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Ce n’était pas un coup de foudre. Pas quelque chose d’immédiat, de fulgurant, où l’on comprend ses sentiments en une seconde. Rien de spectaculaire, rien de romanesque comme dans les histoires que l’on raconte.
Pour Yuki et Machi, c’étaient ces petits moments, presque invisibles pour les autres, qui comptaient. Ces instants silencieux, ces gestes minuscules, ces regards qui ne duraient qu’une fraction de seconde. Tout ce qui, pour n’importe qui d’autre, aurait semblé insignifiant mais qui, pour eux, était déjà le début de quelque chose de plus profond.
C’était dans la façon dont leurs mains se frôlaient par accident. Dans la manière dont leurs voix changeaient légèrement lorsqu’ils s’adressaient l’un à l’autre. Dans ces silences qui n’étaient pas gênants.
Ils ne savaient pas encore mettre des mots dessus. Ils ne savaient même pas vraiment ce qu’ils ressentaient. Mais quelque chose naissait, doucement, presque timidement. Et sans qu’ils s’en rendent compte, ces petits riens devinrent les fondations d’un sentiment qui, lui, n’avait rien de petit.
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Machi avait les bras remplis de dossiers divers qu’elle devait apporter au BDE. Kimi devait rester dans sa salle de classe car elle était de corvée et elle avait demandé à Machi de prendre ses dossiers avec les siens. Machi n’avait pas osé refuser. Kimi savait se montrer très insistante quand elle le voulait et cela rendait toujours Machi mal à l’aise.
Alors c’était plus simple pour elle d’accepter, même si elle avait l’impression que toute cette pile de dossiers allait s’effondrer à chaque pas, l’obligeant à avancer comme une funambule sur un fil invisible.
Elle crut son calvaire terminé lorsqu’elle arriva devant la porte du BDE. Elle tendit le bras tant bien que mal, tenant les dossiers d’une main. Elle sursauta lorsque la porte s’ouvrit brusquement. Les dossiers lui échappèrent et tombèrent au sol dans un bruit sec.
« Machi ! S’exclama Yuki. Est-ce que tout va bien ? »
Elle marmonna un « oui », à peine audible, et s’accroupit pour ramasser les dossiers.
« Je vais t’aider. »
Yuki s’accroupit aussitôt et l’aida. Il lui tendit un dernier dossier et leurs doigts se frôlèrent. Ce n’était qu’un léger contact, mais Machi écarquilla les yeux et rougit. Elle baissa la tête pour que ses cheveux cachent ses joues rouges. Pourquoi réagissait‑elle comme ça ?
Elle se releva rapidement, remercia Yuki et entra dans la salle. Yuki la suivit du regard, puis baissa les yeux vers sa main. Pourquoi ce simple frôlement l’avait‑il troublé ?
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Machi était assise seule dans la salle du BDE. Elle était arrivée trop tôt pour la réunion et les autres membres n’étaient pas encore là. Tout était tellement silencieux. C’était un véritable contraste par rapport à d’habitude, lorsque tous les membres du BDE étaient réunis. En particulier lorsque Kakeru et Kimi étaient là. Même Yuki parlait davantage dans ces moments‑là, allant parfois jusqu’à perdre son calme.
Parfois, Machi l’enviait de pouvoir s’exprimer aussi librement. L’espace d’un instant, elle le voyait devenir lui‑même. Il laissait tomber le masque du « prince » que tout le monde imaginait.
Machi balaya la salle du regard. Tout était parfaitement rangé. Pas une seule feuille ne dépassait des classeurs. Pas une seule chaise n’était mal alignée. Elle sentit son cœur s’accélérer et sa respiration se saccader. Elle se sentait mal, aussi bien physiquement que psychologiquement. Elle devait se calmer avant que les autres arrivent.
Ils ne comprendraient pas pourquoi elle se comportait ainsi. Personne ne comprenait pourquoi une pièce trop parfaite la mettait dans cet état. Même Kakeru, son propre frère, n’y parvenait pas.
Elle ferma les yeux pour se calmer. Elle entendit la porte s’ouvrir, suivie de bruits de pas. Quelqu’un était entré. C’était encore pire. Elle avait l’impression que ses angoisses se décuplaient.
Elle rouvrit les yeux. Sur le bureau en face d’elle, les feuilles étaient désormais légèrement en désordre. Sur le tableau, un trait de craie traversait la surface. Ces petites choses firent taire ses angoisses.
« Bonjour Machi. »
Elle tourna son attention vers Yuki. Il lui souriait, comme si de rien n’était. Il avait volontairement mis un léger désordre dans la salle. Rien qui pourrait déranger les autres membres, mais qui l’aidait énormément.
Machi baissa la tête et esquissa un sourire.
Il avait compris. Et ce simple petit geste la rendait heureuse.
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Yuki regarda les différents articles devant lui. Il était avec Kakeru dans une boutique pour l’aider à choisir un cadeau pour sa petite amie. Il ne savait pas comment Kakeru avait fait, mais il avait réussi à le convaincre de l’accompagner.
Il ne se sentait pas à l’aise dans ce genre d’endroit. Il y avait tellement de choix qu’il ne savait plus où donner de la tête.
À part Tohru, il n’avait jamais offert de cadeau à qui que ce soit. Il n’avait jamais été proche des membres de sa famille et, avant elle, il n’avait eu aucun ami. Il jeta un coup d’œil vers Kakeru qui, comme à son habitude, se faisait remarquer en faisant l’idiot. Il attrapait tout ce qui lui tombait sous la main en l’interpellant :
« Yun‑yun ! Qu’est‑ce que t’en penses ? »
« Et ça, Yun‑yun ?
« Hé Yun‑yun ! Regarde ! »
Tout le monde les regardait et Yuki ne savait plus où se mettre. Il essaya de faire comme si Kakeru n’existait pas et se concentra sur les articles. Son attention se porta sur un marque‑page. Il n’avait rien d’extraordinaire, mais pourtant, il se demanda ce que Machi en penserait.
« Je suis sûr qu’elle adorerait. »
Yuki sursauta. Il n’avait pas vu Kakeru s’approcher.
« De quoi tu parles ?
-De Machi. C’est à elle que tu pensais. »
Yuki rougit jusqu’aux oreilles. Il balbutia quelques mots, prétendant qu’il ne pensait pas à Machi, ce qui fit éclater Kakeru de rire.
« Si tu le dis. Mais c’est exactement le genre de petite chose qu’elle aimerait. »
Il repartit fouiller les rayons. Yuki regarda le marque‑page, inspira profondément et se dirigea vers la caisse.
Le lendemain, le cœur battant, Yuki offrit le marque‑page à Machi. Elle resta silencieuse quelques secondes, fixant l’objet. Le cœur de Yuki battait encore plus fort. Il ne savait pas que c’était possible.
« Si ça ne te plaît pas, je peux le rendre. »
Machi écarquilla les yeux. Elle secoua vivement la tête et porta le marque‑page contre son cœur.
« Non, ça me plaît. Beaucoup. Merci. »
Elle rougit et détourna le regard. Yuki sourit. Il était heureux. Bien plus que lorsqu’il avait offert les rubans à Tohru. C’était différent. Et il aimait cette sensation.
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Ce n’était pas un coup de foudre. Rien de brusque, rien de fulgurant. Et pourtant, en cet instant, Machi comprit que tous ces petits moments avaient fini par la mener ici.
La réunion du BDE venait de se terminer. Les autres membres étaient sortis en bavardant, laissant derrière eux un léger désordre. Quelques feuilles mal rangées, une chaise déplacée, un stylo oublié sur le bureau. Rien de choquant. Juste assez pour que Machi respire normalement.
Elle resta assise, les mains posées sur ses genoux. Elle n’avait pas remarqué que Yuki n’était pas parti.
« Machi ? »
Elle leva la tête. Il se tenait près de la porte, hésitant. Comme s’il n’était pas sûr d’avoir le droit de rester.
« Tu… tu vas bien ? »
Elle hocha la tête. Elle aurait voulu répondre plus clairement, mais les mots restaient coincés. Avec Yuki, c’était toujours comme ça. Elle voulait parler, mais son corps la trahissait. Pourtant, il ne semblait jamais lui en vouloir.
Il s’approcha lentement, comme pour ne pas l’effrayer. Machi sentit quelque chose se détendre en elle.
« Je voulais te dire quelque chose, murmura Yuki.
Il s’arrêta à un pas d’elle. Ses mains tremblaient légèrement. Machi le remarqua, et son cœur se serra. Il était nerveux. Pour elle.
« Depuis quelque temps… je me sens… différent, quand je suis avec toi. »
Il détourna le regard, comme s’il avait peur de croiser le sien.
« Je ne sais pas exactement ce que c’est. Je ne suis pas très doué pour comprendre ce genre de choses. Mais… quand je te vois, j’ai l’impression que… que tout devient un peu plus simple. »
Machi sentit ses joues chauffer. Elle baissa la tête, mais cette fois, ce n’était pas pour se cacher. C’était pour retenir les larmes qui menaçaient de monter.
Yuki inspira profondément.
« Je ne veux pas te mettre mal à l’aise. Je voulais juste que tu le saches. »
Il fit un pas en arrière, prêt à partir. Comme s’il pensait avoir déjà trop dit. Machi tendit la main. Un geste minuscule. Presque invisible. Mais Yuki s’arrêta net. Elle attrapa doucement le tissu de sa manche. Pas pour le retenir de force. Juste pour lui dire : reste.
Elle releva enfin les yeux. Ses lèvres tremblaient, mais elle réussit à murmurer :
« Moi aussi… je me sens… comme ça. »
Yuki écarquilla les yeux. Il ne s’attendait pas à une réponse. Encore moins à une réponse aussi directe, venant d’elle.
Il s’assit à côté d’elle, lentement, comme si le moindre mouvement pouvait briser quelque chose de précieux. Le silence s’installa. Mais ce n’était pas un silence vide. C’était un silence qui disait tout ce qu’ils n’arrivaient pas à formuler.
Leurs mains se frôlèrent. Pas par accident, cette fois. Un contact léger, hésitant, mais voulu. Machi sentit son cœur s’emballer, mais ce n’était pas désagréable. Yuki sentit sa poitrine se serrer, mais d’une manière douce, presque apaisante.
Ce n’était pas un coup de foudre. C’était mieux que ça.
C’était deux personnes qui, sans bruit, sans éclat, avaient fini par se trouver.
Fin
