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Quand la porte d'entrée s'ouvre devant Roy, il sent tout son être se figer dans l'incompréhension et la surprise. Les yeux baissés vers la petite tête aux cheveux blonds coiffés en deux tresses courtes, Roy sent son cœur s'emballer dans sa poitrine.
La petite fille, qui en ouvrant la porte souriait de toutes ses dents en criant 'maman' est maintenant interdite dans le cadre de la porte, se cachant à moitié derrière le panneau de bois rouge.
"Bonjour," balbutie Roy, essayant d'invoquer un sourire sur ses lèvres pincées.
L'instant de gêne se prolonge dans le temps alors qu'il regarde la petite fille glisser de plus en plus hors de son champ de vision. Se ressaisissant, Roy prend une grande inspiration avant de s'agenouiller, la main qui tient son bouquet de fleurs contre son genou. Ce n'est pas le moment d'hésiter. Même si c'est… inattendu, Roy a envie de connaître les enfants d'Edward. Alors il va faire tout ce qu'il peut pour mettre toutes les chances de son côté.
"Tu es Clara, c'est ça ? Moi c'est Roy. Tu as de bien jolies tresses, aujourd'hui. C'est ton papa qui te les a faites ?"
Roy est impressionné par la maîtrise de sa voix et de son attitude. Malgré le fait que ses intestins soient en train de se liquéfier sous la pression, il garde le cap. Finalement, mener des réunions interminables sur la réhabilitation des Ishval ou parler à la fille de l'homme qu'il aime, les mêmes capacités de self-contrôle sont impliquées.
Clara réapparait un peu dans le cadre de la porte, méfiante mais intriguée, puis elle regarde le bouquet de fleurs que tient Roy, avant de l'observer de nouveau, toujours silencieuse. Elle fronce les sourcils et Roy a une image identique d'Ed lorsqu'il était plus jeune qui se superpose au visage de Clara.
Prenant une plus grande inspiration saccadée, Roy sent le trouble grandir en lui alors que la ressemblance évidente de la fille avec son père le frappe en plein visage. Même s'il n'a jamais rencontré cette enfant auparavant, il est indéniable qu'elle est bel et bien la fille d'Edward Elric, de la blondeur dorée de sa chevelure à ses yeux —bleus, certes— expressifs. Roy lui sourit du mieux qu'il peut et incline la tête, espérant avoir l'air moins dérangé qu'il ne se sent.
Roy est sur le point de rajouter quelque chose, mais il est interrompu lorsque la porte s'ouvre en grand sur Ed qui a les yeux rivés sur Clara, la mine autant renfrognée que sa fille.
"Je t'ai déjà dit de ne pas aller ouvrir la porte si je suis pas avec toi Clara, ta maman ne viendra pas avant demain soir et—" La voix d'Ed s'étrangle dans sa gorge quand il pose le regard sur Roy et que ses yeux s'élargissent, paniqués.
Roy lui offre un sourire contrit. "Bonjour Edward."
Et Edward rougit jusqu'aux oreilles, refermant sa bouche d'un coup. "Oh mer-credi," souffle-t-il en jetant un œil à sa fille qui entre temps s'est réfugiée derrière les jambes de son père. "On—On devait se voir aujourd'hui c'est ça ? Merd—mercredi, j'ai complètement oublié."
Le sourire de Roy s'adoucit en voyant le désarroi d'Edward et un sourcil narquois se lève malgré lui en entendant les vaines tentatives de maîtriser son langage devant sa fille. "On avait prévu de se voir oui, mais sûrement que le timing de ma proposition l'a rendue… difficile à retenir."
Le souvenir de leurs corps nus emmêlés et transpirants apparaît derrière ses paupières et Roy ferme brièvement les yeux. Il se remémore ses bras serrant Edward tout contre sa poitrine, respirant son odeur dans sa nuque. Et Roy se souvient de la question murmurée dans le creux de son oreille, 'Est-ce que tu es disponible après-demain ?' et d'Edward qui hoche la tête, les yeux fermés et la main accrochée à l'avant-bras de Roy sur son torse.
Roy peut encore sentir, même deux jours plus tard, la chaleur d'Edward contre sa peau alors qu'ils s'embrassent pour démarrer un nouveau round. Roy expire et rouvre les yeux, chassant le souvenir pour s'ancrer dans le présent.
Edward semble avoir le même genre de réminiscence alors que son visage prend une nouvelle teinte de rouge et il déglutit. Avant d'avoir le temps de répondre, une petite voix s'élève entre eux.
"Papa, c'est qui ?" Demande Clara, regardant Roy du coin de l'œil.
Ed croise brièvement le regard de Roy avant de s'agenouiller lui aussi pour être à la même hauteur que Clara et Roy. Ses yeux dorés reviennent un instant sur le bouquet que Roy tient mais il ne fait aucune remarque et se focalise sur sa fille, mettant une de ses mains sur l'épaule de la petite fille alors que l'autre se repose sur ses genoux fléchis.
"C'est— C'est Roy. Papa le connaît depuis super longtemps." Ed regarde Roy et déglutit. "Tu veux bien lui dire bonjour ?"
Clara regarde Roy, puis les fleurs, puis elle ouvre la bouche. "Pour qui c'est, ça ?"
Roy baisse les yeux vers son bouquet et son courage l'abandonne. Il avait décidé d'apporter ces fleurs à Edward et de montrer un peu plus son affection, mais il ne peut plus s'y résoudre à présent. Roy improvise donc une nouvelle idée.
"Elles sont pour toi, bien sûr," déclare-t-il, son sourire charmeur en place alors qu'il tend le bouquet vers la petite fille.
"Elios il est alir— il tousse quand il y a des fleurs." Clara regarde le bouquet avec méfiance et Ed a un petit rire.
"Mais non, il est allergique au pollen. S'il ne respire pas directement dans ces fleurs, il ne toussera pas, ne t'inquiète pas." Ed serre sa fille dans ses bras et tourne les yeux vers Roy, haussant les sourcils en regardant le bouquet, un sourire en coin étirant ses lèvres, cette fois.
Roy sent l'embarras essayer de se frayer un chemin sur son visage, mais il le combat d'une main ferme. Même si le tableau qu'ils offrent est adorable, Roy ne parvient pas à maîtriser le sentiment d'être de trop en regardant Clara dans les bras de son père, jouant avec les cheveux noués d'Edward avec ses petites mains. Son visage se détend alors qu'elle saute vers Roy pour lui dérober son bouquet de fleurs, enfouissant son nez dedans et tournoyant avec en riant.
Roy est distrait de sa spirale intérieure alors que Clara court à l'intérieur sans rajouter quoique ce soit, agitant ses fleurs en tous sens et laissant Edward et Roy seuls sur le pas de la porte. Se relevant avec lenteur, Roy regarde Edward qui fait de même, son attention et sa tête tournées vers l'intérieur d'où des cris excités de Clara raisonnent.
Puis Ed se racle la gorge et se tourne vers Roy, son expression reflétant son malaise apparent qu'un sourire discret vient adoucir.
Roy se rapproche se lui et lève sa main pour enserrer le coude d'Ed, murmurant à nouveau, "Bonjour."
Le sourire d'Edward s'étire. "Salut."
Il passe sa main sur l'avant-bras de Roy en retour, le caressant d'un bref mouvement avant de tirer sur le pan de son manteau ouvert pour le guider dans sa maison, refermant la porte derrière eux. "Désolé, Clara est beaucoup plus... polie d'habitude."
Roy hausse un sourcil et ne peut retenir un petit rire. "C'est toi qui t’inquiètes de la politesse de ta fille ? Vraiment ?"
Ed a le bon ton de rougir, fronçant les sourcils alors qu'il détourne les yeux en bougonnant, "Oh, ça va, j'étais jeune et con, je me suis bien calmé avec les années."
"Ça reste surprenant de t'entendre t'excuser de ce genre de choses. Pour peu on pourrait croire que tu as gagné en maturité." Roy n'arrive pas à retenir sa taquinerie, une vaine tentative de détourner son esprit du nœud énorme qui s'est établi dans ses entrailles. Et c'est un terrain connu et rassurant, de titiller Ed sur tout et n'importe quoi.
Mais Ed ne se laisse plus prendre aussi facilement dans ce genre de toile. Il croise les bras et sourit en coin. "Visiblement je le suis suffisamment pour que tu sois là aujourd'hui. C'est une preuve suffisante à mon goût."
Roy souffle un rire et s'avance vers Ed, dans l'idée de le prendre dans ses bras mais une petite tornade s'interpose entre eux pour courir dans les jambes d'Edward en criant.
"Papa tu viens jouer au jeu s'il te plaît ?" Clara tient toujours le bouquet de Roy entre ses mains, mais il a diminué de moitié et les fleurs restantes font triste mine. Roy pince ses lèvres et regarde Ed qui caresse la petite tête blonde en souriant affectueusement. Il ne sait pas exactement s'il ressent une forme de jalousie envers Clara, ou s'il ne sait simplement pas où est sa place dans tout ceci, ni même s'il en a une tout court au sein de cette famille.
La pensée troublante s'estompe dans un coin de son esprit alors qu'il écoute d'une oreille distraite l'échange doux entre Edward et sa fille, qui se conclue finalement par Ed qui se tourne vers lui. "Tu es partant pour te joindre à nous ?"
Le regard de Roy s'écarquille de lui-même alors qu'il entrouvre la bouche, à court de mots. Clara ne lui laisse pas le temps de tergiverser et elle saisit sa main pour l'emmener dans le séjour où la grande table est encombrée d'affaires appartenant aux deux enfants d'Edward. D'ailleurs, ce dernier intervient d'une voix posée que Roy n'a... jamais vraiment entendue chez son compagnon.
"Clara, tu es d'accord d'aller chercher ton frère pour qu'on joue tous ensemble ? Tu es gentille."
"Mais il faut ouvrir le jeu d'abord !" Proteste la petite fille en levant ses paumes au ciel, l'air de questionner la logique de son père.
"T'inquiète crevette, on va installer le jeu avec Roy." Et Ed pose sa main dans le bas du dos de Roy dans un geste si naturel, si instinctif que Roy sent son cœur s'emballer alors qu'une bouffée de chaleur se disperse dans son corps.
Quand Clara les observe chacun leur tour, elle finit par faire la moue. "Tu lui expliques bien alors, ok papa ?" Puis elle s'en va dans le couloir qui mène aux différentes chambres à coucher de la maison.
Ed secoue la tête en riant et appuie sa main plus franchement dans le dos de Roy. Il se rapproche de lui et passe son autre main sous sa veste pour la lui retirer, rapprochant leurs corps dans le mouvement. Son visage s'est considérablement détendu et il murmure, ses lèvres à quelques centimètres de celles de Roy, "Alors, prêt à plonger dans le grand bassin ?"
Roy sourit et le nœud qui entoure son estomac semble se relâcher quelques peu avec la proximité que lui offre Edward, qui au fil des dernières semaines est devenue familière. Il pose un baiser chaste sur la commissure des lèvres d'Ed et répond sur le même ton. "Evidemment."
Le visage d'Ed se renfrogne alors que le rouge gagne à nouveau ses joues et qu'il se recule juste assez pour regarder Roy dans les yeux, la mine plus sérieuse. "Je suis désolé que ça se passe comme ça, Roy. Je... J'aurais aimé pouvoir mieux préparer cette rencontre."
Roy lève la main et passe le dos de ses doigts contre la mâchoire tendue d'Edward dans un geste apaisant. "Ce n'est pas grave. Je suis..." Roy hésite. "...Content d'avoir l'occasion de les voir. Ils sont importants pour toi, et—"
Être coupé dans une conversation va devenir une habitude, semble-t-il, alors que des pas de course arrivent en trombe dans le séjour et qu'une Clara hilare débarque avec sur ses talons un Elios surexcité donc le cri de joie perce les tympans.
Roy se recule instinctivement alors que les deux enfants s'installent à table et que Clara fusille Ed du regard. "Papa, t'as pas préparé le jeu !"
Edward se ressaisit et se tourne vers la table, attrapant une petite boîte. "Oui oui, tu as raison, je fais ça tout de suite. Allez, amène-toi, Colonel," lance-t-il par-dessus son épaule.
Roy s'exécute, s'asseyant en face de Clara qui sautille sur sa chaise, trop petite pour y être assise et bien avoir accès au centre de la table. Puis, Roy porte son attention à Elios qui le regarde avec curiosité et retenue. Ses yeux bruns-dorés lui rappellent ceux d'Alphonse, et Roy lui adresse un sourire. "Salut Elios, comment tu vas ?"
Elios lui sourit en retour et lui tend la main par-dessus la table, se couchant pratiquement dessus pour se rapprocher de Roy. "Ça va ! Tu joues avec nous ?"
Roy retient son rire alors qu'il se saisit de la —mauvaise— main tendue pour la serrer, hochant la tête gravement alors qu'Ed finit de répartir les cartes sur la table en différents tas. "Si tu m'acceptes, alors oui."
Elios prend un air pensif et se tapote le menton comme s'il était en grande réflexion, puis il déclare, "C'est plus chouette de jouer à quatre, alors tu peux rester."
"On joue ?" Presse Clara qui s'empare de la petite pile de cartes devant elle avec impatience, faisant tomber deux d'entre elles sur la table et sur sa chaise.
"Hé, je vois toutes tes cartes !" Se plaint Elios en se tournant de manière dramatique à l'opposé de sa sœur, tendant la main à l'aveugle pour saisir de son propre tas.
"Doucement ! Clara, ramasse tes cartes et mets-toi comme il faut. Elios, occupe-toi de tes propres cartes s'il te plaît et laisse faire ta sœur."
"Ouais laisse-moi faire !" Répète Clara d'un air fier, imitant le ton qu'Ed vient d'employer.
Ed pouffe et secoue la tête. "N'en rajoute pas trop toi, occupe-toi de tes affaires."
Roy observe l'échange entre la famille avec une certaine perplexité, triant ses propres cartes en main alors qu'il sent à nouveau ce sentiment de malaise et... de ne pas se sentir à sa place. Observer Edward dans cet élément est inédit. Le Edward qu'il a connu la plus grande partie de sa vie est très différent de cette version posée, réfléchie et attentive. Et également très différent de la version qu'il découvre depuis que leur relation a pris un nouveau tournant.
Savoir qu'il est père est une chose, en être témoin en est une autre. Lorsque Maes est devenu père, c'était une continuité attendue et complètement dans le caractère de feu son ami. Tandis qu'Ed, qu'il a connu lui-même enfant, qu'il a vu grandir et affronter mille dangers, qu'il a fini par entraîner entre ses draps... Concilier toutes ces facettes d'Ed, ami loyal, brillant alchimiste, amant passionné, et père dévoué, est un grand écart auquel l'esprit de Roy n'était pas encore tout à fait préparé aujourd'hui en venant chez lui.
Roy, qui avait imaginé un nouvel après-midi de discussions et de découvertes intimes, comme à chaque fois qu'ils se voient seul à seul depuis un peu plus de deux mois, se retrouve dans une réalité qu'il avait pris soin d'occulter. Roy ne sait pas encore comment ni même s'il est capable de s'insérer dans cette dynamique familiale qui a l'air déjà bien rodée.
Tournant son regard vers Edward, Roy prend le temps de l'observer, calme et détendu, à rire et à diriger ses enfants d'une main tendre, mais ferme. Roy y voit un nouveau déploiement des nombreuses qualités d'Edward. Evidemment qu'il est un bon père. Rien qu'en l'entendant parler de ses enfants, Roy s'était bien rendu compte qu'Ed leur était totalement dévoué. Maintenant qu'il le voit interagir avec eux, cette certitude se confirme de manière un peu amère pour Roy.
Il aimerait que ce soit autant évident pour lui de savoir où est sa place dans tout ceci.
Ed doit sentir son regard peser sur lui car il tourne les yeux vers Roy, lui adressant un clin d'œil discret alors qu'il continue de parler avec ses enfants et que la partie de cartes commence.
C'est un jeu simple auquel Roy a joué de nombreuses fois lors de ses jeunes années dans l'armée. Cela fait probablement depuis cette époque qu'il n'y a pas joué d'ailleurs.
Quelques tours passent, Edward prenant le temps de bien expliquer à Clara ce qu'elle doit faire à chaque fois que c'est à elle de jouer. Elle est si fière de pouvoir jouer comme une grande qu'elle obéit avec plaisir aux instructions de son père. Elios s'ouvre de tour en tour, montrant sa malice et sa vivacité d'esprit à chaque carte dévoilée, comptant les cartes déjà sorties et déduisant le jeu de chaque adversaire avec un certain talent et une exactitude bluffante.
Après quelques tours de table, le jeune garçon prend la parole. "Pourquoi papa t'a appelé colonel avant ?"
Roy lève le regard de son jeu et regarde Elios qui le toise d'un air curieux. "Parce que c'est le grade que j'avais quand ton papa était encore dans l'armée."
Les yeux d'Elios s'agrandissent et il se tourne vers Edward d'un coup. "Tu étais dans l'armée papa ?"
Ed rit et coule un regard complice vers Roy. "Bah oui, tu le savais déjà. Quand j'étais alchimiste d'Etat, je faisais partie de l'armée."
"Comme tonton Al ?" Clara demande, posant ses cartes de manière visible sur la table. Elios saute tout de suite au plafond et les retourne vivement, tandis qu'Ed poursuit, tout en faisant signe à Elios de se calmer.
"Non ma belle, tonton Al est alchimiste, mais pas alchimiste d'Etat, c'est pas tout à fait la même chose, mais tu as raison ça se ressemble."
Clara fronce les sourcils et ramasse ses cartes en boudant et en grommelant. "C'est dit pareil."
Elios se calme et tourne de nouveau son attention vers Roy. "Et t'es toujours dans l'armée ? Moi j'ai lu un livre sur l'armée chez maman, je connais tout."
Ed renifle et fait un signe clopin-clopant de sa main. "Mouais. Tu te rappelais plus que j'avais fait l'armée, pourtant."
"À sa défense, le programme des alchimistes d'Etat n'existe plus, donc son livre n'en parle peut-être pas," intervient Roy, essayant de gagner quelques points auprès d'Elios. Avoir les enfants dans sa poche lui semble être une bonne stratégie.
"T'es de quel quel côté toi au juste ?" Demande Ed en plissant les yeux, un sourire sardonique sur les lèvres.
"Du côté de la justice, bien sûr," répond Roy en lui envoyant un clin d'œil à son tour, volontairement visible pour les enfants.
Elios éclate de rire. "Ha ! Tu vois papa, j'avais raison. Je sais tout."
"Abuse pas toi, quand même. Et toi," Ed pointe Roy du doigt. "tu perds rien pour attendre. Joue, maintenant."
Roy rit mais obtempère docilement, et alors qu'il pose sa carte sur le tas déjà présent au milieu de la table, il sent le genou de chair d'Ed frôler le sien sous le plateau de bois, et son cœur s'emballe. Son sourire persiste et il jète un œil à Ed qui le dévore du regard, l'air faussement détaché.
"Mais du coup lui, c'était ton chef à l'armée ?" Demande Elios de nouveau alors qu'il pose, lui aussi, sa carte sur la table en suite de Clara qui s'est mise à dessiner à côté d'eux en parallèle de leur jeu.
Roy hoche la tête même si c'est Edward qui répond. "Voilà, c'est ça."
"On a le droit de devenir ami avec son chef ?" Elios a l'air incrédule. Probablement que son livre n'allait pas aussi loin dans les explications.
"Je ne suis plus son chef depuis très longtemps, tu sais," dit Roy d'un ton calme. Son cœur bat fort dans sa poitrine et il a un peu peur de la tournure que pourrait prendre cette conversation s'ils ne font pas très attention.
Ed n'a pas l'air perturbé le moins du monde, de son côté. "Roy est bien plus cool comme ami que comme chef de toute manière." Il tourne les yeux vers Roy et fait mine de réfléchir. "Enfin la plupart du temps. Quand j'étais sous ses ordres, c'était un vrai conn-in. Un vrai connin. Hem."
Clara relève la tête de son gribouillage. "C'est quoi un connin ?"
Roy retient difficilement son rire mais décide de voler au secours d'Ed malgré tout. "C'est un lapin. J'étais donc un lapin quand tu étais sous mes ordres, hm ? Tu veux bien préciser ta pensée ?"
Ed lui lance un regard mi-amusé mi-je-vais-te-trucider avant de reprendre sans se laisser déstabiliser. "Tu étais très pressé pour me donner des ordres, bien sûr. Et il faut savoir prendre son temps, vous le savez," confie-t-il a ses enfants en les regardant avec sérieux.
Elios le regarde d'un air pas tout à fait convaincu mais Clara hoche la tête, sa concentration déjà reportée sur les couleurs qu'elle applique aléatoirement sur son dessin.
Le jeune garçon reprend la parole après un nouveau tour de jeu. "Et maintenant tu fais quoi à l'armée ?"
"Depuis quand tu t'intéresses autant à l'armée, bonhomme ?" Ed marmonne en posant sa carte sur le tas au centre de la table.
Roy pose sa carte à son tour et ramasse le tas devant lui en souriant. Puis, il glisse sa main sous la table et serre doucement le genou d'Ed, puis il répond à Elios.
"Je suis Général. Tu connais ce mot ?"
Elios ouvre grand ses yeux à nouveau. "Général ? Mais t'es presque le chef du pays alors !"
Roy rit doucement en voyant l'enthousiasme d'Elios. "Pas tout à fait. Mais c'est ce que j'aimerais, un jour."
"Wow. Moi aussi j'aimerais un jour."
Edward se racle la gorge. "Un mégalomane par famille suffira, Eli."
Roy tourne la tête vers Ed, ses entrailles se tordant en assimilant les mots qui viennent de sortir de la bouche d'Edward. Le sourire qui fleurit sur ses lèvres ne fait que grandir alors qu'il voit le rouge monter aux joues d'Ed qui pince ses lèvres, semblant regretter d'avoir parlé.
"Enfin bref t'as bien le temps de savoir ce que tu veux faire plus tard." Edward balbutie, essayant de reprendre consistance et évitant de regarder Roy par tous les moyens.
Ni Elios ni Clara ne relèvent le sous-entendu qu'ils n'ont peut-être même pas compris, et Elios finit par hausser les épaules pour passer à autre chose et continuer leur jeu.
Roy a toujours sa main sur le genou d'Ed, et il serre un petit peu plus dans l'espoir d'attirer son attention mais Ed déloge sa main et reste résolument concentré sur ses enfants.
Soupirant discrètement Roy se tourne aussi vers le jeu mais son esprit est totalement ailleurs.
Un par famille.
La chaleur qui s'installe dans le cœur de Roy s'étend et le bouleverse. Est-ce qu'Edward le considère comme faisant partie de la famille, déjà ? Après seulement quelques semaines à se voir en huis clos ? Mais il est vrai qu'ils se connaissent depuis si longtemps que ce laps de temps, qui peut paraître court, n'a finalement que peu d'importance sur le long terme, pour leur relation. Puis Roy est déjà amoureux d'Edward, et ce depuis bien plus longtemps que leur rapprochement physique, même s'il ne l'avait jamais admis avant cet immense tournant.
Lui-même a une notion de la famille bien abstraite. Les différentes brigades qu'il a eues le long de sa carrière ont été une sorte de famille. Berthold Hawkeye a été une sorte de famille. Même Riza, dans une certaine mesure. Sa tante Chris, qui l'a élevé du mieux qu'elle pouvait avec les moyens à sa disposition, incarne ce qu'il y a de plus proche de la famille au sens où Edward pourrait l'entendre. Mais Roy ne connaît pas ce dévouement immuable et total qu'Ed a toujours semblé expérimenter avec sa propre famille.
Et en toute honnêteté, Roy ne sait pas s'il est capable d'une telle dévotion. À quel point peut-il s'investir dans la famille d'Edward ? À quel point est-ce qu'Ed imagine la place de Roy auprès de ses enfants ? Au sein de sa famille ?
Roy a toujours vécu pour autrui, mais jamais de cette manière-là.
La fin de la partie de cartes ramène Roy au présent moment et la victoire d'Elios n'a rien de surprenant. Il a été, après tout, le seul à être véritablement attentif tout le long de la partie.
"Je peux retourner dans ma chambre, papa ?" Demande Elios en se levant, jetant ses cartes dans la boîte du jeu ouverte. Clara est déjà en train de courir dans le couloir, emportant ses crayons avec elle. Ed hoche la tête. "Oui bien sûr, prends ta sœur avec toi, ok ?"
Elios lève les yeux au ciel. "Okaaaay," lance-t-il d'une voix traînante en allant vers le couloir à la suite de sa sœur tout en criant son nom.
À nouveau seuls dans le séjour, Roy aide Edward à finir de rassembler les cartes pour ranger le jeu. Le silence devient pesant et Roy aimerait vraiment pouvoir discuter avec Ed, mais il semble perdu dans ses pensées. Une fois la boîte rangée dans l'armoire derrière la table, Ed pose son poing sur une des étagères, le dos tourné vers Roy.
Le côté de son visage est à peine visible, caché en partie par les mèches de ses cheveux blonds. Sa posture pourrait indiquer la défaite, mais Roy le connaît mieux que ça, il sait au contraire qu'elle indique qu'Ed se prépare à la bataille, quelle qu'elle soit.
"Désolé," dit-il dans un souffle.
Roy fronce les sourcils et se lève pour le rejoindre. "Pourquoi tu t'excuses ? Ça s'est plutôt bien passé, non ? Tes enfants sont vraiment chouettes, Ed."
Edward se tourne vers lui, les poings toujours serrés le long de son corps. Son visage reflète le trouble qui l'habite, même s'il y a un maigre sourire sur ses lèvres. "Merci. Je les adore."
Roy lui sourit en retour. "Ça se voit. Et ils t'adorent aussi, c'est évident."
Ed souffle un rire sans bruit et détourne le regard. "Je fais de mon mieux, mais en les voyant si peu..." Sa voix se perd, néanmoins Roy comprend où il veut en venir.
Ces dernières semaines, il a déjà eu l'occasion de constater la culpabilité qu'Edward ressent à ne pas être suffisamment présent pour ses enfants, ou du moins pas suffisamment comparé à ce qu'il aimerait vraiment.
"Tu es un père exemplaire, tu sais. Ils sont heureux ces enfants, ça saute aux yeux. Tu peux être fier de toi, fier d'eux."
Ed serre la mâchoire et ses yeux se fixent à nouveau dans ceux de Roy. Il hoche la tête mais n'ajoute rien. Roy ne parvient pas à déterminer si son langage corporel indique le malaise qu'Ed ressent à recevoir des compliments sur sa paternité ou s'il signifie tout à fait autre chose.
Roy s'avance d'avantage, entrant dans son espace personnel et entourant les coudes d'Edward de ses mains. "Comment tu te sens ?" Roy demande à voix basse.
Edward lâche un grand soupir, probablement gardé en lui depuis un bon moment. "Bien, je crois. C'est beaucoup plus intense que ce que j'avais imaginé."
Roy hoche la tête, s'approchant encore jusqu'à sentir la chaleur du corps d'Ed contre le sien. "Tu t'en sors très bien. Est-ce que tu préfèrerais que je m'en aille ? On peut se voir une autre fois, tu sais. Je comprendrais que tu veuilles ton moment avec tes enfants."
Roy le pense sincèrement, même si une partie de son esprit aimerait qu'Ed le retienne et ait envie qu'il reste avec lui. Roy se doute bien qu'avec ce qu'a dit Ed au sujet de la famille plus tôt, il doit avoir envie que Roy fasse partie, d'une manière ou d'une autre, de sa vie de famille. Toutefois, est-ce le bon moment ? Le bon contexte ?
Ou est-ce qu'Ed a, sans le vouloir, fait un lapsus mais qu'au final, il ne voit Roy que comme un moyen rassurant d'explorer sa sexualité ?
Roy chasse du mieux qu'il peut cette pensée sombre avant qu'elle ne tournoie de trop dans sa tête. Ed est en train de l'observer et passe d'un œil à l'autre, comme s'il cherchait à lire en lui.
"Non, sauf si tu es mal à l'aise avec mes enfants," Ed rétorque, presque sur la défensive.
Roy adoucit son visage. "Tu ne m'as pas écouté tout à l'heure ? J'aime beaucoup tes enfants. Ça me fait plaisir d'apprendre à les connaître."
Edward hoche la tête et lui sourit enfin avec sincérité. "Je pensais pas que ce serait si vite. Ça me met la pression que tu sois là."
Les sourcils de Roy se froncent en entendant ça. "Pourquoi donc ?"
Ed lève ses mains et repousse ses mèches blondes en arrière, posant ses mains sur sa nuque. "Parce que tu me fous la pression, c'est tout."
Roy l'étudie un instant. "Est-ce que tu as peur que je te juge ? Ed, je n'ai pas d'enfants, comment je pourrais te juger ?"
"Ton avis compte pour moi ok ? J'ai pas envie que tu t'imagines que je suis un père à chier, comme le mien. Et j'ai pas envie de te foutre la trouille non plus avec… avec cette partie de ma vie. Parce qu’on n’a pas vraiment—" Ed lâche sa nuque et claque sa langue, agacé. "On n'a pas vraiment parlé de tout ça jusqu'à maintenant."
Roy sent son cœur fondre ainsi que toutes les pensées néfastes qui subsistaient. Il soupire et son sourire se mue avec l'affection qu'il ressent pour cet homme.
Il franchit le dernier espace qui les sépare et prend Ed dans ses bras, car il n'est pas sûr de pouvoir soutenir son regard pour ce qu'il s'apprête à dire.
"Ed, je ne pourrais jamais être effrayé par une partie si importante de ta vie. Tes enfants sont ta priorité et c'est normal que tu ressentes tout ça, mais je ne compte pas aller où que ce soit. Et ce n'est pas trop tard pour parler de tout ça, comme tu dis. T'inquiète pas pour moi, je—" Roy déglutit, pris par les émotions qui l'envahissent et l'étouffent à moitié. "Je suis vraiment content d'être là, avec toi, avec eux."
Ed soupire et passe ses bras autour de la taille de Roy, l'attirant plus proche de lui encore alors qu'il enfouit son visage dans le creux du cou de Roy. Il tremble légèrement et sa respiration semble laborieuse.
Roy aimerait essayer de détendre Ed, il caresse donc en de lents en grands cercles le dos large qu'il tient entre ses bras. Puis, il reprend la parole. "Alors comme ça je te mets la pression ? C'est une nouveauté." Roy espère qu'une petite taquinerie sortira Ed de son malaise.
Ed se dégage de leur étreinte et regarde Roy, une lueur de défi dansant dans ses yeux. "Te fais pas trop d'idées non plus. Tu restes le plus grand bâtard qui soit."
Roy sourit. "Je n'imaginerais pas les choses autrement."
Roy se penche en avant, profitant de l'instant pour se rapprocher à nouveau. Ed est plus calme dans ses bras, et il avance aussi la tête vers Roy, fermant ses yeux alors qu'ils s'embrassent en douceur.
L'instant ne dure pas cependant, car une petite voix les fait sursauter tous deux à l'unisson.
"Pourquoi vous vous faites un bisou ? Les bisous sur la bouche, c'est pour les adultes."
Clara se tient à côté d'eux, tenant juste une fleur dans les mains et une peluche en forme de canard dans l'autre. Elle n'a pas l'air surprise ou choquée, juste curieuse.
Ed prend une jolie teinte cramoisie et il semble résister à l'envie de fuir très loin, mais il tient bon et se met à genoux devant sa fille, jetant un œil à Roy pour l'encourager à l'imiter, ce qu'il fait.
Il n'ose pas prendre la parole de peur de dire quelque chose qui ne plairait pas à Ed et décide de le laisser gérer la situation.
"Hem, tu as raison Clara, les bisous sur la bouche c'est pour les adultes." Edward jette un œil à Roy et grimace avant de reprendre, s'asseyant en tailleur par terre. Ed étend l'un de ses bras pour accueillir sa fille sur ses genoux et elle s'y installe tout de suite, passant ses petites mains autour de l'avant-bras de son père.
"Roy et moi—" Ed ferme les yeux un instant et déglutit, caressant distraitement l'épaule de sa fille. "On est de bons amis, de vraiment bons amis. On..." Il se racle la gorge et Roy voit bien qu'Ed essaie désespérément de trouver les bons mots.
"Vous êtes amoureux ?" Demande Clara, regardant alternativement Edward et Roy. "Comme Garfiel et Antony ?"
Roy ne voit absolument pas de qui la petite fille parle, mais il est surtout tétanisé et suspendu aux lèvres d'Edward pour connaître sa réponse, lui aussi.
Ed coule un rapide regard vers Roy et son visage fait quelque chose de compliqué. Ses yeux sautent d'un point à un autre de la pièce sans se fixer et il fronce les sourcils, concentré. "Garfiel et Antony... C'est pas tout à fait pareil, enfin..." Ed ferme les yeux et laisse passer quelques secondes qui semblent durer des heures aux yeux de Roy, puis il reprend. "Mais oui, on—on s'aime beaucoup."
Roy pince ses lèvres, le nœud dans ses entrailles se resserrant. Il ne sait pas si l'hésitation d'Ed est dirigée vers ce qu'il ressent pour Roy ou vers ce qu'il est d'accord de partager avec sa petite fille de trois ans.
"OK !" Clara est imperturbable, comme à son habitude, Roy commence à le comprendre. Elle se tourne ensuite vers lui. "Maman aussi elle a eu un amoureux, mais il est plus là maintenant. Maintenant elle dit que c'est tous des idiots."
Ed pince aussi les lèvres et plisse ses yeux, tandis que Roy cherche à savoir ce qu'il est censé répondre à ça.
"Je suis sûre que ta maman trouvera un nouvel amoureux qui restera. Elle est très gentille ta maman." Il dit, essayant de se mettre dans la peau de la petite fille.
Clara sourit et hoche vigoureusement la tête. "Oui !! Moi j'ai pas d'amoureux," elle rajoute, pensive.
Ed corrige d'une voix mécanique. "Ou d'amoureuse. Mais t'es trop petite alors oublie ça."
La petite fille hoche la tête et regarde Roy de nouveau, puis elle se lève des genoux d'Ed pour venir s'assoir sur ceux de Roy à la place. Roy l'accueille, surpris, et l'entoure d'un de ses bras dans son dos, reposant sa main contre sa petite cuisse.
"Je peux dire un secret ?" Demande-t-elle, les yeux très sérieux tout à coup.
Roy hoche la tête et se penche pour écouter ce qu'elle a à dire. Dans son mouvement, il capte le regard d'Ed qui le brûle par son intensité. Roy déglutit mais maintient ses yeux plongés dans ceux de son amant.
La petite fille se penche d'avantage et elle pose la tranche de sa main entre la joue et l'oreille de Roy avant de chuchoter. "Maman et papa ils étaient amoureux avant."
Roy tourne son attention vers Clara, sourit malgré lui et prend un air faussement étonné. "Mais non ? C'est vrai ?"
Clara hoche la tête gravement, faisant la moue. "Oui. Maintenant plus. Mais avant oui. Ils nous aiment très fort mais eux ils s'aiment plus comme ça. Alors—Alors maintenant tu es là. Tu restes, toi ?"
Roy sent son cœur s'emballer à la question de Clara, si innocente. Pourtant, elle porte un poids bien plus grand qu'il n'y paraît. Roy aimerait répondre oui sans hésiter, mais la vérité est plus compliquée que cela, et il ignorait encore où Edward se situait. Aussi, Roy opte pour une réponse honnête, mais prudente. "Aussi longtemps que ton papa aura envie que je sois là."
Clara lui sourit puis hoche la tête vigoureusement, comme si c'était la bonne réponse. Elle se lève ensuite de ses genoux et se tourne vers son père. "J'ai soif, je peux avoir de l'eau s'il te plaît ?"
Ed a du mal à détacher son regard de Roy mais finit par le faire, répondant distraitement à sa fille. "Bien sûr, je te donne ça tout de suite. Tu peux aller t'assoir sur ta chaise en attendant."
Roy et Edward se relèvent et Roy va s'assoir auprès de Clara qui commence à lui expliquer la vie de son canard en peluche, qui est le même que celui qu'elle a chez sa maman et qui vit de grandes aventures avec elle. Roy est bluffé par la capacité innée des enfants à passer d'un sujet à un autre avec une facilité déconcertante.
Il aimerait pouvoir dompter son esprit avec la même aisance que Clara, qui saute d'un sujet à un autre, peu importe leur gravité ou leur impact potentiel. Sauf en ce qui concerne les aventures de son canard qui a manqué d'être carbonisé à plusieurs reprises dans la forge du travail de sa maman.
Mais Roy n'écoute Clara qu'à moitié. Le sourire qu’'Ed arbore l'hypnotise et il n'attend qu'une chose, qu'ils soient seuls tous les deux pour enfin discuter de tout ce qui a été effleuré aujourd'hui bien malgré eux.
Le reste de l'après-midi se déroule sans encombre, partagé entre jeux avec les enfants, discussions légères et anecdotes sur chacun des membres de la famille. Roy doit régulièrement se battre contre le sentiment qu'il n'appartient pas à cet endroit pour se concentrer sur l'évidence : tout le monde semble à l'aise avec sa présence.
Puis, au moment où Ed va commencer le rituel du coucher, Roy sent qu'il est temps pour lui de s'éclipser. Il salue Elios (qui lui sert la bonne main, cette fois) et Clara (qui lui fait un grand câlin) avant de se diriger vers la porte d'entrée accompagné d'Edward.
Sur le pas de la porte, Roy hésite un instant en regardant Ed qui se tient appuyé dans l'encadrement de la porte, les bras et les jambes croisés, un petit sourire étirant ses lèvres. Il a l'air fatigué mais détendu et le charme qu'il dégage séduit Roy sans qu'il puisse s'en empêcher.
Roy prend sa décision et, repoussant Ed légèrement vers l'intérieur pour le cacher à la vue de la rue, il se penche pour l'embrasser un court instant, juste un effleurement de sa bouche contre celle d'Edward. Ed répond à son baiser et murmure contre ses lèvres, "On se voit bientôt."
Appuyant son front contre celui d'Ed, Roy ferme les yeux un instant avant de se reculer et de laisser Ed refermer la porte de bois rouge sur lui. La fraîcheur de la nuit fait frissonner Roy qui remonte le col de son manteau pour s'en protéger.
Mais le nouveau frisson qui le parcourt alors qu'il se refait le film de l'après-midi qu'il vient de vivre n'a plus rien à voir avec la température extérieure.
:::: * ::::
Roy est penché sur de nouvelles modifications de loi pour la nouvelle Ishval depuis plus de deux heures lorsque sa concentration est interrompue par des coups répétés contre sa porte d'entrée. Clignant des yeux plusieurs fois pour s'ancrer à nouveau dans la réalité, Roy se redresse sur son étroit bureau en bois de chêne.
Son bureau d'étude chez lui est éclairé d'une lumière chaude mais désormais insuffisante, car il n'a pas pris le temps de corriger cela plus vite, concentré qu'il était sur son travail. Roy recule sa chaise et se lève quand de nouveaux coups impatients retentissent, le faisant grogner à voix basse, "Ça va, ça va, j'arrive."
Il descend les escaliers du couloir de sa maison et reconnaît immédiatement la silhouette d'Edward au travers de la vitre opaque de sa porte d'entrée. Roy se doute de la raison de la visite d'Edward à l'improviste. Voir Edward provoque en lui un sentiment d'appréhension mélangé au plaisir qu'il a de voir son amant. Le cœur de Roy s'emballe alors que le souvenir de la veille lui revient en tête.
Ce n'est pas seulement parce qu'il a énormément de travail qu'il s'est mis à cogiter sur les traités de loi Ishvals, c'est aussi pour éviter de trop tourner et retourner dans tous les sens tout ce qui s'est passé la veille avec Edward et ses deux enfants.
Roy essaie de maîtriser les battements erratiques de son cœur alors qu'il descend les dernières marches de l'escalier grinçant de sa maison. Avant d'ouvrir la porte, il prend une grande inspiration et rassemble tout son courage.
À peine le battant est-il ouvert qu'Edward s'engouffre à l'intérieur, entraînant avec lui une petite trainée de flocons tombants avec douceur dans la fraîcheur de la soirée.
"Désolé de débarquer comme ça, sans rien dire," dit-il en guise de salutation.
Roy hausse les sourcils en regardant l'air débraillé d'Edward, comme s'il avait couru sous la neige pour arriver ici. "C'est un plaisir de te voir aussi, Edward." Rétorque Roy en fermant la porte à clef. "Je te débarrasse ?" Propose-t-il en tendant sa main vers le manteau couvert de neige en train de fondre.
Ed, qui semble être lancé à toute allure dans une réflexion que Roy a encore du mal à saisir, défait son manteau machinalement et le tend à Roy qui l'accroche avec le sien à l'entrée.
"Merci," marmonne Ed, le regardant dans les yeux alors qu'il tourne en rond comme un lion en cage dans le hall d'entrée. "Je viens de laisser Eli et Clara à Winry à la gare, et je pouvais pas rentrer chez moi—pas après—" Ed croise le regard intrigué et légèrement inquiet de Roy. "Pas après hier. Je peux pas rester avec tout ça en suspend jusqu'à la prochaine fois qu'on se verra, tu comprends n'est-ce pas ?"
Roy sent une boule se former dans son estomac. Ils en sont donc arrivés au point de non-retour. Celui où tout va basculer, dans un sens ou dans l'autre. Roy n'est toujours pas masochiste, aussi décide-t-il de dévier un petit peu la conversation dans un premier temps.
"Ils étaient contents de leur temps avec toi ? Comment va Winry ?"
Ed passe sa main dans ses cheveux rendus humides par les flocons de neige fondus, les tirant en arrière et dégageant son visage par la même occasion. Le rouge qui occupe ses joues et ses oreilles provient sûrement du froid extérieur, mais Roy ne pourrait l'affirmer avec certitude vu l'agitation dans laquelle Ed semble se trouver.
Il se tourne vers Roy d'un coup et, comme pris d'une illumination, ignore totalement les questions de Roy pour demander plutôt, "On peut monter dans ta chambre ? Je crève de froid et j'aimerais me réchauffer avec toi. Si tu es d'accord."
Roy avale son inquiétude et la légère blessure qu'il ressent en se voyant ignoré de la sorte, mais il hoche de la tête en levant la main vers les escaliers, bien qu'Ed connaisse plutôt bien les lieux et n'ait pas besoin d'indications après ces quelques semaines de visites intenses chez l'un et l'autre.
Ed le remercie dans un murmure et retire ses chaussures pleines de neige avant de monter les marches rapidement, Roy le suivant avec moins d'urgence.
Une fois dans sa chambre, Roy constate qu'Ed est déjà à moitié nu et en train de retirer son pantalon. Il se glisse ensuite sous les draps en soupirant d'aise, grimaçant en se penchant en avant. Roy reconnaît là l'inconfort que le jeune homme blond ressent par temps froid et humide au niveau du port de son automail.
Roy s'approche lui aussi de son lit, retirant une partie des vêtements confortables qu'il portait pour ne rester qu'en t-shirt et en caleçon. Il se glisse de l'autre côté du lit, s'asseyant et s'appuyant contre la tête de son lit. Il croise ses chevilles et regarde la boule tremblante qui s'agite à côté de lui.
Levant les yeux vers Roy, Ed reprend, la voix un peu cassée. "Ils vont bien. Winry aussi. Ils... Eli lui a dit qu'il avait rencontré un vrai Général de l'armée." Il fronce les sourcils un instant, détournant les yeux quelques secondes avant de revenir sur Roy. "Je sais pas ce qu'ils vont lui dire d'autre."
Roy lève son bras, invitant Ed à venir contre lui, ce qu'il fait en soupirant d'aise alors qu'il colle ses membres glacés—y compris son automail—contre Roy pour lui voler sa chaleur. Roy retient difficilement un hoquet de surprise mais il raffermit sa poigne sur l'épaule d'Ed, le serrant plus proche encore. Edward est tremblant de froid, mais la poigne ferme de Roy autour de lui semble l'aider à se calmer.
"T'es tellement chaud, c'est trop bien," Edward chuchote d'une voix plaintive, mais soulagée.
Roy sourit et passe doucement sa main dans la chevelure blonde humide, la libérant en douceur de l'attache pour les laisser tomber librement et les caresser affectueusement.
Edward ajuste sa position sur la cuisse de Roy, collant sa joue froide contre sa peau et laissant un long frisson le traverser.
"Je... Je sais que c'est mieux si le moins de monde est au courant possible. Je sais bien," reprend Edward après un petit moment. "Mais... là je pouvais pas faire grand chose pour empêcher ça."
"Ne t'inquiète pas pour ça Ed. Je ne vais jamais te demander de mentir à ta famille pour moi."
Ed lève les yeux vers lui et tire la couette plus proche de son visage. "Je n'ai pas su quoi dire à Winry. C'est là que j'ai vraiment réalisé qu'il fallait qu'on parle, toi et moi. Même si..." Ed prend quelques secondes pour réfléchir et Roy continue de caresser ses cheveux blonds. "Même si c'est pas— Même si c'est sûrement trop tôt pour en parler."
"Je pense que tu as raison. Rencontrer tes enfants m'a fait réfléchir, moi aussi."
Edward plonge ses yeux ambrés dans les siens. Son regard reflète son inquiétude et sa bouche se tord en une moue contrariée. Il détourne les yeux avant de répondre. "Ouais, je sais."
Roy fronce les sourcils, cesse ses caresses et change de position, s'allongeant aux côtés d'Edward pour lui faire face. Leurs jambes sont toujours emmêlées et Roy avance sa main vers celles d'Edward qui sont recroquevillées contre son torse.
"Ça ne m'a ni effrayé ni dissuadé de continuer à explorer notre relation, si c'est ce qui t'inquiète."
La grimace que fait Edward montre son incertitude. Il ne tremble plus, la chaleur qui se répand sous les draps semble être efficace.
"Je sais qu'on a commencé tout ça un peu... sur un coup de tête." Roy serre les mains d'Ed entre ses doigts et est soulagé lorsqu'Edward les serre en retour. Ce qui l'encourage à poursuivre sur sa lancée. "Mais pour moi en tous cas, c'est bien plus que de simples explorations physiques."
Ed murmure entre eux. "Pour moi aussi. Je... me suis un peu caché derrière cette excuse, au départ."
Roy ajuste sa position sur son bras avant de répondre. "Je suis pas certain. Tu as le droit d'avoir eu envie d'avoir un partenaire connu pour découvrir ta sexualité. Et j'étais au courant, c'était en ordre pour moi."
Edward a l'air blessé quand il le regarde et son air dégoûté resserre le nœud qui grandit dans l'estomac de Roy.
"Pas du tout. Je te l'ai déjà dit pourtant. T'étais pas une expérience. Ni un partenaire connu." Crache Ed en s'asseyant en tailleur face à Roy, qui adopte une position similaire.
"On dirait que tu fais exprès de minimiser ce que j'essaie de te dire, mais écoute-moi au lieu de faire tes suppositions à la con."
Roy hausse les sourcils. "Très bien, qu'est-ce que tu essaies de me dire, dans ce cas ?"
Ed éclate d'un rire sans joie. "Comme si tu le savais pas déjà." Son visage amer se détourne et les mèches blondes tombent à nouveau autour de lui. Ed les repousse d'un geste agacé. "Tu penses vraiment que j'aurais pu aller trouver n'importe quel connard pour faire tout ce qu'on a fait tous les deux ces deux derniers mois ? Tout ce que je t'ai partagé ?"
Roy le regarde, interdit, et se demande comment la conversation a pu s'envenimer ainsi sans qu'il ne s'en rende compte. Comment a-t-il pu blesser Edward à ce point alors qu'il cherche seulement à le préserver, du mieux qu'il peut ?
"Non, je ne le pense pas."
"Mais alors c'est quoi ton problème, putain ?"
Roy sent ses émotions grandir en lui et il doit lutter de toutes ses forces pour les maintenir sous contrôle. Il est tellement blessé et décontenancé par la véhémence d'Edward qu'il ne sait pas comment réagir, ni même comment désamorcer ce qui ressemble à une voie sans issue.
"C'est pour ça qu'on en parle, non ? Pour faire en sorte de toute ça ne soit pas un problème." Avant qu'Ed ne puisse le couper, Roy lève sa main en signe d'attente et poursuit sur sa lancée. "Qu'en est-il de toi ? Tu crois que j'aurais pu juste profiter de la situation sans un égard pour toi ? Tu me connais mieux que ça, Edward."
Ed referme sa bouche et l'étudie pendant de longues secondes qui s'éternisent. Roy ne bronche pas et le laisse faire, en profitant pour faire de même. L'état d'agitation dans lequel Ed semble se trouver est contagieux mais Roy a l'habitude de garder ce qu'il ressent en laisse, bien caché.
Edward finit par baisser la tête et fermer les yeux, laissant sortir un grand soupir. "T'as raison. On est juste deux cons."
Roy sourit et acquiesce, même si Edward ne peut pas le voir. Il se rapproche et passe ses jambes par-dessus celles d'Ed pour le prendre dans ses bras, le serrant fort contre lui. Ed lui rend son étreinte et enfouit son visage contre son torse, s'accrochant au tissu de son t-shirt d'une poigne de fer.
En sentant Ed se détendre dans ses bras, Roy sent la tension qui électrisait l'air s'évaporer avec sa propre anxiété. Il laisse sortir un soupir lui aussi, appuyant son menton sur le haut du crâne d'Ed.
"Elios t'a adoré. Et Clara a hâte que tu lui rapportes des fleurs." Roy regarde le haut de la tête d'Ed et laisse s'échapper un petit rire, mais Ed poursuit, se détachant suffisamment de Roy pour le regarder dans les yeux, les siens étant plissés dans une mine perplexe et méfiante. "D'ailleurs c'était quoi ce délire de m'apporter des fleurs ?"
Roy sent le rouge lui monter aux joues mais ne laisse rien paraître. Il se racle la gorge avant de répondre. "J'avais envie de te surprendre."
Et de te séduire, ajoute-t-il dans sa tête.
Ed hausse un sourcil comme s'il avait lu dans ses pensées. "C'est réussi."
Roy se penche en avant et regarde les lèvres d'Ed avec envie. Edward capte son hésitation et s'avance à son tour, l'embrassant avec douceur.
Toute la tension et la peur résiduelle qui persistait en Roy disparaît à ce simple contact. Roy est fasciné par la faculté d'Ed à l'ancrer et le calmer. Probablement proportionnel à sa capacité à le faire sortir de ses gonds et à le rendre inapte à la réflexion.
Ed sourit dans leur baiser, et Roy aurait tout donné pour lire dans ses pensées. À défaut de développer un sens télépathique, il se recule et dit, "Qu'est-ce qui se passe ?"
"Rien, j'avais oublié ce que c'était de me prendre la tête avec toi."
"Ça t'a manqué ?"
Ed sourit d'un air machiavélique. "J'aime mieux ce qu'on fait ces derniers temps. Pas toi ?"
Roy hoche la tête, se rapprochant de lui à nouveau. Il murmure contre ses lèvres, "Tout à fait d'accord," avant de l'embrasser avec un peu plus de vigueur cette fois.
L'automail d'Ed est glacé contre sa peau, n'ayant pas encore eu le temps de se réchauffer après le long moment qu'Edward a dû passer dehors. Pourtant Roy ne pourrait pas imaginer meilleur moment que celui-ci, à embrasser l'homme qu'il aime et à le serrer contre lui, à le sentir frissonner alors que la chair de poule recouvre son dos nu.
Roy remonte ses mains le long de la colonne vertébrale d'Ed, effleurant de ses doigts pour provoquer un nouveau frisson. Dans leur baiser, Edward laisse sortir un long gémissement.
Depuis qu'ils ont commencé leurs explorations quelques semaines auparavant, Ed se laisse de plus en plus aller lorsqu'ils couchent ensemble. Roy se délecte de tout ce qu'il arrive à faire naître chez Ed, de tout ce que son compagnon lui laisse voir et entendre de lui. Tout ce qu'il apprend de nouveau sur ce qu'Ed aime est minutieusement catalogué dans son esprit et son dictionnaire s'étoffe à chaque fois qu'ils sont intimes.
Ed pousse doucement Roy en arrière, se glissant entre ses jambes et pressant son bassin contre le sien. Le soupir qui s'échappe de Roy est incontrôlable alors qu'une trainée de poudre semble s'être enflammée dans son bas ventre.
Roy empoigne à deux mains la tête d'Ed pour approfondir leur baiser, glissant sa langue entre ses lèvres et bougeant ses hanches en cadence avec les mouvements d'Ed contre lui.
L'une des mains d'Ed le retient de tomber sur Roy alors que l'autre explore son torse par-dessus son t-shirt. Ed prend entre ses doigts l'un des tétons de Roy au travers du tissu et Roy sent une nouvelle décharge se répandre dans son corps en réponse. Roy descend une de ses mains pour entourer le biceps d'Ed, l'encourageant dans ses gestes.
Même si Ed a confirmé depuis longtemps qu'il est resté fidèle à lui-même: il apprend très vite.
Ed rompt le contact de leur bouche pour venir embrasser le côté de la mâchoire de Roy. Ouvrant les yeux, Roy croise le regard embrumé d'Ed qui l'embrasse par-dessus son t-shirt, prenant entre ses dents le téton qu'il caressait juste avant.
Roy gémit, son souffle s'accélérant. Il lève une de ses mains pour prendre en coupe la joue d'Ed. Le regard doré de son compagnon semble presque scintiller à la lueur orangée du soir, en reflet à la toute première nuit qu'ils ont partagé ensemble.
Ed ferme les yeux et remonte le t-shirt de Roy avec sa main pour pouvoir embrasser sa peau directement, sans barrière. Roy a la pensée fugace de retirer son vêtement mais les attentions et baisers d'Ed sont si bons qu'il n'a pas envie de l'interrompre.
D'autant plus qu'Ed n'a pas l'air dérangé le moins du monde par ce détail alors qu'il embrasse, lui lèche et mordille la peau. Lorsqu'il arrive vers le flanc de Roy, Ed lève les yeux et vient passer le bout de sa langue sur le bord de la grande cicatrice cautérisée. Roy n'a plus beaucoup de sensations à cet endroit-là depuis lors, mais la vision est tellement érotique qu'il soupire d'aise de la même manière que si c'était une zone érogène. Il se sent tellement accepté, tellement compris par Edward. Roy ferme les yeux pour savourer ce sentiment d'appartenance et de plaisir.
Ed sourit et embrasse sa peau sans y mettre beaucoup de pression. "Tout va bien ?" Il demande et le calme qui transparaît dans sa voix séduit Roy plus qu'il ne voudrait bien l'admettre.
Il a toujours vu Edward comme une force de la nature inarrêtable et imprévisible. Et le voir ainsi, serein, en totale maîtrise de lui-même et de la situation... Fait naître en Roy tout un panel d'émotions nouvelles.
Plus le temps passe, même s'il n'a pas été long depuis le début de l'évolution de leur relation, plus Roy réalise qu'il n'a jamais connu cela auparavant. Jamais il n'a ressenti une telle connexion avec un partenaire. Une telle alchimie. Un tel besoin de tout connaître, de tout explorer.
Et Roy réalise surtout, même si c'est un peu effrayant, qu'il n'a en fait jamais eu l'occasion d'être intime physiquement avec quelqu'un dont il était amoureux. Et que ça fait toute la différence, pour lui du moins.
Ed le sort de sa réflexion alors qu'il arrive au niveau de l'élastique de son caleçon déjà tendu. Roy le regarde et se redresse sur ses coudes pour avoir une meilleure vue.
"Tu es si beau," souffle-t-il en lui caressant de nouveau le côté du visage.
Edward, qui est déjà bien échevelé, voit le rouge lui monter aux joues. Il baisse la tête et l'enfouit dans l'aine de Roy, juste à côté de—
"Il faut toujours que tu dises de ces trucs..." Marmonne Ed alors qu'il secoue sa tête, le visage caché contre le tissu du caleçon.
Roy a un mouvement involontaire des hanches alors qu'il rit dans un souffle. "Désolé."
Ed grogne en réponse et tourne sa tête vers le sexe dressé de Roy. "Pas grave," murmure-t-il.
Avançant son visage, Ed embrasse le pénis de Roy du bout des lèvres, toujours par-dessus le tissu. Roy réagit dans l'instant, un soubresaut le parcourant et sa main venant se mêler aux longs cheveux blonds.
Ed lève les yeux vers lui l'espace d'un instant puis clos ses paupières alors qu'il l’embrasse un peu plus franchement, humidifiant le caleçon. Il saisit l'élastique d'une main et libère le sexe de Roy, s'offrant une plus grande marge de manœuvre pour embrasser et cajoler cette partie de lui.
Tout comme la première fois qu'Ed s'est occupé de lui ainsi, Roy sent son esprit dériver loin de sa conscience, uniquement plongé dans les sensations qu'Ed lui procure. Il montre de plus en plus d'enthousiasme et semble avoir trouvé un rythme et une certaine... routine ? Dans la manière de donner du plaisir à Roy, et Roy adore ça. Il aime pouvoir se réjouir de ce qui va arriver, de savoir quels mouvements vont venir ensuite, d'anticiper quelles nouveautés Ed va vouloir essayer, cette fois.
Edward est un amant inventif, passionné et curieux. Un alliage parfait que Roy espère lui rendre en grande partie lorsque c'est lui qui est en charge du plaisir d'Ed.
Aujourd'hui, Edward semble vouloir introduire de la nouveauté au sens propre du terme. Roy relève la tête lorsqu'il sent le bout de l'un des doigts d'Ed se poser contre son anus. La surprise qu'il ressent est largement submergée par la vague de chaleur qui l'envahit tout entier et son excitation monte de plusieurs crans.
Ed relève un regard incertain vers lui, sa bouche rougie par sa récente occupation sur le sexe de Roy.
L'envie, l'hésitation et l'impatience que Roy lit dans les iris ambrées vrillent les entrailles de Roy. Depuis qu'ils en ont parlé quelques semaines plus tôt, Roy ne peut nier y avoir pensé plus d'une fois, mais il n'a jamais voulu imposer à Ed quoique ce soit qu'il ne se sente pas prêt à partager avec lui. Expirant un souffle saccadé, Roy hoche la tête pour répondre à la question silencieuse qu'Ed lui pose de ses grands yeux avides.
Un petit sourire en coin naît sur la bouche du jeune homme blond qui pose un nouveau baiser sur la base du sexe de Roy avant de descendre sur ses bourses en légèreté—il a retenu que Roy est bien trop sensible à cet endroit pour insister plus que nécessaire—et il descend encore.
Roy émet un hoquet étranglé lorsque la langue d'Ed passe à cet endroit si sensible de lui et ses mains empoignent les draps autour d'eux pour se fixer quelque part, pour ne pas perdre pied trop rapidement.
Ed, comme à son habitude, a parfaitement retenu la leçon de toutes les fois où les rôles ont été inversés et il prépare Roy avec minutie et un érotisme qui laissent Roy sans voix. Ou plutôt, sans possibilité de parler car les bruits qui s'échappent de sa gorge n'ont pas grand-chose de silencieux.
Roy sent un mélange d'anticipation, de crainte et d'excitation tournoyer dans son bas-ventre, jouant des coudes pour savoir quelle émotion prend le dessus. Edward quant à lui, semble boire chacune de ses réactions, chacun de ses soupirs, comme s’il est en train de découvrir une nouvelle facette de Roy à chaque instant.
Ed lui laisse un moment de répit lorsqu'il se relève et se penche au-dessus de Roy pour se saisir du baume au pétrole que Roy garde derrière sa tête de lit. Quasiment couché sur lui pour prendre le fameux récipient, le visage d'Ed se retrouve au-dessus de celui de Roy et l'intensité de son regard le cloue sur place. Ce que Roy y lit fait battre son cœur plus vite et il referme la bouche, déglutissant discrètement.
Il avance et embrasse brièvement ses lèvres brillantes, et Ed émet un son étouffé entre eux avant de se coller plus à lui, approfondissant le baiser alors qu'il ramène son bras vers eux, le baume en main.
Roy découvre son propre goût dans la bouche d'Ed, mais au lieu de le déranger il alimente au contraire l'excitation qu'il ressent.
Ed met fin à leur échange et le dévore du regard, sa respiration laborieuse. Il est fébrile et ses mains tremblent entre eux, mais son regard est fixe et son sourire carnassier. Il pose son front contre le sien et prend le temps de respirer quelques secondes, ce que Roy apprécie également et il lève ses mains vers les flancs d'Ed, touchant de ses doigts la grande cicatrice texturée.
Puis Ed murmure, la voix rauque, "Tourne-toi sur le côté, Roy."
Comme à chaque fois qu'il l'utilise, son prénom dans la bouche d'Ed resserre l'étau incandescent dans ses entrailles. Il s'exécute, tournant le dos à Ed qui vient se mettre derrière lui, se collant tout près. Roy le sent gigoter hors de son caleçon puis il sent la verge d'Ed contre ses fesses, l'extrémité touchant le bas de son dos.
Cette sensation nouvelle envoie une nouvelle décharge électrique dans sa colonne vertébrale et il ferme les yeux, savourant la proximité et la chaleur du corps d'Ed qui n'a plus aucune trace du froid hivernal du dehors. Même son automail, qui s'insère entre ses jambes, ne semble pas aussi froid qu'il y a quelques minutes.
Ed ouvre ensuite le baume et s'affaire à en appliquer sur Roy du bout des doigts. Comme il a déjà passé un très long moment à le préparer plus tôt à l'aide de sa langue et de ses doigts, il progresse bien plus vite que ce ne serait le cas en temps normal.
Roy combat la gêne qu'il ressent au premier abord pour se concentrer sur l'excitation qui s'accumule dans son ventre, dans son sexe et dans son esprit. Ed, impatient qu'il est, se colle bientôt à lui, passant sa main pleine de baume sur le devant de son torse pour venir serrer Roy contre son corps chaud.
Roy en profite pour mettre son bras au-dessus de celui d'Ed, le maintenant en place sur son cœur alors qu'il sent Ed se préparer et se placer contre lui.
Alors que Roy se prépare lui aussi en fermant les yeux et en régulant sa respiration, Ed se presse encore plus contre lui et enfouit son visage dans le cou de Roy, caressant de son nez le pavillon de son oreille. Là, il lui dit à voix basse, "Tu en as envie ?"
Roy hoche la tête dans un mouvement saccadé, et pour bonne mesure, il répond d'une voix cassée, "Oui."
Ed lui mordille le lobe de l'oreille et lui embrasse la peau juste en dessous, créant une grande onde de plaisir chez Roy qui serre plus fermement les doigts d'Ed entre les siens, sur son torse.
Se reculant un peu pour voir ce qu'il fait, Ed le lâche pour ajuster sa position contre lui. Puis, il se rapproche de lui, se baissant suffisamment pour poser son visage entre ses omoplates, guidant son sexe de sa main pour l'appuyer juste contre l'entrée préparée de Roy. Ed remonte ensuite sa main le long de la hanche de Roy pour venir rechercher sa main et entrelacer leurs doigts ensemble.
"Oh putain..." Marmonne Ed, bougeant ses hanches suffisamment pour jouer sur la tension entre pénétration et frottage, sans le pénétrer pour de bon.
Roy fronce les sourcils, le fil du rasoir sur lequel Ed s'appuie lui fait perdre pied avec la réalité et il sépare leurs doigts pour caresser le dos de la main d'Ed, son avant-bras tendu, tout ce qu'il peut pour l'encourager à bouger sans devoir utiliser sa parole.
Ed semble avoir plus de capacités télépathiques que lui car bientôt, il cède à tout cette tension et finit par enfin pénétrer Roy pour de bon. Ed ne s'arrête pas pour laisser à Roy le temps de respirer, au contraire il s'enfonce entièrement d'un seul long et lent mouvement, retenant son souffle pendant toute l'opération.
Roy doit reprendre sa respiration lui aussi car sa tête lui tourne. Il est pris dans un tumulte d'émotions fait d'extase, d'excitation, et de bouffées d'amour qui le débordent et lui donnent envie de pleurer.
Ed déplace sa main sur le torse de Roy et se rapproche de lui, reprenant la position contre sa nuque qu'il avait avant. Il ondule ses hanches pour initier un mouvement et Roy ajuste sa position, redresse l'une de ses jambes pour faciliter l'accès. Il ne peut retenir le long gémissement qu'il pousse lorsqu'Ed le pénètre exactement comme il en a rêvé un nombre incalculable de fois.
Néanmoins, tout ce qu'il a imaginé jusqu'alors ne peut que pâlir de la comparaison avec la réalité qu'Edward lui offre. Ce n'est ni la position la plus acrobatique, ni même la plus efficace en terme de plaisir, mais c'est la plus intime qu'il puisse imaginer. Avoir tout le corps d'Edward collé au sien derrière lui alors qu'il donne des coups de bassins de plus en plus affirmés et profonds envoie Roy très vite, très haut dans son plaisir.
Roy essaie d'accompagner les mouvements d'Ed du mieux qu'il peut mais ne peut que se rendre à l'évidence qu'il est bien trop loin dans ses propres sensations pour réussir à faire quoique ce soit d'utile.
Ed ne semble pas s'en formaliser, bien au contraire, il prend en main la situation avec brio et passion, comme toujours avec lui. Il essaie de caresser le sexe de Roy en cadence, mais leur position ne lui facilite pas la tâche et il abandonne vite l'idée, préférant se concentrer sur les caresses qu'il peut faire sur le torse et les bras de Roy, soupirant d'aise dans sa nuque humide de transpiration.
"Je—je vais pas tenir longtemps, Roy, t'es—" Ed continue son mouvement, plantant ses dents dans l'épaule de Roy. "T'es incroyable, incroyable." Et il répète ce mot, encore et encore, jusqu'à ce qu'il perde tout son sens et que Roy l'entende comme un mot prononcé dans une langue étrangère, très loin de lui et de ce qu'il vit avec Ed là, maintenant.
Roy sent plus qu'il ne conscientise une larme couler sur sa joue. Il halète ouvertement, s'accrochant à l'avant-bras d'Ed sans retenue, et il tourne la tête pour essayer de le voir, pour capter l'expression de son visage, pour s'imprégner de lui encore plus. Pour alimenter visuellement les vagues de plaisir de plus en plus grandes qui l'assaillent.
Leur regard se croise et le feu ardent qui brûle dans les iris dorés est si fort que Roy cligne les yeux, faisant s'échapper une nouvelle larme qui vient se perdre dans sa tempe.
Ed suit du regard la petite goûte transparente puis il lève sa main vers le visage de Roy, s'enfonçant profondément en lui alors qu'il se penche pour l'embrasser du bout des lèvres et prend son visage dans sa main. "Roy..." il soupire contre son épaule.
Mais Roy est incapable de parler. Incapable de former une pensée cohérente.
Sans crier gare, Ed se crispe contre lui et s'accroche de toute ses forces à ce qu'il peut attraper, laissant sa jouissance l'envahir complètement alors qu'il grogne dans le dos de Roy.
Roy ferme les yeux, laissant Ed profiter de son moment. Il descend sa main vers son sexe négligé pour se masturber d'un geste indolent, en rythme avec les coups de reins plus lents et doux d'Ed. Roy n'est pas certain qu'il parviendra à jouir, mais ça n'a aucune importance à cet instant. Ce qu'il a ressenti ces dernières minutes, il ne l'a jamais ressenti. Jamais.
Il ouvre ses yeux, n'ayant même pas eu conscience de les avoir fermés en premier lieu, et regarde devant lui, le souffle court et le corps en feu. Ed est toujours enfouit en lui et il est entièrement collé contre son dos, son souffle chatouillant les cheveux de Roy à chaque expiration laborieuse.
Puis, il se retire en douceur et tire sur l'épaule de Roy pour le remettre sur le dos. Roy redescend machinalement le tissu de son t-shirt et Ed et vient immédiatement se placer entre ses bras, la tête contre son épaule. Roy l'accueille avec délice, sentant un sourire timide venir étirer ses lèvres. Ses émotions lui semblent être écrites en lettres lumineuses sur chaque pore de sa peau et le sentiment d'avoir servi son cœur sur un plateau d'argent flotte dans son esprit embrumé par le plaisir et le résidu d'excitation qui l'habite encore.
Edward récupère petit à petit son souffle, dessinant de sa main quelques motifs sur le torse de Roy, les yeux fermés et le visage détendu.
Roy détaille chaque partie de son visage, les longs cils clairs qui effleurent sa joue, les mèches blondes qui traversent son visage comme des traînées d'étoiles filantes sur sa peau mate. Sa peau luit sous la lumière tamisée, et Roy le serre plus fort, déposant un baiser sur son crâne.
Ses pensées se floutent, mélangeant images du moment qu'ils viennent de partager et souvenirs des autres moments d'intimité qu'ils ont vécu ces deux derniers mois. Roy sourit, se sentant chanceux. Les images des différents Ed de son esprit se chevauchent et Roy réalise quelque chose qui ne l'avait pas frappé jusqu'àlors.
"Tu ne ris plus, maintenant."
Ed relève les yeux vers Roy, interrogateur. Roy poursuit d'un ton léger. "Les premières fois qu'on a couché ensemble, tu as toujours ri après avoir joui. Et maintenant, tu ne ris plus."
Le regard d'Ed s'agrandit sous la surprise et il contient difficilement son rire. "Euh, ouais, c'est vrai, maintenant que tu le dis. Je pense que j'étais tellement... surpris parce que je ressentais que je me disais 'wow c'était à côté de ça que je passais ?' et je pense que... Ouais. C'étaient des rires un peu... enfin tu vois ? Des rires d'incrédulité ? Parce que c'était vraiment bon ?" Edward ponctue certaines de ses phrases en appuyant sur le torse de Roy du bout des doigts.
"Et maintenant ça ne l'est plus ?"
"Bien sûr que si espèce de con !" Ed rit. "T'as bien vu non ? Mais si ça flatte ton égo que je me marre quand tu me fais jouir, ok, je vais faire un effort." Ed se redresse sur ses coudes, un sourire taquin sur les lèvres. "Par contre laisse-moi te dire que tu as des fantasmes bizarres."
Roy ne se laisse pas impressionner. Il sourit en retour. "Pas plus que de fantasmer sur son ancien supérieur."
"Ok, Ok, j'ai pigé l'idée. Plus sérieusement, je pense que c'est surtout dû au fait que je me sens—" Ed lève sa main comme pour calmer un animal en colère. "—Et te fous pas de moi. Je me sens en confiance, et maintenant je crois que je me suis habitué à notre proximité. Tu vois ?"
Roy sourit avec plus de sincérité. "Oui, je vois tout à fait."
Un silence confortable s'installe alors, uniquement dérangé par les quelques bruits de vie à l'extérieur et leurs respirations accordées. Roy caresse du bout des doigts le bras d'Ed, ses flancs, et en descendant sur sa peau Roy effleure la grande cicatrice sur le côté. Roy la cartographie du bout de ses doigts pendant quelques secondes jusqu'à ce qu'Ed se tortille sous ses doigts et lui saisisse la main d'une poigne ferme mais pas douloureuse.
"Stop, ça devient sensible," prévient-il, son ton calme et toujours détendu.
Roy repositionne sa main contre le bras d'Ed à la place et le serre brièvement. "Désolé, je n'ai pas fait attention que j'avais autant insisté."
Ed hausse les épaules mais ne répond pas, laissant sortir un grand soupir contenté. Roy baisse les yeux et la question lui échappe avant même qu'il puisse penser plus loin. "Est-ce que tu aimerais me parler enfin de l'histoire qui se cache là-derrière ?"
La tension qui crispe Ed est discrète et probablement qu'elle aurait échappé à Roy s'il n'avait pas tenu Edward entre ses bras à ce moment-là.
Sa voix est comme aseptisée lorsqu'il lui répond. "Pas encore. Pas encore, je suis désolé."
L'émotion que Roy sent sous la façade qu'Ed arbore est si grande qu'il en a le souffle coupé. Dans un murmure, il questionne, ne pouvant se contenir. "Mais qu'est-ce qui a bien pu se passer pour que ça t'ait touché à ce point ?"
Un grand silence s'installe. Contrairement à celui qu'ils partageaient avant, celui-ci est chargé de tension et de non-dits. Edward prend plusieurs grandes inspirations et se tourne pour se coucher sur le ventre, retenant le haut de son corps sur ses coudes. D'une main distraite, il déplace une mèche de cheveux de son visage avant de répondre d'une voix hésitante. "C'est pas tant ce qui s'est passé là-bas que..." Il cherche ses mots un instant, fronçant les sourcils. "—Que… les conséquences de ce qui s'est passé là-bas."
Roy sent son visage se chiffonner aussi alors qu'il se redresse, s'appuyant contre la tête de lit. Ed en profite pour s'assoir en tailleur, comme il aime souvent à le faire. Il glisse le drap par-dessus ses jambes, cachant sa nudité à Roy. C'est un petit geste, mais Roy y comprend-là que ce n'est pas vraiment de sa nudité en tant que tel dont Ed cherche à se préserver, mais plutôt de la nudité des propos qu'il est en train de lui confier.
L'appréhension s'installe en lui, et Roy sent comme une menace inconnue planer au-dessus d'eux de son ombre glaciale. Ed a le regard fixé sur ses mains qui triturent le drap d'un geste absent. "Mes travaux de recherche. Tu sais sur quoi ils portent, non ?"
Roy se sent un peu perdu. "Oui, bien sûr. On en a déjà parlé plein de fois. Combiner l'alchimie et l'élixirologie pour réussir à créer une nouvelle discipline dédiée à la médecine."
Ed hoche la tête, son attention toujours focalisée sur ses mains. "Voilà, c'est ça. C'est exactement ça. En surface. Pourquoi je me suis intéressé à ça, à ton avis ?"
Roy prend quelques instants pour examiner le visage d'Ed, mais il est fermé et inaccessible pour le moment. "J'imagine parce que tu aimes aider et rendre service autour de toi. Et que c'était la manière la plus sensée de le faire. En combinant tes travaux et ceux de ton frère."
"Ouais... Un beau conte de fée." Edward relève enfin ses yeux pour les planter dans les siens. "C'était surtout pour réparer cette erreur," éructe Edward en empoignant la peau de sa cicatrice à pleine main. Visiblement, il se fiche que son geste puisse lui faire mal, si c'est le cas.
Roy reste silencieux et le regarde d'un air grave, attendant la suite.
"Réparer ce que j'ai fait... À Briggs."
"Qu'est-ce qui s'est passé, Ed ?" Demande une nouvelle fois Roy de sa voix calme, même si à l'intérieur, c'est loin d'être aussi détendu.
Ed pousse un grand soupir et regarde le plafond, essayant visiblement de contenir ses émotions. "Pendant mon affrontement avec Kimblee, il a utilisé une pierre philosophale et il a fait sauter le bâtiment dans lequel on était, qui s'est effondré sur ma gueule pendant que lui se barrait tranquillement." Ses mains se serrent sur le drap épais et Roy voit qu'Ed a la mâchoire crispée. "Je me suis fait avoir comme un bleu. Il me l'a dit d'ailleurs. Que c'était ma naïveté qui m'avait fait perdre. Bref..."
Roy l'observe et un nœud commence à tordre son estomac alors qu'il commence à comprendre la direction que va prendre cette conversation.
"Quand je suis revenu à moi, j'ai vu que j'avais cette fichue barre de métal qui me traversait depuis mon dos jusque vers l'avant. J'étais à plat ventre par terre, à moitié suspendu, à moitié en train de me vider de mon sang. Et je sentais que j'allais bientôt plus avoir assez de sang pour avoir des pensées cohérentes pour pouvoir faire quelque chose, pour pouvoir—" Sa voix se perd et Ed s'arrête une seconde, fronçant les sourcils plus encore.
"J'ai dû prendre une décision. J'ai dû réfléchir à comment faire pour survivre, comment faire pour revenir auprès—auprès d'Al. Auprès de Winry, auprès des gens qui comptaient sur moi." Ed croise son regard un instant mais le détourne bien vite. "Alors j'ai fait la seule chose que je savais faire. Je me suis inspiré du cercle de transmutation humaine et je me suis utilisé—j'ai utilisé ma vie comme une pierre philosophale pour me soigner."
Roy sent son regard s'agrandir et sa main se crispe sur ses genoux alors qu'il serre le poing. Le sentiment de menace d'intensifie alors que son cerveau d'alchimiste lui souffle la conclusion macabre d'un tel acte désespéré. Il ne peut y croire. Roy ne peut se résoudre à imaginer que la réponse qu'il devine est la bonne. Alors il écoute Ed et espère.
"En faisant ça, j'ai réussi à stopper l'hémorragie, j'ai réussi à tenir la distance, même si j'ai perdu connaissance ensuite." Ed se redresse et son regard s'ancre dans celui de Roy dont le trouble ne fait que grandir. Le visage d'Ed, lui, est toujours illisible en dehors du froncement de ses sourcils.
Il reprend d'une voix tremblante qui elle, trahit son véritable tourment intérieur. "Par contre, je n'ai aucune idée des conséquences de ma transmutation. Je sais pas combien d'espérance de vie elle m'a enlevé. Si la transmutation a marché, j'imagine que la facture va être salée, vu la gravité de mes blessures. Mais est-ce que c'est plutôt trois ans ou vingt-cinq, j’en sais putain de rien."
La pierre qui tombe dans l'estomac de Roy est telle qu'il s'affaisse physiquement. Sa main vient se placer devant sa bouche alors qu'il assimile avec horreur la réalité de ce qu'Ed est en train de lui confier. Roy le regarde, incrédule et sans voix, alors qu'Ed continue sur sa lancée, imperturbable.
"C'est pour ça que je fais ces recherches. Pour pouvoir espérer réparer mon erreur et trouver un moyen de... découvrir combien de temps ça m'a enlevé et... savoir si on peut agir dessus ou pas. Depuis que je suis devenu père..." Ed ferme les yeux, le chagrin se laissant voir sur ses traits, cette fois. "J'ai pas envie que mes enfants se rappellent de moi comme un père absent, encore moins si je dois mourir jeune... Déjà qu'ils ne me voient pas très souvent avec le divorce… Et c'est pas grave, vraiment, c'était le deal. Je voulais pas rester à Rush Valley et j'allais pas demander à Winry— C'était logique de faire comme ça. Mais je veux surtout pas que mes gosses se disent que je les ai abandonné alors que je veux trouver le moyen de nous donner plus de temps."
Edward rouvre les yeux et regarde Roy avec réticence, comme s'il craignait sa réaction.
"Voilà, tu sais tout. Tu peux y aller, me traiter de débile, de morveux qui en fait toujours qu'à sa tête, de trouduc’ qui ne réfléchit jamais avant d'agir, mais t'inquiète que tout ça, je me le dis déjà depuis des années."
Roy fronce les sourcils et il sent son cœur se briser en lui. "Ed..." Il murmure dans un souffle chargé d'émotion. "C'est pas du tout à ça que je pense."
L’air défensif d’Ed s’efface et il regarde Roy d'un air inquiet. "Qu'est-ce qui t'arrive ?"
"Je..." Roy sent sa voix s'étrangler dans sa gorge et il réprime un sanglot en se raclant la gorge. Il reste silencieux un moment, le regard fixé sur Edward.
Les mots qu'il vient de prononcer tournent en boucle dans son esprit, mêlés à l'image résiduelle qu'il a d'Edward à cette époque-là, si jeune pour vivre une telle épreuve, en plus de toutes les autres qui ont déjà troublé son chemin. Pourtant, là, devant lui, se trouve un homme incroyablement résilient. Bien loin d'un homme brisé, Edward incarne à cet instant le courage et la détermination qui le caractérisent. Roy inspire profondément.
"Roy ?" Demande Ed à demi-mot, cherchant son regard.
"Laisse... Laisse-moi deux minutes, pour savoir ce qui prend le dessus." Roy parvient à balbutier. "Parce que je suis à la fois furieux, très impressionné, et—" Il se racle à nouveau la gorge. Les mots lui échappent, coincés quelque part entre sa gorge et son cœur. Sa poitrine se soulève sous l'effet de l'émotion, mais un poids persistant l'empêche de respirer correctement. "Et dévasté."
"Qu—"
"Ed. Quand l'homme que j’aime me dit qu'il a peut-être une, dix ou va savoir combien d'années de moins à vivre, comment tu crois que je vais réagir ? Evidemment que je suis—" Roy chasse les larmes qui viennent s'accumuler dans ses yeux, et se rassied droit, la colère prenant le dessus.
Il sent en changeant de position du liquide couler entre ses jambes, le ramenant au moment intense et tendre qu'ils viennent de partager. Sa colère se décuple d'autant plus. Comment Ed peut lui balancer tout ça alors qu'ils... Alors qu'ils essaient de construire quelque chose ? Comment peut-il avoir si peu de cœur ? Sa raison s'envole, et il reprend.
"Je suis furieux parce que tu aurais dû m'en parler dans ton rapport. Et— Et même au-delà de ça, tu aurais dû m'en parler. Et impressionné parce que, comment tu as pu parvenir à— à non seulement conceptualiser mais réussir à réaliser une telle transmutation entre la vie et la mort c'est—" Roy passe une main dans ses cheveux, hors de lui. "C'était brillant et inconscient et—"
"...Tu m'aimes." Intervient Ed d'une voix sourde.
Roy réalise ce qu'il vient de dire et tout son sang quitte son visage, ainsi que sa fureur. "Mais... Oui, c'est... Oui." Roy soutient le regard d'Edward du mieux qu'il peut alors que les émotions se battent en lui pour savoir ce qu'il ressent le plus fort. "Je ne pensais pas le dire comme ça... Désolé, Ed—"
"Roy, stop ! Je... Je comprends que tu l'aies dit comme ça et... Je pense aussi que si l'homme que j'aime me disait la même chose, je serais aussi… dans le même état que toi."
Ed fait une pause et pour la première fois depuis le début de la conversation, un sourire apparaît sur ses lèvres. "Et je t'aime aussi," ajoute-t-il, sa voix calme et pleine d'émotions.
Roy le regarde et la boule dans sa gorge se resserre avant de lâcher complètement. L'émotion qu'il combat depuis plusieurs minutes, depuis plusieurs semaines en réalité, semble enfin trouver un apaisement et Roy prend plusieurs grandes inspirations, regardant l'un après l'autre chacun des yeux d'Ed, dont la posture est inhabituellement posée et contrôlée, son sourire s’agrandissant alors qu'il se penche en avant et vient se placer à califourchon sur les hanches de Roy, son corps nu pressé contre le sien.
Roy place ses mains de chaque côté du cou d'Ed, continuant de le regarder avec intensité alors qu'il cherche à faire fonctionner son cerveau autrement que pour se repasser en boucle le ton doux de la voix d'Ed qui lui confie son amour pour lui.
Puis son esprit décide de lui laisser profiter de son moment. Lentement, les rênes de son contrôle s'assouplissent et le sourire qui s'impose à lui est le plus sincère qu'il ait offert depuis des années. Peut-être même le plus authentique tout court.
Roy attire Ed contre lui, le serrant dans une étreinte ferme et emplie de joie, de tout l'amour qu'il ressent pour cet homme. "Je t'aime," souffle-t-il, car il n'a pas pu le faire de son plein gré plus tôt. Il aimerait pouvoir le clamer plus fort, avec plus de conviction. Pour le moment, sa gorge est tellement serrée par l'émotion qu'il ne peut que le murmurer entre eux de cette manière.
Ed raffermit sa prise autour de Roy et embrasse la peau de son cou, là où il l'a mordu plus tôt dans la soirée, alors qu'ils étaient emmêlés l'un dans l'autre.
"Encore," exige-t-il, se reculant pour pouvoir le regarder dans les yeux. "Encore," répète-t-il en souriant. Son visage entier semble être tiraillé entre soulagement, affection et un fond d'appréhension.
Roy saisit une mèche de ses cheveux blonds et la met derrière son oreille, ne pouvant résister à l'envie de l'embrasser un court instant avant de se reculer pour l'observer. "Je t'aime."
Le naturel avec lequel il parvient à se confier à Edward est alarmant. Il arrive à peine à respirer de manière satisfaisante mais dire à Edward qu'il l'aime ? Aucun problème. Après avoir passé des semaines, des mois à retenir ces mots de sortir de sa bouche. Pour qu'au final ce soit si simple ? Roy laisse s'échapper un petit rire et embrasse Ed à nouveau, un baiser plus appuyé que le précédent et Ed fond entre ses bras.
Après plusieurs minutes à s'explorer en douceur, Roy rompt le contact avec lenteur. Ed ouvre ses grands yeux ambrés et tout ce qui s'y lit fait faire des bonds au cœur de Roy.
La facture va être salée.
Puis son cœur sombre à nouveau dans sa poitrine en repensant à cette menace invisible qui pèse sur Ed, sur eux. Roy tâche de ne pas le montrer, car l'instant qu'ils partagent là, maintenant, est bien plus précieux que ses inquiétudes. Il décide alors de dire autre chose.
"Merci de m'avoir fait confiance." Roy ne précise pas pourquoi, mais il sait qu'Edward comprendra très bien ce qu'il veut dire par là.
Le sourire qu'arbore Ed devient mélancolique alors qu'il détourne le regard. "C'est... C'est difficile, tu t'en doutes. Je..." Edward est hésitant à nouveau. "C'est la première fois que j'en parle à quelqu'un. Même Al n'est pas au courant."
Roy cache difficilement sa surprise et il aurait envie de poser une multitude de questions, mais l'air qu'affiche Edward l'en dissuade. Ce n'est pas le moment. Roy ravale donc tous les doutes qui traversent son esprit et appuie son front contre celui d'Ed, fermant ses yeux. "Tu n'es plus seul à porter ce fardeau désormais."
Les épaules d'Ed se tendent, mais il se laisse très vite aller dans l'étreinte de Roy. Ed passe de nouveau ses bras autour de lui et l'attire tout proche, ses mains se crispant sur son t-shirt. Son cœur bat fort dans sa poitrine, en miroir de celui de Roy. Et Roy lui rend son étreinte.
Il ne peut qu'aimer Edward. Il ne peut qu'être à son service.
