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Le cliquetis de la clé dans la serrure résonna pour Michael Kaiser comme le signal de fin d’une corvée qui avait duré presque une semaine. Il était à peine seize heures, et la lumière rousse de l’après-midi bavarois filtrait à travers les rideaux du vestibule de l’appartement.
Michael venait tout juste de débarquer de l'aéroport, traînant derrière lui la fatigue d'un vol court mais harassant et d’un séjour interminable à Londres. Ce voyage avait été une purge, quatre jours d’événements de sponsors d'une lourdeur sans nom où il avait dû arborer son plus beau sourire de façade et feindre l'intérêt au milieu d'une foule de visages interchangeables. La seule distraction notable de ces quelques jours avait été la présence d'autres joueurs comme Lorenzo, toujours aussi excentrique et agaçant, Sae Itoshi et bien sûr Yoichi Isagi. Initialement, Michael aurait dû rester un jour de plus en Angleterre pour une énième interview exclusive, mais un problème d'organisation de dernière minute l'avait fait annuler. Michael n'avait pas hésité une seconde : il avait sauté dans le premier vol pour l'Allemagne, trop heureux de fuir le ciel gris de Londres avec vingt-quatre heures d'avance.
Il referma la porte d'un coup sec derrière lui. Il était chez Alexis Ness. Son Alexis avec qui il était en couple depuis quatre ans. Enfin, « en couple » était un terme bien trop conventionnel pour décrire la réalité de leur dynamique. Alexis était plutôt son partenaire principal car leur relation avait toujours été libre. Au tout début, Alexis n’était qu'un amant parmi d'autres avant de s’imposer naturellement.
Néanmoins, ils ne vivaient pas ensemble, étant donné leur arrangement et pour que ce dernier fonctionne, il avait fallu établir un certain nombre de règles au fil des années. Les plus basiques d'abord : protection systématique avec les autres partenaires et interdiction formelle de ramener une conquête d'un soir dans l'appartement de l'autre. Ensuite, les plus pratiques, nées de l’expérience : s'accorder mutuellement la priorité sur le temps alloué, la garantie de ne jamais annuler un plan prévu ensemble pour aller courir après un tiers, et l'interdiction de narguer l'autre avec ses aventures ou de les afficher. Enfin, il y avait des clauses plus personnelles. Michael avait demandé une absence totale de crises de jalousie ou d'interrogatoire au retour de ses déplacements et Alexis, de son côté, s’était montré étonnamment ferme sur un seul et unique point : il ne souhaitait sous aucun prétexte être dérangé le mercredi.
Michael ne s’était pas privé de profiter de sa liberté à Londres. Il avait couché avec Yoichi quasiment tous les soirs. C’était sauvage, électrique, exactement ce genre d’intensité brute et de défi charnel dont il avait besoin pour sa vie sexuelle et qui manquait cruellement dans l’intimité avec Alexis qui pour le dire crûment écartait les jambes dès que Michael le touchait, s'offrant sans aucune réserve. Michael aimait ça évidemment mais il ne pouvait pas s’en contenter.
Il avança de quelques pas dans le couloir. L'appartement était plongé dans un calme plat. Étrangement calme. Michael s'attendait à ce qu’Alexis apparaisse, le visage illuminé par la surprise et la joie de le voir rentrer plus tôt, prêt à l'accueillir. Mais personne ne vint. Michael pénétra dans le salon, mais l’espace était désert. Les coussins du canapé étaient parfaitement alignés, aucune tasse ne traînait sur la table basse. C’est alors qu’un murmure étouffé provenant de l’étage capta son attention. Il monta les marches une à une, sans faire de bruit, tentant de déchiffrer ce qu’il se passait. Plus il approchait de la chambre à coucher, plus les voix devenaient distinctes. La porte était entrouverte, laissant filtrer une voix basse, traînante, d'une assurance presque magnétique.
— Respire par le nez et relâche tes épaules. Voilà, comme ça.
Michael se figea. C’était indéniablement Alexis qui parlait, mais ce timbre n’avait rien à voir avec les intonations douces qu’il lui connaissait. Un gémissement étouffé, aigu et lourd de frustration, lui répondit.
— Tu gémis déjà ? demanda Alexis, Je ne t'ai même pas encore touché...
— S'il te plaît, serre plus fort… supplia une voix masculine, inconnue et totalement brisée.
— Comme ça ?
— Oui… mmmh…
L'incrédulité poussa Michael à avancer. Il fit un pas de plus et se posta dans l’encadrement de la porte, grande ouverte. Ce qu’il vit alors le laissa totalement sans voix, le corps traversé par une décharge d’adrénaline.
Un homme nu était au sol, allongé sur le dos au milieu de la chambre. Son corps était prisonnier d'un agencement complexe de cordes sombres. Ses poignets étaient solidement ligotés à ses chevilles, forçant ses genoux contre sa poitrine. Ses avant-bras étaient attachés le long de ses mollets, l'empêchant de déployer le moindre membre. Ses jambes, écartées par la tension des liens, exposaient son intimité sans la moindre défense. Alexis était là, torse nu, portant simplement un jean. Il était agenouillé au-dessus de l’homme, son bassin pressé fermement contre le sien. Penché en avant, les muscles de son dos et de ses avant-bras tendus par l'effort, il était en train de finaliser un harnais de corde complexe qui enserrait le torse de l’inconnu. Ses gestes étaient sûrs et précis.
Michael baissa le regard et sentit son estomac se nouer un peu plus : le sexe de l’homme était tendu à l'extrême, d'un rouge vif, et de la semence s'en échappait déjà. Les rapports physiques n'avaient même pas commencé qu’il était déjà en pleine extase, le visage tordu par un plaisir douloureux. Alexis resserra le nœud d'un coup sec. Michael vit sur son profil un sourire sombre et sexy aux coins des lèvres. Il lâcha d'un ton cruellement détaché :
— Tu es vraiment une salope facile à exciter.
L'homme, les yeux révulsés et le souffle court, acquiesça dans un sanglot de soumission pure :
— Oui… oui…
Michael resta immobile mais fit craquer légèrement le parquet malgré lui. Le bruit, pourtant infime, suffit à briser le charme. Alexis tourna brusquement la tête vers l’entrée de la chambre, et là, Michael vit son visage changer du tout au tout en une fraction de seconde. Toute son assurance s’évapora pour laisser place à la confusion la plus totale.
— Micha…? Mais qu'est-ce que tu fais là ?
Il avait instantanément retrouvé son ton normal. Au sol, l’homme entravé tourna lui aussi la tête tant bien que mal, le visage déformé par une panique naissante en découvrant la silhouette de Michael dans l'encadrement de la porte.
— Euh… c'était prévu, ça ? bafouilla l'inconnu, la voix tremblante.
Alexis posa une main sur son torse comme pour le rassurer.
— Non, non, pas du tout ! Il n'est pas censé être là, jeta-t-il à toute vitesse, sans lâcher Michael du regard.
Michael fronça les sourcils, légèrement vexé qu’on parle de lui à la troisième personne comme d'un intrus indésirable. Après tout, il était juste passé à l’improviste, il n’avait rien fait de mal. Il croisa les bras, redressant le menton avec son arrogance habituelle.
— Hé, je suis juste rentré plus tôt, se défendit-il d'un ton détaché.
— Oui, mais on est mercredi, Micha ! répliqua Ness d'un ton coupant.
Le mot percuta le cerveau de Michael comme un tacle. Mercredi. Il calcula rapidement dans sa tête et réalisa qu’Alexis avait raison. Avec le tourbillon de Londres, et l'annulation de son interview, il n'avait absolument pas réalisé qu'on était le milieu de la semaine. Sentant l'atmosphère devenir électrique entre les deux hommes, l’inconnu au sol commença à s'agiter faiblement dans ses liens.
— Euh… je crois que je vais y aller, murmura-t-il en jetant des regards affolés vers la sortie. Tu… tu veux bien me détacher ?
— Oui, bien sûr, répondit immédiatement Alexis.
Il se mit à défaire rapidement les nœuds, ses doigts s'activant pour libérer l'homme le plus vite possible. Mais alors qu'il s'affairait sur le cordage, Alexis redressa brièvement la tête vers Michael. Ses yeux brillèrent d'une lueur sombre et, sur un ton d'une autorité brute et sauvage que le blond ne lui avait jamais, absolument jamais connue, il lui cracha au visage :
— Putain, Micha, casse-toi !
Michael tourna les talons et quitta la chambre, mais ses jambes refusèrent de le mener jusqu’à la porte de sortie. Au lieu de quitter l’appartement, il descendit les marches et alla s’échouer lourdement dans le canapé du salon. Il resta là, les bras croisés, le regard fixé sur le vide, essayant de digérer ce qu’il venait de voir. Quelques minutes plus tard, il entendit des pas précipités dans l'escalier. L’inconnu passa dans le couloir en rasant les murs, ajustant sa veste à la hâte. Il jeta un regard vers le salon, croisa les yeux assassins de Michael, et s’éclipsa précipitamment en faisant claquer la porte d’entrée.
Le silence retomba, lourd et pesant.
Alexis finit par descendre à son tour. Il avait enfilé un t-shirt noir. En entrant dans le salon, ses yeux se posèrent sur la silhouette de Michael installée sur son canapé. Alexis se contenta de lever les yeux au ciel, exaspéré.
— Tu peux rester. Ma soirée est foutue de toute façon, lâcha-t-il d'une voix neutre.
Il s’avança et prit place sur le fauteuil en face de Michael, adoptant une posture étonnamment décontractée pour quelqu'un qui venait de se faire prendre la main dans le sac en train de ligoter quelqu’un.
— Comment était Londres ? demanda-t-il, comme s'il s'enquérait d'un simple week-end de vacances.
Michael cligna des yeux, déstabilisé par ce retour soudain à la normale. Son cerveau, habituellement si prompt à décocher des piques acérées, était encore trop occupé à rejouer en boucle les images à l'étage.
— Ennuyeux, répondit-il, sa voix manquant d'assurance. Lorenzo a passé son temps à se plaindre de la nourriture anglaise, et Sae n’a pas décroché un mot de tout le séjour.
Michael continua de raconter les détails des quatre derniers jours sans trop penser à ce qu’il disait, meublant le silence presque par réflexe. Il parla de l'hôtel, de l'interview annulée, du vol retour. Alexis l'écoutait attentivement, hochant la tête aux bons moments, commentant les anecdotes d'un ton fluide. Comme si l’évènement précédent n’avait pas existé. C'était surréaliste. Au bout d'une dizaine de minutes, Alexis se leva.
— Bon. Je vais faire à manger, déclara-t-il avec un petit sourire tranquille. Va prendre une douche et repose-toi un peu en attendant.
Il tourna les talons vers la cuisine, laissant Michael seul dans le salon.
La soirée s’étira ensuite dans une normalité dérangeante, calquée sur le modèle de n’importe quel autre jour de leur quotidien. Pendant qu’Alexis s'affairait, Michael monta prendre une douche pour se laver de la moiteur du voyage, mais surtout pour tenter de rincer les images qui lui saturaient la rétine. En vain. L’eau chaude ne fit que fixer un peu plus chaque détail dans sa mémoire.
À dix-huit heures pile, ils s’assirent à table pour partager un repas léger. Tout au long du dîner, puis plus tard, installés côte à côte sur le canapé devant un crimi allemand à suspense, Alexis se comporta exactement comme d’habitude. Il riait aux mêmes moments, s'enquérait du confort de Kaiser, et anticipait le moindre de ses besoins avec cette attention fluide qui le caractérisait. C’était impeccable. Peut-être même un peu trop parfait pour être honnête.
Et cette perfection tranquille rendait Michael complètement dingue.
— On va se coucher ? proposa doucement Alexis en éteignant la télévision vers 22h.
Quand Michael franchit à nouveau le seuil de la chambre à coucher d’Alexis, l’atmosphère de la pièce s’était transformée depuis son arrivée à l’appartement. Le lit avait été refait, les draps étaient tirés, et l'ordre régnait. Pourtant, Michael ne put s'empêcher de fixer le milieu de la pièce. C’était plus fort que lui. Ses yeux balayèrent le sol de parquet vernis, juste là, au centre de la pièce. Putain. Quelques heures plus tôt, il y avait un mec ligoté sur ce sol. Un parfait inconnu qui chialait de plaisir et suppliait Alexis de serrer les nœuds plus fort. Et Alexis s'exécutait en le traitant de salope.
Et maintenant, il était censé s'allonger et dormir dans cette pièce comme si de rien n'était. Il jeta un regard à Alexis, qui était déjà en train de se glisser sous la couette avec un calme olympien, et sentit une vague d'irritation féroce lui consumer les tripes. Michael le rejoignit. Dans la pénombre de la chambre, Alexis initia un rapprochement. Fidèle à ses habitudes, il se coula contre son flanc, une main venant se poser timidement sur son torse. Une invitation douce et prévisible. C’en était trop.
— Arrête ça, Alexis.
Michael se redressa et s’assit le dos contre la tête de lit. Alexis fit de même :
— Micha… ? Qu'est-ce qu'il y a ? Si tu es trop fatigué, on n'est pas obligés de—
— Ferme-la, l'interrompit Michael, sa voix grondant d'une frustration noire. Tu crois vraiment qu’on ne va pas parler de ce que j’ai vu ?
Un silence lourd s'installa dans la pénombre de la chambre. La voix d'Alexis s'éleva, tranchante :
— Tu n’as pas le droit de me poser des questions, répondit-il rudement.
Michael fronça les sourcils, l'incrédulité gravée sur le visage.
— Quoi ?
— Pas d’interrogatoire. Si ça vaut pour moi, ça vaut aussi pour toi, asséna Alexis en le fixant droit dans les yeux à travers l'obscurité. Je ne t’ai pas demandé si tu avais couché avec Yoichi pendant ton séjour à Londres. Alors ce que je fais le mercredi ne te regarde pas.
Michael accusa le coup, serrant les dents dans le noir. Merde. Alexis avait raison. Néanmoins, il était loin d’être à court d’arguments.
— Ce n’est pas un interrogatoire. Je ne suis pas jaloux ou en colère, répliqua Michael, essayant de masquer sa frustration derrière un ton plus mesuré. Je ne te demande pas de te justifier, je veux que tu m'expliques.
— Expliquer quoi ? rétorqua Alexis. Je pratique le bondage et la domination le mercredi. Qu’est-ce que tu as besoin de plus comme explication ?
— Toutes les explications ! s'emporta Michael, perdant instantanément son calme. Tu te fous de moi ? J'arrive chez toi et je te trouve en train de...
— Avec Yoichi, je ne demande pas ce que vous—
— Arrête avec Yoichi ! le coupa Michael, hors de lui. Ça n'a rien à voir. Je ne te cache rien du tout ! Alors que toi... toi, tu mens sur ton plus gros fantasme depuis des années. Parce qu'on parle quand même bien de ça, non ? Ne me fais pas croire que ce que tu fais est juste un hobby ?
Alexis se tut et détourna le visage, le coup ayant visiblement fait mouche. Pendant de longues secondes, seul le bruit de leurs respirations meubla le silence de la chambre, jusqu’à ce qu’Alexis reprenne la parole :
— De toute façon, je n’en ai pas honte, lâcha-t-il d'une voix ferme en regardant à nouveau Michael. Qu’est-ce que tu veux absolument savoir ?
Une tempête de questions s'abattit instantanément sur l'esprit de Michael. Les interrogations se bousculaient dans sa tête mais il s'efforça de se structurer en commençant par la plus évidente :
— Le type que j’ai vu cet après-midi... C’est ton partenaire habituel ?
— Non. Je pense que c’est la troisième fois qu’il venait.
— Il y en a d’autres ?
— Oui.
Michael resta interdit, la bouche entrouverte dans le noir. Merde. Déjà que trouver une seule personne suffisamment ouverte d'esprit pour accepter de se faire ficeler ne devait pas être une mince affaire — ce n'était clairement pas le genre de passe-temps qu'on balançait innocemment au premier rendez-vous —, mais voilà qu'Alexis lui avouait qu’il y en avait d'autres ;
— Mais comment tu peux trouver des gens qui… euh… font ça ?
— Je passe par un site spécialisé, répondit Alexis très naturellement, j'y mets une annonce. Ce n’est pas si compliqué.
Le sang de Michael se glaça.
— Une annonce ? Attends, ne me dis pas que tu te prostitues !
— Non, pas du tout ! rétorqua Alexis, outré. C’est juste un genre de site de rencontre qui met en contact des gens qui ont certains fantasmes.
Un site de rencontre. Une annonce. Une annonce à laquelle n’importe qui pouvait répondre. N'importe qui. N’importe quel inconnu pouvait se pointer ici. Michael sentit un malaise l’envahir.
— Combien sont venus ici ? demanda-t-il, tentant de cacher son trouble.
Alexis parut hésiter un instant, calculant mentalement.
— Je ne sais pas… Sur quatre ans, beaucoup. Sachant que la plupart reviennent plusieurs fois, plus d’une cinquantaine au moins.
— Quoi ? Plus d’une cinquantaine ?!
L'esprit de Michael menaça de court-circuiter. Certes, leur contrat n'imposait aucune limite dans le nombre de partenaires, mais le chiffre brut lui fit l'effet d'un violent coup d’épaule.
— Et tu as couché avec tous ces types ? cracha-t-il.
— Non ! Non, Michael, se défendit Alexis, agacé par l'insinuation. La majorité ne veut pas de rapport. Ils veulent juste être attachés, ils cherchent la soumission. J’ai dû coucher avec dix d’entre eux tout au plus.
La réponse rassura un peu Michael, mais une certaine colère continuait de lui consumer les tripes. Il ne comprenait pas d’ailleurs pourquoi cette histoire le mettait dans un état pareil, mais c'était physique : plus il obtenait de détails, pire c'était. Pourtant, une part rationnelle de son cerveau lui hurlait que sa rage n'était pas justifiée. Alexis n’avait enfreint aucune règle, il n'avait rien fait de mal. Il disposait de son mercredi comme il l'entendait et Michael n’avait aucun droit de regard là-dessus. Mais putain, quelque chose le mettait complètement hors de lui.
— Et c’est qui tous ces gens ? demanda-t-il.
— Il y a un peu de tout, répondit Alexis, retrouvant ce détachement qui rendait Michael fou. La plupart, ce sont des employés. Ils viennent souvent l'après-midi, pendant leur pause déjeuner, ou en rentrant du boulot, ou entre deux rendez-vous. Si j'ai entraînement, je cale ça le soir, ou le matin juste avant d'y aller. Ça me détend, avant ou après l'effort.
— Et ils habitent tous Munich ?
— Non, certains sont en déplacement. J’imagine que ce n’est pas une mauvaise distraction.
Michael ferma les yeux, écœuré par la scène mentale qui s'imposait à lui. Il imaginait sans peine ces cadres stressés de banques ou d'assurances, s'autorisant une petite halte chez Alexis entre deux dossiers administratifs, comme s’ils s’arrêtaient simplement pour prendre un café à emporter. Cette idée d'un défilé d'inconnus venant consommer la domination de son partenaire comme bon leur semblait sur leur temps libre le révulsa au plus haut point.
Les contours de sa colère devinrent soudain d'une clarté limpide. D’abord, Alexis lui avait caché son plus grand fantasme — lui qui avait toujours espéré qu'ils soient d'une honnêteté absolue sur le plan intime. Mais le pire, le coup de grâce pour son orgueil... c'était qu'Alexis assouvissait ce fantasme avec littéralement n’importe qui.
N’importe qui.
— Je pense que j’ai tout dit, conclut Alexis d’un ton las. Bonne nuit.
Il se recoucha, tirant la couette sur ses épaules, signifiant la fin de la discussion. Mais Michael restait là, assis dans le noir, le cœur battant à tout rompre. L'image de la voix sexy, dominante et sûre d'elle d'Alexis lui martelait le crâne. Et une question, plus brûlante que toutes les autres, lui calcinait les lèvres.
— Tu as déjà fantasmé de faire ça sur moi ? lâcha soudainement Michael.
N’importe qui sauf lui.
Dans la pénombre, il vit la silhouette d'Alexis se tendre sous les draps. Un long soupir s'échappa de ses lèvres.
— Michael… murmura-t-il sans se retourner.
— Réponds à ma question, Alexis, insista Michael.
Alexis prit une grande inspiration.
— Oui. Evidemment que oui.
La réponse tomba, limpide, frappant Michael de plein fouet. L'espace d'une seconde, le cerveau du blond refusa d'assimiler l'information. Évidemment que oui. Comme si c'était une certitude gravée dans le marbre.
Mais alors...
— Pourquoi tu n’as jamais partagé ça avec moi ? Pourquoi tu ne m'en as jamais parlé ? exigea Michael, une pointe de rancœur perçant dans sa voix.
Michael fronçait les sourcils, complètement désorienté. La logique de son partenaire lui échappait totalement. Pourquoi aller chercher des inconnus sur Internet alors qu'il l'avait, lui, à portée de main dans son propre lit ? Il comprenait de moins en moins la situation.
— Je ne veux pas te mettre dans cette position, répondit brutalement son partenaire.
— Pourquoi ?!
— Parce que je sais ce que tu as traversé ! éclata enfin Alexis, se redressant brusquement sur le matelas, je sais ce qu'on t'a fait quand tu étais enfant, Micha ! Je sais comment ton père te rabaissait, t'humiliait, te battait !
Un frisson glacial parcourut l'échine du blond. Alexis touchait du doigt sa blessure la plus profonde. Une blessure que Michael lui avait confiée des années plus tôt.
— Alors, je ne vais pas te soumettre à moi juste pour mon plaisir.
Le silence qui suivit fut assourdissant. Une réalisation amère frappa Michael. Il aimait Alexis. Il aimait cet ancrage que cette relation lui procurait. Il aimait à quel point il se sentait en sécurité. Il aimait cette tendresse inconditionnelle qu’il ne pensait pas mériter. Mais… Il avait toujours trouvé leur vie sexuelle ennuyeuse. Il pensait simplement que c’était la nature d’Alexis qui voulait ça. Et voilà qu'il découvrait aujourd’hui que son partenaire possédait cette intensité, ce feu en lui, mais qu'il le réservait à des inconnus sur leur pause déjeuner pour… le préserver.
— Tu crois que je suis si faible, Alexis ? murmura Michael.
— Michael… Ecoute…
— Non toi, écoute. Si j’ai bien compris, tu as mis à l'aise des dizaines de types ici. Des mecs stressés par leur vie, leur boulot, leur couple ou je ne sais quoi.
— Ce n'est pas pareil…
— Je te fais confiance, Alexis. Plus qu’à n’importe qui d’autres. Et je sais que quoi qu’il arrive, si je te dis d’arrêter, tu arrêteras.
Michael se rapprocha, réduisant l’espace entre eux sur le matelas. Son regard bleu s’ancra de force dans celui d’Alexis.
— Alors considère que j'ai cliqué sur le lien de ton annonce, Alexis. Je suis ton gars pour ce mercredi. Maintenant, sors tes cordes, et donne-moi exactement ce que tu files à tous ces connards qui sont passés ici.
Alexis resta figé, le souffle court, cherchant une faille dans la détermination du blond. Puis, capitulant face à l'intensité de ce regard bleu, il alluma sa lampe de chevet et glissa hors du lit sans un mot. Il ouvrit le placard du fond, déplaça une pile de vêtements et sortit une boîte en bois sombre. Quand il revint s'asseoir sur le matelas, il l'ouvrit devant Michael. À l’intérieur gisaient des cordes de jute d'un bleu profond.
— Elles ont l’air neuves, murmura Michael.
— Oui. Je les ai achetées il y a deux ans, un jour où je pensais… te proposer de faire ça. Je ne les ai jamais utilisées.
Alexis ouvrit le tiroir de sa table de nuit et prit un livre qu’il tendit à Michael.
— Qu'est-ce que c'est ?
— C’est pour choisir ta position.
Michael prit le livre et le feuilleta sous la lumière de la lampe de chevet. Le nombre de possibilités lui donna le vertige. Une pointe d'irritation lui traversa néanmoins l'esprit.Tout ça était encore une preuve de plus de cette routine bien huilée dont il avait été exclu pendant quatre ans. Il referma brutalement le livre et le reposa sur la table de chevet.
— Je ne choisis rien.
Alexis sembla déstabilisé.
— Il faut que tu poses tes limites, Micha.
—Je te l'ai dit : je te fais confiance.
Alexis resta silencieux un moment puis se pencha vers lui pour lui murmurer à l’oreille de cette voix profonde qu’il avait entendue quelques heures plus tôt :
— Allonge-toi.
Michael s'allongea de tout son long sur le dos, le regard fixé sur le plafond sombre. En une fraction de seconde, l'atmosphère de la pièce bascula. Alexis changea de posture, perdant toute trace de sa réserve habituelle, et grimpa sur le matelas. D'un geste fluide et sans hésitation, il empoigna le caleçon de Michael pour le lui faire glisser le long des jambes et le jeter au bas du lit, le dénudant entièrement. Puis, se plaçant à califourchon sur ses cuisses, il attrapa ses poignets et les ramena au-dessus de sa tête, les plaquant contre les montants en bois du lit. Les cordes de jute bleues entrèrent en scène. Alexis commença à lier ses poignets, ses doigts s'activant avec rapidité. Il croisa les liens, fit courir la corde autour du bois, puis serra d'un coup sec.
Un frisson violent traversa l'échine de Michael. Il tenta une légère torsion des poignets pour tester la marge de manœuvre, mais le verdict tomba instantanément : le blocage était absolu. Michael prit conscience que même s'il le voulait de toutes ses forces, il ne pourrait jamais libérer ses mains. Alexis était incroyablement bien entraîné. Lorsqu'il regarda à nouveau son partenaire, Michael sursauta. Le visage d’Alexis était descendu à un cheveu du sien, ses yeux violets réduits à deux fentes sombres et un sourire cruellement magnétique étirant ses lèvres.
— Tu veux déjà partir ? murmura Alexis, sa voix basse et traînante vibrant contre les tympans de Michael.
Avant que le blond ne puisse répliquer, Alexis pencha la tête et vint frôler la peau sensible de son cou de ses lèvres, y déposant un baiser brûlant, presque possessif.
— Tu n'iras nulle part, Micha. Tu m'appartiens pour les prochaines heures.
Alexis se redressa légèrement pour s'attaquer au reste du buste. Ses mains expertes firent courir la jute bleue autour du torse de Michael, tressant un harnais serré. Michael sentit les cordes appuyer fermement sur des points de pression précis le long de ses côtes et ses muscles. Étrangement, loin d'être douloureuse, cette contrainte rigide provoqua une sensation de soulagement et de plaisir intense. Michael laissa sa tête retomber en arrière, le souffle court, alors que son compagnon scellait le nœud final sur son sternum, immobilisant complètement tout le haut de son corps.
— Et maintenant, on passe aux jambes, annonça Alexis, le regard brillant d'une assurance qui fit vaciller Michael. Tu vas les écarter bien grand, rien que pour moi.
Alexis attrapa une nouvelle longueur de corde bleue et s'attaqua à ses jambes. Avec une précision redoutable, il replia les genoux de Michael, forçant ses cuisses contre sa poitrine avant de lier fermement ses chevilles et ses mollets. Puis d'un geste fluide, il fit courir un brin pour raccorder les liens de ses jambes directement au harnais de son torse. Le nœud final fut ancré.
C’était terminé. Michael était entièrement replié sur lui-même, les membres verrouillés, totalement incapable du moindre mouvement. L'immobilisation était absolue. Alexis recula pour contempler son œuvre et balaya le corps de Michael, d'un regard violet brillant de satisfaction.
— Tu es si beau comme ça, Micha… murmura-t-il, sa voix basse et traînante provoquant un frisson électrique qui traversa Michael de la tête aux pieds.
Ce timbre de voix, si sombre et assuré, le rendait fou. Alexis avança lentement une main et vint caresser l'entrée de son corps, déjà brûlant sous l'effet de la tension.
— Tu vas me supplier de te faire jouir, continua Alexis d'un ton sexy et provocateur, un éclat de défi au fond des yeux. Et je vais le faire, plus d'une fois, crois-moi. Ce sera bien plus intense que la somme de toutes les fois où c'est toi qui m'as pris.
Michael écarquilla légèrement les yeux, touché au vif par cette pique directe sur ses performances, mais l'excitation qui lui brûlait les entrailles balaya instantanément sa fierté. Alexis était en train de lui dire en face qu'il était un bien meilleur coup que lui, et le pire, c'est que Michael n'avait aucune envie de le contredire. Il était totalement à sa merci, soumis à ce flux ininterrompu de phrases chaudes et dominantes qui achevaient de le rendre fou.
Il ne pouvait pas bouger d'un millimètre. Et c'est là qu'il le réalisa que cette entrave décuplait ses sensations. Chaque millimètre de peau effleuré par les doigts d'Alexis était mille fois plus intense sans sa liberté de mouvement. Pourtant, au milieu de cette impuissance totale, aucune panique ne vint le submerger. Au contraire. Enveloppé dans l'étreinte ferme des cordes, Michael sentit une vague de sécurité absolue l'envahir. La tension accumulée pendant sa semaine à Londres, l'épuisement des sponsors, la rage qu'il traînait depuis l'après-midi… tout s'évapora d'un coup. Un sentiment de bien-être inédit, lourd et chaud, engourdit ses membres. Il ne comprenait pas scientifiquement ce qui se jouait dans son corps à cet instant, mais une clarté soudaine illumina son esprit : il comprenait enfin pourquoi tous ces types traversaient Munich en plein milieu de leur journée pour s'échouer dans cet appartement.
Alexis se pencha alors sur lui. Il supprima la distance pour cueillir ses lèvres dans un baiser. Sans la retenue de leurs habitudes, ce baiser fut d'une profondeur incroyable, sauvage et possessif, coupant le souffle de Michael qui y répondit avec toute la ferveur dont il était capable, prisonnier de son lit. Puis, Alexis détacha lentement ses lèvres des siennes. Il resta tout près, son souffle chaud caressant la joue du blond. Quand il parla à nouveau, sa voix avait légèrement changé, perdant son détachement cruel pour retrouver une nuance de cette tendresse familière.
— Comment tu te sens, Micha ? murmura-t-il tout doucement.
C'était une vraie question, sincère, le retour du Alexis doux et protecteur qui veillait sur lui et vérifiait que tout allait bien. Michael laissa échapper un soupir tremblant, ses yeux bleus ancrés dans le regard violet de son partenaire.
— Ça va… confirma-t-il dans un souffle, la voix basse mais d'une certitude absolue. Ça va super bien, Alexis. Continue.
Alexis laissa un sourire tendre et victorieux étirer ses lèvres en entendant la confirmation de Michael. Il reprit immédiatement le dessus, ses yeux violets s'assombrissant à nouveau sous la lumière tamisée de la lampe et débarrassa son bassin de son sous-vêtement.
— Parfait. Alors détends-toi pour moi, Micha.
Alexis glissa une main le long de la cuisse entravée de Michael, ses doigts remontant lentement jusqu'à son intimité avant de descendre plus bas, là où la tension de la position ouvrait son corps sans aucune défense. Michael sentit un frisson de pure anticipation lui cambrer légèrement le dos, mais les cordes bleues le rappelèrent instantanément à l'ordre, maintenant ses genoux fermement plaqués.
Quand le premier doigt d'Alexis, enduit d'un lubrifiant frais, glissa contre son entrée, Michael hoqueta. Puis, d'une poussée lente et mesurée, le doigt pénétra. L'effet fut immédiat et dévastateur. Privé de la liberté de bouger, de se cambrer ou de repousser la pression, le cerveau de Michael se focalisa entièrement sur ce point précis de son anatomie. Les terminaisons nerveuses semblèrent s'enflammer. C'était une sensation incroyable, démultipliée par l'impuissance et la rigidité de la jute brute qui lui enserrait le buste. Chaque mouvement du doigt d'Alexis à l'intérieur de lui résonnait comme une secousse électrique dans tout son corps.
Un gémissement aigu, rauque et terriblement vulnérable échappa à la gorge de Michael, résonnant haut dans le silence de la chambre. Alexis s'arrêta un instant, laissant son doigt immobile à l'intérieur pour savourer la réaction de son partenaire, un éclat de pure malice et de domination dans le regard.
— Tu gémis déjà autant, Micha ? murmura Alexis d'un ton cruellement taquin, reprenant les mots exacts qu'il avait lancés à l'inconnu quelques heures plus tôt. Et je n'ai mis qu'un seul doigt... Qu'est-ce que ce sera tout à l'heure... quand je te prendrai pour de vrai ?
Michael serra les dents, le visage cramoisi, son ego terrassé par le plaisir et la honte délicieuse de se faire provoquer ainsi. Il voulut tourner la tête pour cacher son trouble, mais Alexis posa sa main libre sur sa mâchoire, l'obligeant à le regarder en face.
— Regarde-moi quand tu as du plaisir, ordonna doucement Alexis avant de reprendre son mouvement, ajoutant un deuxième doigt dans un va-et-vient fluide et précis qui visa immédiatement le point le plus sensible de Michael.
Michael laissa tomber toute retenue. Brisé par l'intensité de ce toucher que la contrainte rendait magique, il se mit à gémir sans s'arrêter, s'abandonnant totalement aux doigts experts de son compagnon. Plus tard, Alexis retira ses doigts dans un bruit humide qui fit frémir Michael de la tête aux pieds. Sans lui laisser le temps de reprendre son souffle, il se positionna entre ses cuisses entravées. Michael sentit la pointe de son sexe, brûlante et impatiente, presser contre son entrée si bien préparée.
— Ouvre-toi pour moi, Micha, murmura Alexis avant de pousser lentement, s'enfonçant en lui d'un seul coup fluide.
Michael cambra le dos autant que les cordes bleues lui permettaient, un gémissement rauque s'échappant de sa gorge alors qu'il se faisait intégralement remplir. L'intensité fut telle qu'il crut voir des étoiles dans la pénombre de la chambre. Être pris dans cette position, totalement immobilisé, démultipliait chaque centimètre de la pénétration. Il ressentait le moindre relief, la chaleur interne, la friction exacte de leurs corps alors qu’Alexis s’enfonçait complètement en lui en murmurant :
— Mmmh Micha, qu’est-ce que tu es chaud là-dedans… Je ne suis pas sûr que je te laisserai repasser au-dessus de sitôt.
Michael ne chercha même pas à le contredire. Il n’avait jamais senti Alexis s’enfoncer en lui de la sorte, et là, submergé par cette plénitude inédite, il n’avait plus qu’une seule obsession : qu’il y reste le plus longtemps possible. Son compagnon commença à bouger. Les va-et-vient étaient lents, profonds. Il ne cherchait pas une jouissance rapide et gérait le rythme avec une maîtrise absolue. Les minutes s'égrenèrent, se transformant en une longue séance de plaisir ininterrompue. Michael haletait, complètement submergé par les vagues de sensations qui lui traversaient l'échine, totalement à la merci des coups de boutoir d'Alexis qui faisait durer les choses le plus longtemps possible.
Et le but de cette endurance devint rapidement clair pour Michael. Alexis ne cherchait pas seulement à se faire plaisir. Il visait à déclencher un orgasme purement interne, ce qui sans l'aide d'un sex-toy pour stimuler la zone était en général assez difficile. Il fallait frotter le bon endroit, sous le bon angle, pendant des dizaines de minutes sans jamais décharger. C'est exactement ce qu'Alexis s'affairait à faire. À chaque poussée, son sexe venait masser, presser et percuter la prostate de Michael. Le plaisir commença à changer de nature. Ce n'était plus une simple excitation de surface, c'était une chaleur lourde, profonde, qui irradiait depuis le fond de ses entrailles.
— Alexis… putain, Alexis… mumura Michael, les yeux révulsés, les poignets tirant inutilement sur les montants du lit.
— Je sais, Micha. Reste là. Ne bouge pas, de toute façon tu ne peux pas, souffla Alexis avec un sourire sombre en accélérant légèrement le rythme. Laisse-toi faire.
La chaleur sourde qui s'était accumulée au fond des entrailles de Michael explosa soudainement. Sous les assauts d’Alexis, sa prostate céda. Ce fut un séisme interne, une décharge électrique d’une violence inouïe qui lui traversa toute l'échine sans qu'aucune main ne touche son sexe.
— Ah... putain, AH... AH... ALEXIS ! hurla Michael, la voix totalement brisée.
Ses yeux se révulsèrent, son corps entier se tendit contre les cordes bleues de jute brute, ses poignets tirant sauvagement sur les montants du lit dans un réflexe désespéré. Il cria le nom de son partenaire dans un abandon total, submergé par des vagues de plaisir si intenses qu’elles confinaient à la douleur.
Au même instant, le corps d'Alexis se figea au-dessus de lui. Il gronda de plaisir, mais son contrôle resta parfait : il n'éjacula toujours pas. Au lieu de s'arrêter ou de faiblir, profitant de la sensibilité exacerbée et de la transe de Michael, Alexis relança ses mouvements de plus belle, frappant encore et encore son point sensible pour maximiser et étirer son orgasme prostatique jusqu'à la limite du supportable. Michael sanglotait presque, le souffle court, l'esprit totalement liquéfié par ce traitement de choc. Son ego de Roi avait été piétiné, broyé, et il n'en avait absolument plus rien à foutre. Il était accro. Il voulait tout.
— S'il te plaît… Alexis, s'il te plaît, jouis en moi… supplia Michael, la voix rauque, haletante. Vas-y, putain, remplis-moi ! Je le veux !
Alexis s'exécuta. Mais il le fit sauvagement. Il accéléra la cadence, ses coups de boutoir devenant lourds, brutaux, faisant grincer les montants du lit. Le visage d'Alexis s'était transformé, marqué par une luxure féroce. Il se pencha au-dessus de Michael, un sourire cruel et excité aux lèvres, et lui cracha ses phrases les plus crues directement au visage :
— Regarde-toi, Micha…, murmura Alexis d'une voix rauque et vulgaire, qui contrastait délicieusement avec sa politesse habituelle. Le grand Michael Kaiser… la star du Bastard München… complètement ficelé comme une traînée, incapable de bouger un doigt, et qui chiale pour se faire remplir !
Michael laissa échapper un gémissement de pure soumission, ses joues brûlantes d'excitation en entendant ces mots.
— Tu es à moi, Micha. Tout entier, ajouta Alexis.
Dans une dernière poussée, Alexis s'enfonça au plus profond de lui. Ses muscles pelviens lâchèrent enfin leur prise. Il cambra le dos, un grognement animal franchissant ses lèvres, et déchargea une onde de semence brûlante à l'intérieur de Michael. Le flot était si abondant qu'il le fit frémir jusqu'au fond des tripes. Le sexe d’Alexis pulsa longuement à l’intérieur de lui, prolongeant l’onde de chaleur avant qu’il ne se retire lentement dans un bruit humide. Michael laissa échapper un long soupir tremblant, les muscles encore secoués de spasmes. Alexis glissa hors du lit, attrapa un vêtement qui traînait sur le sol et s’essuya rapidement, avant de nettoyer délicatement l’entrée de Michael.
Mais il n'en avait pas pour autant fini avec lui.
Alexis s’attaqua à nouveau aux cordes bleues. Ses doigts agiles défirent la corde qui reliait le harnais du buste aux liens des jambes. Instantanément, la tension se relâcha : les genoux de Michael ne furent plus plaqués contre sa poitrine. Même si ses mollets restaient solidement ligotés contre ses cuisses, ses jambes purent enfin basculer et s'ouvrir sur les côtés, libérant l'accès à son propre sexe, tendu et palpitant de frustration.
Alexis se repositionna, grimpant à nouveau sur le matelas pour le chevaucher. Il aligna son entrée sur la verge dressée et lubrifiée de Michael et s’abaissa lentement. Michael grogna, le plaisir le submergeant à nouveau, mais la dynamique venait de glisser vers un tout autre terrain de jeu. Le visage d’Alexis changea. Il adopta une expression de douceur clairement surjouée, et lorsqu'il prit la parole, sa voix se fit plus haute, presque aiguë.
— Ah… Ah, Micha… gémit-il, en accentuant exagérément le balancement de ses hanches.
C'était le costume du "Alexis doux et docile" de leurs quatre dernières années, mais porté de façon moqueuse. Il continua :
— Ah, Micha… Tu veux bien jouir dans ton petit Alexis ? Il l'a bien mérité ton toutou, non ? Ah ah… Alexis est si gentil, il écarte les jambes si facilement, tu peux bien te vider en lui, non ? C'est exactement ce que tu voulais faire en entrant ici après un si long vol…
Le ton d'Alexis se fit brusquement plus sérieux. Il attrapa brusquement le visage de Michael pour le forcer à le regarder, ses yeux violets plantés dans son regard bleu.
— Tu voulais un trou facile à remplir, pas vrai ?
Puis, sans laisser à Michael le temps de répondre, Alexis reprit sa mascarade, sa petite voix aiguë et fausse rythmant ses mouvements :
— Mais ne t'inquiète pas... Il aime ça, ton petit Alexis... Ah… Il n'attendait que ça, mmmh… Mais tu l'as surpris à être un vilain garçon... Parce qu’Alexis est un vilain garçon le mercredi…
Le manège dura un certain temps, et pour Michael, cela devint une véritable torture psychologique et physique. Excité par les va-et-vient de son partenaire, il était condamné à subir le rythme sans pouvoir intervenir. Ses poignets étant toujours fixés aux montants au-dessus de sa tête, il ne pouvait pas saisir les hanches d’Alexis pour accélérer la cadence, ni pour le repousser, ni pour reprendre le contrôle. Il devait simplement endurer cette provocation qui mettait son ego en pièces.
— Arrête… Alexis, s'il te plaît, arrête… Termine moi, je t'en supplie, haleta Michael, le souffle court, le visage rouge de plaisir et de frustration. Je te promets… je te promets que…
Alexis se pencha en avant, brisant à nouveau sa fausse voix soumise pour retrouver son timbre le plus bas, le plus sexy :
— Ne promets rien, Micha. Viens pour moi plutôt.
D’un coup, Alexis accéléra sauvagement le rythme de sa chevauchée, ses hanches s'activant avec une ferveur brûlante. C'en fut trop pour Michael. Il capitula totalement et jouit à s'en déchirer la gorge, sa semence jaillissant pour remplir intégralement son partenaire dans l'obscurité de ce mercredi mémorable.
Satisfait, Alexis se laissa glisser sur le côté, le souffle court, brisant enfin leur étreinte charnelle. Puis, sans perdre un instant, Alexis s'activa. Il attrapa un linge propre, essuya délicatement le corps de Michael. Juste après, ses doigts agiles coururent le long des cordes. Il détacha Michael avec une rapidité impressionnante, libérant ses jambes et ses poignets des montants du lit.
Dès que les liens tombèrent, Michael voulut bouger, mais ses membres lui parurent lourds comme du plomb. Une sensation de froid soudaine et intense l'envahit, accompagnée d'une impression de chute vertigineuse. Son esprit, qui planait à des kilomètres au-dessus du sol sous l'effet de l'adrénaline et du plaisir démultiplié, venait de percuter la réalité. Voyant Michael trembler, Alexis ne parut nullement surpris. D'un geste tendre, il attrapa la lourde couette et enveloppa complètement Michael. Finalement, il se glissa contre lui, passant ses bras autour de son torse pour l'enlacer fermement, ancrant le blond contre sa propre chaleur pectorale.
— Tout va bien, murmura doucement Alexis à son oreille. C’est normal. C’est parce que tu as été immobilisé longtemps. Ton corps laisse juste redescendre toute l'adrénaline. Laisse-toi faire, je suis là.
Michael ferma les yeux, abandonnant les derniers vestiges de sa fierté contre l'épaule d'Alexis. Blotti dans ses bras, il se laissa doucement glisser vers le sommeil.
Le lendemain matin, la lumière douce de l’aube bavaroise s'infiltra à travers les rideaux, tirant lentement Michael de son sommeil. Ils se réveillèrent l'un contre l'autre, enveloppés dans la chaleur de la couette. Alexis ouvrit les yeux, lui offrit un baiser doux, presque timide et se leva immédiatement. C’était à son tour de préparer ses affaires. Il s’envolait le lendemain pour l’Espagne afin d’honorer un contrat de sponsor.
Michael, resté dans le lit, le regardait s’activer. Pour lui, Alexis avait changé. Pourtant, son compagnon se comportait exactement comme d’habitude : ses gestes étaient fluides, son expression tranquille, sa voix posée. Mais pour Michael, l’illusion de la passivité avait volé en éclats. Il avait l’impression de le connaître enfin véritablement, comme si un voile opaque s’était levé entre eux. Il avait goûté à sa fureur et à sa tendresse. C’était comme posséder Alexis tout entier désormais. Et cette réalisation le frappa avec la force d’un coup franc : il ne voulait plus rien d’autre. Juste Alexis. Les nuits sauvages avec d’autres partenaires… Tout cela lui paraissait soudainement bien fade comparé à la profondeur de ce qu'il venait de vivre. Il n’appellerait plus jamais qui que ce soit d'autre. Même pas Yoichi. C’était terminé. Il voulait juste Alexis, tout Alexis.
Alexis posa sa valise ouverte sur une chaise et commença à y ranger ses vêtements, avant de se baisser pour ramasser les cordes de jute bleu roi restées au sol, témoins de leur folle nuit. En le regardant enrouler soigneusement les liens, un nœud d’angoisse serra l'estomac de Michael. Il avait un mal fou à accepter l’idée que mercredi prochain, Alexis puisse se taper un autre mec de cette façon. Mais Michael connaissait leurs règles. Il n’avait pas le droit de l’en empêcher.
— Quand est-ce qu'on va le refaire ? lança soudainement Michael, la voix un peu plus pressante qu’il ne l’aurait voulu.
Alexis s’arrêta un instant, une corde à la main, et tourna la tête vers lui avec un sourire calme.
— Il ne faut pas enchaîner les séances trop vite, Micha. Ton corps a besoin de récupérer. Et puis… pour moi aussi. Si j'enchaîne trop, je fatigue, et je pourrais faire des erreurs de ligotage.
Michael accusa le coup, mais Alexis rangea la boîte en bois dans le placard et revint s’asseoir sur le bord du matelas.
— Je reviens mardi soir de Madrid, continua-t-il d'un ton plus doux. Je serai fatigué par le voyage. Mais… pourquoi pas mercredi prochain, après l’entraînement ?
Michael retint son souffle. Mercredi prochain. L’implication derrière ces mots fit bondir son cœur : si Alexis lui réservait son mercredi après-midi, cela sous-entendait qu’il n'allait poster aucune annonce. Qu’il ne verrait personne d’autre.
— Est-ce que je peux rester ici, dans ton appartement, pendant que tu es en Espagne ? demanda Michael.
La question n’avait l’air de rien, mais elle scellait son abdication. Rester là, dans cet espace vide, c’était sa façon de dire qu’il allait attendre Alexis sagement, qu’il ne chercherait aucune autre distraction, qu’il n’irait pas courir les clubs ou les amants d'un soir. Il n'allait rien faire d'autre que compter les jours. Le regard d’Alexis s’adoucit, brillant d'une fierté contenue et d'une immense affection. Il se pencha vers Michael et l'embrassa longuement, ses lèvres scellant son accord.
— Oui. Reste ici, murmura-t-il.
Le baiser, d'abord tendre, commença déjà à escalader vers quelque chose de plus chaud, de plus charnel. Les mains de Michael vinrent se perdre dans les cheveux violets d'Alexis, tandis que son partenaire écrasait doucement son bassin contre le sien à travers la couette. Michael sentit l'électricité de la veille se rallumer instantanément. Il réalisa qu'il n'avait jamais eu autant envie de se perdre entre les jambes écartées d'Alexis… Tout autant qu'il crevait d'impatience à l'idée de s'offrir à lui, pieds et poings liés, mercredi prochain.
