Chapter Text
La docteur Vasseur avait lâché lors de son contrôle hebdomadaire : « Vous ne faites plus d’infection, la peau est parfaitement cicatrisée, ce qui reste de vos organes internes fonctionne bien, votre orthopédiste indique que vous vous êtes bien habitué au plâtre, et votre kiné que vous avez vraiment repris du tonus musculaire… C’est inespéré ».
Mateo avait suivi des yeux la cheffe de service qui examinait minutieusement son corps nu mutilé.
Avant l’accident, il n’aurait jamais permis à une femme de le contempler en tenue d’Adam. Trop homo exclusif pour ça.
Mais Adam pouvait baiser. Lui non. Et de toute façon, il n’avait plus rien à cacher.
Plus de jambes, plus de bassin, plus de cul, plus d’organes génitaux. Même pas un nombril.
Juste une cicatrice énorme suturant l’abdomen sous les côtes, et les poches des stomies pour évacuer les urines et les matières fécales. Pour la vie.
Coupé en deux.
Car il était vivant. Et il avait envie de vivre. Enfin. Après cette presque année de cauchemar. Depuis l’accident et le camion qui avait écrasé le motard, et l’hémicorporectomie pratiquée par le docteur Moreau. Son boucher et son sauveur.
Et tous ces mois, cloîtré dans les salles et les couloirs de l’hôpital.
« Vous devriez passer du temps au solarium de l’hôpital, vous avez besoin de vitamine D. Et on pourrait peut-être envisager de vous accorder quelques heures de sortie ».
Mateo leva la tête, tétanisé. « Sortie ? ».
Vasseur était déjà partie, Julien et Swann l’avaient réinstallé dans son lourd corset de plâtre, qui l’emprisonnait mais qui lui permettait de tenir dans un fauteuil roulant et d’échapper enfin à l’humiliation ennuyée du brancard.
L’orthopédiste et le jeune kiné.
Julien, celui qui avait été l’amant de jours lointains qui auraient pu être heureux si Mateo n’avait pas eu peur et n’avait pas fui l’idée du bonheur.
Swann, celui qui était… quoi au fait ? Celui qui ne se cachait pas d’être un pervers voyeur ? Celui qui lui avait pourtant appris à ne plus détester sa moitié de corps ? Celui qui lui avait redonné l’envie de vivre ?
Swann poussait dans les couloirs le fauteuil. Ils croisèrent João l’aide-soignant, qui leur fit un check de la main et ne put s’empêcher de tordre le téton de Mateo qui, surpris, poussa un grognement de plaisir.
Ce genre de geste, c’était bien la marque de João, le riant, le volubile, l’aguichant brésilien, qui puait le sexe, dont la douceur des mains avait commencé d’arracher à la douleur Mateo alors prostré et cloué dans son lit, et qui parlait toujours de ses « clients », pas de ses patients.
L’ancien Mateo était au centre d’une galaxie peuplée de tous ses amants d’un soir. À part les visites de quelques anciens potes motards, le quotidien du Mateo de maintenant se résumait à ces trois mecs.
Et il n’avait pas d’illusions : il n’était pas le centre de leurs mondes à eux.
Il était quoi ?
