclama le coq, qui se demandait depuis longtemps si les rumeurs étaient fondées.

Ils se regardèrent à nouveau, éberlués. Zoro finit par bafouiller :

— Ouais. Ouais, je crois. Je savais pas que je pouvais faire ça.

Alors… t’avais besoin de moi ? gronda l’âme de Sanji. Le vent déposa la question sur l’herbe sans l’avoir dépouillée de la terreur dont elle était issue.

Évidemment, que j’avais besoin de toi. J’ai besoin de toi même quand t’as rien à faire, grogna l’âme de Zoro. L’herbe murmura la confession, joueuse, incapable de la cacher derrière la fierté mal placée que l’épéiste mettait un point d’honneur à faire semblant de ne pas posséder.

Les astres dans la plaine s’estompèrent comme s’éteint lentement la flamme d’une bougie. Le vent s’apaisa et l’herbe cessa d’onduler. Le loup et le lion clignèrent des yeux, face à face. Ils se donnèrent un dernier coup de museau, puis ils se retournèrent et s’éloignèrent, indifférents l’un à l’autre.

Zoro et Sanji se raclèrent la gorge et détournèrent le regard, à présent gênés.

— C’est grâce à moi si on l’a eu, assurèrent-ils de concert avant de s’adresser une grimace puérile.

La rivalité idiote était revenue, teintée d’affection. Même quand le monde flottant se figeait en une aquarelle enchantée, une image d’encre prête à les aspirer lors d’une prochaine rixe où exister ensemble était une évidence, il y avait encore la possibilité d’un « on ». C’était le cas depuis le Groggy Ring, et ils furent soudain tous deux saisis de la certitude que ce serait le cas tout le reste de leur vie.

Zoro se souleva, lourd et souple, avant de s’écraser sur le côté. Sanji jeta un coup d’œil à son dos large et puissant, qui était beau même lorsqu’il ne le désirait plus. Il retira son préservatif et se redressa. Il ordonnait toujours le chaos qui régnait autour d’eux après la disparition du monde. Zoro savait prendre son temps, contrairement à lui, qui s’agaçait à la simple idée de laisser traîner des objets sexuels usagés dans une pièce ou une ruelle.

De plus, Sanji considérait son rôle de pénétrant comme moins demandant physiquement. Il connaissait la résistance de son pair, mais c’était son devoir de lui permettre ce repos. Ce n’était pas si différent de le nourrir après un de ces combats particulièrement intenses dont Zoro sortait à moitié mort, après tout…

Zoro l’entendit s’allumer une cigarette pour calmer ses nerfs, puis s’agiter à la recherche de leur matériel. Il était trop conscient de la présence de Sanji, autour de lui, nu et impudique, pour fermer l’œil immédiatement. Lorsque les mouvements eurent cessé, le son familier d’un tapotement contre un cendrier résonna dans la pièce, et la voix suave interrogea :

— Tu vas pas te doucher ?

Sanji n’était pas aussi maniaque que certains le lui reprochaient, mais Zoro n’était pas aussi sale que le coq faisait semblant de le croire. Cependant, il transpirait si peu pendant le sexe qu’il avait rarement besoin d’un passage à la salle de bains. Sauf lorsque Sanji avait trop exagéré sur le lubrifiant et qu’il fallait évacuer ce qu’il en restait en lui.

— Flemme, marmonna l’épéiste en agitant son bras pour montrer le bandage serré qu’il n’avait pas encore eu l’occasion d’arracher.

Sanji lui jeta un regard plein de jugement, referma son cendrier de poche et prit une décision. Même s’il ne pouvait plus aimer Zoro comme lorsque le monde flottait entre eux, il pouvait lui fournir son affection habituelle, retenir un peu l’aquarelle dans son esprit, se souvenir qu’elle existait et qu’il était capable de tendresse pour cet homme qui la lui rendait à sa façon.

Alors, il se pencha sur l’épéiste et encadra sa large taille de ses mains, creusant le matelas sous leurs deux poids cumulés.

— Qu’est-ce que tu me veux, ero-coq… grinça Zoro, l’œil fermé. T’as plus de jus non plus, fais pas semblant.

Sanji ne démentit pas, mais il ricana intérieurement à l’idée de ce qu’il s’apprêtait à faire. Zoro allait le détester. Parfait.

Ses bras glissèrent sous la montagne de muscles, se faufilant entre l’épiderme et les draps. Puis il donna une impulsion à son propre corps et souleva l’enveloppe épaisse qui sombrait déjà dans le sommeil avant de la caler sur son épaule comme un sac à patates.

La position lui fit sentir contre sa peau un pénis presque mou qu’il n’avait pas l’intention de toucher sans la présence du ring de merde, et il retint une grimace de dégoût. Au même instant, son fardeau se mit à gigoter en tous sens tandis que l’épéiste lui jetait des imprécations féroces. Sanji manqua le faire tomber tant Zoro se débattait furieusement, mais il eut le temps de franchir les quelques pas qui les séparaient de la salle de bain.

— Je préfère quand t’es presque mort, franchement, t’es moins compliqué à trimballer… s’énerva-t-il.

— J’ai pas besoin qu’on me trimballe quand je suis pas presque mort ! rétorqua Zoro, les joues teintées d’un rouge brun significatif.

Ils se disputèrent encore quelques instants, mais Zoro ne retourna pas se coucher. Il aurait effectivement apprécié une douche après la journée qu’ils avaient passée, même si Chopper les avait presque noyés de désinfectant lorsqu’il les avait soignés quelques heures plus tôt.

Il commença par utiliser le bidet tandis que Sanji fouillait dans les produits de la pièce. Lorsqu’il se redressa, un tabouret trônait devant le pommeau de douche, et Sanji l’attendait, toujours nu, les bras croisés sur son torse. Zoro l’aurait trouvé indécemment attirant si le monde était encore là, mais il se contenta de jeter un coup d’œil blasé à son pénis.

— Tu verses dans l’exhibitionnisme, en plus, maintenant ?

Sanji fit mine de s’étouffer et rétorqua immédiatement :

— C’est toi qui me dis ça ?

Toutefois, il fit un geste vers le tabouret. Zoro comprit où il voulait en venir. Il poussa un soupir résigné et s’installa dessus avant d’ouvrir le robinet d’eau.

Des mains pâles saisirent la douchette et l’abaissèrent pour éviter de toucher le bandage. Zoro aurait pu l’arracher comme tous les autres. La blessure se serait refermée à l’air libre, comme d’ordinaire. Elle aurait disparu le lendemain matin. Mais il avait prévalu trop aisément pour être pressé de retourner s’entraîner, et il avait appris à laisser Sanji s’occuper de lui bien avant cette nuit-là.

Il ignorait quand il avait fait la paix avec cette idée. Si c’était le Groggy Ring, Thriller Bark, Onigashima. Cependant, elle ne s’était jamais concrétisée en dehors de ce que Sanji fournissait en tant que coq de l’équipage. Ce qu’il donnait en tant qu’amant, même à présent que leurs soifs et faims mutuelles étaient satisfaites, se reflétait dans ces nouveaux gestes attentionnés, et Zoro se surprit à se dire que leur amitié pouvait tout aussi bien occasionner ce genre de traitement.

L’odeur d’un savon inhabituel envahit la pièce. Les longs doigts glissèrent sur sa nuque, son dos, ses reins. Zoro accepta qu’ils le massent, qu’ils prodiguent davantage alors qu’il n’en avait pas besoin. C’était souvent lui qui frottait le dos des autres, dans leur grande salle d’eau sur le Sunny. C’était sa propre façon de couver ses pairs, surtout les plus jeunes. Il avait même frictionné le dos de Nami, un jour, dans un bain mixte, tandis que Sanji agonisait d’excitation incontrôlée dans un coin.

Sanji n’avait jamais reçu un tel traitement de sa part, en revanche, et alors que les paumes du coq glissaient dans ses cheveux avec un second produit odorant, il se surprit à se dire que la prochaine fois, cela pourrait être son tour.

Le coq s’attarda sur ses épaules, les pétrit lentement. Zoro réalisa que le mouvement lui faisait du bien. Peut-être que même s’il n’avait pas besoin de ces attentions, elles lui faisaient plaisir ? Peut-être qu’il pouvait bien se laisser ancrer un peu plus auprès de son équipage à travers l’amour de Sanji, peu importait lequel ?

Le monde flottant entre eux lui apparut à distance, comme une de ces estampes figées qui reflétait une réalité trop saisissante pour lui rendre justice avec un peu d’encre et de papier. Il n’en tira rien, mais la conscience qu’il existait le poussa à se détendre dans les bras du coq.

Sanji le sentit immédiatement, en même temps que le bouillonnement éternel qui faisait battre le sang à leurs tempes se rappelait à son souvenir. Il savait qu’il ne pouvait rien faire de plus sans que Zoro proteste, alors il tomba à genoux derrière lui et se contenta de serrer ses épaules avec maladresse, comme il le faisait parfois pour l’empêcher d’aller se perdre quelque part.

C’était un geste approprié lorsqu’ils portaient des vêtements, un peu trop intime lorsqu’ils étaient nus, mais ils n’y virent rien d’autre que ce qui existait déjà entre eux, dans la réalité ou dans le monde flottant.

Ils se relayèrent sous la douche, puis se battirent dans l’immense baignoire jusqu’à ce que le bandage soit trempé d’eau. Sanji insista pour le refaire sous prétexte que Chopper allait les étrangler. Zoro accepta.

Enfin, ils retournèrent dans le lit par automatisme. L’épéiste oubliant de demander à qui appartenait la chambre. Il nageait dans un coton agréable, il était satisfait de sa nuit au-delà du raisonnable, et il n’avait qu’une hâte : que le monde flottant revienne afin de recommencer. Il voulait le sexe, la tendresse de Sanji, ses paroles qui le touchaient en plein cœur autant que celles qui le faisaient rire, le nouveau type d’orgasme qu’il avait exploré en réclamant son dû au coq… Dû auquel celui-ci avait souscrit, parce que Sanji ne reculait jamais devant lui et les défis qu’ils se lançaient.

— On peut essayer un truc ?

Sanji observait Zoro réfléchir depuis un moment. L’amour dévorant qu’il ressentait dans le ring de merde ne le hantait plus, mais il songeait à ce souhait qu’il avait formulé de pouvoir en profiter sans ce contexte, pour toujours. Leur amitié puissante, la douceur qui en ressortait parfois, comme durant ce moment dans la salle de bain, lui disait qu’il y avait peut-être quelque chose d’autre à construire en dehors de la plaine herbeuse.

Zoro hocha la tête, comme s’il avait deviné les raisons de sa démarche. Il arborait son expression paresseuse d’homme sur le point de s’endormir. Il était presque mignon, bien que Sanji se serait arraché la langue plutôt que de le reconnaître. Pourtant, il se servit de cette idée, s’y cramponna et avança son visage vers Zoro.

Dans un réflexe qui provenait du monde flottant, l’épéiste tendit le sien et répondit au léger baiser que les lèvres de Sanji avaient entamé.

Rien. Le ring de merde était loin, le monde flottant resta aquarelle, estampe morne vidée de l’énergie magique qui la poussait à prendre vie et à les emporter dans cette dimension où l’amour entre eux était possible.

Ils se reculèrent, déçus, dégoûtés malgré la conscience qu’ils ne l’étaient pas dans d’autres circonstances.

— Beurk.

Zoro se dit que même les couples les plus amoureux du monde n’avaient pas toujours envie de s’embrasser.

— Beurk.

Sanji espéra qu’un jour, le ring de merde cesse de disparaître et qu’il aurait ainsi toujours envie d’embrasser l’épéiste.

À cet instant, un genou heurta une cuisse, une main un pénis errant. Ils se fixèrent. Les hauts cris jaillirent immédiatement après :

— Erk ! On est à poil en plus, me touche pas !

— Je t’ai frotté le dos y a dix minutes !

— C’était en toute amitié !

— Et ma bite dans ton cul, c’était en toute amitié aussi, peut-être ?!

— Tu sais très bien ce que je veux dire, espèce d’obsédé !

— Je t’ai donné trois orgasmes et tu me traites d’obsédé comme si c’était un problème ?!

— La prochaine fois, je me prends un sex toy, au moins ça parle pas !

— Un sex-toy ?! Un sex-toy ?! Tu vas voir ! Maintenant qu’on sait que tu peux jouir à sec, la prochaine fois je t’en donnerai cinq ou s…

Un grand coup dans le mur stoppa net le cri scandalisé de Sanji. Zoro pouffa. Il savait que la voix et les paroles du coq lui manqueraient s’il lui préférait un objet, si efficace fût-il.

Ils se renfrognèrent, s’écartant l’un de l’autre le plus possible. Zoro n’avait jamais froid, mais il se sentit un peu seul tout au bout de ce lit trop grand pour ses habitudes. Ce fut à son tour de proposer quelque chose, parce que la tentative de Sanji en appelait une de sa part, même s’il était plus à l’aise que son pair avec la qualité éphémère de leur connexion.

— Attends…

Il s’enroula dans un des draps, s’assurant de tirer sur le côté de Sanji pour le faire rager.

— Et comme ça ?

Le coq le fixa d’un air méprisant en signe de protestation, puis éclata de rire.

— Pffft, un dirait un ver de terre !

— C’est toi, le ver de terre !

Sanji jeta un coup d’œil méfiant au mur et décida d’imiter son meilleur rival au lieu de rétorquer. Saucissonnés dans leurs couvertures, ils pouffèrent bêtement, jusqu’à ce que Zoro penche sa tête vers l’avant, les dents serrées. Sanji comprit le mouvement instantanément et pencha son front jusqu’à heurter celui de l’épéiste.

Ils restèrent ainsi à se fixer, surpris que leur habitude rivale puisse se transformer en confort post-coïtal. Un résidu de peinture, soudain, leur rappela l’image du loup et du lion dans la plaine, leurs museaux se frottant avant de reprendre leurs râles familiers.

— La prochaine fois que t’es sous la pile à câlins, je squatte aussi, décida Sanji.

La pile à câlin consistait en un savant mélange de Luffy, Chopper et Usopp, tous entassés contre le large dos de Zoro, tandis que Chopper leur fournissait sa chaleur. Elle s’agrémentait parfois de Franky, Brook ou Jinbe, qui faisait un excellent contrepoids à l’épéiste dépassé. Sanji n’avait jamais manifesté l’envie de s’y impliquer, préférant proposer ses bras à Nami et Robin, sans succès. À présent, tout était un peu différent, et Sanji était prêt à prendre un peu d’affection autrement que par les cris, les coups ou la drague facile.

Zoro haussa un sourcil, comme si le coq avait toujours été le bienvenu sans qu’il y ait jamais réfléchi.

— La prochaine fois, c’est moi qui t’empêche de t’énerver contre le premier casse-pied venu, assura Zoro.

C’était souvent le rôle d’Usopp, qui retenait le coq à bras le corps, bien qu’il avait de plus en plus de mal à surveiller tous ces caractères sanguins.

— Ça, c’est si tu t’énerves pas avant, contra Sanji, mais il laissa un sourire affectueux orner ses lèvres.

Ils aimaient tous les deux s’énerver contre qui de droit. Le plus souvent contre l’autre, comme s’ils avaient besoin d’un exutoire à leur personnalité trop imposante.

— M’énerve seulement quand c’est important… répliqua Zoro en commençant à ronfler, toujours saucissonné dans ses draps.

— Pensait pas être aussi important pour toi, marimo… railla Sanji sans obtenir de réaction.

Zoro dormait contre sa tempe et lui soufflait dans la figure, mais Sanji n’avait pas besoin de sa réponse ni de sa fausse protestation pour savoir que c’était vrai.

Leurs fronts s’écartèrent. Un fossé avait remplacé le monde entre eux, que Sanji ne pouvait pas même franchir en volant. Pourtant, l’image imprimée dans son esprit, plaine herbeuse balayée par le vent, lui rappela à quel point cela n’avait aucune importance.

Quel que soit le sens dans lequel l’univers se trouvait, quelle que soit la signification que prenaient les paroles entre eux, quel que soit le cri de leurs âmes contraires, quelle que soit la manière, Zoro et Sanji s’aimaient, et face à l’inconstance du monde flottant, c’était une permanence que rien ne pourrait jamais altérer.

Notes:

Je n’avais pas prévu d’explorer cet aspect de la demisexualité, mais c’est juste… arrivé. Vous êtes libres d’imaginer que leur relation reste ainsi et que ça leur convient, ou au contraire de penser que le monde flottant parviendra à perdurer au bout d’un moment :).

Mes réseaux sociaux :
Bluesky
Tumblr

Les réseaux sociaux de Mel :
Twitter
Carrd
Bluesky

Kudos et commentaires toujours bienvenus ♥